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Noctuelle de l’abronie (Copablepharon fuscum)

Biologie

Généralités

De nombreux aspects de la biologie du Copablepharon fuscum demeurent méconnus. Aucune étude approfondie n’a été entreprise depuis la description de l’espèce en 1995. Le présent résumé est fondé sur des sources publiées (Troubridge et Crabo, 1996; Tatum, 2002), des observations effectuées durant les échantillonnages et des déductions inspirées de la biologie générale des Noctuidés.

Des adultes ont été observés ou capturés à la brunante ou en début de soirée entre le 19 mai et le 1er juillet sur des abronies à feuilles larges florifères, ou à proximité. D’après la date médiane entre la date de capture la plus hâtive et la date de capture la plus tardive, la période de vol devrait atteindre son apogée vers le 10 juin, et sa durée est estimée à 45 à 55 jours. Les adultes vivraient entre 5 et 14 jours (J.T. Troubridge, comm. pers., 2002). La noctuelle de l’abronie est une espèce univoltine.

Des adultes ont été observés en train de se nourrir du nectar des fleurs de l’abronie à feuilles larges. Leur longue trompe leur permet d’atteindre le nectar au fond de la profonde corolle des fleurs en forme de trompette. L’accouplement n’a pas été observé. Des observations ont révélé que les femelles pondent leurs œufs individuellement ou en groupes sur les inflorescences composées de l’abronie ou sur les feuilles adjacentes (Troubridge et Crabo, 1996). L’éclosion des œufs survient environ 2 semaines après la ponte. Les chenilles s’attaquent aussitôt aux feuilles de la plante. Les jeunes chenilles forent des mines dans l’épiderme de la feuille, mais les chenilles plus âgées se nourrissent à la surface des feuilles. Les chenilles semblent s’alimenter seulement la nuit, car aucune n’a jamais été observée en train de se nourrir le jour. (Troubridge et Crabo, 1996). L’alimentation et la croissance des chenilles ralentissent avec la baisse de la température, et les chenilles passent l’hiver en diapause, enfouies dans le sable sous les plantes hôtes. Des chenilles capturées dans leur milieu naturel et élevées en milieu artificiel ont émergé pour s’attaquer aux nouveaux bourgeons floraux à la fin d’avril et au début de mai (J. Tatum, comm. pers., 2002). La nymphose semble survenir entre la fin d’avril et la fin de mai. La vie nymphale dure environ 10 jours.


Reproduction

On sait très peu de chose sur la reproduction de la noctuelle de l’abronie, y compris le comportement d’accouplement (p. ex. émission de phéromones, sélection du partenaire sexuel, etc.). Il y a une période de reproduction par année. La période d’accouplement débute dès le 15 mai, atteint son apogée autour du 10 juin et se termine à la fin de juin. Les femelles pondent leurs œufs individuellement ou en groupes sur les inflorescence ou les feuilles de l’abronie à feuilles larges (J.T. Troubridge, comm. pers., 2002). Les mâles et les femelles sont habituellement récoltés en nombre égal (J.T. Troubridge, comm. pers., 2002).


Survie

Les taux de survie annuelle et à long terme sont inconnus. On ne dispose d’aucune information sur les taux de prédation, la compétition intraspécifique ou interspécifique, l’incidence de facteurs stochastiques comme le climat ou les perturbations, les maladies ou d’autres facteurs susceptibles de réduire la survie de la noctuelle de l’abronie.


Physiologie

Les adultes commencent à émerger dès l’apparition du temps chaud à la fin du printemps. La croissance des chenilles est maximale en juillet et en août. La noctuelle de l’abronie hiberne à l’état larvaire dans le sable, mais les conditions sous lesquelles s’effectue la diapause hivernale (p. ex. profondeur à laquelle les chenilles s’enfouissent dans le sol) ou les autres stratégies d’hibernation sont inconnues. Au cours de l’automne et du printemps, les chenilles peuvent quitter brièvement leur cachette hivernale pour se nourrir brièvement sur le feuillage de la plante hôte durant les périodes de temps plus chaud (J. Tatum, comm. pers., 2002). L’incidence des fluctuations saisonnières des températures sur les périodes de vol et l’accouplement des adultes et la survie des chenilles demeurent à déterminer. En juin 2002, des adultes ont été capturés par temps anormalement frais et venteux à deux endroits dans la région du Puget Sound.

Le climat pourrait être un important facteur limitatif pour la répartition de la noctuelle de l’abronie. La noctuelle n’a jamais été observée sur la côte ouest de l’île de Vancouver, même si sa plante hôte y est présente sur les dunes et les plages. La côte ouest de l’île de Vancouver étant exposée à un climat hypermaritime, les étés y sont légèrement plus frais et les précipitations hivernales substantiellement plus importantes que sur la côte sud-est de l’île (Phillips, 1990). On ignore quelle incidence ces différences peuvent avoir sur la répartition de la noctuelle. Les autres espèces du genre Copablepharon se rencontrent uniquement dans des régions arides.


