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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le grand silène de Scouler (Silene scouleri ssp. grandis) au Canada

Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC
sur le
Grand silène de Scouler
Silene scouleri ssp. grandis
au Canada

grand silène de Scouler

Espèce en voie de disparition 2003


COSEPAC
Comité sur la situation des espèces en péril au Canada


COSEWIC

Committee on the Status of Endangered Wildlife in Canada

Les rapports de situation du COSEPAC sont des documents de travail servant à déterminer le statut des espèces sauvages que l’on croit en péril. On peut citer le présent rapport de la façon suivante :

Nota : Toute personne souhaitant citer l’information contenue dans le rapport doit indiquer le rapport comme source (et citer les auteurs); toute personne souhaitant citer le statut attribué par le COSEPAC doit indiquer l’évaluation comme source (et citer le COSEPAC). Une note de production sera fournie si des renseignements supplémentaires sur l’évolution du rapport de situation sont requis.

COSEPAC. 2003. Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le grand silène de Scouler (Silene scouleri ssp.grandis) au Canada. Comité sur la situation des espèces en péril au Canada. Ottawa. vii +  21 p.

Fairbanks, M., et K. Wilkinson. 2003. Rapport de situation du COSEPAC sur le grand silène de Scouler (Silene scouleri ssp. grandis) au Canada, in Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le grand silène de Scouler (Silene scouleri ssp. grandis) au Canada. Comité sur la situation des espèces en péril au Canada. Ottawa. Pages 1-21.

Pour obtenir des exemplaires supplémentaires, s’adresser au :

Secrétariat du COSEPAC
a/s Service canadien de la faune
Environnement Canada
Ottawa (Ontario)
K1A 0H3

Tél. : (819) 997-4991 / (819) 953-3215
Téléc. : (819) 994-3684
Courriel du COSEPAC
Site web du COSEPAC

Also available in English under the title COSEWIC Assessment and Status Report on the Coastal Scouler’s Catchfly Silene scouleri ssp. grandis in Canada.

Illustration de la couverture

Grand silène de Scouler – Illustration agrandie de la fleur : reproduction autorisée d’un dessin de Jane Lee Ling tiré de Douglas et al., 2002; illustration de la plante entière et des pétales : reproduction autorisée de dessins de J.R. Janish tirés de Hitchcock et Cronquist, 1973.

©Sa Majesté la Reine du chef du Canada, 2003

PDF : CW69-14/333-2003F-PDF
ISBN 0-662-75187-6
HTML : CW69-14/333-2003F-HTML
ISBN 0-66275188-4

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COSEPAC Sommaire de l’évaluation

Sommaire de l’évaluation – Mai 2003

Nom commun : Grand silène de Scouler

Nom scientifique : Silene scouleri ssp. grandis

Statut : Espèce en voie de disparition

Justification de la désignation : Il s’agit d’une espèce dont l’occurrence géographique est extrêmement limitée au Canada, avec moins de 350 plantes comprenant deux populations restantes qui se trouvent sur de très petites îles. En plus d’autres disparitions du Canada de populations historiques, une population de l’île de Vancouver a récemment disparu du Canada. Ces îles sont situées au sein d’une zone comportant d’importantes activités marines et récréatives, où les plantes envahissantes et les activités anthropiques présentent des risques continus.

Répartition : Colombie-Britannique

Historique du statut : Espèce désignée « en voie de disparition » en mai 2003. Évaluation fondée sur un nouveau rapport de situation.

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COSEPAC Résumé

Grand silène de Scouler
Silene scouleri ssp. grandis

Information sur l’espèce

Le grand silène de Scouler (Silene scouleri ssp. grandis) est une herbacée vivace à racine pivotante et à souche généralement ramifiée, d’où émerge une touffe de tiges dressées. La plante produit une rosette de feuilles basilaires et des feuilles caulinaires opposées. Les feuilles sont entières, pubescentes, et les caulinaires supérieures sont sessiles. Les fleurs, blanc verdâtre à violacées, forment un épi étroit. Le calice présente des nervures saillantes, et le limbe des pétales est divisé en deux lobes pourvus chacun d’une forte dent. Le fruit, une capsule, renferme de nombreuses graines à surface verruqueuse. Même en dehors de la période de floraison, le grand silène de Scouler se distingue aisément, par son appareil végétatif, des espèces qui partagent son habitat.

Répartition

Au Canada, le grand silène de Scouler se trouve dans trois petites îles situées au large de Victoria, en Colombie-Britannique. L’aire de répartition mondiale du taxon est limité à la côte ouest de l’Amérique du Nord, depuis le Sud de la Colombie-Britannique jusqu’à la baie de San Francisco.

Habitat

Le grand silène de Scouler pousse dans des prés de graminées et d’autres herbacées, au niveau de la mer ou à très faible altitude. La plante est héliophile et exige un sol saturé ou presque en hiver et très sec en été. Elle a déjà été observée à plus de 200 m au-dessus du niveau de la mer, mais cette population, peu vigoureuse, est disparue, probablement en raison des conditions climatiques.

Biologie

Le Silene scouleri est une espèce qui à ce jour n’a pas fait l’objet d’études très poussées. Chez la sous-espèce S. scouleri ssp. grandis, les graines germent probablement au printemps, période où les conditions d’humidité et de température du sol sont le plus favorables. Au Canada, la plante croît lentement, durant le printemps et l’été, et la floraison ne se produit qu’à la fin de l’été ou au début de l’automne. On pense que l’espèce est protérandre (les anthères atteignent la maturité, libèrent leur pollen et se flétrissent avant l’allongement des styles) et essentiellement entomophile, mais probablement capable d’une certaine autopollinisation.

