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Tortue peinte de l'Ouest (Chrysemys picta bellii)

Habitat

Besoins en matière d’habitat

Beaucoup de ce que nous savons sur l’habitat de la tortue peinte de l’ouest provient d’études menées sur d’autres sous-espèces, en particulier dans le nord-est des États-Unis. La tortue peinte est dans une très large mesure une espèce aquatique, présente dans les eaux peu profondes des étangs, des lacs, des méandres abandonnés, des marais, des cours d’eau au débit lent ou des bras morts. L’habitat idéal de la tortue peinte a un substrat boueux, une vaste végétation aquatique émergente, des mattes de quenouilles, des rondins et des rives ouvertes (St. John, 2002). Orchard (1986) suggère que le lac ou l’étang idéal a : 1) une profondeur de ≤ 3 m sur 80 p. 100; 2) un substrat boueux ou sablonneux dans 80 p. 100 de la zone peu profonde (≤ 3 m); 3) des plantes aquatiques (émergentes) couvrant au moins 80 p. 100 du littoral; 4) au moins un site émergent d’exposition au soleil à ≤ 1 m/30 m de la rive.

Bien que les tortues peintes se nourrissent, s’accouplent et hibernent dans l’eau, il n’est pas rare qu’elles se déplacent à plusieurs centaines de mètres sur terre (Gregory et Campbell, 1987). Ces déplacements de longue distance correspondent généralement aux migrations printanières et automnales des individus qui se reproduisent et qui hibernent dans des étangs différents. Les femelles, en particulier, utilisent beaucoup le milieu terrestre et pondent leurs œufs à 150 m ou plus du bord de l’eau (R. Brooks, comm. pers.). Elles choisissent une parcelle de terre ou de sable meuble exposée dans un champ ou un pâturage, une plage ou un bord de route. Elles préfèrent souvent des endroits légèrement inclinés (< 45 °; Orchard, 1986), exposés au sud et bien drainés. Les températures élevées augmentent les taux de croissance et de développement, et le drainage adéquat réduit le degré de saturation et, par conséquent, le risque que des cristaux de glace pénètrent le corp des petits nouvellement éclos qui hibernent (Storey et al., 1989, 1998; Costanzo et al., 1995, 1998, 2004).

Dans une analyse documentaire de la taille pertinente sur le plan biologique des milieux essentiels aux amphibiens et aux reptiles en bordure des zones humides, Semlitsch et Bodie (2003) soulignent que les milieux terrestres sont essentiels à toutes les espèces semi-aquatiques et que la reconnaissance de l’interdépendance biologique entre les milieux terrestres et aquatiques est cruciale pour la pérennité des populations. Une méthode paysage de conservation des tortues ponctuées (Clemmys guttata) et des tortues de Blanding (Emydoidea blandingii), par exemple, sous-tend la protection des petites zones humides, le maintien de vastes zones tampons terrestres autour des milieux humides et la préservation de zones humides en groupes (Joyal et al., 2001). Gibbons (2003) avance qu’il y a deux milieux terrestres d’importance pour la tortue peinte, la périphérie riparienne, ainsi que les corridors terrestres qui relient les zones humides isolées. À la lumière de ces observations, l’habitat idéal de la tortue peinte consiste en des grappes d’étangs de reproduction et d’hivernage, des zones ripariennes et une mosaïque de milieux avoisinants. Selon Bodie (2001), une zone riparienne devait mesurer 150 m de largeur si on se fonde sur les données de migration de 10 espèces de tortues d’eau douce aux États-Unis.


Tendances en matière d’habitat

Les petites zones humides sont souvent converties en terrains utilisables pour l’activité humaine, notamment l’agriculture, l’élevage, la construction de barrages hydroélectriques, l’expansion urbaine et l’industrie. La perte des milieux humides est particulièrement grave près des grands centres urbains. Vancouver, Victoria, Regina, Winnipeg et Thunder Bay sont situés dans l’aire de répartition canadienne de la tortue peinte de l’ouest. La perte des zones humides a été importante en Colombie-Britannique. Au moins 75 p. 100 des zones humides de la vallée du Fraser, sur la côte sud, où est sise Vancouver, sont disparues (Nowlan et Jeffries, 1996), et les destructions se poursuivent. Des scientifiques estiment que 75 p. 100 des zones humides présentes près de Victoria (le long de la côte sud-est de l’île de Vancouver) sont disparues au moment de l’arrivée des Européens (District régional de la capitale, 2005). Bien qu’il n’y ait aucune métropole dans le centre-sud de la Colombie-Britannique, la population humaine est en croissance dans ce secteur; elle a en effet triplé dans l’Okanagan entre 1947 et 1987 (Cannings et al., 1998). Il ne reste que 15 p. 100 des milieux humides et riverains dans les vallées orientales de l’Okanagan et de la rivière Similkameen (centre sud de la C.-B.) (Schebel, 2005).

