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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le grand iguane à petites cornes (Phrynosoma hernandesi) au Canada - Mise à jour

Répartition

Aire de répartition mondiale

Les iguanes à cornes (Phrynosoma) sont endémiques à l'ouest de l'Amérique du Nord. Des 17 espèces de son genre, le grand iguane à petites cornes (Phrynosoma hernandesi) est le plus largement répandu, tant en termes d'altitude, de latitude que d'aire de répartition générale. Il est présent du centre du Mexique aux sections les plus méridionales des prairies canadiennes (fig. 2; Russell et Bauer, 1993; 2000; Sherbrooke, 2003; Stebbins, 2003).

Figure 2. Aire de répartition nord-américaine du Phrynosoma hernandesi. Tirée de Stebbins, 2003.

Figure 2. Aire de répartition nord-américaine du Phrynosoma hernandesi. Tirée de Stebbins, 2003.

Aire de répartition canadienne

Moins de 5 p. 100 de l'aire de répartition mondiale de l'espèce se trouve au Canada (ASRD [Alberta Sustainable Resource Development], 2004). Au Canada, le grand iguane à petites cornes est présent sous la forme d'un nombre limité de populations très éparses et isolées occupant le sud-est de l'Alberta et l'extrême sud de la Saskatchewan (Powell et Russell, 1991a; 1992a; 1993a; 1998; Powell et al., 1998; James, 2002; 2003; ASRD, 2004). Au Canada, l'espèce atteint la limite de son aire de répartition mondiale, les emplacements les plus septentrionaux se trouvant le long de la rive est de la rivière Saskatchewan Sud, au nord de la ville de Medicine Hat, en Alberta, soit à environ 50°10’N (Powell et Russell, 1993a). Milner (1979) considérait les portions sud-est de la rivière Red Deer comme faisant partie de l'aire de répartition de l'espèce en Alberta, mais Laird et Leech (1980) n'ont pas tenu compte de ces emplacements étant donné l'absence d'enregistrements confirmés à cette latitude. L'enregistrement le plus à l'ouest a été fait près du village de Grassy Lake, en Alberta, et le plus à l'est, à l'ouest de la rivière Poplar Ouest, dans le bloc est du parc national des Prairies (Powell et Russell, 1993a). Dans l'examen suivant, portant sur l'aire de répartition de l'espèce au Canada, on aborde en premier lieu les populations de l'Alberta et, en deuxième lieu, celles de la Saskatchewan.

On s'est interrogé sur la nature isolée des populations de l'Alberta puisque des parcelles d'habitat apparemment convenables sont présentes ailleurs dans la région. Dans certains cas, comme le long de la rivière Saskatchewan Sud, il est étrange que les populations ne soient pas plus continues compte tenu de la présence de parcelles d'habitat potentiellement convenables relativement peu éloignées les unes des autres. La nature cryptique de cette espèce, ses faibles densités et la présence humaine généralement limitée dans la région sont des facteurs qui pourraient empêcher de détecter d'autres sous-populations, voire d'autres emplacements. Aucune activité rigoureuse visant à explorer tous les secteurs contenant de l'habitat convenable n'a été consentie, probablement en raison de l'échelle des travaux et des dépenses en découlant.

Toutefois, plusieurs facteurs laissent croire que les iguanes sont confinés à des secteurs relativement petits. La grande sensibilisation du public à cette espèce, attribuable aux nombreuses études réalisées au cours des vingt-cinq dernières années, et certaines activités limitées d'éducation du public devraient avoir contribué à la découverte de nouveaux emplacements. Les employés du secteur de la pétrochimie sont souvent conscients des problèmes auxquels fait face l'espèce, probablement davantage que le grand public. Ce secteur d'activité étant présent dans presque toute la région, de nouveaux emplacements devraient avoir été signalés. Les propriétaires de ranchs et les fermiers de la région entretiennent de larges réseaux sociaux et connaissent bien la plupart des espèces présentes sur leurs terres. Puisqu'ils sont souvent une excellente source d'information, on présume que, si l'espèce était présente, ils le sauraient. Bien qu'aucune activité concertée n'ait été consacrée pour interroger les propriétaires fonciers de tout le secteur, les intervenants de longue date n'ont signalé aucun individu additionnel. Il est possible de que nombreux propriétaires fonciers et intervenants ne transmettent pas systématiquement leurs observations. Cette situation est souvent attribuable aux lois plus strictes qui protègent les espèces en péril et à la crainte de se voir imposer des restrictions sur l'utilisation de la terre. La région de Medicine Hat étant plus populeuse, on pourrait s'attendre à ce que les probabilités de découverte soient plus grandes et que les enregistrements soient plus nombreux à cet endroit. Seulement cinq enregistrements ont été faits à Medicine Hat et dans les environs, dont trois au cours des six dernières années (Fish and Wildlife Management Information System [FWMIS], 2006). La première capture en Alberta (1918) a été réalisée dans ce secteur, et un seul enregistrement y a été fait entre-temps (FWMIS, 2006).

Alberta

La population de l'Alberta est répartie dans quatre grands secteurs : 1) le long de la rivière Saskatchewan Sud; 2) dans les collines de Manyberries (ou les bad-lands); 3) le long du complexe de coulées Chin/Forty-Mile; 4) le long de la rivière Milk et de ses affluents (fig. 3; James, 2002; ASRD, 2004). Ces quatre grands secteurs sont considérés comme isolés les uns des autres par la distance, les faibles densités d'iguanes et la rupture de la continuité de l'habitat. De plus, les sous-populations sont peut-être isolées les unes des autres au sein même de ces secteurs. Par exemple, les sous-populations le long de la rivière Saskatchewan Sud occupent la rive nord du cours d'eau dans la portion ouest du secteur et la rive opposée dans la portion est du même secteur (Powell et Russell, 1992a; James, 2002).

