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Programme de rétablissement du chardon de Hill (Cirsium hillii) au Canada

2. Rétablissement

2.1 Contexte lié à la population et à sa répartition

NatureServe a répertorié 141 sites2 de chardon de Hill dans le monde (2009) et le COSEPAC, 64 au Canada (2004) (figures 2 et 3), mais depuis, on en a découvert de nombreux autres; aujourd'hui, on connaît l'existence de 93 sites canadiens de chardon de Hill (Jones, 2004-2009; Jalava, 2004a, 2005, 2007, 2008a, b; données au dossier dans la base de données du CIPN).

Figure 2 : Répartition mondiale du chardon de Hill par provinces et états. Zones en rouge : « Gravement en péril »; zones en jaune : « Vulnérable » (NatureServe, 2009).

Figure 2. Répartition mondiale du chardon de Hill par provinces et états. Zones en rouge : « Gravement en péril »; zones en jaune : « Vulnérable » (NatureServe, 2009).

Au Canada, l'aire de répartition se limite à l'Ontario (figure 3); les populations se situent dans le comté de Simcoe (1 site), dans le comté de Bruce (29 sites) et dans le district de Manitoulin (63 sites, dont 20 sur des îles autres que celle de Manitoulin). L'annexe B fournit une liste complète de tous les sites canadiens de chardon de Hill, et l'annexe C, une liste des sites d'où l'on considère que le chardon de Hill a disparu.

Figure 3 : Répartition du chardon de Hill au Canada (Environnement Canada, 2009).

Figure 3. Répartition du chardon de Hill au Canada (Environnement Canada, 2009).

Au Canada, on estime le nombre total d'individus à plus de 13 000 (Jones, 2004-2009; Jalava, 2004a, 2005, 2007, 2008a, b; données au dossier dans la base de données du CIPN). Il existe plusieurs populations et aires d'habitat exceptionnellement importantes (annexe B), et récemment, on a répertorié trois populations contenant plus de 1 000 individus sur l'île Manitoulin (Première nation de Wikwemikong et Taskerville) ainsi que dans la péninsule Bruce (Première nation de Saugeen). La taille des populations de Wikwemikong et de Saugeen n'était pas connue au moment de l'établissement du rapport du COSEPAC en 2004. On a aussi répertorié quatre populations contenant plus de 500 individus.

Il n'existe pratiquement pas de données montrant les tendances relatives à la taille des populations, car aucune surveillance à long terme n'a été effectuée, mis à part dans le parc provincial de Wasaga Beach. À cet endroit, la population est stable depuis 2001; elle a toutefois connu un déclin important pendant toute la période de surveillance allant de 1996 à 2007 (Burke Korol. comm. pers., 2007).

L'ensemble de la population canadienne de chardon de Hill est probablement en déclin en raison de la perte d'habitat due à la succession (envahissement des clairières et des prairies) et aux menaces anthropogéniques. Une perte d'habitat est certainement observable. Selon le COSEPAC (2004), la superficie totale de l'habitat occupé est de 30 km2 (indice de la zone d'occupation3) et aurait connu un certain déclin au cours des 100 dernières années. En effet, on sait que certaines populations ont disparu du pays depuis les années 1970. Toutefois, étant donné que l'on a récemment découvert de nombreuses populations nouvelles, dont certaines très étendues, la tendance générale ou le taux de déclin reste inconnu.

Les zones herbeuses naturelles et dégagées où l'on trouve le chardon de Hill, par exemple les prairies, les savanes à chêne et les alvars, sont toutes des communautés de végétation jugées en déclin (classées dans la catégorie « vulnérable » ou dans une catégorie inférieure par le CIPN en 2008). On trouve aussi l'espèce dans des clairières herbeuses, qui peuvent être les vestiges d'un habitat autrefois dégagé et de grande superficie.

2.2 Objectifs associés à la population et à sa répartition

L'objectif du présent programme de rétablissement est de maintenir les populations viables de chardon de Hill dans leur aire de répartition actuelle au Canada, et ce, à long terme. Plus précisément, le rétablissement du chardon de Hill au Canada est perçu comme un moyen de changer le statut de l'espèce et de le faire passer de la catégorie « menacée » à celle d'« espèce préoccupante » ou à une catégorie de moindre gravité, d'après l'évaluation du Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC). Selon l'information présentée précédemment, d'ici à 2020, les objectifs associés à la population et à la répartition du chardon de Hill sont les suivants :

  1. Freiner le déclin continu du nombre total d'individus à maturité.
  2. Maintenir les populations dans les quatre principales régions où l'on trouve l'espèce (péninsule Bruce, Wasaga Beach, île Manitoulin et îles environantes).