Taille et tendances des populations

Au moins sept populations canadiennes de grand silène de Scouler sont disparues depuis 1897. Il en reste deux, et les données démographiques dont on dispose sont insuffisantes pour permettre de dégager des tendances. La sous-population de l’île Trial ne compte que 5 individus; en dépit d’une exploration minutieuse des lieux, aucune jeune pousse n’a été observée en 2000, en 2001 et en 2002. La sous-population voisine de l’île Little Trial regroupe 23 individus matures. L’îlet Alpha abrite entre 250 et 300 individus; il n’y a eu aucune recherche de jeunes pousses dans ce site en 2000, en 2001 ou en 2002.

Facteurs limitatifs et menaces

Dans le passé, des populations de grand silène de Scouler sont disparues en conséquence de la destruction de leur habitat. La principale menace qui pèse sur les deux populations subsistantes est la dégradation de l’habitat par l’empiètement de graminées et d’arbustes envahissants, la modification du régime des feux, le piétinement et la pollution par les pétroliers. Un faible effort de reproduction et une faible distance de dispersion des graines empêchent le rétablissement des populations disparues.

Importance de l’espèce

En Colombie-Britannique, le Silene scoulerissp. grandis se trouve à la limite nord de son aire, et on peut penser que les populations de cette région possèdent des différences génétiques importantes pour la survie à long terme de l’espèce. Le Silene scouleri est cultivé comme plante ornementale et est disponible dans de nombreux points de vente horticoles. On trouve également dans le commerce des huiles essentielles de Silene scouleri.

Protection actuelle

Il n’existe aucune protection juridique fédérale ou provinciale du Silene scouleri ssp. grandis. Cependant, les deux populations connues sont situées au moins en partie dans une réserve écologique, où toute récolte est interdite. Par contre, ni l’une ni l’autre n’est protégée contre le piétinement, la compétition de mauvaises herbes exotiques, l’empiètement d’arbustes indigènes et la pollution des eaux marines par les pétroliers.

Résumé du rapport de situation

Au Canada, le Silene scouleri ssp. grandis se rencontre uniquement dans trois petites îles situées au large de Victoria, en Colombie-Britannique. Sa zone d’occurrence est de 0,6 km² et sa zone d’occupation, de 0,0158 km² (1,58 ha). Sa répartition est très fragmentée, et la possibilité d’échanges génétiques entre les deux populations est négligeable. Il reste très peu de milieux susceptibles d’être colonisés par le grand silène de Scouler, et ils sont, comme l’habitat actuel du taxon, en voie d’être envahis par des arbustes et graminées exotiques. L’habitat actuel du grand silène de Scouler est piétiné, fauché et parfois traité à l’herbicide. Les deux populations risquent d’être exposées à la pollution des eaux par les pétroliers.

L’effectif canadien du grand silène de Scouler est inférieur à 350 individus. La probabilité que le taxon colonise de nouveaux milieux par dissémination naturelle de graines est très faible, vu la quantité limitée de graines produites et leur manque de structures favorisant la dispersion.

Mandat du COSEPAC

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) détermine le statut, au niveau national, des espèces, des sous-espèces, des variétés et des populations sauvages  canadiennes importantes qui sont considérées comme étant en péril au Canada. Les désignations peuvent être attribuées à toutes les espèces indigènes des groupes taxinomiques suivants : mammifères, oiseaux, reptiles, amphibiens, poissons, lépidoptères, mollusques, plantes vasculaires, mousses et lichens.

Composition du COSEPAC

Le COSEPAC est composé de membres de chacun des organismes fauniques des gouvernements provinciaux et territoriaux, de quatre organismes fédéraux (Service canadien de la faune, Agence Parcs Canada, ministère des Pêches et des Océans, et le Partenariat fédéral sur la biosystématique, présidé par le Musée canadien de la nature), de trois membres ne relevant pas de compétence, ainsi que des coprésident(e)s des sous-comités de spécialistes des espèces et des connaissances traditionnelles autochtones. Le Comité se réunit pour étudier les rapports de situation des espèces candidates.

Définitions

Espèce
Toute espèce, sous-espèce, variété ou population indigène de faune ou de flore sauvage géographiquement définie.

Espèce disparue (D)
Toute espèce qui n’existe plus.

Espèce disparue du Canada (DC)
Toute espèce qui n’est plus présente au Canada à l'état sauvage, mais qui est présente ailleurs.

Espèce en voie de disparition (VD)Note de bas de pagea
Toute espèce exposée à une disparition ou à une extinction imminente.

Espèce menacée (M)
Toute espèce susceptible de devenir en voie de disparition si les facteurs limitatifs auxquels elle est exposée ne sont pas renversés.

Espèce préoccupante (P)Note de bas de pageb
Toute espèce qui est préoccupante à cause de caractéristiques qui la rendent particulièrement sensible aux activités humaines ou à certains phénomènes naturels.

Espèce non en péril (NEP)Note de bas de pagec
Toute espèce qui, après évaluation, est jugée non en péril.

Données insuffisantes (DI)Note de bas de paged
Toute espèce dont le statut ne peut être précisé à cause d’un manque de données scientifiques.

 

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a été créé en 1977, à la suite d’une recommandation faite en 1976 lors de la Conférence fédérale-provinciale sur la faune. Le comité avait pour mandat de réunir les espèces sauvages en péril sur une seule liste nationale officielle, selon des critères scientifiques. En 1978, le COSEPAC (alors appelé CSEMDC) désignait ses premières espèces et produisait sa première liste des espèces en péril au Canada. Les espèces qui se voient attribuer une désignation lors des réunions du comité plénier sont ajoutées à la liste.

 

Service canadien de la faune

Le Service canadien de la faune d’Environnement Canada assure un appui administratif et financier complet au Secrétariat du COSEPAC.

 

Note de bas de page a

Appelée « espèce en danger de disparition » jusqu’en 2000.

