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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la villeuse irisée (Villosa iris) au Canada

Répartition

Aire de répartition mondiale

La villeuse irisée a déjà été largement répandue dans l’est de l’Amérique du Nord, depuis l’État de New York et l’Ontario vers l’ouest jusqu’au Wisconsin, et vers le sud jusqu’à l’Oklahoma, l’Arkansas et l’Alabama. Aux États-Unis, il existe des mentions pour l’Alabama, l’Arkansas, l’Illinois, l’Indiana, le Kentucky, le Michigan, le Missouri, le New York, l’Ohio, l’Oklahoma, la Pennsylvanie, le Tennessee, la Virginie, la Virginie-Occidentale et le Wisconsin (figure 2). La répartition actuelle de la villeuse irisée se compare à sa répartition historique, mais l’espèce est en déclin dans la partie occidentale de son aire de répartition américaine (Cummings et Mayer, 1992).

Figure 2. Répartition nord-américaine du Villosa iris (d’après les renseignements obtenus des gouvernements concernés).

Figure 2.    Répartition nord-américaine du Villosa iris (d’après les renseignements obtenus des gouvernements concernés).

Aire de répartition canadienne

Au Canada, le Villosa iris n’a été trouvé que dans le sud de l’Ontario. On en a recueilli dans les rivières Ausable, Bayfield, Détroit, Grand, Maitland, Moira, Niagara, Salmon, Saugeen, Sydenham, Thames et Trent ainsi que dans les lacs Huron, Ontario, Érié et Sainte-Claire. Les emplacements de ces bassins hydrographiques sont indiqués à la figure 3. Les observations les plus anciennes de l’espèce au Canada ont été recueillies dans les années 1890 par J. Macoun, qui en a trouvé des spécimens dans la rivière Détroit près de Windsor, dans la rivière Grand près de Cayuga, et dans la rivière Thames près de Chatham (ces spécimens sont conservés au Musée canadien de la nature). La figure 4 montre la répartition historique de la villeuse irisée en Ontario d’après 95 mentions (provenant généralement de relevés qualitatifs) amassées entre 1890 et 1994. La répartition actuelle de l’espèce apparaît à la figure 5 et repose sur 133 mentions (animaux vivants et coquilles dont la plupart proviennent de relevés semi-quantitatifs et quantitatifs) faites entre 1995 et 2005. Des spécimens vivants ont été récoltés tout récemment, en octobre 2005, dans le ruisseau Fish, un tributaire de la Thames.

Figure 3. Bassins hydrographiques ontariens où le Villosa iris est présent ou a déjà été présent.

Figure 3. Bassins hydrographiques ontariens où le Villosa iris est présent ou a déjà été présent.

Figure 4. Répartition historique (1890-1994) du Villosa iris en Ontario (d’après les mentions de la base de données sur les unionidés du bassin inférieur des Grands Lacs).

Figure 4.    Répartition historique (1890-1994) du Villosa iris en Ontario (d’après les mentions de la base de données sur les unionidés du bassin inférieur des Grands Lacs).

Figure 5. Répartition actuelle (1995-2005) du Villosa iris en Ontario (d’après les mentions de la base de données sur les unionidés du bassin inférieur des Grands Lacs).

Figure 5.    Répartition actuelle (1995-2005) du Villosa iris en Ontario (d’après les mentions de la base de données sur les unionidés du bassin inférieur des Grands Lacs).

Les populations de mulettes des eaux canadiennes et américaines du bassin inférieur des Grands Lacs et de ses voies interlacustres ont pratiquement disparu en raison des impacts de l’introduction des dreissenas (Dreissena polymorpha et D. bugensis). Il arrive encore qu’on en trouve de petites populations isolées dans certaines zones proches des rives où la densité de dreissenas est restée faible (Nichols et Wilcox, 1997). Zanatta et al. (2002) ont effectué, entre 1999 et 2001, des relevés à 95 sites proches des rives du lac Sainte-Claire et ont trouvé des moules vivantes à 33 de ces sites, pour la plupart dans les eaux canadiennes du delta de la rivière Sainte-Claire. Trente-neuf pour cent de ces derniers sites abritaient des villeuses irisées. Metcalfe-Smith et al. (2004) ont effectué en 2003 des relevés à 28 sites du delta et constaté que l’espèce était nettement plus répandue dans les eaux américaines que canadiennes (70 p. 100 c. 30 p. 100, respectivement, des sites fouillés). La présence du Villosa iris n’a pas été établie dans les eaux du large du lac Sainte-Claire, que ce soit avant ou après l’invasion de la moule zébrée (Nalepa et al., 1996). Le V. iris a été trouvé vivant dans 5 des 6 sites fouillés dans le cours supérieur de la rivière Détroit entre 1987 et 1992, mais aucun spécimen n’a été repéré lors des relevés de suivi réalisés en 1997 et 1998 (Schloesser et al., sous presse). Le V. iris a été recueilli dans la baie de Long Point, dans la baie Rondeau et à l’île Pelée, dans le lac Érié, pendant les années 1930, 1960 et 1970. Zanatta et Woolnough ont réalisé des relevés dans 6 sites de la baie Rondeau en 2001 alors qu’ils travaillaient pour J.L. Metcalfe-Smith. Ils ont trouvé une moule vivante (Amblema plicata) et les coquilles vieillies de 15 espèces autres que le V. iris. Long Point et l’île Pelée n’ont pas fait l’objet de relevés ces derniers temps, mais 33 sites se trouvant dans les eaux américaines du bassin ouest et dans la région des îles Bass ont été fouillés en 1998 et aucun unionidé n’y a été trouvé (Ecological Specialists, 1999). Des coquilles vieillies de 17 espèces ont été signalées, y compris le V. iris à un site. Le V. iris a aussi été récolté vivant dans la rivière Niagara récemment, en 1983. Lors de relevés réalisés dans 13 sites pour le compte de la New York Power Authority en 2001, de vieilles coquilles de 16 espèces et quelques représentants vivants de 3 espèces non identifiées ont été tout ce que les chercheurs ont trouvé (Schneider, comm. pers., 2002).

