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Programme de rétablissement du chardon de Hill (Cirsium hillii) au Canada

1. Contexte

1.1 Évaluation de l'espèce par le COSEPAC

Date de l'évaluation : Novembre 2004

Nom commun : Chardon de Hill

Nom scientifique : Cirsium hillii (Canby) Fern.

Statut du COSEPAC : Espèce menacée

Justification de la désignation : Le chardon de Hill est une plante herbacée vivace dont l'aire de répartition se limite aux États du nord du Midwest américain et aux régions adjacentes des Grands Lacs. Il pousse dans des zones dégagées, sur des sols minces et des substrats rocheux de calcaire. En Ontario, l'espèce est présente dans 64 sites existants, mais les individus à maturité qui fleurissent sont relativement peu nombreux : on estime leur nombre à moins de 500. Certaines populations sont protégées par des parcs nationaux et provinciaux, mais la plus importante est menacée par les activités d'extraction d'agrégat. L'espèce subit d'ailleurs des menaces continues en raison du développement des rives, de la circulation des véhicules tout terrain et des processus de succession découlant de la suppression des feux dans son habitat.

Répartition au Canada : Ontario

Historique du statut du COSEPAC : Espèce désignée « menacée » en novembre 2004. Évaluation fondée sur un nouveau rapport de situation.


1.2 Information sur le statut de l'espèce

Le chardon de Hill est classé menacé et figure à l'annexe 1 de la Loi sur les espèces en péril (LEP). Il figure également parmi les espèces menacées de la liste des espèces en péril de l'Ontario, établie en vertu de la Loi sur les espèces en voie de disparition (2007). On lui a attribué la cote mondiale G3, ou Vulnérable (NatureServe, 2009). Aux États Unis, le chardon de Hill figure sur la liste fédérale des espèces préoccupantes. On lui a attribué la cote S1, ou Gravement en péril, en Illinois, en Indiana et en Iowa, et la cote S3, ou Vulnérable, en Ontario, au Michigan, au Wisconsin et au Minnesota (NatureServe, 2009). L'aire de répartition canadienne du chardon de Hill se limite strictement à la région des Grands Lacs; cette aire abriterait 50 % ou plus de la population mondiale (voir la section 2.1 (Contexte lié à la population et à sa répartition).

1.3 Description de l'espèce et de ses besoins

1.3.1 Description de l'espèce

Le chardon de Hill (Cirsium hillii (Canby) Fern.) est une plante vivace possédant une racine pivotante profonde et creuse ou des racines fasciculées tubéreuses. On observe des épines le long de la marge ondulée du limbe et aux extrémités des écailles (bractées involucrales), sous le capitule. Le chardon de Hill est constitué de rosettes de feuilles stériles pendant plusieurs années (jusqu'à cinq ans), jusqu'à la dernière année, où il produit une tige droite (de 25 à 60 cm) couronnée d'une seule grosse inflorescence (d'une hauteur de 3,5 à 5 cm) (NatureServe, 2010). La floraison a lieu de la mi juin à la mi septembre et culmine principalement en juillet. Les fleurs à maturité sont d'une riche couleur mauve. Le chardon de Hill se reproduit par multiplication végétative et fait des bourgeons le long des racines latérales (Higman et Penskar, 1999). Généralement, après la floraison et la production des graines, la plante et la racine pivotante primaire meurent, mais les nouvelles rosettes produites par les bourgeons adventifs continuent à pousser. Contrairement à d'autres espèces de chardon envahissantes, le chardon de Hill ne s'étend pas au moyen de rhizomes.

Le chardon de Hill se distingue des autres chardons par sa tige légèrement poilue ou laineuse qui n'a pas d'ailettes ni d'épines. Les feuilles du chardon de Hill ont des sinus très peu profonds, ont une marge généralement ondulée et sont moins épineuses que celles des autres espèces de chardon. De plus, les épines observées sur les feuilles et les capitules du chardon de Hill sont généralement plus courtes et plus fines (COSEPAC, 2004; Higman et Penskar, 1999).

Dans The Flora of North America (Kell, 2006), le Cirsium hillii n'est pas considéré comme une espèce distincte, mais assimilée au Cirsium pumilum (Nuttall) Sprengel var. hillii (Canby) B. Boivin. Selon NatureServe (2009), les deux espèces se ressemblent beaucoup en apparence, mais le C. hillii est une vivace monocarpique (c'est à dire qu'il vit pendant un nombre variable d'années sous forme de rosette avant la floraison, la production de graines et la mort) qui possède des feuilles à sinus peu profonds, des épines courtes et une seule racine tubéreuse creuse, alors que le C. pumilum est une bisannuelle qui possède une solide racine pivotante ainsi que des feuilles à sinus très profonds et très épineuses.

