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Stratégie de rétablissement de l'haliotide pie

1.6 Menaces

1.6.1 Classification des menaces

Tableau 1.Tableau de classification des menaces
1Pêche illégaleInformations sur la menace
Catégorie de menaceExploitation non rationnelleEnvergureRépandue
 LocaleAire de répartition
Menace généralePêcheOccurrence Historique et actuelle
Fréquence Continue/récurrente
Menace précisePêche illégaleCertitude causale Élevée
Gravité Élevée
ContrainteEffectif réduitDegré de préoccupationÉlevé
2Recrutement faibleInformations sur la menace
Catégorie de menaceChangements dans la dynamique écologique ou le processus naturel
Envergure
Répandue
 LocaleAire de répartition
Menace généraleRecrutement faible (ou absent)Occurrence Historique et actuelle
Fréquence Inconnue
Menace préciseDensité insuffisante de reproducteurs et causes naturellesCertitude causaleÉlevéeMoyenne
GravitéÉlevéeÉlevée
ContrainteEffectif réduitDegré de préoccupationÉlevé
3Ouvrages ou aménagements sur l’eau, dans l’eau ou sous l’eauInformations sur la menace
Catégorie de menaceDégradation ou perte de l’habitat
Envergure
Localisée
 LocalAire de répartition
Menace généraleOuvrages ou aménagements sur l’eau, dans l’eau ou sous l’eau OccurrenceAnticipée 
FréquenceRécurrente 
Menace préciseAltération des caractéristiques de l’habitat (p. ex., sédimentation) ou perte de l’habitat (p. ex., obstruction, enfouissement)Certitude causaleÉlevée à inconnue 
GravitéÉlevéeFaible
ContrainteEffectif réduitDegré de préoccupationFaible
4Prédation par les loutres de merInformations sur la menace
Catégorie de menaceChangements dans la dynamique écologique ou le processus naturel
Envergure
Chevauchement de parties de l’aire de répartition
 LocalAire de répartition
Menace généralePrédation par les loutres de merOccurrenceActuelle et éminenteAnticipée
FréquenceContinue ou récurrenteInconnue
Menace préciseDynamique prédateur-proie modifiée (prédation)Certitude causaleMoyenneInconnue
GravitéÉlevéeInconnue
ContrainteMortalité accrue et effet inconnu sur la dynamique de la populationDegré de préoccupationMoyen
      

1.6.2 Description des menaces

La poursuite de la pêche illégale et les faibles niveaux de recrutement qui se maintiennent ont eu un impact prédominant et généralisé et sont considérés comme étant les menaces les plus importantes qui pèsent sur le rétablissement de l’haliotide pie.

Pêche illégale

Les haliotides pies adultes, qui ont tendance à se regrouper dans les eaux peu profondes, sont facilement accessibles pour les pêcheurs. La valeur sur le marché de l’haliotide, de même que les difficultés à faire appliquer les fermetures de pêche dans une vaste zone côtière en majeure partie inhabitée, sont des facteurs qui favorisent la pêche illégale. La pêche illégale ne fait pas qu’épuiser la population d’haliotides pies qui est déjà décimée. Elle réduit également son potentiel reproducteur puisque les haliotides pies adultes de grande taille ont été prélevées, tandis que les reproducteurs qui restent sont trop éloignés les uns des autres pour pouvoir se reproduire. Des échantillons d’haliotides pies pêchées illégalement entre 1995 et 1998 laissent croire que les pêcheurs avaient prélevé sans discernement des haliotides adultes qui étaient généralement de grande taille (Campbell, 2000b). Les taux de mortalité récents estimés chez l’haliotide pie par Lessard et al. (2006) indiquent qu’ils sont trop élevés (selon toutes les sources) pour assurer la pérennité de la ressource.

En février 2006, trois activités de braconnage distinctes ont pris fin lorsque des agents des pêches ont saisi la plus grande cargaison d’haliotides pies récoltées illégalement dans l’histoire du Canada : 1 120 kg, ou environ 11 000 individus, ont été saisis. Les braconniers provenaient généralement des communautés côtières, et les haliotides étaient destinées à la vente ou à la consommation personnelle. Des condamnations pour achat ou vente d’haliotides pies ont été prononcées ces dernières années à l’endroit de détaillants de fruits de mer de Vancouver ainsi que d’un restaurateur chinois à Victoria, C.-B. Les tribunaux ont traité le braconnage avec sérieux. Ainsi, de fortes amendes, la saisie de bateaux, de véhicules et d’engins de pêche ainsi que l’interdiction de pêcher sont des sentences courantes aujourd’hui.

