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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le grand iguane à petites cornes (Phrynosoma hernandesi) au Canada - Mise à jour

Habitat

Le grand iguane à petites cornes occupe divers types d'habitat dans sa vaste aire de répartition longitudinale : prairies d'herbes courtes dans les Grandes Plaines, communautés d'armoises dans le Grand Bassin et sur les versants élevés (jusqu'à 3 170 m d'altitude) et vallées dans le sud (Sherbrooke, 2003). Au Canada, l'aire occupée par l'iguane à petites cornes se trouve à l'extrémité nord des Grandes Plaines et à l'extrémité sud de l'Alberta et de la Saskatchewan. Dans les deux provinces, les zones occupées par l'espèce sont situées dans la prairie mixte septentrionale (Coupland, 1992). En Alberta, la région occupée par l'iguane est classée sous l'appellation « prairie mixte sèche » (National Regions Committee [NRC], 2006), alors qu'en Saskatchewan, l'espèce occupe « l'écorégion de la prairie mixte » (Saskatchewan Conservation Data Centre [SCDC], 2002).

Comme son nom l'indique, la « prairie mixte » accueille à la fois des herbes courtes et moyennes. En Alberta, une communauté composée d'herbe moyenne Stipa comata (stipe comateuse) et d'herbe courte Bouteloua gracilis (boutelou gracieux) recouvre la majorité du type de sol qui prédomine (60 p. 100) dans la région, soit le chernozémique brun d'orthite (NRC, 2006). Sur les sols solonetziques (10 p. 100), plus communs dans la région des collines de Manyberries, l'herbe moyenne agropyre de l'Ouest (Agropyron smithii) pousse conjointement avec le boutelou gracieux (NRC, 2006). En Saskatchewan, la principale communauté végétale dans les secteurs occupés par l'iguane est composée d'un mélange de boutelou et de stipe (Coupland, 1950). Dans le bloc est, ce sont les sols tchernoziomes loameux bruns qui prédominent (Clayton et al., 1977; SIP, 1992). Dans le bloc ouest, les sols des hautes terres entourant la vallée de la rivière Frenchman sont tchernoziomes bruns, de argileux à loameux argileux (SIP, 1992).

Cette région se caractérise par de faibles précipitations, par des températures quotidiennes et saisonnières parfois extrêmes et par de forts vents. Ces conditions favorisent l'évaporation. Les précipitations annuelles moyennes dans la sous-région de la prairie mixte sèche de l'Alberta sont d'environ 333 mm (NRC, 2006) et les vents sont variables. Dans la portion de l'aire de répartition se trouvant en Saskatchewan, les précipitations annuelles moyennes sont de 313 mm à Val Marie, la municipalité la plus proche du parc national des Prairies (Fung, 1999). Dans presque toute la région, les précipitations chutent généralement au cours du printemps et de l'été (NRC, 2006; Fung, 1999). Lorsque surviennent d'importantes précipitations, l'eau dans la plus grande partie de l'aire de répartition située en Alberta s'écoule dans le bassin hydrographique de la rivière Saskatchewan alors que, dans le reste de l'aire, l'eau s'écoule dans le bassin hydrographique de la rivière Missouri par la rivière Milk et ses affluents. En Alberta, la température maximale quotidienne moyenne en été est de 26,2 °C et la température minimale quotidienne moyenne en hiver est de –17,7 °C (NRC, 2006). À Val Marie, en Saskatchewan, la température quotidienne moyenne est de 18 °C en juillet alors qu'elle est de –17 °C en janvier (Fung, 1999). Dans les secteurs occupés par l'espèce, on compte entre 87 et 130 jours exempts de gel en Alberta (NRC, 2006) et entre 80 et 100 (Fung 1999) en Saskatchewan.

Besoins en matière d'habitat

En matière d'habitat, le Phrynosoma hernandesiest un généraliste. Il occupe une vaste gamme d'habitats dans son aire de répartition latitudinale (Sherbrooke, 2003). Au Canada, le grand iguane à petites cornes est le plus souvent observé sur les versants sud des coulées, des bad-lands et des ravins. Les iguanes sont observés à des altitudes allant d'environ 700 m jusqu'à plus de 1 075 m en Alberta (Powell et Russell, 1993a; James, données non publiées) et d'environ 800 m à 900 m en Saskatchewan (Powell et Russell, 1993a).