Beaucoup de zones humides subsistantes subissent une dégradation due à l’activité humaine, notamment par la pollution de l’eau, l’érosion des rives, la disparition de la végétation riveraine, la fragmentation de l’habitat, le remplissage, le captage des eaux et la modification de l’hydrologie des milieux humides. La détérioration de l’habitat serait particulièrement intense à proximité des centres urbains et dans les zones intensivement utilisées à des fins récréatives. Selon un programme triennal de surveillance de la qualité de l’eau dans la vallée du bas Fraser mené entre 1992 et 1997, 21 p. 100 des 24 zones humides étudiées présentaient une faible qualité de l’eau la plupart du temps, et 67 p. 100 d’entre elles étaient exposées à une contamination occasionnelle (Nichol et al., 2001).

Les routes constituent un facteur important de perte et de dégradation des milieux, ainsi que de mortalité directe des tortues. Par exemple, le long d’une autoroute à deux voies traversant un milieu de cuvettes des prairies dans l’ouest du Montana, une moyenne de 346 individus sont tués annuellement sur la route (K. Griffin, comm. pers., 2005). Le réseau américain de routes publiques (6,2 millions de kilomètres), qu’empruntent chaque année 200 millions de véhicules, relie presque toutes les régions et permet de se déplacer entre elles (Forman, 2000). Forman (2000) estime que le cinquième du territoire américain est directement touché par le réseau routier public du point de vue écologique. Parmi ces répercussions, on trouve : la mortalité sur les routes, les déversements de substances toxiques, la sédimentation, la prédation accrue, la modification des schémas de drainage et l’invasion accrue des milieux par des espèces exotiques, de même que des effets distants, tels que la pollution par le bruit et la perte de l’état « intérieur » du milieu (Forman et Deblinger, 2000). Au Canada, le réseau routier n’est pas si dense et complexe, mais il est important dans la majeure partie de l’aire de répartition de la tortue peinte de l’ouest, notamment en Colombie-Britannique, où les activités des humains et des tortues sont grandement confinées aux vallées fluviales entre d’abruptes chaînes de montagnes. Le problème s’aggrave dans le sud de l’intérieur de la province, car la croissance rapide entraîne la construction de routes et l’intensification de la circulation, ce qui cause davantage de morts sur les routes (M. Sarell, comm. pers., 2005).

La perte et la détérioration des milieux humides, la fragmentation de l’habitat et le nombre de routes augmenteront en fonction de l’accroissement de la population et de l’activité humaine. Cependant, il ne s’agit pas encore d’une préoccupation importante dans l’ouest de l’Ontario ni dans le sud du Manitoba, où beaucoup de cours d’eau, de rivières, de lacs et de petits bassins offrent un vaste milieu relié, dont la majeure partie n’est pas touchée par l’homme (A. Didiuk, comm. pers., 2005). En Saskatchewan et en Alberta, les milieux humides sont principalement consacrés au pâturage, et l’activité humaine a peu d’impact sur le littoral. Cependant, les barrages contribuent à la perte de milieux dans les réseaux fluviaux d’importance (p. ex. les marais Netley et Delta au Manitoba, les rivières Qu’Appelle et Souris en Saskatchewan, la rivière Oldman en Alberta). L’accroissement du nombre de barrages risque de représenter une menace à l’avenir. Dans le sud de la Colombie-Britannique, la population humaine croît de façon stable depuis le milieu du xxe siècle (Cannings et al., 1997; Nichol et al., 2001), et on s’attend à ce qu’elle double d’ici 15 ans (Nichol et al., 2001).