Sans réduction de la pêche illégale, sans protection des haliotides adultes, sans une fermeture continue des pêches et sans la mise en œuvre d’autres méthodes de rétablissement efficaces, l’abondance de la population d’haliotides pies demeurera faible ou continuera de décliner dans de nombreux secteurs.

Faible recrutement

Un faible recrutement dans une zone, lorsqu’il s’échelonne sur plusieurs années, peut contribuer à accentuer le déclin de la population d’haliotides pies en ne permettant pas le renouvellement des adultes reproducteurs  morts de cause naturelle ou pêchés illégalement. En général, de fortes densités d’haliotides pies adultes sont nécessaires pour assurer un recrutement efficace (voir la section 1.4.1, Besoins en matière d’habitat et besoins biologiques).

Bien qu’un faible recrutement provoqué par des facteurs biotiques et environnementaux défavorables ne puisse d’ordinaire être prévu ni contrôlé, en s’assurant de la présence d’un nombre suffisant d’haliotides pies adultes qui se reproduisent chaque année, on s’assure d’un recrutement élevé lorsque les conditions environnementales sont favorables.

Perte ou dégradation de l’habitat

Les travaux et les aménagements sur l’eau, dans l’eau et sous l’eau (p. ex., marinas, installations de chargement, élevages aquicoles) peuvent avoir un impact négatif sur l’habitat de l’haliotide pie et sur les effectifs de l’espèce dans de nombreuses zones localisées. Il faudra donc continuer à en faire le suivi et à réglementer de tels projets afin de maintenir l’habitat dans lequel l’haliotide pie peut se rétablir et de prévenir les pertes de groupements de reproducteurs importants. Des protocoles concernant l’autorisation et le suivi des travaux et des aménagements à proximité de l’habitat de l’haliotide ont été élaborés (Lessard et al., 2006).

Prédation par les loutres de mer

Historiquement, les loutres de mer ont été communes dans les régions côtières du Pacifique Nord. On les a chassées jusqu’à pratiquement provoquer leur extinction au milieu des années 1700 jusqu’à ce que l’on décrète leur protection, en 1911, et elles ont été réintroduites en C.-B. par les gouvernements fédéral et provincial dans le cadre de trois translocations de 89 loutres de mer en 1969, en 1970 et en 1972 (Watson, 2000). La population de loutres de mer est également considérée comme menacée en vertu de la LEP (2003). Dans les secteurs au large des côtes ouest et nord de l’île de Vancouver et dans l’archipel Goose Group, dans le secteur centre de la côte de la C.-B., où les loutres de mer sont maintenant établies, ces dernières se nourrissent d’haliotides pies, ce qui réduit la densité, la taille et la répartition des haliotides pies comparativement aux secteurs où la loutre de mer est absente (Breen et al., 1982; Watson, 1993). Même si les loutres de mer ne sont manifestement pas responsables du déclin observé au sein de la population d’haliotides pies au cours des dernières décennies, l’expansion de l’aire de répartition des loutres se traduira par le maintien des populations d’haliotides pies à de faibles niveaux.

L’haliotide pie et les loutres de mer ont coexisté dans le passé, avant la disparition des loutres de mer. Toutefois, les niveaux auxquels ces espèces coexistaient ou les fluctuations qu’ont pu afficher ces populations dans le passé demeurent inconnus. La majorité de nos connaissances sur la population d’haliotides pies correspondent à la période où la loutre de mer était absente.