Les pentes érodées et les communautés végétales perturbées associées aux versants des coulées offrent un mélange de sols nus et de végétation. Les versants sont bien drainés et leurs sols meubles servent de refuge et d'habitat d'hivernage pour l'iguane. Les iguanes à cornes s'enfouissent souvent dans le sol pour la nuit et pendant l'hiver, une pratique qui a été largement documentée (Heath, 1965) et observée chez les populations de l'Alberta (Laird et Leech, 1980; James, 1997). Cela pourrait expliquer la préférence de l'iguane pour les sols meubles et sableux.

La végétation est également importante pour l'iguane en Alberta, celle-ci lui procurant une protection contre le soleil et un refuge nocturne (James, 1997). Au cours d'un récent relevé des populations, 52 p. 100 des iguanes ont été capturés sur des sols dénudés et 43 p. 100 dans des secteurs couverts d'arbustes, d'herbacées et de graminées, avec une grande variabilité dans chaque catégorie (James, 2002). La végétation abondante dissuade l'iguane puisque, selon toute vraisemblance, elle entrave ses mouvements. Par exemple, les herbes épaisses nuisent à la chasse et à la capture de proies, et rendent l'iguane plus vulnérable aux prédateurs, le mouvement des herbes signalant sa présence.

L'habitat des iguanes à petites cornes est naturellement épars. Mais les versants sud clairsemés longeant les cours d'eau et offrant des sols friables favorables pour l'hibernation sont des caractéristiques communes de l’habitat de l'iguane. La disponibilité de ce type d'habitat varie selon l'orientation du cours d'eau, les cours est-ouest offrant généralement plus de versants orientés vers le sud que les cours nord-sud. Le secteur des collines de Manyberries est actuellement celui qui semble offrir le plus d'habitats potentiels. Le sud-est de l'Alberta compte de nombreux secteurs qui pourraient convenir à l'iguane, mais où l'espèce semble être absente ou n'a pas été enregistrée.

Powell et Russell (1993a) ont divisé en trois catégories les types d'habitat dans lesquels le grand iguane à petites cornes est observé en Alberta. De manière générale, les habitats du nord, c'est-à-dire ceux le long de la rivière Saskatchewan Sud et de la coulée Chin, font partie d'une première catégorie. Les habitats du secteur des collines de Manyberries, au sud-ouest des collines Cypress, font partie d'une deuxième catégorie et ceux le long de la rivière Milk et de ses affluents d'une troisième. Dans tous les cas, le grand iguane à petites cornes tend à préférer les versants sud clairsemés, mais n'y est pas exclusivement confiné. Des individus ont été capturés dans le bas des versants et, dans certains cas, dans la partie profonde, et jusqu'à proximité de la prairie, laquelle entoure les écotones avec lesquels l'espèce est le plus souvent associée.

L'habitat du bassin de la rivière Milk tend à se situer le long de la bordure des coulées et des canyons, et des failles associées aux secteurs de bad-lands (Powell et Russell, 1993a). Dans ce secteur, l'enregistrement le plus à l'ouest a été fait sur la rive sud de la rivière Milk, tout juste à l'est du parc provincial Writing-On-Stone (FWMIS, 2006). Toujours dans ce secteur, les enregistrements à l'est les plus nombreux ont été faits sur la rive nord de la rivière Milk et à divers endroits le long du bassin de la rivière Lost, et vers l'est jusqu'à la ville frontière de Wild Horse (FWMIS, 2006). La majorité de ces enregistrements ayant été faits relativement près de la frontière américaine, il est possible que certaines populations soient contiguës à celles du Montana, bien que l'étendue des cultures dans cette région soit beaucoup plus importante au sud de la frontière.

Dans le secteur des collines de Manyberries, la majorité des vallées sont larges et relativement plates. L'habitat se compose de dunes formées par l'érosion du schiste argileux de Bearspaw, commun dans la région, et de tapis épars de genévrier horizontal (Juniperus horizontalus). Le secteur comprend donc des couloirs relativement larges d'habitat potentiel où les microclimats convenant aux iguanes sont nombreux. Le genévrier ancre le sol friable pour créer un relief bosselé. Ces dunes, couvertes de tapis de genévrier et larges d'environ 2 m, sont parsemées de plateaux alluviaux largement dénudés (Powell et Russell, 1998). Dans les zones constituées principalement de hautes terres plates présentes entre les larges dunes couvertes de genévriers poussent des espèces communes d'herbes courtes et moyennes. Les populations de ce secteur semblent être plus étendues et accueillent un plus grand nombre d’individus (James, 2002; ASRD, 2004).