La villeuse irisée a déjà été largement répandue dans tout le cours inférieur de la Grand et ses tributaires, mais on n’en y a pas trouvé de vivantes depuis 1971 (Kidd, 1973; Mackie, 1996; Metcalfe-Smith et al., 2000b). La villeuse irisée accuse aussi un déclin dans la rivière Sydenham, particulièrement dans sa branche est où elle a été repérée dans 33 p. 100 des 15 sites fouillés entre 1929 et 1991, comparativement à 17 p. 100 des 12 sites fouillés dans les mêmes tronçons de 1997 à 1999 (Metcalfe-Smith et al., 2003). Seuls quelques spécimens ont été trouvés vivants dans 2 sites sur 10 ayant fait l’objet d’un échantillonnage quantitatif de 1999 à 2002 (Metcalfe-Smith et al., 2003). Des petites populations subsistent dans les rivières Ausable et Saugeen, mais on ne sait pas si les répartitions ont changé, car il n’y a pas de données pour avant 1993 concernant ces deux bassins hydrographiques. La répartition du Villosa iris dans la rivière Moira semble stable bien que les efforts actuels et passés d’échantillonnage aient été modestes. Quatre-vingt-trois sites de la Thames et de ses tributaires ont fait l’objet de relevés au cours des 10 dernières années (Morris, 1996; Metcalfe-Smith et al., 1998b, 1999; Morris, comm. pers., 2005). La villeuse irisée ne se trouve en ce moment que dans des tributaires de la North Thames et dans un petit tronçon de la Middle Thames, mais presque toutes les observations historiques proviennent de cette zone. Il n’existe qu’une seule mention historique, datant de 1935, de la villeuse irisée dans la rivière Maitland, qui provient du cours inférieur de la rivière, près d’Auburn. Les auteurs ont fouillé 21 sites du bassin hydrographique de la Maitland entre 1998 et 2004 et trouvé des villeuses irisées, souvent en grand nombre, dans 80 p. 100 de ces sites (J.L. Metcalfe-Smith, données inédites). La rivière Maitland semble abriter la plus importante population restante de villeuse irisée au Canada.

La villeuse irisée a été recueillie dans le cours inférieur de la rivière Trent en 1996 (2 spécimens vivants) et dans la rivière Salmon en 1998 (1 coquille vieillie). Schueler (comm. pers., 2005) a recueilli 7 coquilles et valves vieillies dans un site de la rivière Salmon en octobre 2005, de même que 109 coquilles et valves vieillies (quelques-unes d’entre elles étaient fraîches) dans une hutte de rat musqué située à 0,2 km en amont du site. Une coquille fraîche a aussi été trouvée dans la rivière Bayfield en 2005 (Veliz, comm. pers., 2005). Comme il n’existe pas de mention antérieure de l’espèce pour ces bassins hydrographiques et comme aucun relevé structuré n’y a été mené, il est impossible de juger des tendances de la répartition de la villeuse irisée dans ces réseaux.

Dans l’ensemble, le Villosa iris a disparu d’environ 30 p. 100 de son aire de répartition historique, en termes de zone d’occurrence, au Canada (figures 4 et figure5). La zone d’occurrence actuelle couvre environ 53 700 km², comparativement aux 76 500 km² du passé. La zone d’occupation actuelle est d’environ 11 km² (tableau 1).

Tableau 1. Zone d’occupation actuelle de toutes les populations connues du Villosa iris en Ontario et au Canada
Plan d’eauLongueur du tronçon occupé (km)Largeur moyenne du tronçon (m)Zone d’occupation (km²)
Rivière Saugeen
0,5
20
0,01
Rivière Maitland
135
28
3,78
Rivière Ausable
10
7,5
0,08
Rivière Sydenham
30
21
0,63
Rivière Thames
40,5
20
0,81
Rivière Grand
15
43
0,65
Rivière Trent
0,5
20
0,01
Rivière Moira
20
20
0,40
Lac Sainte-Claire
Sans objet
Sans objet
4,5
Zone d’occupation totale
 
 
10,87