Justification

Dans l'évaluation effectuée par le COSEPAC en 2004, le chardon de Hill figurait au nombre des espèces menacées en raison de sa très petite population et du déclin de son nombre d'individus matures. Malgré qu'il satisfaisait aux critères applicables aux espèces en voie de disparition dans la catégorie 1 (moins de 2 500 individus, déclin continu du nombre d'individus matures, aucune population totalisant plus de 250 plants à fleur) et dans la catégorie 2 (moins de 1 000 individus matures), le chardon de Hill a été désigné menacé plutôt qu'en voie de disparition parce que sa disparition imminente du pays était peu probable étant donné l'occurrence de nombreux sites, parce qu'environ le tiers de ses populations se trouvaient dans des aires protégées, parce qu'il n'avait subi aucune perte récente et parce que tous les sites n'avaient pas été recensés complètement (COSEPAC, 2004).

Tel que mentionné dans la section sur le contexte de la population et de sa répartition, on a découvert 29 nouvelles populations depuis l'établissement du rapport de situation du COSEPAC en 2004 (une augmentation de 45 %), et on a mieux répertorié la taille des populations de chardon de Hill. En 2004, on estimait le nombre d'individus matures à environ 500 plants à fleurs. Récemment, on a répertorié trois populations comptant plus de 1 000 individus, et quatre autres de plus de 500 individus. La population canadienne totale est maintenant estimée à plus de 13 000 individus. La proportion du nombre total d'individus matures au cours d'une année donnée demeure en grande partie inconnue pour les populations du Canada, et peut varier d'une population à l'autre. Cependant, il convient de noter qu'actuellement, ce nombre se situe tout près du seuil des 1 000 plants matures.

Par conséquent, on s'attend à ce que, grâce à l'atteinte des objectifs énoncés précédemment, le nombre de chardons de Hill matures ne soit plus considéré comme étant peu élevé et en déclin lors des prochaines évaluations, même si la population totale demeure très petite et sa répartition restreinte. Le COSEPAC utilise le terme « déclin continu » pour décrire « un déclin récent, en cours ou projeté pour l'avenir (soit régulier, irrégulier ou sporadique), qui peut se poursuivre à moins que des mesures correctives ne soient prises ». Bien qu'on s'attende à ce que certaines des très petites populations (p. ex. celles de moins de 10 individus) disparaissent « naturellement » du pays, principalement parce que l'habitat n'est plus propice en raison de l'envahissement de la végétation, ces pertes isolées pourraient bien être compensées, à long terme, par la croissance et l'expansion de certaines des populations les plus importantes, plus particulièrement celles des aires protégées.

Pour ne plus être qualifié d'espèce menacée, le chardon de Hill doit satisfaire à un autre critère important : l'indice de sa zone d'occupation doit être supérieur à 20 km2. L'indice mesuré est de 56 km2, soit 39 % des 145 km2 d'habitat essentiel cartographié dans le programme de rétablissement, et la zone d'occurrence4 de 9 150 km2, soit 48 % de la superficie approximative totale de 18 990 km2). Ces facteurs contribuent grandement à l'atteinte des objectifs de rétablissement.

Le maintien du chardon de Hill dans ses quatre principales aires de répartition empêchera la réduction importante de l'aire de distribution de l'espèce et en préservera éventuellement la diversité génétique et les adaptations locales.

2.3 Stratégies et méthodes générales de rétablissement

Le rétablissement du chardon de Hill sera en grande partie assuré par les mesures fondées sur l'écosystème pour le rétablissement des alvars ou d'autres habitats dégagés, ainsi que par les mesures qui profiteront directement à l'espèce. Les méthodes générales viseront principalement la protection et le maintien des populations existantes, la réduction des menaces pesant sur l'habitat, la promotion de l'intendance des sites grâce à la diffusion externe et à l'éducation du public, et l'utilisation des renseignements obtenus à la suite des activités de recherche et de surveillance pour orienter les mesures de rétablissement.