1.3.2 Besoins de l'espèce

Biologie

Il existe peu de données sur la biologie du chardon de Hill, sinon celles présentées dans la description ci dessus. On trouve toutefois des renseignements de base additionnels sur le chardon de Hill par rapport aux autres chardons dans Moore et Frankton (1974).

Habitat et espèces associées

Le chardon de Hill a besoin d'un habitat sec et dégagé, et de peu de couvert (figure 1a). Le plus souvent, on trouve l'espèce dans des parcelles de terrain dégagé, parmi les graminées courtes, en particulier le danthonie à épi (Danthonia spicata) et la cladonie des rennes (Cladina rangiferina et C. mitis), et les arbustes parsemés (figure 1b). On ne la trouve pas dans la végétation dense ou dans des endroits dominés ou encombrés par d'autres plantes (Jones 1995-2008; COSEPAC, 2004; Jalava, 2004-2008; Janke et coll., 2006; White, 2007a). Le couvert forestier, s'il y a lieu, provient surtout des conifères, et il est très dégagé, comme dans une savane ou un boisé.

On trouve l'habitat dégagé et herbeux dont a besoin le chardon de Hill dans plusieurs types de végétation différents, notamment dans les prairies, les landes sablonneuses, les savanes à chêne et à pin gris, certains types d'alvars et les boisés clairs, ainsi que derrière les dunes (tant actuelles que relictes) (Voss, 1996; Penskar, 2001; NatureServe, 2009). Beaucoup de gens considèrent le chardon de Hill comme une espèce des alvars (Catling, 1995; Brownell et Riley, 2000); on peut toutefois le trouver dans d'autres types de végétation, lorsque les conditions y sont propices. Bon nombre des différents types de communauté végétale où peut pousser le chardon de Hill ont été documentés.

Les espèces typiques associées sont des graminées indigènes telles que le danthonie à épi, le schizachyrium à balais (Schizachyrium scoparium), le carex ivoirin (Carex eburnea) et le carex de Richardson (Carex richardsonii), de même que la cladonie des rennes, le genévrier commun, le raisin d'ours (Arctostaphylos uva ursi), le genévrier horizontal et l'iris lacustre (Iris lacustris) (COSEPAC, 2004; Jalava, 2004-2008; Jones, 1995-2008).

Sols

Les sols varient de sablonneux, près de la rive du lac Huron, à silteux et légèrement alcalins, dans les alvars. Ils sont souvent minces, et le chardon de Hill peut même pousser sur un simple monticule de sable, au sommet d'un substrat calcaire ou d'une roche dolomitique.

Rôle du feu

Le feu est probablement essentiel à la création ou au maintien de l'habitat du chardon de Hill. De nombreux types de végétation où pousse l'espèce sont dits « tributaires du feu » (COSEPAC, 2004; Penskar, 2001; Higman et Penskar, 1999), puisque le feu empêche que le sol ne se couvre d'arbres et d'arbustes. Il est toutefois plus exact de dire que ces types de végétation ont été créés par le feu. Jones (2000) a montré qu'avant un grand feu historique, presque toutes les savanes à chêne d'un secteur de l'île Manitoulin étaient des forêts caducifoliées, et qu'elles avaient été créées en une seule occasion, mais que presque aucune n'avait brûlé une deuxième fois. Un grand nombre d'alvars de la péninsule Bruce et de l'île Manitoulin ont brûlé dans le passé, mais la plupart des traces de feu semblent très anciennes (au moins 50 à 70 ans) et aucune n'est récente. De plus, une grande partie de l'île Manitoulin a brûlé avant les premiers arpentages dans les années 1870, et il n'y a eu que très peu de feux depuis (Jones et Reschke, 2005; Jones, 2000; Reschke et coll., 1999). Enfin, certains habitats sont encore aujourd'hui propices à la présence du chardon de Hill bien qu'ils n'aient pas subi de grands feux depuis plus de 100 à 150 ans; il est donc possible que le feu ne soit nécessaire qu'à de longs intervalles, peut-être tous les 100 à 200 ans ou plus.