L’expansion de l’aire de répartition des loutres de mer peut être préoccupante dans les secteurs où la population d’haliotides est déjà décimée et peut rendre impossible l’atteinte des objectifs de rétablissement de l’haliotide, tels qu’ils sont définis présentement en fonction des zones où la loutre de mer est absente. À la condition que les densités d’haliotides pies demeurent suffisantes pour permettre la reproduction de l’espèce, les loutres de mer peuvent, à long terme, aider l’haliotide pie à se rétablir en augmentant la biomasse de varech et d’algues et, par le fait même, en accroissant la quantité d’aliments auxquels ont accès les haliotides. Cette interaction a été mise en lumière en tant que lacune dans les connaissances (se reporter à la section 1.8). Il faudra donc raffiner les objectifs en matière de population et de répartition de l’espèce pour les secteurs où la loutre de mer est présente lorsque l’on connaîtra mieux les interactions entre ces espèces.

1.7 Mesures déjà prises ou en cours

Relevés des sites repères clés (1978-présent).Ces relevés sont effectués tous les 1 à 5 ans pour suivre l’abondance de la population et évaluer son rétablissement. Ces relevés à grande échelle sont considérés comme représentatifs puisqu’ils fournissent des tendances temporelles sur les populations d’haliotides pies.

Fermeture des pêches commerciales (1971-1990).En 1971, la pêche commerciale a été fermée dans la partie inférieure du détroit de Johnstone, dans le bassin de Georgia ainsi que dans le détroit de Juan de Fuca commerciale pour le bénéfice des pêcheurs sportifs. D’autres endroits ont été visés par un certain nombre de fermeture de la pêche commerciale pour le bénéfice des Premières nations et des pêcheurs sportifs (Farlinger, 1990).

Fermeture totale des pêches (1990-présent).En 1990, il y a eu une fermeture totale des pêches à l’haliotide pie pratiquées en C.-B. qu’il s’agisse de la pêche commerciale, de la pêche sportive et de la pêche pratiquée par les  Premières nations à des fins de subsistances, sociales et cérémonielles. Présentement, aucune pêche commerciale à l’haliotide pie n’est pratiquée en C.-B.

Statut d’espèce menacée (1999) et inscription à la liste de la LEP (2003-présent).L’haliotide pie a été désignée en tant qu’espèce menacée par le COSEPAC en 1999 et officiellement inscrite à la liste de la LEP en 2003 (avec la promulgation de la Loi). Une réévaluation du statut de l’haliotide pie par le COSEPAC est en préparation et devrait être effectuée en 2009.

Mesures d’application de la réglementation. Ces mesures ont été mises en œuvre par des patrouilles régulières à l’appui de l’interdiction de pêche et à la suite de rapports d’activités illégales. Des enquêtes et des opérations secrètes visent des activités de braconnage précises. Les pénalités et les amendes imposées par les tribunaux ont beaucoup augmenté ces dernières années.

Atelier international sur la reconstitution des populations d’haliotides en Colombie-Britannique. Cet atelier a eu lieu  en février 1999 et a réuni des participants provenant de communautés locales, de Premières nations, d’instituts de recherche internationaux ainsi que d’organismes gouvernementaux. L’accent a été mis sur l’élaboration de solutions pour rétablir les populations d’haliotides pies (coûts d’environ 100 K$). Treize documents révisés par des pairs ont été présentés (Campbell, 2000a), et un programme pour la reconstitution des populations d’haliotides en Colombie-Britannique a été préparé par Dovetail Consulting Inc. Les approches générales et les stratégies comprises dans le présent programme de rétablissement de l’haliotide sont tirées de cet atelier.

Projets pilotes pour soutenir la reconstitution de la population sauvage d’haliotides (2000-présent).En 2000, Pêches et Océans Canada, en collaboration avec plusieurs Premières nations, des communautés côtières et l’industrie de l’aquaculture, ont amorcé plusieurs projets pilotes pour soutenir la reconstitution des populations sauvages d’haliotides.