Le chardon de Hill est l'une des nombreuses espèces en péril dans la région de la péninsule Bruce et de l'île Manitoulin. Il est essentiel que le rétablissement de cette espèce soit coordonné aux activités de rétablissement entreprises pour d'autres espèces en péril de la même région. On optimisera ainsi l'utilisation des ressources et du personnel. Il sera aussi très important de tenir le public au courant et de prévenir la confusion entre les espèces. Les efforts de rétablissement du chardon de Hill dans la région de la péninsule Bruce et de l'île Manitoulin seront déployés en concertation avec ceux de l'équipe de rétablissement du chardon de Pitcher et des herbes des dunes, qui travaille également dans la région de l'île Manitoulin et du lac Huron. Certaines personnes font partie des deux équipes, et certains membres du personnel de l'Agence s'occupent des efforts de rétablissement des deux groupes. De plus, comme un grand nombre de populations de chardon de Hill se trouvent sur des terres appartenant aux Premières nations, on croit que ces collectivités devraient participer à la planification des mesures pour cette espèce.

2.3.1 Protection et maintien des populations existantes

L'évaluation des outils de conservation adaptés aux sites est nécessaire, car on trouve le chardon de Hill dans différents types de propriété ainsi que dans divers États et provinces; il faut disposer d'une gamme variée de mesures de protection. Le rétablissement dans les aires protégées sera fondé sur des mesures de gestion telles que le contrôle de l'utilisation à des fins récréatives (ou à d'autres fins représentant une menace) pour prévenir les répercussions sur le chardon de Hill et son habitat, la construction de barrières pour limiter l'accès, et l'établissement d'un zonage approprié dans les secteurs où pousse l'espèce. À l'extérieur des aires protégées, on pourrait utiliser certains outils de conservation adaptés aux sites, notamment des programmes d'incitation fiscale, des servitudes de conservation, le financement de mesures de protection des habitats comme le clôturage, etc. L'acquisition, par des partenaires de conservation, de sites de haute priorité mis en vente peut aussi être une voie à suivre. Il faut également encourager la conformité et appliquer les lois lorsque les autres mesures de gestion ne suffisent pas à protéger le chardon de Hill.

2.3.2 Atténuation des menaces pesant sur l'habitat

L'atténuation des menaces sera rendue possible principalement grâce à la protection des populations existantes et à la promotion d'une bonne intendance. Les méthodes utilisées dépendront des menaces présentes à chacun des sites. On pourrait notamment avoir recours à la collaboration avec des gestionnaires pour réaliser des activités adaptées aux sites, comme l'installation de panneaux de signalisation et la construction de clôtures pour réduire les dommages causés par les piétons et les véhicules, ainsi qu'à la collaboration avec les municipalités pour faire en sorte que le chardon de Hill et son habitat soient pris en considération dans la planification de nouveaux développements. On pourrait aussi avoir recours à l'application de la loi dans certains sites.

L'atténuation de la menace que pose la perte d'habitat causée par l'envahissement de la végétation peut s'avérer complexe. L'une des méthodes importantes consiste à déterminer si le brûlage dirigé est un outil utile. L'enlèvement à la main des arbustes pour dégager le sol est aussi une mesure possible qui doit être mise à l'essai.

2.3.3 Promotion de l'intendance des sites

Le rétablissement sur les terres municipales nécessitera la coordination et l'échange de renseignements sur l'habitat avec les services d'urbanisme, la tenue de discussions sur les méthodes juridiques et stratégiques et la participation à la planification de gestion des différents sites. La collaboration avec l'industrie d'extraction d'agrégats pour la protection et la restauration des alvars pendant et après l'extraction fera aussi partie des approches privilégiées. Sur les terres privées et les terres des Premières nations, il faudra collaborer avec les propriétaires et les collectivités pour l'adoption de pratiques exemplaires de gestion.

La diffusion de communications invitant le public à valoriser et à protéger le chardon de Hill et les habitats dégagés est indispensable. Pour encourager une bonne intendance, il faut aider les propriétaires et les gestionnaires fonciers à comprendre ce qui se trouve sur leurs terres. De plus, comme de nombreuses populations de chardons de Hill se situent sur des rivages traversés par un droit de passage public, l'éducation du public à l'égard de l'utilisation consciencieuse de ces endroits devra faire partie des méthodes adoptées. En ce qui a trait aux populations situées sur des terres des Premières nations, il faudra avoir recours à la communication et à la diffusion externe pour obtenir l'aide de la collectivité dans la protection du chardon de Hill et de son habitat. Il faudra également collaborer avec les partenaires locaux, comme les conseils d'intendance locaux, les clubs de chasse et de pêche, etc., afin de sensibiliser les gens et de protéger l'habitat accessible au public.