Retour à la référence de la note de bas de pagea

Note de bas de page b

Appelée « espèce rare » jusqu’en 1990, puis « espèce vulnérable » de 1990 à 1999.

Retour à la référence de la note de bas de pageb

Note de bas de page c

Autrefois « aucune catégorie » ou « aucune désignation nécessaire ».

Retour à la référence de la note de bas de pagec

Note de bas de page d

Catégorie « DSIDD » (données insuffisantes pour donner une désignation) jusqu’en 1994, puis « indéterminé » de 1994 à 1999.

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Information sur l’espèce

Nom et classification

Nom scientifique :
Silene scouleri Hook. ssp. grandis (Eastw.)
Synonymes :
  • d’après Douglas et MacKinnon, 1998; Hitchcock et al., 1964 :
    • S. grandis Eastw.
    • S. pacifica Eastw.
    • S. grandis var. pacifica Jeps.
    • S. scouleri var. pacifica (Eastw.) C.L. Hitchcock
    • S. scouleri Hook. ssp. grandis (Eastw.) C.L. Hitchcock et Maguire
    • S. scouleri Hook. ssp. scouleri var. scouleri
    • S. repens Patrin ex Pers. var. costata (Williams) Boivin
Nom commun :
grand silène de Scouler
Famille :
Caryophyllacées
Grand groupe végétal :
Dicotylédones

Le Silene scouleri est la plus complexe des espèces du genre Silene, et sa taxinomie est en cours de révision. Peu importe le nom donné aux populations de la côte ouest du Canada, elles sont d’une sous-espèce différente de celle des autres populations canadiennes (John Morton, professeur de botanique, University of Waterloo, 13 mars 2002, comm. pers.).

Le Silene scouleri ssp. scouleri est également présent au Canada; cependant, il ne se rencontre que dans le Centre-Sud de la Colombie-Britannique et n’a pas le statut de taxon rare à l’échelle de la province (Douglas et al., 1998).

Description

Le Silene scouleri ssp. grandis est une herbacée vivace à souche simple ou ramifiée; la tige atteint de 15 à 80 centimètres (cm) de hauteur (figure 1). Les feuilles sont de deux types : basilaires et caulinaires. Les basilaires, pubescentes, mesurent 1,5 cm de largeur et de 6 à 20 cm de longueur; les caulinaires, également pubescentes, sont opposées, au nombre de 3 à 11 paires, et deviennent graduellement sessiles vers le sommet. Les fleurs, blanc verdâtre à violacées, forment une inflorescence allongée. Les pétales, au nombre de 5, sont longs de 7 à 16 millimètres (mm) et rétrécis à la base en un onglet. Le limbe des pétales est divisé en deux lobes pourvus chacun d’une forte dent; il peut même être pratiquement divisé en quatre lobes. Les sépales sont soudés, formant un tube de 10 à 18 mm de longueur, à 10 nervures. Le fruit, une capsule ellipsoïde, renferme des graines brun grisâtre longues de 0,9 à 1,5 mm, à surface verruqueuse (Douglas et MacKinnon, 1998).

Figure 1. Morphologie du Silene scouleri ssp. grandis (illustration agrandie de la fleur : reproduction autorisée d’un dessin de Jane Lee Ling tiré de Douglas et al., 2002; illustrations de la plante entière et des pétales : reproduction autorisée de dessins de J.R. Janish tirés de Hitchcock et Cronquist, 1973.)

Figure 1. Morphologie du Silene scouleri ssp. grandis (illustration agrandie de la fleur : reproduction autorisée d’un dessin de Jane Lee Ling tiré de Douglas et al., 2002; illustrations de la plante entière et des pétales : reproduction autorisée de dessins de J.R. Janish tirés de Hitchcock et Cronquist, 1973.)

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Répartition

Répartition mondiale

Le Silene scouleri ssp. grandis se rencontre uniquement sur la côte ouest de l’Amérique du Nord, depuis la région de Victoria, dans le Sud de la Colombie-Britannique, jusqu’au comté de San Mateo, au sud de la baie de San Francisco (Hitchcock et al., 1964; Wilken, 1993; Douglas et MacKinnon, 1998; voir figure 2).

Figure 2. Répartition du Silene scouleri ssp. grandis en Amérique du Nord.

Figure 2.  Répartition du Silene scouleri ssp. grandis en Amérique du Nord.

Répartition canadienne

Au Canada, le Silene scouleri ssp. grandis se rencontre uniquement à l’île Trial, à l’île Little Trial et à l’îlet Alpha, situés au large de Victoria, en Colombie-Britannique.

Figure 3. Répartition du Silene scouleri ssp. grandis au Canada.

Figure 3.  Répartition du Silene scouleri ssp. grandis au Canada.

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Habitat

Besoins de l’espèce

Aucune information précise n’a été publiée sur les caractéristiques de l’habitat du Silene scouleri ssp. grandis, mais on peut faire un certain rapprochement avec deux taxons apparentés, le S. douglasii var. oraria et le S. spaldingii. Kephart et Paladino (1997) ont constaté que le S. douglasii var. oraria ne pousse pas bien sur les sols peu profonds et rocheux et que son abondance présente une corrélation négative avec la hauteur de la végétation, son pourcentage de couverture ainsi que la profondeur du sol. Le S. spaldingii tolère un broutage léger à modéré (Schassberger, 1988), et le brûlage dirigé semble lui être favorable (Lesica, 1992).

