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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la villeuse irisée (Villosa iris) au Canada

Facteurs limitatifs et menaces

L’introduction et la propagation de la moule zébrée, espèce exotique, à l’échelle des Grands Lacs a causé des déclins dramatiques chez les moules d’eau douce indigènes des zones colonisées (Schoesser et al., 1996). Près de 50 p. 100 des sites qui abritaient le Villosa iris dans le passé sont maintenant infestés de moules zébrées. Ces organismes bioencrasseurs continuent de menacer la population de la zone du delta du lac Sainte-Claire. Metcalfe-Smith et al. ( 2004) ont signalé que les densités de V. iris avaient diminué entre 2001 et 2003. La villeuse irisée était la plus infestée de 10 espèces d’unionidés recueillies dans la baie Bass, dans les eaux canadiennes du delta, en 2004 (Metcalfe-Smith et al., données inédites). Les moules zébrées constituent une menace potentielle dans les rivières dont le cours présente des zones importantes de retenue. Les réservoirs dont la durée de rétention dépasse les 20 à 30 jours permettent aux larves véligères de se développer et de s’établir, après quoi les populations peuvent s’étendre durant l’année dans les tronçons d’aval (Metcalfe-Smith et al., 2000b). Les moules zébrées sont déjà établies dans les réservoirs Fanshawe et Springbank, dans les tronçons moyens de la Thames. Si elles s’introduisent dans les réservoirs Wildwood ou Pittock, dans les tronçons supérieurs du bassin hydrographique, elles présenteront une lourde menace pour la population de villeuse irisée de la rivière. Le cours inférieur de la Trent reçoit constamment des larves véligères de moule zébrée issues du Percy’s Reach et du lac Rice. Il est peu probable que les moules zébrées mettent en péril la population la plus importante de V. iris en Ontario, celle de la rivière Maitland, car ce cours d’eau n’est pas navigable et compte peu de zones de retenue susceptibles d’abriter une colonie permanente.

Les stresseurs anthropiques, comme les fortes charges de sédiments, les éléments nutritifs et les composés toxiques provenant de sources urbaines et agricoles constituent des problèmes potentiels dans le sud de l’Ontario là où vit le Villosa iris. L’envasement résultant de l’agriculture intensive a encrassé plusieurs des radiers sableux et graveleux des rivières qu’habite l’espèce. Le drainage par canalisations en poterie, l’accès des bovins aux cours d’eau et la réduction ou l’élimination des bandes tampons riveraines ont tous contribué au problème. Les charges d’éléments nutritifs découlant de l’application d’engrais et provenant des rejets d’eaux usées municipales peuvent avoir des effets négatifs sur les espèces fauniques rares. Les pesticides en provenance des fermes et les chlorures des sels de voirie utilisés en hiver peuvent aussi avoir des effets sur la faune benthique (Jacques Whitford Environment Limited, 2001). De tous les organismes aquatiques, les moules d’eau douce font partie des plus sensibles aux contaminants environnementaux, et il apparaît de plus en plus clairement que le V. iris y est particulièrement sensible. Goudreau et al. (1993), par exemple, ont fait état de la sensibilité supérieure des glochidies du V. iris à l’ammoniac (CL50 sur 24 h = 0,284 mg/L) et au monochloramine (CL50 sur 24 h = 0,084 mg/L) par rapport à de nombreuses autres espèces d’invertébrés, y compris d’autres mollusques. De même, Mummert et al. (2003) ont constaté que les villeuses irisées juvéniles et les lampsiles fasciolées (Lampsilis fasciola) figuraient parmi les organismes aquatiques les plus sensibles à l’ammoniac non ionisé, le V. iris y étant plus sensible que le L. fasciola (CL50 sur 96 h = 0,11 mg/L et 0,26 mg/L NH3-N, respectivement). Selon les concentrations d’ammoniac non ionisé signalées dans l’environnement aquatique, il est possible que ce contaminant limite la répartition du V. iris et d’autres mulettes dans certains réseaux fluviaux (Mummert et al., 2003). Les mulettes juvéniles demeurent enfouies dans les sédiments pendant les quelques premières années de leur vie et se nourrissent alors exclusivement de particules tirées de l’eau interstitielle. Ce comportement risque d’accroître leur exposition aux contaminants liés aux sédiments (Yeager et al., 1994), ce qui peut mettre en péril les espèces particulièrement sensibles aux produits chimiques toxiques.

Les régulateurs naturels les plus importants de la taille et de la répartition des populations de moules sont la répartition et l’abondance de leurs poissons hôtes et la prédation. Les unionidés ne peuvent boucler leur cycle vital s’ils n’ont pas accès à un hôte approprié pour leurs glochidies. Si les populations de poissons hôtes d’une espèce de mulette disparaissent ou si leur abondance décline jusqu’à des niveaux trop bas, le recrutement de mulettes ne se fera plus et l’espèce pourrait devenir fonctionnellement éteinte (Bogan, 1993). Comme mentionné plus haut (à la section Cycle vital et reproduction), plusieurs poissons hôtes des glochidies de la villeuse irisée aux États-Unis sont également présents et communs dans toute l’aire de répartition canadienne de la villeuse irisée. Des tests en laboratoire et des travaux de terrain sont requis pour identifier avec certitude le ou les hôtes fonctionnels du V. iris. L’évaluation de la santé des populations de poissons hôtes dans les zones abritant le Villosa iris seraient ensuite nécessaires afin de savoir si l’accès aux hôtes constitue un facteur limitatif pour l’espèce en Ontario.

On sait que divers poissons et mammifères se nourrissent de moules d’eau douce (Fuller 1974). La prédation exercée par le rat musqué (Ondatra zibethicus), en particulier, peut être un facteur limitatif pour certaines espèces de moules. Hanson et al. (1989), tout comme Tyrrell et Hornbach (1998), ont démontré que les rats musqués sont, dans leur quête de nourriture, sélectifs quant aux espèces et à la taille de leurs proies et qu’ils peuvent donc avoir un effet important sur la structure par taille et sur la composition par espèces des communautés de moules. Plusieurs études ont été menées sur la prédation du rat musqué sur les mulettes (Neves et Odum, 1989; Watters, 1993-1994; Tyrrell et Hornbach, 1998), mais aucune n’a indiqué la présence de coquilles de Villosa iris dans les huttes de rat musqué, ce qui peut signifier que cette moule n’est pas recherchée par ce prédateur. Le raton laveur (Procyon lotor) est un autre prédateur potentiel. Bien que les auteurs du présent rapport ne soient au courant de l’existence d’aucune étude sur la prédation exercée par le raton laveur, ils ont vu dans la nature des ratons laveurs se nourrir de moules; il est donc nécessaire d’étudier les effets de la prédation du raton laveur sur les moules d’eau douce en Ontario.