2.3.4 Utilisation des renseignements obtenus à la suite des activités de recherche et de surveillance pour orienter le rétablissement

Les renseignements recueillis grâce aux activités de surveillance seront essentiels au rétablissement, car ils permettront de savoir où les efforts doivent être placés en priorité. La surveillance peut indiquer si certaines menaces doivent être atténuées de toute urgence, ou si les mesures de protection donnent les résultats escomptés. Elle peut prendre la forme d'un suivi de la circulation pédestre sur les sentiers où l'on trouve le chardon de Hill, ou encore d'une vérification du broutage par les cerfs, pour voir s'il y a un problème. La surveillance des tendances en matière d'abondance et de population sera aussi utilisée pour faire un suivi du rétablissement. La recherche est l'une des principales méthodes utilisées dans le rétablissement du chardon de Hill, et la section 1.6 (Lacunes dans les connaissances) traite des principaux sujets actuellement à l'étude.

Le calendrier d'exécution et les points repères des diverses méthodes sont décrits à la section 2.6 (Mesure des progrès).

2.4 Habitat essentiel

Aux termes du paragraphe 2(1) de la Loi sur les espèces en péril (L.C. 2002, ch. 29), l'habitat essentiel est « l'habitat nécessaire à la survie ou au rétablissement d'une espèce sauvage inscrite, qui est désigné comme tel dans un programme de rétablissement ou un plan d'action élaboré à l'égard de l'espèce ». Un programme de rétablissement précise l'habitat essentiel dans la mesure du possible, d'après les meilleurs renseignements disponibles. En dernier ressort, suffisamment d'habitat essentiel sera désigné pour répondre entièrement aux objectifs liés aux populations et à la répartition.

L'habitat essentiel du chardon de Hill a été défini, et son étendue dans le cadre du présent programme de rétablissement contribue à une large part des cibles décrites aux objectifs 1 et 2 (section 2.2), mais ne respecte pas entièrement ces objectifs. Au total, 90 polygones d'habitat essentiel ont été recensés dans 17 sites appartenant à la région de Manitoulin (38), à la péninsule Bruce (40) et au parc provincial de Wasaga Beach (12). L'indice de zone d'occupation de cet habitat essentiel cartographié est de 56 km2, et la zone d'occurrence s'étend sur 9 150 km2. Conformément à l'objectif 2, l'habitat essentiel est aussi cartographié pour chacune des quatre grandes régions où l'on trouve l'espèce. En désignant ainsi l'habitat essentiel, on contribue de façon importante à l'atteinte des objectifs de rétablissement, sans compter que d'autres outils seront utilisés à cette fin, comme il en a été question à la section 2.3 (Stratégies et méthodes générales de rétablissement).

2.4.1 Renseignements utilisés pour déterminer l'habitat essentiel

On a déterminé l'habitat essentiel du chardon de Hill à partir des données actuelles sur l'habitat de l'espèce. Les enregistrements confirmés dans la péninsule Bruce et à Wasaga Beach ainsi que dans les parcs provinciaux et sur les terres publiques5 et terres privées d'organisations environnementales non gouvernementales de la région de Manitoulin ont tous été utilisés aux fins de la représentation cartographique.

Le chardon de Hill vit dans des parcelles de terrain dégagées et non boisées où poussent divers types de végétation, ou encore dans des clairières, à l'intérieur de forêts au stade pionnier (selon les observations sur le terrain de nombreux chercheurs, dont Reschke et coll., 1999; Brownell et Riley, 2000; Jalava, 2004-2008; Jones, 2004-2008; North-South Environmental, 2005; les données sur la communauté de végétation fournies par les chercheurs susmentionnés figurent dans les dossiers du CIPN). Selon la classification écologique des terres de l'Ontario (CET) (Lee et coll., 1998), au Canada, on trouve cet habitat essentiel au sein des types de communauté de végétation suivants :