Il existe peu de preuves selon lesquelles de fréquents feux de faible intensité favoriseraient le maintien de l'habitat. Toutefois, malgré la nécessité de supprimer les feux pour protéger la vie humaine et les biens, il est possible que l'on doive recourir au brûlage dirigé de faible intensité pour maintenir l'habitat, en l'absence de feux réducteurs de couverture. Les résultats d'un brûlage dirigé dans le parc provincial de Wasaga Beach en 2004 ne se sont pas avérés concluants en ce qui a trait aux bienfaits pour le chardon de Hill (White, 2007a; Korol, comm. pers., 2007). La surveillance continue de l'endroit pourrait nous permettre d'en savoir plus. Aussi, Jones a observé cinq sites de l'île Manitoulin (observations sur le terrain inédites, 2007) qui ont subi un brûlage au cours des 5 à 30 dernières années et qui sont situés près de populations existantes de chardon de Hill. Aucun de ces brûlages n'a entraîné l'apparition de végétation similaire à celle où pousse actuellement le chardon de Hill.

Perturbation

Le chardon de Hill pousse souvent dans des régions ayant été perturbées il y a très longtemps, par exemple des sites ravagés par le feu dans un passé lointain, ou des sites d'exploitation forestière datant de la période historique. Hill (1910) a observé l'espèce en 1910 dans le sud et l'ouest de Chicago « sur des terrains ferroviaires clôturés avant même que la prairie environnante ait jamais été labourée » (COSEPAC, 2004). Il a aussi signalé que l'espèce pouvait coloniser des pâturages et des champs agricoles en jachère. Toutefois, ces aires n'étaient probablement pas aussi perturbées ni aussi herbeuses qu'elles le sont aujourd'hui, et elles devaient contenir une flore indigène importante. De nos jours, au Canada, le chardon de Hill ne se trouve jamais dans les régions fortement perturbées ni dans les champs agricoles en jachère (Jones, obs. pers.; Jalava, obs. pers.; données sur l'habitat de la base de données du Centre d'information sur le patrimoine naturel, CIPN, 2009).

Figure 1-A : Habitat au sol herbeux dégagé, caractéristique du chardon de Hill

Figure 1-A : Habitat au sol herbeux dégagé, caractéristique du chardon de Hill.

Figure 1-B : Rosettes basilaires du chardon de Hill (centre) et végétation typique associée - danthonie à épi (partout en arrière plan) et raisin d'ours (petites feuilles rondes brillantes en haut, au centre, et en bas, à droite)

Figure 1-B : Rosettes basilaires du chardon de Hill (centre) et végétation typique associée - danthonie à épi (partout en arrière plan) et raisin d'ours (petites feuilles rondes brillantes en haut, au centre, et en bas, à droite).

La nécessité d'introduire ou non des perturbations dans l'habitat du chardon de Hill peut dépendre de la qualité de l'habitat. On a proposé, pour des habitats densément végétalisés, d'introduire des perturbations légères : des sentiers de faible fréquentation peuvent contribuer à garder certaines parcelles dégagées, propices à la création ou au maintien de l'habitat du chardon de Hill (COSEPAC, 2004). Il y a effectivement plusieurs observations du chardon de Hill le long de sentiers (TNC, 1990, dans COSEWIC, 2004; Jones, 1995; Jalava, comm. pers., 2009). Dans certains cas où la végétation envahit le site, le sentier est le seul terrain dégagé restant.

Par ailleurs, dans les grandes superficies d'habitat de bonne qualité, dégagé et herbeux, même une perturbation anthropique légère (p. ex. l'utilisation occasionnelle de VTT sur un sentier donné) peut causer des dommages considérables, comme l'introduction de mauvaises herbes, la création d'ornières et la perturbation du sol, et entraîner ainsi une dégradation générale de l'habitat (Jones, observation sur le terrain inédites, 2007). Donc, bien qu'une perturbation légère puisse être utile dans des habitats marginaux, elle peut être nuisible dans les habitats de qualité. Il serait en outre très difficile de maîtriser ces perturbations anthropiques et il n'est pas recommandé de les utiliser comme outil de maintien de l'habitat. Le point à partir duquel une perturbation devient dommageable n'a pas été établi. L'étude approfondie d'autres techniques et processus de dégagement des habitats est recommandée (voir le tableau 2 de la section Lacunes dans les connaissances).