Sites de reconstitution.  Le Haida Fisheries Program et le Kitasoo Fisheries Program ont établi des sites de reconstitution à long terme de la population afin d’améliorer le recrutement par le biais du regroupement d’adultes reproducteurs adultes. En 2004, le Haida Fisheries Program et la Pacific Urchin Harvesters Association ont amorcé un projet de recherche conjoint visant l’étude des interactions entre l’haliotide pie et les oursins rouges, un concurrent potentiel de l’haliotide. Également en 2004, le Heiltsuk Abalone and Sea Otter Stewardship Project a établi des sites de reconstitution des populations où seront réalisées des études concernant les effets de la loutre de mer sur la population d’haliotides. Ces activités sont soutenues également par la mise en œuvre de programmes d’évaluation de la populations et de l’habitat (relevés), d’éducation et de sensibilisation de la communauté ainsi que de surveillance côtière (« Abalone Coast Watch »), en vue d’assurer la protection de la population d’haliotides. En 2002, Pêches et Océans Canada et l’Agence Parcs Canada ont établi des sites de recherche dans le parc national Pacific Rim afin d’étudier les besoins en matière d’habitat local pour le recrutement et de mettre à l’essai la technique de reconstitution des stocks consistant à regrouper des haliotides pies adultes à des fins de reproduction. Les travaux de modélisation et les relevés de nuit effectués présentement par l’Agence Parcs Canada ont été utilisés pour prévoir et évaluer le recrutement de juvéniles provenant des sites de regroupement. Selon les résultats préliminaires, le regroupement augmente le recrutement localisé. Les études sur le regroupement sont autorisées en vertu de la Loi sur les pêches et de l’article 73 de la LEP.

Élaboration d’une technique d’élevage et d’ensemencement.C’est en 2001 que le Bamfield Huu-ay-aht Community Abalone Project. En 2003, dans le cadre de ce projet, on a effectué les premiers ensemencements en milieu sauvage d’haliotides pies d’élevage. Depuis, deux millions de larves d’haliotides et 75 000 juvéniles ont été relâchés dans la nature. Le BHCAP a effectué les premières ventes d’haliotides pies d’élevage en 2006. Les haliotides élevées en écloseries sont disponibles pour des recherches (p. ex., maladies, alimentation, effets des élevages de poissons, interactions avec les oursins rouges) qui ne pouvaient auparavant pas être effectuées avec des haliotides sauvages. Les activités du BHCAP sont autorisées en vertu de la Loi sur les pêches et de l’article 73 de la LEP.

Équipe de rétablissement de l’haliotide (2001).Cette équipe constituée en novembre 2001 regroupe des représentants de Pêches et Océans Canada et de l’Agence Parcs Canada ainsi que du ministère de l’Environnement (auparavant de l’Eau, des Terres et de la Protection de l’air) et de la Agriculture et des Terres (autrefois de l’Agriculture, de l’Alimentation et des Pêches).

Huit ateliers (2002).Ces ateliers, tenus en février 2002 pour les communautés côtières de la C.-B. (Bella Bella, Port McNeil, Powell River, Port Alberni, Victoria, Nanaimo, Prince Rupert et Skidegate), ont servi de tribunes au cours desquelles on a pu obtenir des commentaires sur le programme de rétablissement de la part de toutes les parties intéressées. Présentement, le programme de rétablissement a été révisé par sept examinateurs externes représentant les universités, le gouvernement et des organisations non gouvernementales du Canada, des États-Unis, de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande.

Programme de rétablissement national pour l’haliotide pie au Canada (2002).Ce programme a été adopté en vertu de l’Accord pour la protection des espèces en péril en novembre 2002. Il s’agit de l’un des premiers programmes de rétablissement pour des espèces marines et le premier établi dans la région du Pacifique.

Sites repères dans le sud de la C.-B. (2003-2004).Ces sites ont permis de surveiller l’abondance des populations et d’évaluer le rétablissement dans les détroits de la Reine-Charlotte et de Johnstone ainsi que sur la côte ouest de l’île de Vancouver. Des relevés limités ont été effectués également dans le bassin de Georgia en 2005.

Documents et publications scientifiques.Ces documents et publications ont été produits afin d’augmenter notre base de connaissance sur l’haliotide pie (voir Références et Lectures supplémentaires).

Campagnes de communication contre la pêche illégale.Ces compagnes ont permis de réaliser de multiples activités, de diffuser du matériel produit par Pêches et Océans Canada et, enfin, de mener des projets d’intendance afin de sensibiliser le public sur la situation actuelle de l’haliotide pie et des dommages que cause la poursuite du braconnage. Parmi le matériel produit, mentionnons un site Web sur l’haliotide, des communiqués de presse, des programmes d’éducation et des présentations dans les écoles locales, des articles traduits dans la presse asiatique, des affiches, des collants, des tatouages, des t-shirts, des bouteilles d’eau et des brochures communautaires, divers autres sites Web, des formulaires de déclaration « Observe-Record-Report/Observer-Enregistrer-Rapporter », des bulletins de nouvelles et des ateliers. De nombreux articles de journaux, particulièrement ces dernières années, ont également supporté la campagne.

