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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le bruant de McCown (Calcarius mccownii) au Canada

Habitat

Besoins en matière d’habitat

Le Bruant de McCown niche dans des prairies arides, ouvertes, au sol sec et sablonneux (Stewart, 1975; Wershler et al., 1991), où l’accumulation de litière est faible (Felske, 1971), et dont la végétation est courte et clairsemée (With, 1994a). Ces conditions sont présentes dans les prairies à graminées courtes ou dans les prairies mixtes à pâturage intensif (Dechant et al., 1999). Les zones de nidification sont dominées par le boutelou gracieux (Bouteloua gracilis) et l’herbe aux bisons (Buchloe dactyoides), dont la taille ne dépasse pas 0,5 m (Brown, 1985), et sont souvent parsemées de cactus (p. exOpuntia sp.) et d’îlots de sol dénudé (With, 1994a).  

Réaction à la gestion des pâturages

Au sud de l’Alberta, les Bruants de McCown sont observés en plus grand nombre sur les prairies indigènes continuellement pâturées d’avril en octobre, que sur les terres qui sont broutées de façon intermittente ou par rotation (Prescott et Wagner, 1996). Ce nombre plus élevé résulte probablement de la qualité de l’habitat, puisque ces deux dernières méthodes de pâturage produisent une végétation plus dense et plus haute que celle privilégiée par le Bruant de McCown. Les parcours soumis au pâturage intensif sont probablement plus proches des prairies dans lesquelles cette espèce évoluait jadis (With, 1994a). Cette différence d’habitat pourrait expliquer pourquoi plusieurs études ont relevé des Bruants de McCown dans des prairies modérément ou intensivement pâturées, alors qu’aucun de ces oiseaux n’a été trouvé dans des sites  non pâturés (Maher, 1973; Kantrud et Kologiski, 1982; Wershler et al., 1991; Sutter, 1997).

Attrait pour les champs cultivés

Même dans les paysages de prairies, les Bruants de McCown occupent souvent les champs cultivés (McMaster et Davis, 1998; Dale et al., 2005) comme les champs de blé en culture traditionnelle (Martin et Forsyth, 2003) et les champs en jachère (Dale et al., 2005). Les relevés suggèrent que cet attrait pour les terres agricoles ne constitue pas seulement une réponse à la saturation de l’habitat (S. Davis, comm. pers.), mais pourrait aussi s’expliquer par des similarités structurelles entre les terres cultivées et les prairies indigènes qui font que ces deux habitats sont difficiles à distinguer pour les oiseaux lorsqu’ils nidifient au printemps (voir par exemple Lloyd et Martin, 2005). Cette situation est préoccupante puisque la reproduction risque d’être moins fructueuse dans les champs cultivés que dans l’habitat indigène et que les risques d’exposition directe aux pesticides agricoles sont plus élevés. (Martin et Forsyth, 2003). Ainsi, les champs cultivés pourraient constituer des « pièges écologiques » pour le Bruant de McCown (Best, 1986; Martin et Forsyth, 2003). Il s’agit d’un phénomène relativement récent puisque, historiquement, les Bruants de McCown évitaient les zones cultivées (DuBois, 1937; Mickey, 1943).

Habitat d’hivernage

Dans leur aire d’hivernage, c’est dans les prairies basses peu pâturées et dominées par les genres Bouteloua et Buchloe que l’on trouve le Bruant de McCown en plus grand nombre. Au Mexique, l’habitat d’hivernage comprend des plateaux et des déserts. (Peterson et Chalif, 1973; With, 1994a).

Besoins en matière de microhabitat

Les Bruants de McCown construisent leur nid sur la terre nue de flancs de collines orientés vers le sud ou le sud-ouest (Felske, 1971). Les nids eux-mêmes sont orientés vers le nord (With et Webb, 1993). Les nids sont construits dans une dépression du sol et, souvent, à proximité de quelques structures végétales comme les touffes d’herbes ou les arbustes (With, 1994b).

