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Stratégie de rétablissement de l'haliotide pie

1. Contexte

1.1 Information sur l’évaluation de l’espèce provenant du COSEPAC

Date de l'évaluation : mai 2000 Nom commun (population) : haliotide pie Nom scientifique : Haliotis kamtschatkana Désignation du COSEPAC : espèce menacée Raison de la désignation : Ce mollusque marin, réparti de façon inégale le long de la côte ouest, est fortement prisé par les pêcheurs. Or, son déclin se poursuit malgré une fermeture complète de la pêche en 1990, probablement en raison des niveaux élevés de braconnage qui se maintiennent. Il existe des preuves voulant que le déclin et la fragmentation de la population affectent la capacité reproductrice de l'espèce, même s'il existe encore un réservoir d'adultes reproducteurs. Présence au Canada : Océan Pacifique Historique de la désignation du COSEPAC : Espèce désignée en tant qu'espèce menacée en avril 1999. La situation a été réexaminée et confirmée en mai 2000. La dernière évaluation est fondée sur le rapport de situation.

1.2 Description

L’haliotide est un mollusque marin apparenté aux escargots et aux buccins. L’haliotide pie, Haliotis kamtschatkana (Jonas, 1845) est l’une des quelque 65 espèces d’haliotide (Haliotis spp.) présentes dans le monde (Geiger et Poppe, 2000). H. kamtschatkana est appelée « pinto abalone » aux États‑Unis, selon la tradition qui consiste à nommer les haliotides en fonction de leur couleur. En C.‑B., le terme « ormeau nordique » est également utilisé, en faisant référence au fait qu’il s’agit de l’haliotide vivant le plus au nord (Sloan et Breen, 1988).

La coquille en forme d’oreille de l’haliotide pie est relativement petite, mince, aplatie et ovale. Près de la marge étroite de la coquille, il y a de trois à six trous. La structure spiralée de la coquille présente un relief en bosses de forme irrégulière. La coquille est mouchetée de rougeâtre ou de verdâtre et comporte également des parties blanches ou bleues (McLean, 1966). Le dessus de la coquille se camoufle habituellement parmi les algues. Le nacre à l’intérieur de la coquille est moins coloré que chez beaucoup d’autres espèces (paua de Nouvelle‑Zélande, H. iris, est l’espèce utilisée le plus souvent en bijouterie) et ne possède d’impression du muscle abducteur. Le pied est bordé de tentacules. Deux tentacules proéminentes marquent l’extrémité antérieure de l’haliotide. La spirale supérieure est portée vers l’arrière.

1.3 Populations et répartition

L’haliotide pie est présente au large de la côte ouest de l’Amérique du Nord, dans la zone infralittorale peu profonde, le long de côtes rocheuses, dans des eaux exposées et semi‑exposées. Son aire de répartition s’étend de Yakutat, en Alaska (O’Clair et O’Clair, 1998), jusqu’à Turtle Bay, en Basse‑Californie (McLean, 1966). Au Canada, l’haliotide pie n’est présente que sur la côte du Pacifique. Elle forme des groupements sur des substrats durs, dans la zone intertidale et la zone infralittorale peu profonde. La plupart des haliotides adultes sont observées dans des eaux côtières exposées ou semi‑exposées d’une profondeur < 10 m.

Canada – C.-B.

Depuis 1978, la population d’haliotides pies de la C.‑B. est évaluée sur des repères selon un modèle de relevés standard (Breen et Adkins, 1979). Nombre des relevés effectués entre 1978 et 1990, tout comme la plupart des pêches commerciales, ont eu lieu dans des zones longeant le sud-est d’Haida Gwaii/îles de la Reine‑Charlotte (IRC) et le secteur centre de la côte de la C.‑B. (Winther et al., 1995; Harbo, 1997; Campbell et al., 1998). La plupart des relevés ont été effectués dans des zones où avaient lieu d’importantes prises commerciales et où l’haliotide pie était la plus abondante (Sloan et Breen, 1988). Les quelques relevés menés dans le secteur sud de la côte de la C.‑B. (Quayle, 1971; Breen et al., 1978; Adkins, 1996; Wallace, 1999) n’ont pas eu une couverture aussi étendue que ceux faits au nord.

Les relevés effectués dans le secteur sud-est des IRC et dans le secteur centre de la côte de la C.‑B. révèlent des tendances chronologiques générales indiquant que l’abondance de l’haliotide pie a décliné de plus de 75 % entre 1977 et 1984. Ces relevés indiquent par ailleurs que l’abondance de l’haliotide pie est demeurée faible ou qu’elle a continué à diminuer jusqu’en 2002 (Winther et al., 1995; Thomas et Campbell, 1996; Campbell et al., 1998, 2000a; Atkins et al., 2006; Lessard et al., 2006). La densité moyenne totale des haliotides pies à des sites repères comparables a varié de 2,4 à 0,27 individus par m2 dans le cas du secteur centre de la côte de 1979 à 2001; cette densité est passée de 2,2 à 0,34 individus par m2 pour les IRC de 1977 à 2002. Les similitudes de la densité des haliotides pies entre de nouveaux sites échantillonnés au hasard et les sites repères nous indiquent que la densité moyenne observée pour l’ensemble des sites repères est raisonnablement représentative des haliotides pies adultes échantillonnées dans des zones du secteur centre de la côte de la C.‑B. en 1997 et du secteur sud‑est des IRC en 1998 (Campbell et al., 1998, 2000a). D’autres relevés effectués à l’aide d’autres modes d’échantillonnage confirment également les faibles densités d’haliotides pies observées dans le cadre des relevés menés à des sites repères situés dans les mêmes secteurs (Lessard et al., 2002; J. Lessard, Pêches et Océans Canada, Nanaimo, C.‑B., V9T 6N7, comm. pers.)