En Oregon, on rencontre le Silene scouleri ssp. grandis dans la région côtière, sur des versants orientés vers la mer (Peck, 1941). En Californie, on le trouve sur des versants rocheux et des falaises du littoral, jusqu’à 300 mètres (m) d’altitude (Hickman, 1993). Au Canada, il est confiné à une zone biogéoclimatique de basse altitude, la zone côtière à douglas, où il pousse principalement dans la prairie à pente faible et à sol mouillé en hiver et sec en été, généralement à moins de 30 m d’altitude (ces prairies sont appelées « maritime meadows » dans la région). Parmi les espèces le plus souvent associées au grand silène de Scouler se trouvent le Rosa nutkana, le Symphoricarpos albus, le Pteridium aquilinum, le Festuca rubra, l’Achillea millefolium, le Grindelia integrifolia, le Fragaria chiloensis, le Piperia maritima, le Lomatium nudicaule, l’Hypochaeris radicata, un Camassia et l’Aira praecox. Dans ses deux sites canadiens, le grand silène de Scouler ne pousse pas dans les fourrés d’arbustes ni parmi les graminées robustes introduites. La population du mont Tzuhalem, probablement disparue, était singulière en ce qu’elle se trouvait à plus de 200 m d’altitude. En matière de terrain et de végétation, les autres caractéristiques de ce site sont semblables à celles des sites des îles Trial et Little Trial et de l’îlet Alpha.

Tendances

La destruction des écosystèmes à chêne de Garry de la région de Victoria a entraîné une perte d’habitat potentiel pour le grand silène de Scouler. Entre 1800 et 1997, la superficie de ces écosystèmes est en effet passée de 10 510 hectare (ha) à 512 ha (Lea, 2002). Ce recul s’est fait presque entièrement au profit de l’agriculture, suivie de l’habitation et des aménagements récréatifs.

Aujourd’hui, le grand silène de Scouler ne se trouve plus que dans de petites îles côtières, où il pousse dans la prairie à quelques mètres au-dessus du niveau de la mer. Dans ces îles, la qualité de l’habitat s’est dégradée à la suite de l’introduction de plusieurs espèces d’arbustes, de graminées et d’autres herbacées, qui forment maintenant une couverture dense à plusieurs endroits. Le brûlage pratiqué dans le passé par les Autochtones afin d’améliorer les récoltes de camash avait peut-être pour effet de maintenir les conditions du milieu favorables au grand silène de Scouler. Si c’était le cas, l’abandon de cette pratique est peut-être à l’origine de la formation d’épaisses touffes d’arbustes indigènes, où le grand silène de Scouler ne peut survivre.

Protection et propriété des terrains

Les populations canadiennes de grand silène de Scouler sont situées sur des terres appartenant au gouvernement de la Colombie-Britannique. Le taxon n’a jamais été signalé sur un terrain privé. La population de l’îlet Alpha se trouve dans la réserve écologique Oak Bay Islands, la sous-population de l’île Little Trial, dans la réserve écologique Trial Islands, et la sous-population de l’île Trial, sur des terres louées au groupe Seacoast Communications pour l’installation de pylônes de relais hertzien.

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Biologie

Généralités

Le Silene scouleri ssp. grandis est une plante vivace à racine pivotante et à souche située juste au-dessous de la surface du sol, d’où émerge une touffe compacte de tiges constituant sur le plan génétique un seul individu (genet). Les grosses touffes peuvent mourir par segments, comme chez le Silene douglasii var. oraria (Kephart et Paladino, 1997), ce qui donne l’apparence de plusieurs touffes rapprochées, mais qui appartiennent en fait toutes au même genet. Le Silene scouleri ssp. grandis ne forme ni rhizome ni autre organe de multiplication végétative. Aucune étude n’a été consacrée à la biologie ni à l’écologie des populations de la Colombie-Britannique.

Reproduction

Peu de données ont été publiées sur la pollinisation et la reproduction chez le grand silène de Scouler. Plusieurs espèces du genre Silene sont autocompatibles (Kephart et Nebenzahl; 1983; Lesica, 1993; Menges, 1995). Jürgens et al. (1996) ont constaté chez certaines espèces que le stigmate est réceptif dans le bouton floral et notent que la fleur est peut-être capable d’autofécondation. Lesica (1993) conclut que l’autopollinisation est rare chez le S. spaldingii, puisque les anthères libèrent leur pollen avant l’allongement des styles. Il a par ailleurs constaté une faible fructification chez les fleurs non butinées.

Les feuilles et le calice sont pourvus de poils glanduleux collants où se prennent les petits insectes qui tentent d’atteindre le nectar sans passer sur la fleur (d’où le nom anglais de « catchfly »).

Chez certaines espèces de Silene, la production de graines est fortement réduite en l’absence de pollinisateurs (Lesica, 1993; Menges, 1995), et les jeunes plantes issues de l’autopollinisation sont parfois sensiblement plus petites que celles issues de la pollinisation croisée (Lesica, 1993). De nombreuses espèces de Silene sont pollinisées par des insectes, notamment des bourdons, des papillons de nuit et des moustiques (Brantjes et Leemans, 1976; Kay et al., 1984; Kephart et Nebenzahl, 1983; Lesica, 1993; Pettersson, 1991). Elles possèdent généralement des nectaires situés à la base des étamines (Jürgens et al., 1996). Le Silene regia, espèce relativement grande et voyante, est pollinisé par des oiseaux-mouches plutôt que des insectes (Menges, 1995), ce qui semble être un cas exceptionnel.

En 2001 et en 2002, la sous-population de l’île Trial a atteint la maturité tardivement. Quelques-unes des premières fleurs ont produit de grandes quantités de graines dès septembre, alors que d’autres fleurs, à la fin d’octobre, n’avaient pas produit de graines ou avaient des graines qui étaient encore petites et pâles.