1.4 Détermination de la menace

La perte d'habitat propice par suite de l'envahissement causé par la suppression des feux ou le développement est la principale menace qui pèse sur le chardon de Hill. Cette dernière et d'autres sont présentées dans le tableau 1.

 

Tableau 1 : Menaces pesant actuellement sur le chardon de Hill, présentées par secteur central

MenaceÎle Manitoulin et îles du lac HuronÎles du chenal du Nord et de la baie GéorgiennePéninsule BruceWasaga Beach
Habitat limitéEEEE
DéveloppementEFEN
Machinerie lourdeMEMN
Dommages dus au piétinementFFMM
Véhicules tout terrainMFMF

L'intensité des menaces est qualifiée d'élevée (E) de moyenne (M), de faible (F) ou de nulle (N).

1.4.1 Description des menaces

1) Habitat limité

Il a été déterminé que le manque d'habitats propices constituait la principale menace pour le chardon de Hill (Jones, 1995-2008; COSEPAC, 2004). Les besoins de l'espèce sont très restrictifs : parcelles naturelles au sol sec, dégagé et herbeux. Les habitats propices étaient autrefois beaucoup plus répandus, après les gros feux historiques qui ont eu lieu sur l'île Manitoulin et dans la péninsule Bruce (Jones et Reschke, 2005). Maintenant, après plus de 100 ans de suppression du régime naturel des feux par les humains, l'envahissement de la végétation n'a laissé que de petites parcelles d'habitat isolées où la lumière est beaucoup trop faible et la compétition pour l'espace et les nutriments du sol beaucoup plus importante. L'absence de feux de friche fait également s'accumuler la litière, ce qui empêche les graines de bien s'établir (Higman et Penskar, 1999). Même si l'habitat rétrécit très lentement, bientôt, une bonne partie de ce qui reste ne conviendra plus à cause de la densité de la végétation et de la superficie des habitats (moins de 1/2 ha).

2) Développement : Construction de bâtiments et de routes

On trouve principalement le chardon de Hill à proximité des rivages du lac Huron et de la baie Georgienne, dans des secteurs de premier choix pour le développement immobilier. Même loin des rives, par exemple au centre de l'île Manitoulin, les parcelles herbeuses dégagées sont souvent choisies pour construire des chalets, des camps de chasse et d'autres bâtiments parce qu'il n'est pas nécessaire de nettoyer les terrains. La construction de bâtiments et de routes détruit à la fois l'habitat et les plantes.

3) Machinerie lourde pour l'enlèvement de pierres ornementales et l'exploitation forestière

L'utilisation de machinerie lourde dans l'habitat du chardon de Hill détruit les plantes et compacte ou déplace la mince couche de surface, laissant d'immenses ornières. Elle introduit également des espèces de mauvaises herbes, ce qui peut entraîner la réduction ou l'élimination des espèces indigènes. La machinerie lourde est utilisée pour sortir de l'habitat des blocs erratiques (qui ont une valeur économique pour l'industrie de l'aménagement paysager). La machinerie utilisée pour l'exploitation forestière dans les zones adjacentes aux alvars finit souvent par passer sur les habitats dégagés ou par s'y stationner. De plus, on se sert souvent des habitats dégagés adjacents aux forêts comme aires d'empilage des grumes.

4) Piétinement des marcheurs ou des vélos de montagne

Plusieurs populations de chardon de Hill des aires protégées se trouvent dans des sentiers de randonnée pédestre et sont menacées par le piétinement, qui peut détruire les plantes, déplacer le sol et entraîner l'apparition de mauvaises herbes. Toutefois, il arrive souvent que le chardon de Hill pousse sur des sentiers maintenus dans un état convenable grâce à une faible présence humaine. Cela est particulièrement vrai lorsque le sentier constitue le seul terrain dégagé encore propice à l'établissement de l'espèce. Par conséquent, il faut gérer l'intensité d'utilisation pour atteindre l'équilibre parfait; la détermination du point à partir duquel l'utilisation commence à avoir une incidence est un facteur clé.

