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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la couleuvre obscure de l’Est au Canada - Mise à jour

Répartition

Aire de répartition mondiale

La couleuvre obscure est largement répartie dans les forêts de l’est et du centre des États-Unis, mais ne se trouve que dans deux petites régions isolées en Ontario. Le reste de l’aire de répartition s’étend de manière relativement continue depuis le sud-ouest de la Nouvelle-Angleterre, vers le sud le long du versant ouest des Appalaches jusqu’au golfe du Mexique, vers l’ouest, au fleuve Mississippi, et vers le nord, jusqu’au sud-ouest du Wisconsin (figure 1).


Aire de répartition canadienne

L’aire de répartition canadienne de la couleuvre obscure se limite au sud de l’Ontario et ne représente qu’une faible partie de l’aire de répartition mondiale (environ 5 p. 100; figure 2). En Ontario, les couleuvres obscures sont associées à deux régions qui font ci-après l’objet d’examens distincts.


Figure 2 : Répartition canadienne de la couleuvre obscure (Elaphe spiloides)

Figure 2. Répartition canadienne de la couleuvre obscure (Elaphe spiloides).

 


Population carolinienne

Dans le sud-ouest de l’Ontario, les couleuvres obscures occupent actuellement de petits secteurs de la forêt carolinienne sur la rive nord du lac Érié. La vaste mosaïque de forêt décidue et de savane ouverte qui y existait avant la colonisation européenne offrait probablement à l’espèce un abondant habitat de qualité dans la région. La présence de couleuvres obscures a été consignée de la pointe Pelée (Logier, 1925) jusqu’à Fonthill vers l’est (Lindsay, 1931), et il est probable que l’espèce ait autrefois occupé sans discontinuité la plupart de la région carolinienne du sud-ouest de l’Ontario. Comme l’ont observé Prior et Weatherhead (1996), la couleuvre obscure a probablement immigré au Canada par les deux extrémités du lac Érié après le retrait de l’Inlandsis laurentidien (il y a environ 7 000 ans) et la progression subséquente de la forêt décidue vers le nord (Smith, 1957; Pielou, 1991).

La zone d’occurrence actuelle de la population carolinienne est relativement étendue (7 300 km2), mais sa répartition est extrêmement fragmentée; la zone d’occupation n’est que d’environ 320 km2. La zone d’occupation de l’ensemble de la population carolinienne a été établie à partir des enregistrements d’occurrences postérieurs à 1985, et la zone d’occurrence a été calculée en reliant les occurrences pour tracer un polygone convexe. Le précédent rapport de situation du COSEPAC (Prior et Weatherhead, 1996) a relevé la persistance de seulement quatre très petites populations caroliniennes isolées (figure 2), lesquelles font l’objet d’examens distincts ci-dessous.

  1. La population de Skunk’s Misery se situe de façon générale au nord de la rivière Thames, entre Wardsville et Bothwell. Les plus récentes observations vérifiables de cette population remontent à 1984 (Prior et Weatherhead, 1996; Oldham et Weller, 2000) et à 1997 (A. Woodliffe, comm. pers., 2006). Il existe toutefois des observations récentes (datant de 10 ans) de serpents ressemblant à la couleuvre obscure dans cette région (D. Martin, comm. pers., 2006). Les enregistrements près des municipalités de Rodney et de New Glasgow (1987), au sud de l’autoroute 401, permettent de croire à l’existence d’une population distincte associée au 16 Mile Creek (Prior et Weatherhead, 1996; Oldham et Weller, 2000). Compte tenu de la rareté des observations en ce qui concerne cette population, les observations de 1984 ont été incluses dans le calcul de la zone d’occupation.

  2. La population du ruisseau Big semble la plus grande des populations caroliniennes et s’étend approximativement depuis la base de la pointe Long jusqu’à la municipalité de Langton vers le nord, au parc provincial de la Pointe Turkey vers l’est et à Port Burwell vers l’ouest. La zone d’occupation totale, d’environ 260 km2, est calculée à partir d’environ 25 observations relativement récentes (après 1985) du Centre d'information sur le patrimoine naturel (CIPN).

  3. La population d’Oriskany Sandstone est confinée à un territoire relativement petit (moins de 10 km2) dans les cantons de Cayuga et d’Oneida et est plus ou moins délimitée par les municipalités de Nelles Corners, de Cayuga et de Decewsville. Jusqu’en 2000, l’observation confirmée la plus récente remontait à 1990 (Prior et Weatherhead, 1996). Dernièrement, deux individus de cette population ont été découverts et suivis par radiotélémétrie. Un autre individu mort sur la route a été découvert durant l’étude (Yagi et Tervo, 2006). Les deux individus marqués ont hiberné à proximité, mais malgré des tentatives de clôturage et de piégeage dans le secteur, aucun autre individu n’a été capturé, et la taille du gîte d’hibernation est inconnue.

  4. Tel qu’examiné dans le précédent rapport de situation (Prior et Weatherhead, 1996), la population de Niagara est mal définie et fort probablement constituée de quelques petites populations isolées. Les occurrences vérifiables sont situées près des municipalités de Fonthill et de Ridgeway. Un enregistrement d’occurrence récent dans la municipalité de Winger pourrait représenter une nouvelle population isolée.


Population des Grands Lacs et du Saint-Laurent

Dans le sud-est de l’Ontario, la population de couleuvres obscures est généralement associée à l’axe de Frontenac, un prolongement sud-est du Bouclier canadien qui rejoint les Adirondacks dans le nord de l’État de New York. La majeure partie de cette population se trouve dans les comtés de Frontenac, et de Leeds et Grenville, mais une petite partie de son aire de répartition traverse le fleuve Saint-Laurent, dans les comtés de Jefferson et de St. Lawrence du nord de l’État de New York. À la lumière des enregistrements du CIPN et des connaissances des experts dans le domaine (S. Thompson, comm. pers., 2005; J. Leggo, comm. pers., 2005; T. Norris, comm. pers., 2005), la zone d’occurrence de la portion canadienne de cette population serait approximativement délimitée par la route 7 au nord, le fleuve Saint-Laurent au sud, la route 38 à l’ouest et la route 29 à l’est.

La zone d’occurrence canadienne de la population des Grands Lacs et du Saint-Laurent a une superficie d’environ 4 000 km2. Elle est distante d’environ 300 km de la population du sud-ouest de l’Ontario et d’environ 150 km de la population du sud de l’État de New York. L’isolement de cette population est connu depuis le début des années 1900 (Lindsay, 1931; Toner, 1934; Logier, 1957), et l’absence d’enregistrements historiques de couleuvres obscures sur la rive nord du lac Ontario et dans le nord de l’État de New York (Weber, 1928) donne à penser que l’isolement des ces populations remonterait à avant la colonisation européenne (Prior et Weatherhead, 1996). De récentes études génétiques et morphologiques (Gibbs et al., 2006) donnent à penser que la population des Grands Lacs et du Saint-Laurent est le fruit d’une hybridation entre les clades du centre et de l’est (telles que proposées par Burbrink, 2001; voir la section Information sur l’espèce – Nom et classification). Elle serait donc issue d’une colonisation provenant, d’une part, d’une expansion vers l’est du clade du centre le long de la rive nord du lac Ontario, et d’autre part, d’une expansion vers le nord du clade de l’est le long de la rive est du lac Ontario.