Déplacements et dispersion

Le pouvoir de dispersion de la noctuelle de l’abronie n’a pas été évalué, et il est difficile d’inférer quoi que ce soit à ce chapitre d’après le comportement des autres espèces du genre. Toutefois, trois points méritent d’être soulignés :

  1. D’après les observations et les données de piégeage recueillies par N. Page en 2002, la noctuelle s’éloigne rarement des colonies denses en fleur de sa plante hôte. Aucune capture n’a été enregistrée dans les pièges installés à plus de 25 m de telles colonies.

  2. Paradoxalement, la noctuelle semble dotée d’un vol puissant. Des adultes dérangés alors qu’ils se nourrissaient de nectar sont souvent parvenus à éviter le filet dirigé vers eux en s’envolant rapidement. D’autres individus ont été observés se déplaçant d’un vol puissant contre un vent de 5 à 15 km/heure. La plupart des Noctuidés ont un bon pouvoir de dispersion, et des travaux de marquage-recapture réalisés en Finlande ont montré que certaines espèces pouvaient franchir des distances pouvant atteindre 30 km, les distances moyennes se situant cependant autour de 100 m (Nieminen, 1996).

  3. À certains sites, des noctuelles de l’abronie ont été trouvées dans des colonies satellites d’abronie à feuilles larges passablement éloignées de la colonie principale. D’après les observations effectuées dans de petites colonies isolées, la noctuelle a peu de chance de se maintenir à long terme dans ces colonies satellites. Dès lors, pour qu’une population puisse se maintenir dans ces colonies, il faut probablement qu’il y ait immigration à partir de la colonie principale.

Ainsi, la recolonisation des sites canadiens par une immigration en provenance de populations américaines paraît improbable. Une étendue d’eau de 33 km sépare la population américaine connue la plus proche du site canadien méridional. Toutefois, de nombreux Noctuidés possèdent un bon pouvoir de dispersion, et il faudra recueillir des informations plus précises pour pouvoir estimer la capacité de recolonisation de la noctuelle de l’abronie.


Alimentation et interactions interspécifiques

La noctuelle de l’abronie dépend de l’abronie à feuilles larges pour son alimentation, tant à l’état larvaire qu’à l’âge adulte. La relation entre le papillon et sa plante hôte est considérée comme une association de type parasite-hôte.

Les feuilles et les tiges de l’abronie sont densément recouvertes de trichomes glandulaires collants. Ces structures pourraient avoir pour fonction de décourager l’herbivorie par les insectes. Les mécanismes de défense chimique de l’abronie et les adaptations spécifiques permettant à la noctuelle d’en déjouer les effets demeurent inconnus.

Selon les indications disponibles, l’abronie à feuilles larges semble la seule plante hôte de la noctuelle de l’abronie. La plupart des dunes sont colonisées par un petit groupe d’espèces végétales caractéristiques (p. ex. Glehnia littoralis ssp. leiocarpa, Carex macrocephala, Convolvulus soldanella, Poa macrantha, Polygonum paronychia) qui diffèrent de l’abronie à feuilles larges par la structure de leurs fleurs ou de leurs feuilles. En captivité, des chenilles ont refusé tout feuillage qui ne provenait pas de leur plante hôte, et seules celles à qui des tiges et feuilles fraîches d’abronie avaient été offertes ont bouclé leur développement (J. Tatum, comm. pers., 2002).


Comportement et adaptabilité

À l’exception des caractéristiques comportementales liées au cycle vital décrites précédemment, le comportement de la noctuelle de l’abronie demeure méconnu.

Certains insectes monophages peuvent changer de plantes hôtes, et la plante de remplacement est souvent étroitement apparentée à l’hôte principal (Young, 1997). Toutefois, rien n’indique que la noctuelle de l’abronie utilise d’autres plantes comme source de nectar à l’âge adulte et comme plante nourricière à l’état larvaire. Qui plus est, aucune espèce végétale étroitement apparentée à l’abronie à feuilles larges ne pousse dans le détroit de Géorgie et la région du Puget Sound.

La noctuelle de l’abronie semble tolérer la présence humaine. Des adultes ont été capturés à plusieurs sites à proximité de routes peu achalandées.

La noctuelle de l’abronie a été élevée avec succès depuis les premiers stades larvaires jusqu’au stade adulte (J. Tatum, comm. pers., 2002). Pour obtenir de bons résultats, il faut ajouter fréquemment du feuillage frais dans les enceintes d’élevage. Bien qu’on n’ait jamais essayé de transplanter des noctuelles de l’abronie, il y a lieu de croire qu’une telle expérience pourrait être couronnée de succès si les ressources en plantes hôtes sont suffisantes.