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Stratégie de rétablissement de l'haliotide pie

1.4 Besoins de l’haliotide pie

1.4.1 Besoins en matière d’habitat et besoins biologiques

D’ordinaire, on trouve l’haliotide pie sur des substrats durs, tels que des roches, des blocs rocheux ou des roches en place, ainsi que dans des zones où l’action des vagues est d’une puissance allant de modérée à élevée, comme c’est le cas pour eaux côtières exposées ou semi‑exposées. La majeure partie des haliotides pies adultes sont présentes près des côtes, dans des eaux exposées ou semi‑exposées d’une profondeur  < 10 m  (Breen et Sloan, 1988).

Présentement, il y a suffisamment d’habitats disponibles pour la population d’haliotides pies sur la côte de la C.‑B. Bien que la population d’haliotides ait décliné, aucune réduction importante n’a été enregistrée du côté de l’habitat disponible. En conséquence, la perte d’habitats n’est pas une préoccupation majeure pour le rétablissement de l’haliotide pie à l’heure actuelle, comparativement aux menaces relevées.

La croissance de l’haliotide pie peut varier considérablement d’une zone à l’autre, selon l’ampleur de l’exposition à l’action des vagues ainsi que selon la disponibilité et la qualité de la nourriture. La croissance des adultes tend à s’arrêter dans les zones côtières du large hautement exposées, où la nourriture peut être limitée en raison de la forte action des vagues et des courants marins (« haliotides surfeuses »). Les possibilités de trouver de la nourriture peuvent être réduites du fait que l’haliotide aurait  plus de difficulté à saisir des algues à la dérive et à s’y maintenir. Lorsque des « haliotides surfeuses » ont été transférées  dans des habitats plus calmes et plus riches en varech, leur taux de croissance était plus élevé que celui des  haliotides qui fréquentent des zones de grande énergie (Emmett et Jamieson, 1988). La croissance de l’haliotide est plus rapide dans des zones modérément exposées avec des peuplements de varech géant, Macrocystis integrifolia, ou de nereocystis de Lutke (Nereocystis luetkeana), que dans des zones fortement exposées avec des peuplements de Pterygophora californica (Sloan et Breen, 1988).  

Les haliotides pies adultes se regroupent dans des zones d’eau peu profonde et chaude pour y répandre simultanément leurs gamètes (Breen et Adkins, 1980). La reproduction au large des côtes de la C.‑B. se produit généralement entre avril et juillet. Les femelles de grande taille (LC ³100 mm) contribuent beaucoup plus à la fécondité de la population que les petites femelles adultes (Campbell et al., 1992; Campbell et al., 2003). Parmi les facteurs qui peuvent provoquer une reproduction de masse chez Haliotis spp., mentionnons des facteurs environnementaux tels que les changements de température (Sloan et Breen, 1988) ainsi que des tempêtes mineures et des typhons (Sasaki et Shepherd, 1995). Les études menées sur Haliotis spp. (Clavier, 1992; McShane, 1995a,b; Shepherd et Partington, 1995; Babcock et Keesing, 1999) et sur les oursins (Levitan et al., 1992) ont fait ressortir que la dilution des gamètes en raison d’une moins grande densité d’adultes reproducteurs pouvait entraîner une baisse du succès de la fertilisation (Levitan et Sewell, 1998). Puisque le succès de la fertilisation repose sur la densité des groupements d’haliotides, les taux d’exploitation et la forte mortalité naturelle dans les groupements d’haliotides pourraient être des facteurs importants influant sur la production d’œufs (Campbell, 1997).

Dans les 48 heures suivant la fertilisation, la trochophore planctonique émerge des œufs. La phase planctonique de l’haliotide pie est courte et dépendante de la température (12 jours à 14 ºC, 13 jours à 17,5 ºC (Standley, 1987). Les larves se déposent sur des algues calcifiées (Sloan et Breen, 1988). Les petits haliotides pies juvéniles (LC < 10 mm) sont difficiles à trouver. Les haliotides pies juvéniles (LC de 10 à 70 mm) se trouvent sous ou sur des surfaces rocheuses exposées,  tandis que la majorité des adultes (LC ³ 70 mm) sont observés sur des surfaces rocheuses exposées. Le nombre d’haliotides juvéniles visibles sur les surfaces rocheuses exposées est plus élevé la nuit que le jour. Les densités d’haliotides juvéniles (LC £ 30 mm) observées sur les sites à l’étude de la réserve du Parc national Pacific Rim étaient beaucoup plus élevées (par un facteur de 15,74) la nuit que le jour (H. Holmes, Agence Parcs Canada, réserve du Parc national Pacific Rim, Ucluelet, C.‑B., VOR 3A0, comm. pers.). Au fur et à mesure que les juvéniles gagnent en maturité, leur régime alimentaire passe de diatomées benthiques et de microalgues aux microalgues entraînées par la dérive présentes dans les zones moins profondes et plus exposées. Les zones fréquentées généralement par les adultes et celles fréquentées par leur progéniture seraient à proximité les une des autres. Les études laissent entendre que la dispersion larvaire chez certaines espèces d’haliotide peut aller d’aires géographiques peu étendues d’une centaine de mètres à plusieurs kilomètres (Tegner et Butler 1985a; Prince et al., 1987; McShane, 1992, 1995a,b; McShane et al., 1988).