Figure 3. Emplacements enregistrés pour le Phrynosoma hernandesien Alberta. La population de l'Alberta est répartie dans quatre grands secteurs à l'intérieur desquels les sous-populations sont éparses. La première population, soit la plus septentrionale, a été enregistrée le long de la rivière Saskatchewan Sud. La deuxième population est associée au complexe de coulées Chin/Forty-Mile. La troisième population se trouve à l'est de la municipalité de Manyberries. La dernière population est présente le long de la rivière Milk et de ses affluents. Les enregistrements considérés historiques sont ceux antérieurs à 1991, le premier relevé de Powell ayant été réalisé cette année-là (Powell et Russell, 1992a). Les données sont tirées de la base de données d’Alberta Sustainable Resource Development (FWMIS, 2006).

Figure 3.  Emplacements enregistrés pour le Phrynosoma hernandesien Alberta. La population de l'Alberta est répartie dans quatre grands secteurs à l'intérieur desquels les sous-populations sont éparses.

L'aire de répartition historique totale en Alberta a probablement été réduite principalement par des activités agricoles pratiquées dans la région. Par exemple, un iguane à petites cornes a été enregistré en 1923 près du village de Grassy Lake, soit un secteur où l'habitat convenant à l'espèce est actuellement extrêmement limité. Il s'agit de l'enregistrement le plus à l'ouest pour cette espèce (Powell et Russell, 1991). Cet enregistrement porte fortement à croire que l'iguane à petites cornes a autrefois occupé toute la coulée Forty-Mile et que les populations de la coulée et de la rivière Saskatchewan Sud n'ont peut-être formé qu'une seule population. Cette hypothèse suppose la présence d'une population en amont, dans la coulée Forty-Mile, qui serait disparue depuis 1923, probablement en raison des activités agricoles, des barrages et de l'irrigation le long du cours d'eau.

À l'heure actuelle, on ne peut considérer aucune des quatre populations principales restantes comme ayant entièrement disparu au cours des dix dernières années ou des trois dernières générations. Des relevés ont été menés pour l'iguane à petites cornes en été en 2001 et en 2002 (James, 2002; 2003), et la présence de l'espèce a été vérifiée dans les quatre grands secteurs. Toutefois, ces relevés n'ont pas permis de vérifier le nombre d'individus présents dans certaines sous-populations autrefois considérées abondantes (James, 2002; 2003; ASRD, 2004). Il est étonnant qu'il y ait eu peu de captures, surtout dans certaines sous-populations de la rivière Milk, car les conditions semblent idéales et des activités de recherche considérables ont été consentis (James, 2002).

En superposant les points d’observation à une grille de 2 km sur 2 km, on a estimé la zone d'occurrence de l'espèce en Alberta à environ 8 110 km². À partir de ce chiffre, on a estimé que la zone d'occupation de l'espèce en Alberta était de 144 km².

Saskatchewan

La population de la Saskatchewan est concentrée dans chacun des deux blocs du parc national des Prairies (PNP) et est considérée séparée de la population de l'Alberta en raison de la distance et des caractéristiques topographiques naturelles (fig. 4; Powell et Russell, 1992b; 1993a, Powell et al., 1998). Tout comme une des populations principales de l'Alberta, la population de la Saskatchewan est associée au bassin hydrographique de la rivière Milk (Missouri) [Powell et Russell, 1992b; 1993a; Powell et al., 1998]. En Saskatchewan, la population ne va pas au-delà de 49° 30’ de latitude nord ou de 30 km au nord de la frontière américaine (Powell et Russell, 1993a; Powell et al., 1998). L'aire de répartition de l'espèce en Saskatchewan se limite selon toute vraisemblance aux collines Cypress, au nord-ouest, aux collines Boundary, à l'ouest, à Wood Mountain et à la butte de Pinto, à l'est et au nord-est (Powell et Russell, 1993a). Les sous-populations du bloc est et du bloc ouest sont probablement isolées l'une de l'autre en raison de la distance qui les sépare (Powell et al., 1998). Des relevés réalisés en 1995 et en 1996 confirment la présence de sous-populations dans les deux blocs du PNP (Powell et al., 1998).

Figure 4. Enregistrements du grand iguane à petites cornes en Saskatchewan. L'iguane a été enregistré dans chacun des deux blocs (ouest et est) du parc national des Prairies. Les enregistrements proviennent de Powell et al. (1998) et de la base de données du Conservation Data Centre de la Saskatchewan (2006).

1

Certains considèrent que l'aire de répartition de l'iguane à petites cornes au Montana est contiguë à celle de la Saskatchewan (Thompson, 1982), mais d'autres estiment que l'espèce n'est pas présente au nord de la rivière Milk (Montana Natural Heritage Program [MNHP], 2006; Reichel et Flath, 1995; Werner et al., 2004). Toutefois, un enregistrement relativement récent, fait dans un bassin hydrographique au nord de la rivière Milk et directement au sud du bloc ouest du Parc national des Prairies, est signalé dans Cooper et al. (2001). Cet enregistrement donne à penser qu'un certain niveau de contiguïté est possible entre les populations de la Saskatchewan et du Montana dans ce secteur.

En Saskatchewan, on estime la zone d'occurrence à environ 720 km². Ce chiffre a été obtenu en superposant les points d'observation à une grille de 2 km sur 2 km. À partir de ce chiffre, on a estimé la zone d'occupation de l'espèce en Saskatchewan à 76 km².