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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le grand silène de Scouler (Silene scouleri ssp. grandis) au Canada

Biologie

Généralités

Le Silene scouleri ssp. grandis est une plante vivace à racine pivotante et à souche située juste au-dessous de la surface du sol, d’où émerge une touffe compacte de tiges constituant sur le plan génétique un seul individu (genet). Les grosses touffes peuvent mourir par segments, comme chez le Silene douglasii var. oraria (Kephart et Paladino, 1997), ce qui donne l’apparence de plusieurs touffes rapprochées, mais qui appartiennent en fait toutes au même genet. Le Silene scouleri ssp. grandis ne forme ni rhizome ni autre organe de multiplication végétative. Aucune étude n’a été consacrée à la biologie ni à l’écologie des populations de la Colombie-Britannique.

Reproduction

Peu de données ont été publiées sur la pollinisation et la reproduction chez le grand silène de Scouler. Plusieurs espèces du genre Silene sont autocompatibles (Kephart et Nebenzahl; 1983; Lesica, 1993; Menges, 1995). Jürgens et al. (1996) ont constaté chez certaines espèces que le stigmate est réceptif dans le bouton floral et notent que la fleur est peut-être capable d’autofécondation. Lesica (1993) conclut que l’autopollinisation est rare chez le S. spaldingii, puisque les anthères libèrent leur pollen avant l’allongement des styles. Il a par ailleurs constaté une faible fructification chez les fleurs non butinées.

Les feuilles et le calice sont pourvus de poils glanduleux collants où se prennent les petits insectes qui tentent d’atteindre le nectar sans passer sur la fleur (d’où le nom anglais de « catchfly »).

Chez certaines espèces de Silene, la production de graines est fortement réduite en l’absence de pollinisateurs (Lesica, 1993; Menges, 1995), et les jeunes plantes issues de l’autopollinisation sont parfois sensiblement plus petites que celles issues de la pollinisation croisée (Lesica, 1993). De nombreuses espèces de Silene sont pollinisées par des insectes, notamment des bourdons, des papillons de nuit et des moustiques (Brantjes et Leemans, 1976; Kay et al., 1984; Kephart et Nebenzahl, 1983; Lesica, 1993; Pettersson, 1991). Elles possèdent généralement des nectaires situés à la base des étamines (Jürgens et al., 1996). Le Silene regia, espèce relativement grande et voyante, est pollinisé par des oiseaux-mouches plutôt que des insectes (Menges, 1995), ce qui semble être un cas exceptionnel.

En 2001 et en 2002, la sous-population de l’île Trial a atteint la maturité tardivement. Quelques-unes des premières fleurs ont produit de grandes quantités de graines dès septembre, alors que d’autres fleurs, à la fin d’octobre, n’avaient pas produit de graines ou avaient des graines qui étaient encore petites et pâles.

Survie

En règle générale, la température optimale pour la germination des graines du Silene scouleri se situe aux alentours de 20 °C. Semées dans un pot de particules minérales (genre « grani-grit ») placé sous pellicule de polyéthylène, les graines germent en 2 à 5 semaines (Deno, 1994; Jane Grushow, horticultrice, comm. pers., février 2002; Tom Clothier, fournisseur de semences indigènes, http://users.anet.com/~manytimes/page62.htm). La germination des graines du Silene douglasii et du S. spaldingii, deux espèces étroitement apparentées au S. scouleri, semble nécessiter une stratification à basse température puisqu’en milieu naturel, elle se produit principalement au printemps (Lesica, 1988; Kephart et Paladino, 1997).

Les facteurs déterminant l’établissement des semis du grand silène de Scouler n’ont pas été étudiés. Cependant, Kephart et Paladino (1997) ont constaté chez le Silene douglasii var. oraria que le taux de survie des semis est plus élevé dans les localités ayant subi le passage du feu que dans les localités non brûlées, ce qui pourrait s’expliquer par une plus forte mortalité des semis sur les sols où la litière est épaisse. Le Silene spaldingii produit des rosettes de feuilles la première année et fleurit la deuxième année ou dans les années subséquentes (Lesica, 1993).

En milieu naturel, les espèces vivaces de Silene peuvent vivre plusieurs, voire de nombreuses années (Marsden-Jones et Turrill, 1957).

Nous n’avons observé aucune mortalité appréciable chez les individus matures de l’île Trial en 2000, en 2001 et en 2002. Aucun signe de broutage des feuilles ou des fleurs n’a été relevé chez l’une ou l’autre des deux populations connues, exception faite d’une légère infestation de cercopes chez un individu de l’île Trial en 2001.

La petite population qui se trouvait sur le mont Tzuhalem a décliné petit à petit au cours des années 1990 : elle a fini par ne plus fleurir, puis a disparu au cours d’un hiver. Ce site se trouvait à environ 250 mètres (m) au-dessus du niveau de la mer, cas inhabituel pour le grand silène de Scouler, et on peut penser que ce sont les conditions climatiques qui ont entraîné sa disparition.

Le Silene spaldingii et le S. douglasii var. oraria peuvent réapparaître après une année de dormance, les tiges desséchées étant remplacées par de nouvelles pousses (Kephart et Paladino, 1997; Lesica et Steele, 1994).

Physiologie

Aucune étude n’a été publiée sur la physiologie du grand silène de Scouler.

Déplacements et dispersion

Aucune donnée n’a été publiée sur la dispersion des gènes chez le grand silène de Scouler. Les insectes peuvent certainement transporter le pollen à faible distance, mais ne le peuvent probablement pas entre les deux populations canadiennes connues, vu la distance qui les sépare. L’échange de gènes n’est cependant pas impossible entre les sous-populations des îles Trial et Little Trial, situées à seulement 500 m l’une de l’autre.

Les graines du grand silène de Scouler ne sont pas dotées de structures favorisant la dispersion; la plupart tombent probablement au pied de la plante mère. Il est possible toutefois que leur surface verruqueuse favorise la dispersion par le vent, comme chez d’autres espèces de Silene (Marsden-Jones et Turrill, 1957). Lors d’une étude qui s’est échelonnée sur une période de 10 ans, le Silene douglasii var. oraria, autre taxon rare des prairies côtières, n’a pas réussi à coloniser les quadrats libres aménagés au sein d’une population établie (Kephart et Paladino, 1997).

La répartition localisée et l’historique des populations de la Colombie-Britannique permettent de croire que l’établissement de nouvelles populations se produit rarement.