1.4.2 Rôle écologique

Dans les zones côtières exposées ou semi‑exposées, l’haliotide pie est un herbivore et une proie pour de nombreuses espèces. Le rétablissement de l’haliotide pie peut être associé à l’abondance et à la santé des peuplements de varech dans certaines zones. L’haliotide pie est en concurrence avec d’autres espèces (p. ex., oursins rouges [Strongylocentrotus franciscanus]) pour la nourriture et l’espace. L’haliotide pie est une proie pour la loutre de mer (Enhydra lutris), la loutre de rivière (Lutra canadensis), le vison (Mustela vison), le crabe (Cancer spp.), les étoiles de mer (Pycnopodia helianthoides), les pieuvres (Octopus dofleini), le loup ocellé (Anarrhichthys ocellatus), le chabot marbré (Scorpaenichthys marmoratus) et d’autres espèces de chabots (Cottidae spp.). Le rôle joué par les loutres de mer dans l’écosystème des peuplements de varech côtiers aurait un impact important sur la structure des populations d’haliotides pies lorsque les deux espèces cohabitent. Des études ont démontré que l’haliotide, dans les secteurs où les loutres de mer sont présentes, se cache dans des crevasses ou d’autres habitats cryptiques où elle est inaccessible aux loutres de mer ou cachée à leur vue (Watson, 2000).

1.4.3 Facteurs limitatifs

L’haliotide pie est vulnérable à la pêche du fait que sa répartition est inégale (groupements), qu’elle possède une courte période larvaire, que sa croissance est lente, qu’elle vit relativement longtemps et qu’elle affiche un recrutement lent et sporadique. En outre, les individus adultes, qui ont tendance à se regrouper en eau peu profonde, sont facilement accessibles aux pêcheurs.

On ne sait pas quelle abondance et quelle aire de répartition doit avoir la population d’haliotides pies pour assurer une reproduction efficace et un recrutement suffisant par la suite. En général, nos connaissances sur des espèces d’haliotides nous indiquent qu’il faut qu’il y ait des densités suffisantes d’haliotides adultes de grande taille assez proches les unes des autres pour assurer une reproduction efficaces et produire une descendance viable (Babcock et Keesing, 1999).

Le recrutement se définit comme le nombre de juvéniles qui parviennent à joindre les rangs de la population adulte. En général, il faut des densités élevées d’haliotides pies adultes pour assurer un recrutement suffisant. Shepherd et Partington (1995), à l’aide d’une courbe du recrutement du stock de Ricker, suggère l’existence d’un seuil de densité critique du stock (0,15 individu par m2) pour H. laevigata dans la baie Waterloo, en Australie méridionale, en deçà duquel le risque d’échec du recrutement est élevé. Des études ultérieures menées par Shepherd et Rodda (S. Shepherd, SARDI Aquatic Sciences, Henley Beach, Australie méridionale, comm. pers.) ont démontré l’existence de  seuils plus élevés, à environ 0,3 individus par m2. Shepherd et Brown (1993) ont constaté qu’une « population minimale viable » (de plus de 800 individus d’H. laevigata) était nécessaire à l’île Ouest, en Australie; toute abondance inférieure à ce seuil entraîne un échec du recrutement. Shepherd et Baker (1998) indiquent que le recrutement dans une pêche à l’haliotide pourrait être relativement moins élevé et plus variable chez les petites populations d’haliotides que chez les grandes populations. En pareil cas, les petites populations auraient besoin d’une plus grande production d’œufs pour éviter d’être décimées. Ces études soutiennent l’incidence de l’effet d’Allee, ou effet dépensatoire (Allee et al., 1949), selon lequel de faibles densités d’haliotides et un nombre limité de groupements réduisent le succès de la reproduction en raison du faible taux de fertilisation des gamètes.

Selon de récentes simulations effectuées avec des modèles, la mortalité devrait diminuer pour que les populations d’haliotides pies puissent s’accroître (Lessard et al., 2006).