Recherche sur la génétique de l’haliotide (2001).La structure de la population d’haliotide pie a été identifiée en C.-B. et une technique d’analyse de l’ADN légiste a été élaborée pour que l’on puisse déterminer l’espèce à laquelle appartiennent les haliotides confisquées. Cette recherche vise à soutenir les mesures légales prises pour contrer le braconnage.

1.8 Lacunes au chapitre des connaissances

Dispersion des larves, taille des groupements et recrutement

Présentement, on en sait très peu sur la relation qui existe entre les concentrations d’haliotides pies adultes, le succès de la reproduction et la dispersion subséquente des larves et l’établissement des juvéniles. Les haliotides pies juvéniles sont cryptiques (c.-à-d. qu’ils se cachent dans les fissures et sont, de ce fait, impossibles à observer pendant les relevés) et difficiles à dénombrer tant qu’ils n’ont pas atteints leur maturité. La faible abondance et la fragmentation de la population sont des facteurs qui nuisent à la reproduction de l’haliotide pie. L’occurrence et la taille des groupements d’haliotides pies nécessaires au maintien d’un recrutement suffisant pour garder une population en santé doivent faire l’objet d’études. Même si un premier modèle stock-recrutement a été élaboré récemment pour l’haliotide pie (Lessard et al., 2006), on a toujours besoin d’une meilleure méthode de mesure des animaux cryptiques pour évaluer le recrutement.

Interactions entre les espèces

Nous devons avoir une meilleure compréhension des interactions écologiques entre l’haliotide pie et ses prédateurs (loutres de mer, etc.) et ses concurrents (oursins, etc). La loutre de mer, qui est un important prédateur de l’haliotide pie, est en train d’accroître son aire de répartition en C.-B. depuis qu’elle est disparue de la province et qu’elle y a été réintroduite Comme la plupart des études sur la population d’haliotides pies ont été effectuées alors que les loutres de mer étaient absentes, les objectifs de rétablissement de l’haliotide sont fondés sur des paramètres biologiques qui ont été déterminés sans tenir compte de l’incidence des loutres de mer. Les loutres de mer affectent la taille et la densité des haliotides pies et peuvent également avoir une incidence sur des facteurs tels que la taille à la maturité et la portion de la population qui demeure cryptique. Les loutres de mer affecteront également l’abondance et la répartition d’autres prédateurs de l’haliotide, y compris le crabe dormeur et d’autres crabes, ainsi que des concurrents de l’haliotide, particulièrement l’oursin rouge. Présentement, les facteurs qui facilitent la coexistence des loutres de mer et de l’haliotide pie demeurent inconnus. Il faut donc effectuer d’autres recherches sur ces facteurs. Il faut également établir des objectifs de rétablissement en tenant compte de la présence de la loutre de mer. Dans certaines régions, un accroissement de la prédation découlant de l’expansion de la population de loutres de mer sur une population déjà réduite et fragmentée d’haliotides pies soulève des préoccupations quant au rétablissement de l’haliotide pie.

Techniques de reconstitution des stocks

Les haliotides marquées demeurent relativement près du site où elles ont été introduites au cours de la première année (B. DeFreitas, Haida Fishery Program, Massett, C.-B., comm. pers.; J. Lessard, comm. pers.), ce qui est une période suffisamment longue pour permettre la reproduction. Une étude préliminaire menée par l’Agence Parcs Canada et Pêches et Océans Canada indique que le regroupement d’adultes reproducteurs peut contribuer de façon significative au recrutement local (Agence Parcs Canada, en préparation). L’ensemencement d’haliotides juvéniles a eu un succès limité avec d’autres espèces dans d’autres pays (Seki et Taniguchi, 2000; Shepherd et al., 2000; Tegner, 2000). Les travaux effectués récemment en C.-B. indiquent que la présence d’abris contre les prédateurs et, probablement, le choix de sites où les prédateurs sont moins abondants sont des points qu’il faut considérer au moment de l’ensemencement, particulièrement dans le cas des haliotides pies juvéniles de LC < 12 mm (Griffiths, 2006). Il faut poursuivre l’évaluation des techniques de reconstitution des stocks pour l’haliotide pie en C.-B.

