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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le grand silène de Scouler (Silene scouleri ssp. grandis) au Canada

Facteurs limitatifs et menaces

La perte d’habitat constitue une menace grave pour les populations canadiennes de grand silène de Scouler et demande une attention immédiate. Les milieux littoraux propices de Victoria et des environs ont été en grande partie aménagés à des fins résidentielles, commerciales et récréatives.

La dégradation de ce qu’il reste de son habitat rend encore plus précaire la situation du grand silène de Scouler. Des graminées et des arbustes exotiques menacent en effet d’empiéter sur les deux populations qui subsistent; ce sont principalement le Cytisus scoparius, l’Hedera helix, l’Ulex europaeus, le Dactylis glomerata, l’Anthoxanthum odoratum, le Lolium perenne, le Bromus sterilis et le B. hordeaceus. Aucune stratégie de lutte contre ces mauvaises herbes n’a été mise au point.

Il est probable qu’autrefois, les Autochtones brûlaient périodiquement les milieux secs et dégagés où pousse le grand silène de Scouler afin d’améliorer les récoltes de camash sur les plateaux. Il n’y a pratiquement pas eu de feux dans cette région du littoral depuis plusieurs décennies, de sorte que les arbustes introduits et certaines plantes indigènes, telles que le Rosa nutkana, le Symphoricarpos albus, le Populus tremuloides et le Pteridium aquilinum, ont pu pousser librement. Nous n’avons trouvé aucun pied de grand silène de Scouler parmi les peuplements denses d’arbustes et de graminées indigènes ou introduits.

La distance de dispersion des graines limite également la répartition du grand silène de Scouler. Il est probablement très rare que des graines soient dispersées à plus de 10 mètres de la plante mère. Il n’est donc pas possible, vu la distance qui les sépare, que les milieux ayant déjà abrité le taxon soient de nouveaux colonisés à partir de graines provenant des populations subsistantes.

Les îles Trial et Little Trial et l’îlet Alpha sont des lieux prisés par les amateurs de kayak. Ceux qui les fréquentent pour pratiquer ce sport risquent de détruire des pieds de grand silène de Scouler, soit en les piétinant, soit en causant involontairement leur destruction par le feu. Ainsi, en juillet 2000 à l’île Little Trial, un feu de plage s’est échappé et a pris l’ampleur d’un incendie intense qui a consommé une partie importante de la végétation de l’île, détruisant peut-être même une partie de la population de grand silène de Scouler. Bien qu’un feu de faible intensité puisse être favorable au grand silène, les combustibles lourds qui se sont accumulés par suite de l’introduction d’arbustes et de graminées exotiques peuvent alimenter des feux d’une intensité suffisante pour détruire la souche de la plante.

Le piétinement est un facteur particulièrement important à l’île Trial en raison de la présence permanente du personnel du phare de la Garde côtière du Canada, situé à quelques centaines de mètres du site de grand silène de Scouler, et du personnel affecté aux tours de relais hertzien et aux installations connexes. Deux des cinq pieds qui constituent la population de l’île se trouvent à moins de un mètre d’un sentier entretenu par fauchage et application d’herbicides.

Les deux populations canadiennes de grand silène de Scouler risquent d’être exposées à la pollution par les navires, puisqu’une des principales routes maritimes d’Amérique du Nord pour le trafic de pétroliers passe à proximité de la zone d’estran des trois îles.