1.5 Valeur socio-économique

Les Premières nations côtières ont pendant longtemps consommé la chair des haliotides (Haliotis spp.). Les coquilles et des morceaux de coquille de l’haliotide pie ou de l’haliotide rouge (Hrufescens) provenant d’aussi loin que la Californie étaient acquis par les Premières nations de la C.‑B. qui les utilisaient pour fabriquer des leurres de pêche, des bijoux et des incrustations pour leurs sculptures (Stewart, 1977; Sloan, 2003). La présence de boutons faits de coquille d’haliotide sur des couvertures de cérémonie représentait un signe de richesse pour les Tsimshian (Reece, 2000). La récolte était en général limitée aux zones submergées par les marées les plus basses, quoique certains groupes, comme les Haida, utilisaient également un genre de trident pour avoir accès aux haliotides présentes dans les zones infralittorales, 2 m plus bas que les zones submergées par les marées les plus basses (Jones, 2000). Les Premières nations côtières de la C.‑B. se disent préoccupées par le fait que la population d’haliotides pies soit menacée, les pêches pratiquées à des fins alimentaires, sociales et cérémonielles étant fermées[1]. L’intérêt manifesté à l’égard des pêches à l’haliotide à des fins de subsistance, sociales et cérémonielles a été une source de motivation pour l’établissement de programmes de reconstitution des stocks d’haliotides pies dans certaines régions. Certains de ces programmes vont au-delà des objectifs du programme de rétablissement, mais soutiennent néanmoins le rétablissement de l’haliotide pie.

En plus des préoccupations des Premières nations, les fermetures des pêches commerciales et sportives à l’haliotide ont représenté une perte importante pour les participants de ces secteurs, les industries connexes et les communautés côtières. Même si une petite pêche sportive et commerciale à l’haliotide avait lieu en C.‑B. dès les années 1900, c’est en 1972 qu’une pêche en plongée commerciale dirigée à l’haliotide pie a sérieusement débuté. Prenant de l’ampleur tout au long des années 1970, la pêche commerciale a atteint un sommet en 1977, avec des débarquements de 481 t. La majorité de la pêche se déroulait dans les secteurs nord et centre de la côte de la C.‑B. et dans les îles de la Reine‑Charlotte (Adkins, 2000; Campbell, 2000b). La valeur de la pêche commerciale a atteint un sommet de 1,86 M$ (valeur débarquée) en 1978 (Sloan et Breen, 1988). L’haliotide pie était également considérée comme un aliment gastronomique, et les plongeurs sportifs avaient un vif intérêt pour cette espèce. Les préoccupations relatives à la conservation de l’espèce ont entraîné la fermeture complète de toutes les pêches à l’haliotide pie en C.‑B. en 1990, y compris la pêche sportive, la pêche commerciale et la pêche pratiquée par les Premières nations à des fins de subsistance, sociales et cérémonielles.

Il n’existe aucune autre espèce d’haliotide sur la côte canadienne du Pacifique dont l’abondance est suffisante pour remplacer directement les pêches à l’haliotide pie. Les pêches sportive et commerciale en plongée ainsi que la pêche pratiquée à de fins de subsistance, sociales et cérémonielles par les Premières nations se poursuivent pour d’autres espèces d’invertébrés (la valeur des pêches commerciales aux invertébrés en C.‑B. est importante et est estimée présentement à 122,1 M$) (2005 British Columbia Seafood Industry Year in Review).

Présentement, aucune pêche commerciale à l’haliotide pie n’est pratiquée. Il n’y a jamais eu de pêche commerciale à l’haliotide pie dans l’État de Washington, et la pêche commerciale de l’Alaska a été fermée en 1996. La pêche sportive a été fermée en 1994 dans l’État de Washington, mais il y a présentement une pêche sportive/de subsistance en Alaska. D’autres espèces d’haliotides (p. ex., haliotide rouge, H. rufescens) provenant d’exploitations aquicoles ou de pêches commerciales dans d’autres pays (y compris l’Australie, le Mexique, la Chine, le Chili et les États-Unis) sont encore disponibles en C.‑B.

Des projets pilotes ont été mis de l’avant en 2000 en vertu du programme de reconstitution du stock d’haliotides (Dovetail, 1999). Ces projets visent à élaborer des techniques d’élevage pour l’haliotide pie en C.‑B. Le Bamfield Huu-ay-aht Community Abalone Project (BHCAP) assure toujours un soutien au programme de rétablissement de l’haliotide (y compris la reconstitution du stock par l’ensemencement en milieu sauvage d’haliotides pies élevées en écloseries); ce programme a également comme but d’offrir des possibilités économiques à la communauté. Les activités du BHCAP sont autorisées en vertu de l’article 73 de la LEP. Les premières ventes d’haliotides pies d’élevage ont été effectuées par le BHCAP en 2006.

Les associations touristiques et les groupes de plongeurs ont exprimé un intérêt à l’égard du maintien d’environnements aquatiques de qualité, y compris de communautés d’invertébrés abondantes et en santé, ce qui en général vient soutenir les efforts de rétablissement de l’haliotide. Le grand public a également un intérêt envers la protection des espèces en péril et le maintien d’un environnement de qualité.

[1] Si les populations d’haliotides se rétablissaient à des niveaux suffisants, la priorité serait accordée aux pêches des Premières nations à des fins de subsistance, sociales et cérémonielles, conformément au paragraphe 35(1) de la Constitution canadienne.