Région de la péninsule Bruce et de l'île Manitoulin

ALO1-3
Prairie rocheuse sèche fraîche dégagée dominée par le schizachyrium à balais
ALO1-4
Prairie rocheuse sèche fraîche dégagée dominée par le danthonie à épi
ALS1-1
Alvar arbustif dominé par le genévrier commun
ALS1-2
Alvar arbustif dominé par des arbustes nains de genévrier horizontal et de potentille frutescente
ALS1-3
Alvar arbustif dominé par des conifères chétifs et l'iris lacustre
ALT1-3
Alvar arborescent dominé par le thuya occidental et le pin gris
ALT1-4
Alvar arborescent dominé par le pin gris, le thuya occidental et l'épinette blanche


Wasaga Beach

TPW1
Région boisée et sèche à herbes hautes dominée par le chêne noir (rouge) et le pin blanc
TPO1-1
Prairie à herbes hautes et terre stérile sablonneuse dégagée sèches
FOC1-2
Forêt de conifères sèche fraîche dominée par le pin blanc et le pin rouge
FOM2-1
Forêt mixte sèche fraîche dominée par le pin blanc et le chêne rouge
Prairie culturelle/Prairie à herbes hautes sèche



Ces types de communauté ont souvent des limites distinctes, et passent d'endroits dégagés (propice) à forêts, milieux humides ou prairies culturelles (tous non propices). Ainsi, il est assez facile de repérer, sur le terrain, les zones où l'on trouve des parcelles d'habitat essentiel, et relativement facile de les représenter sur carte (méthodologie ci dessous). Tous les sites d'alvar connus de la péninsule Bruce et de Wasaga Beach ont récemment été cartographiés en détail à partir de données sur le terrain et d'observations par imagerie satellitaire compilées pendant plus de 15 ans (North-South Environmental Inc., 2005; Jalava, 2008a).

2.4.2 Détermination de l'habitat essentiel

Parcs Canada a cartographié l'habitat essentiel de la péninsule Bruce et du parc provincial de Wasaga Beach en octobre 2009, et celui de la région de Manitoulin en avril 2010, en collaboration avec des employés de Parcs Ontario, du ministère des Richesses naturelles de l'Ontario, d'Ontario Nature et de Conservation de la nature Canada, suivant la méthodologie suivante :

Les levés manquants pour compléter l'inventaire (tel que déterminé par l'équipe de rétablissement) et pour soutenir la détermination de l'habitat essentiel ont été pris de 2004 à 2009 (Jalava, 2004-2008; Jones, 2004 2008). Toutes les données relatives à l'occurrence du chardon de Hill dans la péninsule Bruce, le parc provincial de Wasaga Beach et les aires protégées de la région de Manitoulin ont été recueillies à partir des sources disponibles (plus particulièrement les bases de données du CIPN et du parc national de la Péninsule Bruce et les résultats des activités de surveillance réalisés à Wasaga Beach). Ces données ont été examinées de près et mises à jour par Parcs Canada en octobre 2009 et en avril 2010. Seules celles comportant des coordonnées prises au sol à l'aide d'un GPS ou montrant des localités cartographiées de façon très précise sur le terrain à l'aide de photographies aériennes ont été utilisées. Les données sans coordonnées GPS, non cartographiées sur représentation aérienne ou satellite et n'illustrant que vaguement les emplacements n'ont pas été utilisées dans la détermination de l'habitat essentiel. Dans presque tous les cas, des observations géoréférencées plus récentes étaient disponibles et ont remplacé ces données.

Péninsule Bruce et Wasaga Beach: Toutes les données relatives à l'occurrence du chardon de Hill dans la péninsule Bruce (à l'exception des terres des Premières nations) et dans le parc provincial de Wasaga Beach ont été tracées numériquement sur des orthophotographies prises en 2006, et dont la résolution est de 30 cm (Projet d'orthophotographie du Sud-Ouest de l'Ontario, 2006). Les polygones des communautés d'alvars propices cartographiés par Jalava (2008a) y ont ensuite été superposés. Dans la plupart des cas, même si l'on ne disposait que d'une simple coordonnée UTM du centroïde, les données recueillies sur le terrain ont permis de déterminer si les plants étaient dispersés dans la communauté de végétation.