Les populations d'iguanes à petites cornes des coulées Chin et Forty-Mile, et de la rivière Saskatchewan Sud occupent généralement le tiers supérieur des versants associés à ces cours d'eau (Powell et Russell, 1998). La coulée Chin accueille des populations sur ses deux rives (Powell et Russell, 1998). Le long de la rivière Saskatchewan Sud, les iguanes ne s'aventurent que rarement au bas des versants au couvert végétal extrêmement épars ou sur les hautes terres au couvert plus dense (Powell et Russell, 1998). L'habitat de choix de l'iguane s'est créé par l'érosion des bords supérieurs du chenal même de la rivière et par la formation de nombreux replis des versants et des coulées qui rejoignent le cours d'eau principal. Dans certaines des coulées principales se jettent des affluents. Le paysage qui en résulte est un complexe de pentes hétérogènes dont l'aspect varie d’une région à l’autre. Ces populations sont les plus septentrionales au Canada. Les iguanes occupent la rive nord de la rivière dans la portion ouest du secteur et la rive sud dans la portion est. Il y a actuellement des enregistrements des deux côtés de la rivière dans la municipalité de Medicine Hat (Powell et Russell, 1992b; 1993a; ASRD, 2004; FWMIS, 2006).

En Saskatchewan, l'habitat utilisé par l'espèce dans le bloc ouest du parc national des Prairies est similaire à celui de dunes couvertes de genévriers observées dans les bad-lands du secteur des collines de Manyberries, en Alberta (Powell et al., 1998). Dans le bloc est du parc, les iguanes occupent les portions inférieures des versants de coulées et de ravins qui sont relativement clairsemées, mais dont certaines parties sont couvertes d'une épaisse végétation (Powell et al., 1998).

Les iguanes à petites cornes sont modérément tolérants à la présence humaine. De manière générale, même s'ils ont été capturés et manipulés plusieurs fois, les iguanes n'ont pas tendance à fuir leur domaine vital (voir par exemple Powell, 1982; James, 1997). Les perturbations à petite échelle qui n'empêchent pas l'habitat de reprendre sa forme antérieure ne dérangent probablement que temporairement les iguanes.

Tendances en matière d'habitat

Puisque l'aire de répartition des iguanes à petites cornes en Saskatchewan se trouve à l'intérieur des limites proposées pour le parc national des Prairies, le reste de l'habitat disponible semble être protégé pour ces populations. Toutefois, en Alberta, on estime que l'habitat disponible pour les iguanes à petites cornes connaît un déclin, mais pas au même rythme dans tous les secteurs. En Alberta, l'habitat de choix des iguanes à petites cornes est généralement boudé des agriculteurs en raison de sa topographie irrégulière, de ses pentes prononcées et de sa nature improductive. De plus, toute cette région n'est peuplée que de manière éparse. Ces facteurs ont probablement assuré jusqu'à maintenant le maintien des populations d'iguanes. Dans ces régions, le développement et les perturbations qui en découlent sont des processus lents qui paraissent minimes aux yeux de ceux qui ne sont pas des occupants de longue date. Cela dit, il est important de souligner que plusieurs secteurs d'habitat ou d'habitat potentiel ont connu d'importantes pertes ou subissent des perturbations considérables.

Dans la sous-région de la prairie mixte, les pertes d'habitat sont le plus souvent attribuables à la conversion de terres de végétation indigène en terres agricoles. Heureusement, le pâturage est l'utilisation de la terre qui prédomine (55 p. 100) dans l'écorégion de la prairie mixte sèche de l'Alberta (NRC, 2006). De plus, environ 35 p. 100 des terres sont consacrées aux cultures sèches et 10 p. 100 sont irriguées (NRC, 2006). La construction de routes, l'exploitation pétrolière et gazière, et le développement urbain ont également contribué à la réduction de l'habitat indigène.

En Alberta, la construction de barrages pour l'agriculture, les cultures étendues et l'irrigation ont probablement entraîné des pertes d'habitat importantes tout au long de la coulée Forty-Mile (Powell et Russell, 1992b; James, 2002). L’habitat le long de la rivière Saskatchewan Sud et à l'extrême sud, c'est-à-dire le long de la rivière Milk et de ses affluents, semble généralement intacte, mais l'irrigation est de plus en plus pratiquée le long de la rivière Saskatchewan Sud. Il est étonnant, comme il a été mentionné plus haut, qu’aucune capture d’iguane n’ait été rapportée en autant d’emplacements le long de la rivière Milk au cours de récents relevés (James, 2002).

