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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la Physe d'eau chaude (Physella wrighti) au Canada - Mise à jour

Résumé

Physe d'eau chaude
Physella Wrighti

Information sur l’espèce

La physe d’eau chaude (Physella wrighti) fait partie de la famille des gastéropodes d’eau douce de la famille des Physidés. Cette famille se caractérise par un enroulement senestre (vers la gauche) de la coquille. La plus grande longueur de coquille observée pour un P. wrighti est de 9,1 mm, mais la plupart des individus sont plus petits.

Les scientifiques ne peuvent affirmer avec certitude que le P. wrighti est une espèce biologiquement distincte de l’espèce commune et très largement répandue P. gyrina. Les récentes études concernant les relations génétiques entre ces deux espèces n’ont pas permis de tirer des conclusions à ce sujet.

Répartition

Le Physella wrighti n’est présent que dans le complexe de sources thermales de la rivière Liard, dans le parc provincial Liard River Hot Springs, dans le nord de la Colombie-Britannique. La zone d’occurrence du P. wrighti est d’environ 16 310  (0,02 km²), à l’intérieur de laquelle sa zone d’occupation est de 1 km². Puisque les physes n’occupent qu’une étroite bande sur le pourtour de deux bassins et le long des berges d’un ruisseau effluent, leur zone d’occupation réelle est d’environ 4,6 m² (4,6 × 10-6 km²).

Habitat

Le Physella wrighti est présent dans les habitats où la température de l’eau demeure entre 23 et 40 °C toute l’année. Il vit sur les substrats près de l’interface air-eau dans des zones où le débit d’eau est faible ou nul, etoù il peut se tenir et pondre ses œufs à une température optimale. On trouve ce type d’habitat dans le parc provincial Liard River Hot Springs, le long de certaines parties des berges du ruisseau Alpha et sur le pourtour des bassins Alpha et Beta.

Biologie

 

Le Physella wrightibroute les algues et les bactéries qui prolifèrent sur le substrat. En tant que gastéropode de la famille des Physidés, le P. wrighti est un ovipare (il pond des œufs) hermaphrodite. Dans les régions tempérées, les Physidés pondent habituellement au printemps, et les juvéniles deviennent matures au cours de l’été, pondent leurs œufs le printemps suivant, puis meurent. Toutefois, le cycle vital des Physidés peut être accéléré et la reproduction ne pas montrer de cycle saisonnier chez les Physidés qui vivent dans des eaux plus chaudes. Comme aucune étude n’a été menée sur le P. wrighti à ce sujet, aucune donnée n’existe sur les caractéristiques de son cycle vital en milieu naturel, notamment sur son taux de croissance, sa longévité, son âge de maturité sexuelle, le taux de développement de ses œufs ou la phénologie de sa reproduction.

Taille et tendances des populations

La population de Physella wrighti du parc provincial Liard River Hot Springs est distribuée en trois endroits précis : le ruisseau Alpha, le bassin Alpha inférieur et le bassin Beta, qui sont tous probablement liés par les déplacements des espèces sauvages et des humains ainsi que par des phénomènes naturels. Trois estimations d’abondance du P. wrighti ont été effectuées dans le ruisseau Alpha. La première (septembre 1997) a établi le nombre de physes à 2 100, la deuxième (août 2000) à 5 200, et la troisième (août 2006) à 1 400. Les écarts entre ces estimations pourraient être dus en partie au fait qu’elles n’ont pas couvert la même longueur du ruisseau Alpha. D’autres études utilisant des protocoles normalisés sont nécessaires afin d’évaluer les tendances de la population dans le ruisseau Alpha, mais les résultats actuels ne révèlent aucun déclin de la population de P. wrighti. Deux estimations d’abondance dans le bassin Alpha ont établi le nombre de physes à 2 100 en janvier 2000 et à 23 en août 2006. Cet écart pourrait découler d’une tendance saisonnière semblable à celle observée pour une population d’une espèce différente dans le parc provincial du Canada Banff, dont l’abondance est plus importante l’hiver. Par contre, l’écart observé pourrait aussi être lié à l’absence de Chara dans le ruisseau Alpha en 2006. Une estimation d’abondance dans le bassin Beta y a établi l’effectif à 910 physes en août 2006.

