Sauter l'index du livret et aller au contenu de la page

Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la Physe d'eau chaude (Physella wrighti) au Canada - Mise à jour

Biologie

La biologie des Pulmonés d’eau douce est en général bien connue, car ce groupe vit dans des habitats accessibles, a un cycle évolutif de courte durée et survit facilement en captivité. Aucune étude n’a été menée sur le Physella wrighti,et aucune donnée n’existe concernant les caractéristiques de son cycle vital en milieu naturel, notamment sur son taux de croissance, sa longévité, son âge de maturité sexuelle, le taux de développement de ses œufs ou la phénologie de sa reproduction.

Cycle vital et reproduction

Les animaux ectothermes, comme les Physidés, ne peuvent réguler leur température corporelle; ils cherchent donc à demeurer dans des milieux dont la température favorise les processus de leur cycle vital. Les Physidés sont des ovipares (ils pondent des œufs) hermaphrodites. Les œufs se développent rapidement en juvéniles qui rampent sur le substrat, dont ils sont dépendants. Dans les régions tempérées, les œufs sont habituellement pondus l’été, et les juvéniles deviennent matures au cours de l’été, pondent des œufs le printemps suivant, puis meurent. Toutefois, ces processus sont accélérés chez les Physidés qui vivent dans des eaux chaudes (examen de la question dans McMahon, 1975). Des Physella johnsoni juvéniles ont été observés à tout moment de l’année dans le parc provincial du Canada Banff (Lepitzki et al., 2002). Ailleurs en Alberta, on a observé que l’espèce P. gyrina se reproduisait tout au long de l’année dans des effluents thermaux dont la température variait de 15 à 31 °C, mais on n’a observé aucun développement des œufs à une température de 32 °C (Sankurathri et Holmes, 1976). Des P. wrighti en captivité dans un aquarium chauffé contenant de l’eau du parc provincial Liard River Hot Springs ont pondu des masses d’œufs contenant de 6 à 18 œufs au-dessus de la surface de l’eau à une température de 25 °C, et l’éclosion a été observée 9 jours plus tard (Lee et Ackerman, 1999). Comme la température des eaux entrantes du parc provincial Liard River Hot Springs demeure probablement constante toute l’année, la température de l’air détermine sans doute aussi l’endroit où les physes se tiennent et pondent leurs œufs. En août 2006, à la température ambiante de 20 °C, la plupart des physes et toutes les oothèques ont été observées au-dessus de l’interface air-eau. En septembre 1997, alors que la température ambiante était beaucoup plus basse, la plupart des physes visibles étaient submergées (J. Lee, obs. pers.). Le P. wrightise tient et pond ses œufs dans des endroits présentant une température optimale pour l’accomplissement de son cycle vital.

Alimentation

Les Physidés sont habituellement considérés comme des détritivores et/ou des bactérivores (Brown, 2001). Le Physella wrighti broute probablement le biotecton, c’est-à-dire les algues et les bactéries qui prolifèrent sur les substrats submergés sur lesquels il vit. Des individus gardés en captivité dans de l’eau provenant du bassin Alpha ont survécu et se sont reproduits en étant soumis à un régime composé d’un mélange de levures de bière et d’aliments pour poissons pendant 14 mois (Lee et Ackerman, 1999).

Prédateurs

Aucune donnée n’existe concernant la prédation directe du Physella wrighti par d’autres espèces. L’oiseau limicole Tringa flavipes (Petit Chevalier) broute dans les marais du parc provincial Liard River Hot Springs; il est possible qu’il consomme des P. wrighti, puisque son régime comprend des gastéropodes (Ehrlich et al., 1988). Toutefois, ces deux espèces cohabitent depuis longtemps à cet endroit; la prédation par cet oiseau ne semble donc pas être un facteur limitatif important pour le P. wrighti.

Physiologie

Le Physella wrighti semble s’être adapté ou acclimaté physiologiquement à son habitat d’eau chaude. Les individus adultes et les œufs se trouvent à la limite des eaux, et une baisse ou une variation soudaine du débit qui les exposerait à la température de l’air ambiant pourrait leur être fatale. Ces physes peuvent survivre uniquement dans des zones où le débit d’eau est très faible ou nul.

Déplacements et dispersion

Les physes d’eau douce se dispersent de façon passive en étant transportées par d’autres animaux ou des humains qui les prennent, volontairement ou non, et les déposent dans un autre plan d’eau. Par exemple, il peut arriver que des oiseaux migrateurs enfouissent des gastéropodes dans leur plumage comme source d’alimentation (Rees, 1965). Des animaux ou des humains peuvent prendre des Physella wrighti, mais, si ces gastéropodes ont besoin d’une chaleur continue, il est peu probable que les individus survivent à l’extérieur de leur zone d’occupation actuelle.

La zone d’occurrence de l’intégralité de la population connue de Physella wrighti est de 0,02 km²; il n’y a donc ni migration ni possibilité d’immigration d’une source externe. On ne sait pas s’il peut y avoir immigration de P. gyrina de populations extérieures.

Relations interspécifiques

Le Physella wrighti ne présente de relation de dépendance évidente à l’égard d’autres espèces pour sa survie à aucun moment précis de son cycle vital, à l’exception des algues et des bactéries qu’il broute sur les Chara et sur d’autres surfaces.

Adaptabilité

De manière générale, les Physidés sont capables de supporter d’importantes variations de température (examen de la question dans McMahon [1975], Wethington et Guralnick [2004]), et le degré de dépendance du Physella wrighti aux températures élevées est inconnu. Le P. wrighti peut tolérer des changements; il peut, par exemple, être privé de son substrat privilégié, les Chara, et les individus gardés en captivité tolèrent à la fois les changements d’habitat et d’alimentation.