Parmi les régions les plus perturbées, mentionnons celles des collines de Manyberries, où l'industrie pétrochimique, suivie de ses routes, de ses pipelines et de ses puits, prend sans cesse de l'expansion (figure 5, figure6). Des demandes de permis ont également été déposées en vue de l'exploitation à ciel ouvert de mines d'humate, un amendement synthétique, et d'ammonite, une pierre semi-précieuse obtenue à partir d'ammonites fossilisées utilisée en joaillerie, dans la région des collines de Manyberries (Geoff Smith, comm. pers.). Une clause de protection a récemment été ajoutée pour la location légale des terres appartenant à la Couronne de la zone écologiquement vulnérable des collines de Manyberries (Geoff Smith, comm. pers.). Cette clause interdit tout nouveau développement industriel, mais autorise ceux qui ont déjà des installations et des routes d'accès à poursuivre leurs activités.

Figure 5. A) Emplacement de la zone écologiquement vulnérable de Manyberries (polygone bleu) près de Manyberries, en Alberta. Les iguanes à petites cornes sont étroitement associés aux caractéristiques des bad-lands de Manyberries (polygones pointillés), et plus particulièrement à trois types spécifiques de végétation (régions en vert) [tiré de Kissner, 2005]. B) Série chronologique de tous les emplacements de puits (points noirs) dans la zone écologiquement vulnérable de Manyberries (polygone bleu) et dans les secteurs adjacents. La zone écologiquement vulnérable de Manyberries accueille la sous-population d'iguanes à petites cornes des collines de Manyberries. Les polygones sous-jacents montrent l’habitat du grand iguane à petites cornes (tiré de Kissner, 2005).

Figure 5. A) Emplacement de la zone écologiquement vulnérable de Manyberries (polygone bleu) près de Manyberries, en Alberta. Les iguanes à petites cornes sont étroitement associés aux caractéristiques des bad-lands de Manyberries (polygones pointillés), et plus particulièrement à trois types spécifiques de végétation (régions en vert) [tiré de Kissner, 2005].

Figure 5. B) Série chronologique de tous les emplacements de puits (points noirs) dans la zone écologiquement vulnérable de Manyberries (polygone bleu) et dans les secteurs adjacents. La zone écologiquement vulnérable de Manyberries accueille la sous-population d'iguanes à petites cornes des collines de Manyberries. Les polygones sous-jacents montrent l’habitat du grand iguane à petites cornes (tiré de Kissner, 2005).

Figure 6. Nombre de nouveaux puits construits dans la zone écologiquement vulnérable de Manyberries entre 1940 et aujourd'hui.

Figure 6.  Nombre de nouveaux puits construits dans la zone écologiquement vulnérable de Manyberries entre 1940 et aujourd'hui.

Protection et propriété

En Alberta, les terrains de type plutôt marginal que préfère le grand iguane à petites cornes appartiennent à divers types de propriétaires fonciers. Ces terrains sont administrés par plus d'une douzaine d'entreprises d'élevage, par au moins six particuliers, par les gouvernements fédéral et provincial, par des administrations municipales, par une association gérant un pâturage collectif et par une association d'irrigants (J. James, dossiers pers.). Le nombre important de parties intéressées complique grandement l'observation de ces populations. Les relations avec les propriétaires fonciers et les titulaires de domaines à bail sont fondamentales au maintien du dialogue sur cette espèce en Alberta.

La question des terrains est tout à fait différente en Saskatchewan. En effet, dans cette province, tous les enregistrements d'iguanes à petites cornes ont été faits dans les limites actuelles du parc national des Prairies (Powell et al., 1998). Des populations séparées, et présumées isolées, sont présentes dans chacun des deux blocs de ce parc national relativement nouveau et encore inachevé. Selon Powell et al. (1998), l'absence d'enregistrements fiables laisse croire que l'espèce n'est pas présente à l'extérieur des limites actuelles du parc dans cette province. Les terrains qui seront ultérieurement incorporés au parc national des Prairies appartiennent probablement à des particuliers qui exploitent des ranchs et, même s'ils ne sont pas sous la protection du gouvernement fédéral, ils ne sont probablement pas plus à risque.