La variation annuelle des précipitations peut affecter la qualité générale de l’habitat. Prescott et Wagner (1996) ont suggéré que le déclin du nombre de Bruant de McCown observé pendant leur étude pourrait, en partie, avoir été causé par des précipitations supérieures à la moyenne qui auraient favorisé la croissance végétale. À l’inverse, les conditions de sécheresse au début des années 2000 se sont accompagnées d’une multiplication brusque du nombre de Bruants de McCown dans la réserve nationale de la faune de Suffield en Alberta (B. Dale, comm. pers.).  

Tendances en matière d’habitat

Les prairies ont été grandement transformées par l’agriculture. En 1991, approximativement 75 p. 100 de la prairie indigène originelle du Canada avait été transformée à des fins agricoles ou autres. Depuis, la perte d’habitat s’est poursuivie à un rythme d’environ 1 p. 100 par année (Statistique Canada, 1997). On ne sait toutefois pas quelle proportion de cet habitat convient au Bruant de McCown. Les observations récentes de Bruants de McCown dans des champs cultivés (McMaster et Davies 1998; Martin et Forsyth, 2003) suggèrent toutefois qu’ils s’adaptent partiellement à la perte d’habitat et aux changements dans l’utilisation des terres car, historiquement, ils avaient toujours évité les terres cultivées (DuBois, 1937; Mickey, 1943).

La suppression des feux pourrait aussi avoir contribué à la baisse de la qualité de l’habitat du Bruant de McCown. Historiquement, les prairies basses indigènes brûlaient fréquemment et subissaient des périodes de pâturage intense par certains herbivores indigènes, notamment le bison (Knopf, 1994). Ces deux types de perturbations ont créé un habitat parsemé de parcelles de sol dénudé, facteur associé à une grande abondance de Bruants de McCown (Martin et Forsyth, 2003). On a suggéré que la suppression des incendies comme cause possible du déclin de la distribution et de l’abondance de cet oiseau (Oberholser, 1974).  

Protection et propriété

En Alberta, il reste environ 40 000 km² de prairies indigènes, dont 23 606 km² appartiennent à la Couronne. Bien que la majorité de ces terres ne fassent pas l’objet d’une protection gouvernementale, l’État a plus ou moins réussi à prévenir la perte définitive de l’habitat des prairies indigènes. Les terres de la Couronne ne constituent que 24 p. 100 de la région des prairies naturelles de l’Alberta, mais 56 p. 100 de celles-ci ont été préservées dans leur état initial. La majorité des terres de la Couronne servent à l’élevage sous forme de pâture commune ou de parcours sous bail. Environ 2 p. 100 des prairies indigènes sont officiellement protégées. Parmi les plus vastes étendues protégées où le Bruant de McCown a été observé, on compte la réserve nationale de faune de Suffield (458,7 km²), la Onefour Heritage Rangeland Natural Area (92 km²), et la Twin River Heritage Rangeland Natural Area (150 km²) [Alberta Sustainable Resource Development, 2000].

En Saskatchewan, un peu plus de 32 p. 100 des prairies résiduelles sont protégées dans des zones de conservation, soit des parcs nationaux et provinciaux, des sites de Conservation de la nature, des refuges d’oiseaux migrateurs, des réserves fauniques, des sites Ramsar, des réserves écologiques, des terres protégées en vertu de la loi saskatchewannaise de protection des habitats fauniques (le Wildlife Habitat Protection Act) et des pâturages collectifs de l’ARAP. La superficie totale des terres protégées s’étend sur 22 636 km², ce qui correspond à 9,4 p. 100 de l’écozone des prairies situées en Saskatchewan (Gauthier et al., 2002). Les terres les plus importantes pour la protection des Bruants de McCown sont celles situées au coin sud-ouest de la province, au sud de la rivière Saskatchewan-Sud et à l’ouest de Regina.

En Alberta, en Saskatchewan et au Manitoba, 4 415,5 km² de terres privées ont été inscrits au Programme d’établissement d’une couverture végétale permanente (PÉCVP) (McMaster et Davis, 1998). Il existe des possibilités de modification de certains de ces sites PÉCVP pour créer des habitats convenant au Bruant de McCown.