5) Véhicules tout terrain (VTT)

Tout comme le piétinement, l'utilisation du VTT constitue une menace pour le chardon de Hill lorsqu'elle est suffisamment fréquente pour endommager ou détruire les plantes, déplacer le sol, créer des ornières ou introduire des mauvaises herbes qui réduisent la présence des espèces indigènes. Les endroits accessibles par VTT ne se limitent pas aux sentiers, comme c'est le cas pour les gros véhicules, et par conséquent, les dommages causés sont souvent beaucoup plus étendus. Les véhicules tout terrain ont probablement provoqué la disparition d'au moins une population de chardon de Hill (COSEPAC, 2004). Cependant, dans certaines situations, on trouve l'espèce au bord des sentiers de VTT parce que le sentier constitue le seul espace ouvert restant d'une forêt envahissante. (Jalava, comm. pers., 2009; données recueillies sur le terrain, base de données du Centre d'information sur le patrimoine naturel). La question de savoir si une faible utilisation du VTT endommagera ou non l'habitat dépend aussi de l'endroit et du type de végétation. Les dunes et les alvars sont particulièrement vulnérables aux dommages, et pourraient ne pas supporter même une faible utilisation des VTT. Cette fois encore, le contrôle de l'utilisation est essentiel. Se reporter aux propos sur la perturbation à la section 1.3.2 pour de plus amples renseignements.

Autres menaces potentielles

1) Extraction d'agrégats

La péninsule Bruce est un endroit de premier choix pour l'exploitation de carrières de calcaire, car les alvars où l'on ne trouve qu'une mince couche de substrat sont des sites tout désignés pour ce type d'activité. Les plants de chardon de Hill localisés pendant les travaux de nature environnementale liés aux processus d'approbation doivent être protégés, mais l'exploitation de nouvelles carrières pourrait entraîner une perte d'habitat. Dans la région de Manitoulin, on trouve le chardon de Hill dans deux carrières déjà titulaires d'un permis d'exploitation (observations sur place dans le cadre de l'International Alvar Conservation Initiative, 1996; COSEPAC, 2002), mais le statut actuel de ces populations est encore inconnu. Avant d'exploiter de nouveaux sites d'extraction d'agrégats dans la région de Manitoulin, il faut maintenant effectuer une étude technique sur l'environnement naturel, étant donné que la région a été désignée en vertu de la Loi sur les ressources en agrégats. Ainsi, le chardon de Hill devrait maintenant bénéficier d'une protection supplémentaire dans cette région.

2) Broutage par le cerf de Virgine ou dommages causés par eux

Sur l'île Manitoulin, on a observé que la fleur de certains plants de chardon de Hill avait été mangée (Jones, 1996-2009, observations inédites). Chez les petites populations de chardon de Hill où seulement quelques individus fleurissent, parfois après de nombreuses années, le broutage des inflorescences peut représenter une menace sérieuse. Les cerfs sont nombreux dans la région de Manitoulin où l'on observe souvent des dommages à la végétation (Selinger, comm. pers., 2010).

1.4.2 Facteurs limitatifs

La faible viabilité des graines et le faible taux de germination peuvent constituer des facteurs limitatifs de l'espèce. Il se peut aussi que les semis aient une capacité de compétition médiocre pour l'espace et la lumière (NatureServe 2010). Cependant, les principaux problèmes touchant le chardon de Hill concernent les menaces, et non les limitations intrinsèques (Jones, 2004 2009; Jalava, 2004a, 2005, 2007, 2008a, b).

1.5 Mesures déjà prises ou actuellement en cours

Pour planifier le rétablissement du chardon de Hill, il est important de tenir compte de ce qui a déjà été accompli, pour éviter de faire le travail en double. La majeure partie du travail de protection des alvars et de sensibilisation à l'égard de leur importance a été effectué avant la création du programme de rétablissement. Bon nombre des mesures prises ont permis de protéger directement les populations de chardon de Hill, ou ont à tout le moins amélioré leur situation. Voici certaines des réalisations les plus importantes :

L'International Alvar Conservation Initiative (IACI)

Cette étude binationale menée dans toute l'aire de répartition des alvars a fourni un inventaire détaillé et normalisé de la plupart des sites importants d'alvar en Ontario, au Michigan, dans l'État de New York et en Ohio (Reschke et coll., 1999). Dans le cadre de travaux sur le terrain, on a fait des relevés botaniques, dressé l'inventaire des communautés végétales, procédé à la classification et à la cartographie et réalisé des études précises sur divers processus écologiques, dont l'historique des feux et la succession naturelle (Schaefer, 1996; Schaefer et Larson, 1997; Jones, 2000; Jones et Reschke, 2005). Cette étude a permis de collecter de l'information sur le chardon de Hill dans de nombreux sites importants. Elle a également permis de protéger, à la suite du projet, plusieurs sites d'alvar où pousse le chardon de Hill (y compris la baie Quarry, la baie Bélanger et le havre de l'île Burnt). Des trousses d'intendance ont été distribuées aux propriétaires d'alvars pour les sensibiliser à la particularité de cet écosystème et des espèces rares qu'il abrite (dont le chardon de Hill) (Jalava, 1998; Jones, 1998).