Survie

En règle générale, la température optimale pour la germination des graines du Silene scouleri se situe aux alentours de 20 °C. Semées dans un pot de particules minérales (genre « grani-grit ») placé sous pellicule de polyéthylène, les graines germent en 2 à 5 semaines (Deno, 1994; Jane Grushow, horticultrice, comm. pers., février 2002; Tom Clothier, fournisseur de semences indigènes, http://users.anet.com/~manytimes/page62.htm). La germination des graines du Silene douglasii et du S. spaldingii, deux espèces étroitement apparentées au S. scouleri, semble nécessiter une stratification à basse température puisqu’en milieu naturel, elle se produit principalement au printemps (Lesica, 1988; Kephart et Paladino, 1997).

Les facteurs déterminant l’établissement des semis du grand silène de Scouler n’ont pas été étudiés. Cependant, Kephart et Paladino (1997) ont constaté chez le Silene douglasii var. oraria que le taux de survie des semis est plus élevé dans les localités ayant subi le passage du feu que dans les localités non brûlées, ce qui pourrait s’expliquer par une plus forte mortalité des semis sur les sols où la litière est épaisse. Le Silene spaldingii produit des rosettes de feuilles la première année et fleurit la deuxième année ou dans les années subséquentes (Lesica, 1993).

En milieu naturel, les espèces vivaces de Silene peuvent vivre plusieurs, voire de nombreuses années (Marsden-Jones et Turrill, 1957).

Nous n’avons observé aucune mortalité appréciable chez les individus matures de l’île Trial en 2000, en 2001 et en 2002. Aucun signe de broutage des feuilles ou des fleurs n’a été relevé chez l’une ou l’autre des deux populations connues, exception faite d’une légère infestation de cercopes chez un individu de l’île Trial en 2001.

La petite population qui se trouvait sur le mont Tzuhalem a décliné petit à petit au cours des années 1990 : elle a fini par ne plus fleurir, puis a disparu au cours d’un hiver. Ce site se trouvait à environ 250 mètres (m) au-dessus du niveau de la mer, cas inhabituel pour le grand silène de Scouler, et on peut penser que ce sont les conditions climatiques qui ont entraîné sa disparition.

Le Silene spaldingii et le S. douglasii var. oraria peuvent réapparaître après une année de dormance, les tiges desséchées étant remplacées par de nouvelles pousses (Kephart et Paladino, 1997; Lesica et Steele, 1994).

Physiologie

Aucune étude n’a été publiée sur la physiologie du grand silène de Scouler.

Déplacements et dispersion

Aucune donnée n’a été publiée sur la dispersion des gènes chez le grand silène de Scouler. Les insectes peuvent certainement transporter le pollen à faible distance, mais ne le peuvent probablement pas entre les deux populations canadiennes connues, vu la distance qui les sépare. L’échange de gènes n’est cependant pas impossible entre les sous-populations des îles Trial et Little Trial, situées à seulement 500 m l’une de l’autre.

Les graines du grand silène de Scouler ne sont pas dotées de structures favorisant la dispersion; la plupart tombent probablement au pied de la plante mère. Il est possible toutefois que leur surface verruqueuse favorise la dispersion par le vent, comme chez d’autres espèces de Silene (Marsden-Jones et Turrill, 1957). Lors d’une étude qui s’est échelonnée sur une période de 10 ans, le Silene douglasii var. oraria, autre taxon rare des prairies côtières, n’a pas réussi à coloniser les quadrats libres aménagés au sein d’une population établie (Kephart et Paladino, 1997).

La répartition localisée et l’historique des populations de la Colombie-Britannique permettent de croire que l’établissement de nouvelles populations se produit rarement.

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Taille et tendances des populations

Le grand silène de Scouler a été signalé dans une douzaine de localités au Canada, toutes situées dans le sud-est de l’île de Vancouver et les petites îles voisines (tableau 1). Deux mentions (« près de Victoria » et « district de Burnside ») sont très imprécises et pourraient correspondre à des localités mentionnées dans le tableau. Des botanistes se rendent régulièrement dans les secteurs du mont Douglas, de Beacon Hill, d’Oak Bay, d’Uplands et de Ten Mile Point, et le fait qu’aucun n’ait signalé le taxon récemment pour ces localités signifie probablement qu’il ne s’y trouve plus. En 2001, nous avons exploré chacune de ces localités, à la recherche de milieux susceptibles d’abriter le taxon.

Tableau 1. Sommaire des populations de Silene scouleri ssp. grandis
LocalitéDernière observationObservateurÉtendueNote de tableauaNombre d’individusNote de tableaubSituation apparente
Île TrialOctobre 2001M. Fairbarns20 x 4 m5Existante (sous-population)
Île Little TrialAoût 2002M Fairbarns100 x 30 m23Existante (sous-population)
Îlet AlphaOctobre 2001M. Fairbarns160 x 80 m250-300Existante
Mont TzuhalemJuillet 2002M. Fairbarns2 x 2 mAucune tige de l’annéeDisparue
Île GriffinAoût 1991M.G. ShepardNon déterminéeNon déterminéIndication géographique erronée
Ten Mile PointAoût 1966A.S. HarrisonNon déterminéeNon déterminéDisparue
Upands, VictoriaJuillet 1953M.C. MelburnNon déterminéeNon déterminéDisparue
« Près de Victoria »Juillet 1938J.W. EasthamNon déterminéeNon déterminéIndication géographique trop vague
« District de Burnside »Août 1935E. CookeNon déterminéeNon déterminéIndication géographique trop vague
Oak BayAoût 1924G.A. HardyNon déterminéeNon déterminéDisparue
Beacon Hill1921G.V. CopleyNon déterminéeNon déterminéDisparue
Île Bare (Mandarte?)Juin 1915J.R. AndersonNon déterminéeNon déterminéDisparue?
Mont Douglas
(Cedar Hill)
Juillet 1897J.R. AndersonNon déterminéeNon déterminéDisparue
Note de tableau a

Englobant la population entière

Retour à la référence de la note de tableaua

Note de tableau b

Chaque individu (genet) forme une touffe comportant environ 3 tiges en moyenne.