Région de Manitoulin: Toutes les données relatives à l'occurrence dans les aires protégées ont été superposées sur des images satellites générées par Quickbird (six images satellites d'une résolution de 60 cm prises entre les mois de juin 2005 et d'août 2008). De plus, les cartes représentées sur papier (observations sur le terrain inédites de l'IACI, 1995 et 1996, bases de données du CIPN) ont été scannées et superposées sur les images satellites pour montrer les emplacements cartographiés sur le terrain. Une fois encore, on a pu compter sur les données recueillies sur le terrain pour déterminer si les occurrences étaient isolées ou si les individus s'étaient dispersés.

Aire de répartition canadienne en entier: L'espèce pousse à la lisière des forêts et dans les espaces dégagés où le substrat et d'autres facteurs sont propices. La fluctuation de certains de ces facteurs peut faire en sorte que la taille de la population croît et décroît. Par conséquent, il faut inclure une certaine distance radiale autour des individus dans la détermination de l'habitat essentiel (pour permettre la dispersion et l'expansion de la population et fournir un abri et un habitat de lisière). Un groupe de travail appartenant à l'équipe de rétablissement et travaillant sur le terrain a établi que pour prévenir toute répercussion sur l'expansion des populations et de l'habitat, il fallait préserver une parcelle de terrain d'un rayon de 30 mètres autour des individus. À l'aide d'un système d'information géographique, un cercle de 30 mètres de rayon a été tracé autour de tous les points d'occurrence isolée. Les cercles qui se chevauchaient ont été joints pour former un polygone. Les cercles situés à moins de 30 mètres de distance ont été joints dans les cas où les terres avoisinantes contenaient une parcelle d'habitat essentiel. Dans les cas où on a fourni un centroïde pour une population connue de plus de 50 individus, où l'emplacement de chacun des individus n'était pas connu et où le rayon de la parcelle d'habitat propice était supérieur à 30 mètres, toute la superficie d'habitat propice a été désignée habitat essentiel.

Voici certaines des caractéristiques biophysiques de l'habitat essentiel du chardon de Hill au Canada :

  • L'espèce pousse sur des terrains secs et dégagés qui n'ont que très peu de couvert forestier, voire aucun;
  • Le couvert forestier, s'il y a lieu, est principalement composé de conifères (savane ou boisé clair);
  • Les parcelles d'habitat essentiel sont dominées par les herbes courtes et le carex, plus particulièrement le danthonie à épi (Danthonia spicata), le carex de Richardson (Carex richardsonii), la cladonie des rennes (Cladina rangiferina et C. mitis) ou le raisin d'ours, ainsi que par des arbustes dispersés;
  • Les parcelles d'habitat se trouvent souvent à la lisière des forêts et dans les espaces dégagées, plus particulièrement aux abords des alvars et dans les sentiers;
  • Les sols sont généralement peu profonds et varient de sablonneux, près du lac Huron, à silteux et légèrement alcalins, dans les alvars.

Au total, 90 polygones d'habitat essentiel couvrant ensemble 41 hectares répartis dans 17 sites, sont présentés dans ce document. Certains sites comptent plus d'un polygone. L'emplacement général des polygones d'habitat essentiel fournis à l'annexe D est illustré aux figures 3, 4 et 5 à l'aide de cartes détaillées. Les fichiers de forme provenant du SIG et concernant tous les polygones d'habitat essentiel sont tenus à jour par le gouvernement fédéral.

2.4.3 Activités susceptibles de détruire l'habitat essentiel

Les paragraphes qui suivent donnent des exemples d'activités susceptibles de détruire l'habitat essentiel du chardon de Hill et précisent les caractéristiques ou propriétés de l'habitat susceptibles de disparaître. Ces activités peuvent s'avérer destructrices dans toutes les parties de l'habitat essentiel, parce qu'elles peuvent endommager ou détruire les plants de chardon de Hill ainsi que le substrat nécessaire à leur croissance, introduire la compétition ou interrompre les processus naturels qui permettent de maintenir l'habitat.