L’examen des sites repères étudiés aux IRC et dans le secteur centre de la côte de la C.-B. révèle un déclin général quant au nombre de sites où on dénombre au moins une haliotide pie par m2 entre 1978 et 2002 (Campbell, 2000b, Atkins et al., 2006; Lessard et al., 2007). La proportion des sites repères où l’on trouve des haliotides pies de grande taille (longueur de coquille (LC) ³100 mm) a, en général, diminué de89 et 77 % à 27 et 25 % respectivement pour le secteur centre de la côte et les IRC. La diminution au chapitre de la densité des haliotides pies et le déclin du nombre de sites où elles sont présentes laissent croire à un épuisement des haliotides pies de grande taille.

Les relevés et les observations effectués dans le sud de la C.‑B. révèlent des densités encore plus faibles d’haliotides pies (J. Lessard, comm. pers.). On a commencé à effectuer des relevés à de nouveaux sites repères sur la côte ouest de l’île de Vancouver (COIV) en 2003 et dans les détroits de la Reine‑Charlotte et de Johnstone en 2004. Par ailleurs, des relevés limités ont été menés dans le bassin de Georgia en 2005. L’estimation moyenne totale de la densité était de 0,9 haliotide/m2 pour la COIV à partir de tous les sites échantillonnés, mais de 0,21 haliotide par m2 dans le détroit de Quatsino, où se trouve un habitat davantage protégé pour l’haliotide pie (Atkins et al., 2004). Les estimations moyennes totales de la densité étaient de 0,6 haliotide par m2 dans le détroit de la Reine‑Charlotte et de 0,02 haliotide par m2 dans le détroit de Johnstone (Davies et al., 2006). Wallace (1999) fait état d’une abondance relativement élevée d’haliotides pies dans un secteur près du pénitencier William Head, près de Victoria, où la présence des gardiens de prison peut avoir découragé certains braconniers à s’aventurer près du rivage. Cependant, au cours des plus récents relevés effectués à William Head, en 2005, seulement trois individus ont été trouvés à deux (11 %) des 19 sites visités, et tous étaient de grande taille (LC > 100 mm). La raison la plus probable est que les haliotides de grande taille trouvées lors des relevés précédents étaient sous doute morts et que le recrutement avait été faible (J. Lessard, comm. pers.). La densité moyenne pour l’ensemble des sites étudiés dans le bassin de Georgia en 2005 était de 0,0098 individus par m2, ce qui est de beaucoup inférieur aux densités estimées en 1982 (0,73 individus par m2) et en 1985 (1,15 individus par m2) dans le même secteur. L’absence d’individus immatures et la faible densité des adultes laissent croire à un faible potentiel de recrutement dans l’avenir pour ce secteur.

Breen (1986) ainsi que Sloan et Breen (1988) indiquent que les populations d’haliotides ont probablement fluctué, et ce, même en l’absence d’une pêche commerciale. Des relevés exploratoires menés dans le secteur sud-est des IRC en 1955 par Quayle (1962) indiquent que l’haliotide pie était moins abondante en 1955 qu’en 1914 (Thompson, 1914) et qu’à la fin des années 1970 (Sloan et Breen, 1988). La disparition des loutres de mer de la C.‑B. au début des années 1900 a eu un effet sur un certain nombre de populations d’invertébrés, y compris l’haliotide pie. La réintroduction et l’expansion récente de la population de loutres de mer rend donc improbable le rétablissement de la population de l’haliotide pie aux niveaux observés vers la fin des années 1970.

Monde – États-Unis

La commission de sauvegarde des espèces de l’IUCN a désigné H. kamtschatkana en tant qu’espèce menacée de disparition à l’échelle mondiale d’après la réduction observée de l’effectif de l’espèce (> 50 %). Même si les déclins observés en C.‑B. et dans l’État de Washington indiquent une réduction de la population (> 80 %), l’évaluation a montré que l’élimination historique des loutres de mer avait entraîné des niveaux anormalement élevés en période de pré-exploitation [de l’haliotide] et que, par conséquent, l’espèce ne devait plus être considérée comme étant dangereusement en voie de disparition. L’évaluation indique également l’absence d’importantes populations d’haliotides pies au sud des îles San Juan, Orcas et Lopez dans l’État de Washington (IUCN, 2005).

Comparativement à ce qui a été observé en C.‑B., la densité moyenne de l’haliotide pie dans l’État de Washington en 2006, aux sites repères de l’île San Juan, était de 0,032 individus par m2 et variait de 0,000 à 0,082 individus par m2; aucune haliotide n’a été observée dans deux sites sur dix (Don Rothaus, Washington Department of Fish and Wildlife, Mill Creek, WA 98012-1296, comm. pers.). L’haliotide pie a été désignée en tant qu’« espèce candidate » (State Candidate Species) dans l’État de Washington en 1998 et a été désignée en tant qu’espèce préoccupante par la NOAA (Fisheries) en 2004 afin qu’elle soit protégée en vertu de la Endangered Species Act.

Aucune estimation de la densité de la population de l’Alaska n’est disponible depuis que la pêche commerciale a été fermée en 1996 (IUCN, 2005).