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Le site mentionné pour l’île Bare (observé pour la dernière fois en 1915) correspond probablement à celui de l’île Mandarte; il semble en effet qu’on emploie indifféremment l’un ou l’autre nom pour désigner la même île (Réserve indienne Bare Island 9, non habitée). Nous n’y avons trouvé aucun pied de grand silène de Scouler en 2002. L’île Mandarte abrite de grandes populations de cormorans et de goélands, le nombre de goélands étant nettement en hausse depuis quelques décennies. L’enrichissement du sol par les fientes semble avoir joué en faveur de certaines graminées, notamment le Holcus lanatus, le Dactylis glomerata et l’Anthoxanthum odoratum, qui peuvent sans doute éliminer le Silene scouleri par compétition, dans les terrains riches.

La mention pour l’île Griffin est douteuse. L’île Griffin se trouve à quelques mètres seulement de l’îlet Alpha, où le grand silène de Scouler pousse en abondance. Or, en 2001, nous avons exploré l’île Griffin de fond en comble au moment où la floraison du grand silène atteignait son apogée et n’avons trouvé aucun pied de l’espèce, ni végétatif ni florifère. Il existe une seule mention du grand silène de Scouler pour l’île Griffin, soit celle de 1991, et l’herborisateur n’est pas sûr si les spécimens ont réellement été récoltés à l’île Griffin (M.G. Shepard, naturaliste, comm. pers., mai 2001). Ils ont probablement été récoltés à l’îlet Alpha et ont dû être mal étiquetés.

La population du mont Tzuhalem a été découverte il y a de nombreuses années par Adolf Ceska (écologiste, British Columbia. Conservation Data Centre, comm. pers., 5 octobre 2001). Elle n’a jamais compté plus de 2 ou de 3 pousses. Elle a été observée pour la dernière fois en 2000, et la plante n’a pas fleuri cette année-là. En 2001 et en 2002, nous avons fouillé les lieux et n’avons retrouvé aucun grand silène de Scouler; nous supposons donc que le taxon ne s’y trouve plus. Le site du mont Tzuhalem était très singulier, étant situé loin du littoral et à altitude beaucoup plus élevée que tous les autres sites connus.

Le sites actuels, ceux des îles Trial et Little Trial et de l’îlet Alpha, sont englobés dans une très petite étendue au large d’Oak Bay, banlieue de Victoria. Les sites des îles Trial et Little Trial se trouvent à moins de 500 m l’un de l’autre. On peut donc supposer qu’il y a entre eux des échanges fréquents de gènes par l’intermédiaire de la pollinisation.

À l’heure actuelle, la zone d’occurrence du grand silène de Scouler au Canada est d’environ 0,6 km², et la zone d’occupation, de 1,58 hectare (0,0158 km²). Les mentions des sites aujourd’hui disparus étaient parfois accompagnées d’estimations de leur effectif, mais ces chiffres semblent trop peu sûrs pour servir de fondement à une analyse des tendances démographiques. D’après les observations de 2000 et de 2001, l’effectif canadien du grand silène de Scouler se situerait entre 278 et 328 individus.

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Facteurs limitatifs et menaces

La perte d’habitat constitue une menace grave pour les populations canadiennes de grand silène de Scouler et demande une attention immédiate. Les milieux littoraux propices de Victoria et des environs ont été en grande partie aménagés à des fins résidentielles, commerciales et récréatives.

La dégradation de ce qu’il reste de son habitat rend encore plus précaire la situation du grand silène de Scouler. Des graminées et des arbustes exotiques menacent en effet d’empiéter sur les deux populations qui subsistent; ce sont principalement le Cytisus scoparius, l’Hedera helix, l’Ulex europaeus, le Dactylis glomerata, l’Anthoxanthum odoratum, le Lolium perenne, le Bromus sterilis et le B. hordeaceus. Aucune stratégie de lutte contre ces mauvaises herbes n’a été mise au point.

Il est probable qu’autrefois, les Autochtones brûlaient périodiquement les milieux secs et dégagés où pousse le grand silène de Scouler afin d’améliorer les récoltes de camash sur les plateaux. Il n’y a pratiquement pas eu de feux dans cette région du littoral depuis plusieurs décennies, de sorte que les arbustes introduits et certaines plantes indigènes, telles que le Rosa nutkana, le Symphoricarpos albus, le Populus tremuloides et le Pteridium aquilinum, ont pu pousser librement. Nous n’avons trouvé aucun pied de grand silène de Scouler parmi les peuplements denses d’arbustes et de graminées indigènes ou introduits.

La distance de dispersion des graines limite également la répartition du grand silène de Scouler. Il est probablement très rare que des graines soient dispersées à plus de 10 mètres de la plante mère. Il n’est donc pas possible, vu la distance qui les sépare, que les milieux ayant déjà abrité le taxon soient de nouveaux colonisés à partir de graines provenant des populations subsistantes.

Les îles Trial et Little Trial et l’îlet Alpha sont des lieux prisés par les amateurs de kayak. Ceux qui les fréquentent pour pratiquer ce sport risquent de détruire des pieds de grand silène de Scouler, soit en les piétinant, soit en causant involontairement leur destruction par le feu. Ainsi, en juillet 2000 à l’île Little Trial, un feu de plage s’est échappé et a pris l’ampleur d’un incendie intense qui a consommé une partie importante de la végétation de l’île, détruisant peut-être même une partie de la population de grand silène de Scouler. Bien qu’un feu de faible intensité puisse être favorable au grand silène, les combustibles lourds qui se sont accumulés par suite de l’introduction d’arbustes et de graminées exotiques peuvent alimenter des feux d’une intensité suffisante pour détruire la souche de la plante.