Activités qui détruisent ou font disparaître la végétation herbacée indigène

  • Construction de chalets, de maisons et d'allées dans des parcelles d'habitat essentiel
  • Construction de routes dans l'habitat essentiel
  • Exploitation de carrières de calcaire/dolomie ou enlèvement de matériaux de surface comme des roches
  • Défrichement
  • Utilisation de parcelles d'habitat essentiel comme aire de dépôt ou route d'accès pendant l'exploitation de forêts avoisinantes

Activités qui perturbent le sol extrêmement mince

  • Utilisation de machinerie lourde dans l'habitat essentiel
  • Utilisation de VTT ou de vélos de montagne hors sentier

Activités qui réduisent la présence des espèces indigènes par l'introduction d'espèces exotiques ou potentiellement envahissantes

  • Dépôt par camion de terre de remplissage, de stériles terreux et de gravier
  • Utilisation de VTT hors sentier (vecteur pour les mauvaises herbes)
  • Ensemencement de pelouses ou plantation d'espèces non indigènes
  • Plantation d'arbres de toute sorte
  • Broutage par le bétail
  • Distribution de foin aux troupeaux dans l'habitat essentiel

Activités qui écrasent et endommagent la végétation et le sol

  • Randonnées pédestres hors sentier
  • Camping, y compris l'installation d'une tente, d'un foyer ou d'une latrine sur des parcelles d'habitat essentiel
  • Utilisation hors sentier de l'habitat essentiel par de grands groupes pour des événements

Dans plusieurs situations, l'utilisation des sentiers profite au chardon de Hill, parce que la perturbation de la lumière empêche d'autres végétaux de pousser. Les seuils à partir desquels l'utilisation des sentiers peut devenir néfaste plutôt que bénéfique n'ont pas été établis. On pense donc qu'en général, l'utilisation des sentiers et des routes existants dans l'habitat essentiel peut se poursuivre. Les gestionnaires des terres sont les mieux placés pour décider, au cas par cas, du point au-delà duquel l'utilisation des sentiers peut devenir nuisible et l'adoption de mesures de protection sera nécessaire.

2.4.4 Calendrier des études visant à définir l'habitat essentiel

Le présent programme inclut une description d'une partie de l'habitat essentiel du Chardon de Hill. On procédera plus tard à l'identification de l'habitat essentiel ailleurs dans l'aire de répartition du Chardon de Hill s'il s'avère nécessaire d'atteindre les objectifs liés aux populations et à la répartition ou si le degré de risque touchant l'espèce s'accroît. Le tableau 3 décrit les études nécessaires pour désigner et cartographier d'autres habitats essentiels.

Tableau 3 : Calendrier des études

Description de l'activitéRésultat/Raison d'êtreÉchéancier
Mise à jour des données d'occurrences et de la cartographie pour le reste des emplacements de l'étude sur les alvars de 1995-1996 afin qu'elles répondent aux normes courantes en matière d'habitat essentiel.Des données d'occurrences et une cartographie complètes et courantes permettent la création de polygones précis d'habitat essentiel pour le reste des populations de la région de Manitoulin.2013. L'activité pourrait être jumelée au travail sur le terrain effectué dans le cadre de la mise à jour du Rapport de situation du COSEPAC dû en 2014.
Désigner des parcelles d'habitat essentiel afin d'atteindre les objectifs liés aux populations et à la répartition.Atteindre les objectifs en matière de rétablissement.Au besoin

Figure 4 : Emplacement général des polygones d'habitat essentiel dans la péninsule Bruce

Figure 4 : Emplacement général des polygones d'habitat essentiel dans la péninsule Bruce.

Figure 5 : Emplacement général des polygones d'habitat essentiel dans la région de Manitoulin

Figure 5 : Emplacement général des polygones d'habitat essentiel dans la région de Manitoulin.

Figure 6 : Emplacement général des polygones d'habitat essentiel à Wasaga Beach

Figure 6. Emplacement général des polygones d'habitat essentiel à Wasaga Beach.

2.5 Conservation de l'habitat

L'habitat essentiel du chardon de Hill est réparti sur un total de 17 sites se trouvant, en totalité ou en partie, dans des aires protégées (parcs national, parc provincial, propriétés appartenant à des organisations environnementales non gouvernementales ou terres publiques fédérales ou provinciales). On compte neuf de ces sites dans la péninsule Bruce, sept dans la région de Manitoulin et un à Wasaga Beach, dans le comté de Simcoe. Certains sites abritent plusieurs polygones d'habitat essentiel. La superficie totale de l'habitat essentiel du chardon de Hill, qui est réparti en 90 polygones à l'intérieur d'aires protégées, s'élève à 41 hectares (18 dans la péninsule Bruce, 15 dans la région de Manitoulin et 8 à Wasaga Beach). Les sites ainsi que leur propriétaire sont énumérés ci dessous, selon les quatre principales régions où ils se trouvent.