Maladies/parasites

Les maladies ont gravement affecté les stocks d’haliotides sauvages de Californie (p. ex., syndrome du dépérissement du pied), mais on ignore si l’agent causal (un organisme de type Rickettsia qui infecte l’épithélium du tractus digestif) ou d’autres parasites observés en Californie (p. ex., coccidies des reins) sont présents au sein des populations d’haliotides pies de la C.-B. Comme l’échantillonnage aléatoire de l’haliotide pie sauvage en C.-B. ne peut pas être utilisé pour effectuer une étude sur les maladies en raison des faibles niveaux de population, on a échantillonné des haliotides d’élevage. Le stock reproducteur prélevé dans la population sauvage sera porteur des parasites enzootiques de la zone de prélèvement, et ces organismes peuvent être observables dans des conditions d’élevage. En outre, les haliotides d’écloseries élevées dans des installations seront porteuses d’agents pathogènes présents à proximité des installations d’élevage (étant donné les restrictions actuelles imposées sur le transfert d’haliotides entre différentes régions de la province, les haliotides d’élevage ne devraient pas développer de maladies « exotiques »). En outre, si des haliotides d’élevage sont utilisées dans le cadre d’expériences de reconstitution des stocks (ensemencement), les individus ensemencés doivent avoir fait l’objet au préalable de tests de dépistage des maladies afin de faire en sorte que seuls des individus en santé sont introduits dans la population sauvage.

Étendue de la pêche illégale

Les quantités connues d’haliotides pies de la C.-B. pêchées illégalement varient de < 45 à 4 500 kg (Jubinville, 2000). Une pêche illégale avait lieu avant la fermeture de la pêche commerciale, de la pêche sportive et de la pêche pratiquée par les Premières nations en 1900. Cette  pêche illégale s’est poursuivie par la suite à des niveaux s’exploitation qu’on ne connaît pas. Ainsi, malgré la fermeture, l’haliotide pie n’a pas donné de signes de rétablissement naturel. La densité des haliotides adultes de grande taille (LC > 100 mm) a continué de décliner aux sites repères et, selon les rapports, continue de décliner à d’autres endroits. Selon des renseignements anecdotiques, la pêche illégale se déroule à une échelle suffisamment importante pour poser un risque important pour la conservation de l’espèce.

Éclaircissement de préoccupations relatives à l’habitat

La mesure dans laquelle les ouvrages ou les aménagements sur l’eau, dans l’eau ou  sous l’eau (p. ex., élevages de poissons, camps flottants) peuvent poser une menace pour l’haliotide pie, soit par impacts directs ou par impacts indirects, dans des zones localisées demeure inconnue. Jusqu’à maintenant, une seule étude (Lessard et al., 2006) a porté de façon particulière sur les impacts indirects des élevages de poissons sur l’haliotide pie; cette étude a été effectuée avec des haliotides d’écloseries. Bien que l’on ait éprouvé certaines difficultés dans le cadre de l’étude en raison d’un faible taux de survie dans l’ensemble, la croissance était moins importante à proximité des installations d’élevage en comparaison avec les résultats obtenus pour les témoins. Le protocole pour l’autorisation de travaux et d’aménagements sur l’eau, dans l’eau et sous l’eau, aux endroits où l’haliotide est présente (Lessard et al.,[2006), utilise l’approche de précaution pour l’autorisation des sites que fréquente l’haliotide. Le protocole comporte des dispositions concernant le suivi et la collecte de données supplémentaires.

Désignation de l’habitat essentiel

Même si l’habitat de l’haliotide (section 1.4.1) n’est pas considéré comme un facteur limitatif, il peut exister certains habitats dans lesquels la survie des juvéniles est meilleure ou dans lesquels les adultes reproducteurs contribuent au recrutement total dans une plus grande proportion. La désignation de ces habitats clés est incluse dans les plans de reconstitution des stocks et de recherche sur l’haliotide.