Le piétinement est un facteur particulièrement important à l’île Trial en raison de la présence permanente du personnel du phare de la Garde côtière du Canada, situé à quelques centaines de mètres du site de grand silène de Scouler, et du personnel affecté aux tours de relais hertzien et aux installations connexes. Deux des cinq pieds qui constituent la population de l’île se trouvent à moins de un mètre d’un sentier entretenu par fauchage et application d’herbicides.

Les deux populations canadiennes de grand silène de Scouler risquent d’être exposées à la pollution par les navires, puisqu’une des principales routes maritimes d’Amérique du Nord pour le trafic de pétroliers passe à proximité de la zone d’estran des trois îles.

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Importance de l'espèce

En Colombie-Britannique, le Silene scouleri ssp. grandis se trouve à la limite nord de son aire, et il est raisonnable de penser que les populations de cette région peuvent posséder des différences génétiques importantes pour la survie à long terme et l’évolution de l’espèce.

Le Silene scouleri est cultivé comme plante ornementale et est offert par plusieurs pépinières commerciales (p.ex. Elkhorn Native Plant Nursery, Native Plant Sales, etc., sites web disponible en anglais seulement).

L’entreprise commerciale Flower Essence Society offre des essences de Silene scouleri (site web disponible en anglais seulement).

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Protection actuelle ou autres désignations de statut

Le Silene scouleri ssp. grandis n’est pas désigné par la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES) ni par la Endangered Species Act des États-Unis, et il ne figure pas sur la liste rouge de l’UICN. L’organisme NatureServe a attribué au Silene scouleri var. pacifica la cote G5T?Q, en précisant qu’il ne tenait pas ce taxon comme parfait synonyme du S. scouleri ssp. grandis. La cote G5 est attribuée aux espèces communes à très communes, manifestement non en péril et ne pouvant pratiquement pas disparaître dans les conditions actuelles. Le « T? » signifie qu’aucun statut n’a été attribué à la sous-espèce, et le « Q » indique des difficultés taxinomiques au niveau de la variété.

Le B.C. Conservation Data Centre a attribué au grand silène de Scouler la cote S1 à l’échelle de la province (B.C. Conservation Data Centre, 2002), ce qui signifie que le taxon est fortement menacé à cause de son extrême rareté ou parce qu'un ou plusieurs facteurs le rendent particulièrement vulnérable à la disparition. Le grand silène de Scouler figure sur la liste rouge de cet organisme, au nombre des espèces et des sous-espèces (taxons) indigènes que l’on croit disparues, en voie de disparition ou menacées à l’échelle de la province.

Le gouvernement du Canada a adopté la Loi sur les espèces en péril, mais elle n’est pas encore entrée en vigueur. On peut presque affirmer que les espèces rares qui se trouvent sur des terres fédérales en bénéficieront, mais le grand silène de Scouler ne se rencontre que sur des terres du gouvernement provincial. Le seul site qui pourrait peut-être bénéficier de la protection de la loi fédérale est celle de l’île Trial, en raison de la présence du phare de la Garde côtière du Canada.

En Colombie-Britannique, il n’existe aucune protection juridique des espèces en péril. La population de l’îlet Alpha et la sous-population de l’île Little Trial se trouvent dans des réserves écologiques et sont de ce fait protégées, au même titre que toute plante indigène se trouvant à l’intérieur d’une réserve écologique. Cependant, le personnel du Service des parcs de la province se rend rarement sur ces îles, de sorte que l’application de la loi n’est pas très rigoureuse.

La sous-population de l’île Trial ne se trouve pas dans la réserve écologique Trial Islands, mais plutôt à quelques mètres à l’intérieur d’un terrain loué à une entreprise de télécommunications; elle ne bénéficie donc d’aucune protection, ni directe ni indirecte.

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Résumé du rapport de situation

La situation du grand silène de Scouler au Canada est précaire pour plusieurs raisons :

  1. La zone d’occurrence du taxon est d’environ 0,6 km², ce qui est très restreint, et sa zone d’occupation est d’environ 1,58 hectare (0,0158 km²). En outre, l’effectif est très fragmenté, et il ne reste que deux populations, les stations des îles Trial et Little Trial formant deux sous-populations. L’habitat du grand silène de Scouler ne cesse de se rétrécir et de se dégrader en conséquence de l’empiètement d’arbustes et de graminées exotiques. Le taxon est confirmé dans seulement deux localités au Canada.
  2. L’effectif canadien du taxon est inférieur à 350 individus matures.

En outre, la survie des populations actuelles est tributaire de la protection de leur habitat, déjà fragmenté. La présence d’espèces introduites agressives et l’intensification de la circulation piétonne à l’île Trial menacent de plus en plus ce site. Les deux populations risquent d’être exposées à la pollution par les navires, puisqu’une des principales routes maritimes d’Amérique du Nord pour le trafic de pétroliers passe à proximité de la zone d’estran des trois îles.

Les milieux répondant aux exigences du grand silène de Scouler sont extrêmement rares au Canada; ils sont restreints au sud-est de l’île de Vancouver et à de petites îles voisines. La probabilité que de nouvelles populations soient fondées par dispersion naturelle de graines provenant des populations existantes est très faible, à la fois parce que les graines sont dépourvues de structures favorisant leur dispersion et qu’il existe très peu de micromilieux favorables à la germination des graines et à l’établissement des semis.

En Colombie-Britannique, le Silene scouleri ssp. grandis se trouve à la limite nord de son aire, et il est raisonnable de penser que les populations de cette région peuvent posséder des différences génétiques importantes pour la survie à long terme et l’évolution de l’espèce.


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Résumé technique

Silene scouleri ssp. grandis

Grand silène de Scouler – coastal Scouler’s catchfly

Répartition au Canada :

Colombie-Britannique

Information sur la répartition

Zone d’occurrence (km²)

<1 km²

Préciser la tendance (en déclin, stable, en expansion, inconnue) :

En déclin

Y a-t-il des fluctuations extrêmes dans la zone d’occurrence (ordre de grandeur > 1)?