Facteurs limitatifs et menaces

Les facteurs limitatifs naturels les plus évidents pour le Physella wrighti sont liés à son besoin présumé d’eau chaude et à son besoin d’avoir accès à l’interface air-eau pour respirer. Cette espèce est extrêmement vulnérable aux perturbations parce qu’elle est endémique au complexe de sources thermales de la rivière Liard. La source des eaux chaudes de ces bassins est située hors des limites du parc provincial Liard River Hot Springs, et l’éventuel forage lié à l’exploration pétrolière et gazière dans la zone de fracture pourrait représenter une grave menace pour cette espèce, car il pourrait en résulter une déviation de l’écoulement souterrain et en un assèchement des sources.

Ces sources thermales ont été aménagées depuis de nombreuses années à des fins récréatives et accueillent jusqu’à 40 000 visiteurs chaque année. Une déviation naturelle ou anthropique du ruisseau Alpha pourrait exposer le Physella wrighti à l’air, dont les températures pourraient lui être fatales, et l’ajout de substances étrangères dans les bassins Alpha et Beta (p. ex. du shampooing, de l’huile pour le bain) pourrait empêcher les physes d’accéder à l’air et/ou les enduire de substances pouvant perturber leurs processus vitaux.

L’introduction de tortues (des tortues ont été trouvées dans les bassins et retirées des eaux à au moins deux reprises) et le risque que d’autres animaux exotiques soient introduits dans les sources thermales de la rivière Liard représentent pour le Physella wrighti une menace grave. En effet, l’introduction d’une espèce fortement prédatrice ou compétitrice pourrait avoir des effets écologiques dévastateurs sur le P. wrighti.

Importance de l’espèce

Les espèces d’eau chaude présentent un intérêt scientifique important, car il est possible que ces espèces proviennent de populations marginales dont le patrimoine génétique est capable de s’adapter ou de s’acclimater plus facilement aux conditions changeantes que ne le peuvent les espèces congénères. Le Physella wrighti est un indicateur du fait que l’écosystème septentrional relativement chaud du parc provincial Liard River Hot Springs continue d’offrir un habitat propice à une faune aquatique unique en dépit du développement et de l’utilisation continue du parc par les humains. Le P. wrighti fait partie d’un groupe de plusieurs espèces animales et végétales endémiques à la région, associées aux habitats lotiques et lentiques constamment chauds qu’offre ce complexe de sources chaudes.

Protection actuelle ou autres désignations de statut

En 2003, le Physella. wrighti a été ajouté à la liste de l’annexe 1 de la Loi sur les espèces en péril (LEP) en tant qu’espèce en voie de disparition, conformément au statut que lui a attribué le COSEPACen mai 2000. Aux termes de la LEP, le ministère des Pêches et des Océans est désigné comme autorité responsable de la protection du P. wrighti. La Loi sur les pêches (Canada) protège l’espèce en interdisant toute détérioration, perturbation ou destruction de l’habitat du poisson, de même que le rejet de substances nocives dans des eaux où vivent des poissons. En tant que parc provincial de la Colombie-Britannique de catégorie « A », le parc provincial Liard River Hot Springs est régi par la Park Act (1996), qui protège les ressources naturelles du parc. Aux termes des règlements pris en application de la LEP, un programme de rétablissement de la physe d’eau chaude a été élaboré.