Péninsule Bruce
Brinkman's Corner (ministère des Travaux publics)
Parc national de la Péninsule Bruce
Propriété Clarke - havre Baptist (Fondation du patrimoine ontarien; Fiducie du patrimoine ontarien)
Route Dorcas Bay (terre publique)
ZINS du havre de Johnston - pointe Pine Tree (terre publique)
Parc provincial du havre de Johnston - pointe Pine Tree (parc national de la Péninsule Bruce)
Île Lyal (Ontario Nature)
Propriété Rover (Conservation de la nature Canada)
Propriété Williams - havre Baptist (Escarpment Biosphere Conservancy)

Île Manitoulin
Réserve de terres sous conservation de la baie de Mac
Réserve naturelle provinciale de la baie Misery
Réserve naturelle de la baie Quarry (Ontario Nature)
Parc provincial Queen Elizabeth-Queen Mother M'nidoo M'nissing

Îles situées aux alentours de l'île Manitoulin
Île Greene (terre publique)
Île Cockburn, baie Wagosh (Conservation de la nature Canada)
Île Western Duck (terre publique)

Wasaga Beach
Parc provincial de Wasaga Beach

2.6 Mesure des progrès

L'évaluation des progrès accomplis en regard des objectifs de rétablissement du chardon de Hill sera entreprise cinq ans après la publication finale du présent programme de rétablissement dans le Registre public des espèces en péril, puis tous les cinq ans, comme le prévoit l'article 46 de la LEP. On évaluera la réussite du rétablissement du chardon de Hill en comparant aux objectifs associés à la population et à sa répartition l'information obtenue grâce à la surveillance et au contrôle (tableau 4).

Tableau 4 : Mesure des progrès dans le rétablissement du chardon de Hill

CritèreNo de l'objectif viséÉchéance de l'évaluation (nombre d'années après la publication du programme de rétablissement)
Mise en œuvre d'un programme de surveillance dans tous les sites prioritaires1, 23
Début de la mise en place de certaines formes de protection de l'habitat (gestion du parc axée sur la protection, etc.)1, 25
Achèvement de l'évaluation des menaces et étude de solutions possibles pour les contrer1, 23
Début de la mise en œuvre de mesures pour atténuer les menaces, p. ex. installation de barrières pour empêcher la circulation des VTT ou le piétinement par les visiteurs1, 22
Élaboration d'une stratégie de communication visant plusieurs espèces pour la péninsule Bruce et la région de Manitoulin, diffusion d'information sur les pratiques d'intendance aux propriétaires fonciers1, 25 (SC)
5+ (info. - diffusion externe)
Début d'un dialogue avec les Premières nations, les municipalités et les propriétaires de carrières concernant les possibilités d'intendance1, 23
Aucun déclin continu du nombre total d'individus matures1Mesuré sur 10 ans ou trois générations*
Maintien des populations dans chacune des quatre principales régions2Mesuré sur 10 ans ou trois générations*

* Cet échéancier a été établi selon les critères d'évaluation du COSEPAC pour éviter les anomalies qui pourraient survenir sur une période plus courte.

2.7 Énoncé sur les plans d'action

Un ou plusieurs plans d'action seront élaborés d'ici décembre 2015.

2 Par « site », on entend les plants de chardon de Hill et l'emplacement physique où ils sont découverts. Le terme équivaut à une occurrence d'élément (OE), qui peut comprendre plusieurs groupes d'individus situés à moins d'un kilomètre les uns des autres. « Population » est un terme général utilisé pour discuter de groupes d'individus sans nécessairement parler des limites de l'aire de répartition.
3 L'indice de la zone d'occupation est une estimation du nombre de carrés de quadrillage de 1 x 1 km occupés par des populatins existantes (COSEPAC, 2009).
4 La zone d'occurrence est la superficie délimitée par un polygone sans angles concaves comprenant la répartition géographique de toutes les populations connues d'une espèce sauvage (COSEWIC 2009).
5 Une terre publique est une terre qui appartient à la province de l'Ontario. Les utilisations acceptables d'une terre publique varient selon les régions, mais peuvent inclure les activités récréatives, la chasse, l'exploitation forestière, l'exploitation minière ou d'autres utilisations, et peuvent nécessiter l'obtention de permis ou de licences, dans certains cas.