Étude thématique sur les alvars en Ontario

Dans cette étude écologique des alvars de l'Ontario, on a classé les alvars importants selon les régions (Brownell et Riley, 2000). La présence du chardon de Hill est l'une des caractéristiques particulières sur lesquelles le classement a été fondé.

Parc provincial de Wasaga Beach

Ce parc gère un programme de surveillance du chardon de Hill depuis 1996 (White, 2007a, b) et a mené un brûlage dirigé dans son habitat en 2004 (Jackson, 2004). Les résultats de ces efforts seront utiles, parce qu'ils fourniront des renseignements de base pour la conception de plans de surveillance à grande échelle et de gestion de l'habitat du chardon de Hill.

Aires protégées

Plusieurs alvars ont été protégés au cours des dix dernières années à la suite du travail de conservation effectué pour cet écosystème (Agence Parcs Canada, 2010). Un grand nombre de ces sites d'alvar abritent des populations de chardons de Hill. Voir la section 2.7 (Conservation de l'habitat) pour consulter la liste des aires protégées où l'on trouve le chardon de Hill.

Gestion des aires protégées

Dans le parc national de la Péninsule Bruce, la réserve naturelle provinciale de la baie Misery, le parc provincial Queen Elizabeth-Queen Mother M'nidoo M'nissing et les réserves naturelles privées, comme la réserve naturelle de la baie Quarry, la gestion est axée sur le maintien de l'intégrité écologique des habitats, y compris des nombreuses aires où pousse le chardon de Hill.

1.6 Lacunes dans les connaissances

Le tableau 2 résume les importantes lacunes dans les connaissances en ce qui concerne le chardon de Hill en Ontario. En comblant ces lacunes, on fournira de l'information qui pourra être utilisée pour réduire les menaces ou mieux gérer l'habitat. De plus, en ayant une meilleure compréhension de l'aspect biologique de l'espèce, on pourra déterminer les éléments qui sont des menaces graves et ceux qui n'en sont pas.

Tableau 2 : Résumé des lacunes dans les connaissances

Ce qu'il faut connaîtrePour déterminer
Les effets du brûlage dirigé sur le chardon de HillSi le feu peut être utilisé pour maintenir l'habitat
Après combien de temps un habitat devient inapproprié en raison de la succession naturelle, et le long cycle nécessaire pour la création d'un nouvel habitatSi les feux périodiques ont, au fil du temps, maintenu l'habitat, et si le feu est important dans un habitat qui fonctionne naturellement
Les seuils de tolérance à la perturbationLa fréquence à laquelle certaines activités peuvent ou doivent se poursuivre dans un habitat essentiel
La mesure dans laquelle la coupe du couvert forestier et l'enlèvement des arbustes environnants amélioreraient l'habitatSi cette méthode peut permettre de maintenir un habitat propice en l'absence de feux
La mesure dans laquelle l'habitat demeure propice et accessible au chardon de Hill en présence de mauvaises herbesSi la présence d'espèces exotiques contribue au déclin des populations de chardon de Hill
La mesure dans laquelle le chardon de Hill est autofertileL'ampleur de la menace engendrée par l'isolement géographique
La mesure dans laquelle la floraison est moindre dans les petites populationsSi la petite taille des populations constitue une menace; si l'isolement des petites populations accroît le risque
L'ampleur de la diversité génétique dans les métapopulations régionalesL'ampleur de la menace engendrée par l'isolement des parcelles d'habitat dans un paysage envahi;
l'ampleur de la menace engendrée par l'isolement génétique
La durée de la viabilité des grainesLa durée de survie des populations en l'absence de plantes en fleur; la durée de survie des populations avant la création d'un nouvel habitat
Les mécanismes de dispersion des grainesLa façon dont le chardon de Hill se propage à l'intérieur des parcelles d'habitat; la taille de la parcelle nécessaire à la survie et/ou au rétablissement
Le rôle écologique des graines du chardon de Hill en tant que source alimentaire pour les animaux et les insectesSi la prédation des graines limite la capacité de reproduction