Protection et propriété

Les régions ontariennes où la tortue peinte de l’ouest est présente ont généralement une faible densité de population. La tortue peinte est protégée dans le parc national Pukaskwa, dans 12 parcs provinciaux--Sibley, Waterway, Quetico, du Lac-Sandbar, du Lac-Nipigon, de la Rivière-Rushing, Woodland Caribou, du Lac-des-Bois, des Chutes-Kakabeka, du Lac-Caliper, Sleeping Giant et du Lac-Arrow--ainsi que dans l’aire de conservation Cedar Falls (selon les données connues sur les tortues). À l’exception de la région de Thunder Bay et des collectivités longeant l’autoroute transcanadienne, la portion sud-ouest du nord-ouest de l’Ontario est dominée par les forêts et les milieux humides (ainsi que de petites communautés de chalets).

Exception faite de Winnipeg et de ses villes satellites, la densité de la population humaine du Manitoba est de faible à modérée (de 10 à 25 familles au kilomètre carré seulement; Hammond Atlas of Canada and the World), car la région compte essentiellement des terres agricoles. Les réseaux de lacs, de rivières et de zones humides sont vastes dans la majeure partie de la province, et la tortue peinte de l’ouest est protégée dans trois grands parcs (parc national du Mont-Riding et parcs provinciaux Nopiming et Whiteshell) et dans plusieurs petits parcs, dont les parcs provinciaux Assessippi, Grindstone, Hecla, Spruce Woods, Birds Hill et Turtle Mountain.

Le climat du sud de la Saskatchewan est sec, et les tortues peintes de l’ouest n’y sont présentes que dans les quatre principaux bassins hydrographiques en bordure de la frontière américaine (rivières Qu’Appelle, Souris, Swift Current et Frenchman). En raison de la nature agricole de la Saskatchewan, la densité de la population humaine est relativement faible à l’extérieur de Regina. Le vaste parc national des Prairies protège le C. p. bellii dans le bassin de la rivière Frenchman, près de la frontière américaine. Ailleurs dans la province, au moins trois petits parcs (Buffalo Pound, Moose Mountain et Roche Percée) offrent une certaine protection (selon les données connues).

Dans le sud de l’Alberta, la tortue peinte de l’ouest est protégée au sein du parc national Lacs-Waterton et de la très petite aire naturelle Milk River. Deux petits parcs provinciaux se situent dans l’aire de répartition albertaine de l’espèce (du Lac-Beauvais et Writing-on-Stone), mais aucune tortue n’y a été signalée. La protection de l’habitat est faible dans cette province, mais la densité de population humaine y est basse (< 3 familles au kilomètre carré; Hammond Atlas of Canada, 2000).

Selon les données connues, quelques petits parcs offrent une certaine protection aux tortues en Colombie-Britannique, dont plusieurs parcs provinciaux (p. ex. Haynes Point, Kikomun Creek, Lacs-Champion, Lac-Shuswap, Grohman Narrows et Mont-Okanagan), la réserve nationale de la faune de Vaseux-Bighorn et l’aire de protection de la faune de Creston Valley. Dans le sillon des Rocheuses du sud-est de la Colombie-Britannique, l’espèce ne semble pas être en péril, car environ 60 p. 100 des zones humides du bassin du fleuve Columbia sont protégées par des mesures de conservation (J. Krebs, comm. pers., 2005), et il y a une très vaste aire de gestion de la faune à Creston. Le sud de l’intérieur est en grande partie agricole (vignes, vergers, pâturages) tandis que les centres urbains dominent et sont en essor le long de certains lacs et de tronçons de rivière. Sur la côte sud (y compris le littoral au sud du fleuve Fraser et l’île de Vancouver), une grande partie du territoire est grandement exploité. Les parcs provinciaux du Lac-Rolley, du Lac-Cultus et du Lac-Chilliwack constituent quelques territoires susceptibles d’être bénéfiques.

L’habitat de la tortue peinte de l’ouest peut également être protégé par : 1) les règlements sur la pêche le long des zones humides et de cours d’eau contenant des espèces commerciales de poisson; 2) les parcs municipaux; 3) les mesures locales de gestion de la faune; 4) les règlements sur l’environnement (règlements de zonage qui épargnent les zones vulnérables).