Historique du COSEPAC

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a été créé en 1977, à la suite d’une recommandation faite en 1976 lors de la Conférence fédérale-provinciale sur la faune. Le Comité a été créé pour satisfaire au besoin d’une classification nationale des espèces sauvages en péril qui soit unique et officielle et qui repose sur un fondement scientifique solide. En 1978, le COSEPAC (alors appelé Comité sur le statut des espèces menacées de disparition au Canada) désignait ses premières espèces et produisait sa première liste des espèces en péril au Canada. En vertu de la Loi sur les espèces en péril(LEP) promulguée le 5 juin 2003, le COSEPAC est un comité consultatif qui doit faire en sorte que les espèces continuent d’être évaluées selon un processus scientifique rigoureux et indépendant.

Mandat du COSEPAC

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) évalue la situation, au niveau national, des espèces, des sous-espèces, des variétés ou d’autres unités désignables qui sont considérées comme étant en péril au Canada. Les désignations peuvent être attribuées aux espèces indigènes comprises dans les groupes taxinomiques suivants : mammifères, oiseaux, reptiles, amphibiens, poissons, arthropodes, mollusques, plantes vasculaires, mousses et lichens.

Composition du COSEPAC

Le COSEPAC est composé de membres de chacun des organismes responsable des espèces sauvages des gouvernements provinciaux et territoriaux, de quatre organismes fédéraux (le Service canadien de la faune, l’Agence Parcs Canada, le ministère des Pêches et des Océans et le Partenariat fédéral d’information sur la biodiversité, lequel est présidé par le Musée canadien de la nature), de trois membres scientifiques non gouvernementaux et des coprésidents des sous-comités de spécialistes des espèces et du sous-comité des connaissances traditionnelles autochtones. Le Comité se réunit au moins une fois par année pour étudier les rapports de situation des espèces candidates.

Définitions (2008)

Espèce sauvage
Espèce, sous-espèce, variété ou population géographiquement ou génétiquement distincte d'animal, de plante ou d'une autre organisme d'origine sauvage (sauf une bactérie ou un virus) qui est soit indigène du Canada ou qui s'est propagée au Canada sans intervention humaine et y est présente depuis au moins cinquante ans.
Disparue (D)
Espèce sauvage qui n'existe plus.

Disparue du pays (DP)
Espèce sauvage qui n'existe plus à l'état sauvage au Canada, mais qui est présente ailleurs.

En voie de disparition (VD)Note de bas de pagea
Espèce sauvage exposée à une disparition de la planète ou à une disparition du pays imminente.

Menacée (M)
Espèce sauvage susceptible de devenir en voie de disparition si les facteurs limitants ne sont pas renversés.

Préoccupante (P)Note de bas de pageb
Espèce sauvage qui peut devenir une espèce menacée ou en voie de disparition en raison de l'effet cumulatif de ses caractéristiques biologiques et des menaces reconnues qui pèsent sur elle.

Non en péril (NEP)Note de bas de pagec
Espèce sauvage qui a été évaluée et jugée comme ne risquant pas de disparaître étant donné les circonstances actuelles.

Données insuffisantes (DI)Note de bas de paged,Note de bas de pagee
Une catégorie qui s'applique lorsque l'information disponible est insuffisante (a) pour déterminer l'admissibilité d'une espèce à l'évaluation ou (b) pour permettre une évaluation du risque de disparition de l'espèce.

Service canadien de la faune

Le Service canadien de la faune d’Environnement Canada assure un appui administratif et financier complet au Secrétariat du COSEPAC.

Note de bas de page a

Appelée « espèce disparue du Canada » jusqu'en 2003.

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Note de bas de page b

Appelée « espèce en danger de disparition » jusqu'en 2000.

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Note de bas de page c

Appelée « espèce rare » jusqu'en 1990, puis « espèce vulnérable » de 1990 à 1999.

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Note de bas de page d

Autrefois « aucune catégorie » ou « aucune désignation nécessaire ».

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Note de bas de page e

Catégorie « DSIDD » (données insuffisantes pour donner une désignation) jusqu'en 1994, puis « indéterminé » de 1994 à 1999. Définition de la catégorie (DI) révisée en 2006.

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