Non

Zone d’occupation (km²) :

~ 0,0158 km² (1,58 hectare)

Préciser la tendance (en déclin, stable, en expansion, inconnue) :

En déclin

Y a-t-il des fluctuations extrêmes dans la zone d’occupation (ordre de grandeur > 1)?

Non

Nombre d’emplacements existants :

2

Préciser la tendance du nombre d’emplacements (en déclin, stable, en croissance, inconnue).

En déclin

Y a-t-il des fluctuations extrêmes du nombre d’emplacements (ordre de grandeur > 1)?

Non

Tendance de l’habitat : préciser la tendance de l’aire, de l’étendue ou de la qualité de l’habitat (en déclin, stable, en croissance ou inconnue).

Étendue et qualité en déclin

Information sur la population

Durée d’une génération (âge moyen des parents dans la population : indiquer en années, en mois, en jours, etc.).

Incertaine (2 ans avant la première floraison?)

Nombre d’individus matures (reproducteurs) au Canada (ou préciser une gamme de valeurs plausibles) :

250-350

Tendance de la population quant au nombre d’individus matures (en déclin, stable, en croissance ou inconnue) :

En déclin (une population, comptant peut-être 1-3 individus, disparue depuis 2000)

S’il y a déclin, % du déclin au cours des dernières/prochaines dix années ou trois générations, selon la plus élevée des deux valeurs (ou préciser s’il s’agit d’une période plus courte).

Très faible ?

Y a-t-il des fluctuations extrêmes du nombre d’individus matures (ordre de grandeur > 1)?

Peu probable

La population totale est-elle très fragmentée (la plupart des individus se trouvent dans de petites populations relativement isolées [géographiquement ou autrement] entre lesquelles il y a peu d’échanges, c.-à-d. migration réussie de < 1 individu/année)?

Oui

Énumérer chaque population et donner le nombre d’individus matures dans chacune.

  • Île Trial (sous-population) : 5
  • Île Little Trial (sous-population) : 23
  • Îlet Alpha (population) : 250-300

Préciser la tendance du nombre de populations (en déclin, stable, en croissance, inconnue).

En déclin

Y a-t-il des fluctuations extrêmes du nombre de populations (ordre de grandeur > 1)?

Non

Menaces (réelles ou imminentes pour les populations ou les habitats)

  • menaces potentielles pour les populations : perte d’habitat, dégradation de l’habitat, piétinement, pollution, compétition avec des espèces exotiques

Effet d’une immigration de source externe

Faible

L’espèce existe-t-elle ailleurs (au Canada ou à l’extérieur)?

États-Unis

Statut ou situation des populations de l’extérieur?

Stable

Une immigration a-t-elle été constatée ou est-elle possible?

On ne sait pas.

Des individus immigrants seraient-ils adaptés pour survivre à l’endroit en question?

Oui

Y a-t-il suffisamment d’habitat disponible pour les individus immigrants à l’endroit en question?

Oui

Analyse quantitative

-

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Remerciements

Nous tenons à remercier le personnel du British Columbia Conservation Data Centre et en particulier Brenda Costanzo pour leur très précieuse contribution à la préparation du présent rapport. George Douglas nous a éclairés sur la taxinomie complexe du Silene scouleri et a fourni les illustrations du grand silène de Scouler ainsi que la carte de sa répartition au Canada.

Le présent rapport a été financé par l’Équipe de rétablissement de l'écosystème à chêne de Garry et le British Columbia Conservation Data Centre.

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Ouvrages cités

British Columbia (B.C.) Conservation Data Centre. 2002. 2002 Provincial vascular plant tracking list. Centre de données sur la conservation, B.C. Ministry of Sustainable Resource Management, Victoria (Colombie-Britannique)

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Wilken, D. 1993. Silene. Pages 488-493, in J.C. Hickman (éd.), The Jepson Manual. Higher Plants of California. University of California Press, Berkeley.

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Les auteurs

Matt Fairbarns a obtenu un B.Sc. en botanique de la University of Guelph en 1980. Depuis une vingtaine d’années, il participe à des projets de cartographie, d’inventaire et de conservation d’espèces et écosystèmes rares de l’ouest du Canada.

Kathleen Wilkinson a obtenu un B.Sc.A. en phytologie de l’Université du Manitoba en 1972 et un M.Sc. en écologie végétale de la University of Calgary en 1981. Elle a travaillé en planification des ressources et, depuis 25 ans, principalement comme conseillère en environnement, dans l’Ouest du Canada. Elle est auteure de deux guides de terrain sur les plantes indigènes d’Alberta.

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Experts consultés

  • Caplow, F. Botaniste. Février 2002. Washington Natural Heritage Program, Department of Natural Resources, Olympia, WA.
  • Donovan, M. Juillet 2001. Coordonnatrice des données biologiques. British Columbia (B.C.) Conservation Data Centre, B.C. Ministry of Sustainable Resource Management.
  • Douglas, W. George. Botaniste de programme. B.C. Conservation Data Centre, B.C. Ministry of Environment, Lands and Parks. Victoria (Colombie-Britannique)
  • Grushow, J. Horticulteur.
  • Kephart, S. Professeur de botanique. Willamette University, Salem (Oregon).
  • McNeill, J. Directeur émérite, Musée Royal de l’Ontario, membre honoraire, Royal Botanic Gardens Edinburgh. Édimbourg, Écosse.
  • Morton, J.K. Professeur émérite. Université de Waterloo, Waterloo (Ontario).

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Collections examinées

La collection suivante a été examinée :

  • Herbier du Royal B.C. Museum

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