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Programme de rétablissement : l’aristide à rameaux basilaires (Aristida basiramea) au Canada

2. Rétablissement

2.1 Faisabilité du rétablissement

Nous estimons que le rétablissement de l’Aristida basiramea au Canada est réalisable, puisque les quatre conditions établies à cet égard par Environnement Canada (2005) sont réunies, comme on le précise ci‑dessous.

  1. Comme l’espèce forme des peuplements denses dans des secteurs localisés, on peut supposer que les individus ont un taux de reproduction suffisant pour augmenter la taille de la population. De plus, la présence de populations adventices dans l’est des États-Unis montre que l’espèce est capable de croître et de survivre même lorsque ses semences n’atteignent que des terrains secs et dégagés peu productifs.
  2. Au Canada, selon le rapport de situation du COSEPAC (2002), l’habitat de l’espèce est constitué de terrains dénudés sableux secs et dégagés situés sur des dunes ou des crêtes de sable longeant des rivages postglaciaires. La disponibilité de tels milieux peut être limitée par la croissance d’une végétation plus dense et est sans doute maintenue par des épisodes récurrents de feu ou de sécheresse. On pourrait donc créer de nouvelles superficies d’habitat en dégageant des terrains sableux situés à proximité des populations actuelles.
  3. L’extraction de sable, les changements entraînés par la succession végétale, les pertes permanentes d’habitat (dues au lotissement), la plantation de conifères et la présence d’espèces envahissantes constituent des menaces importantes pour l’espèce (COSEPAC, 2002), et ces menaces peuvent être évitées ou atténuées efficacement par les moyens suivants : (1) mesures de gestion et d’intendance permettant de protéger et améliorer l’habitat; (2) travaux de recherche et de suivi appuyant les décisions de conservation et de gestion.
  4. Il existe de nombreuses techniques pouvant contribuer au rétablissement de l’espèce. Ces techniques n’ont pas encore été essayées dans le cas de l’Aristida basiramea, mais se sont révélées efficaces pour la conservation d’autres espèces annuelles poussant dans des milieux semblables (voir par exemple Pavlik, 1993).

2.2 But du rétablissement

Points à considérer

  1. Les quelques populations d’Aristida basiramea existant au Canada, dans le sud du Québec et de l’Ontario, constituent la limite nord de l’aire de répartition de l’espèce. Aux États-Unis, l’espèce a une vaste répartition et est considérée comme non en péril dans la plupart des États où elle est présente. Cependant, dans certains États comme le New York et le New Hampshire, l’A. basiramea ne comporte que des stations qui sont isolées de l’aire principale, et l’espèce a été cotée S1 ou S2 (Oldham, 2002).
  2. Rien n’indique que l’aire de répartition ou le nombre des populations aient récemment subi, au Canada, un déclin qui soit directement ou indirectement imputable aux activités humaines. Cependant, au moins une des populations a été fortement réduite par le lotissement domiciliaire au cours des dernières années et est sur le point de disparaître. De plus, les populations canadiennes de l’espèce, naturellement isolées, sont considérées comme les vestiges de climats anciens, ou peut-être le résultat des migrations de peuples autochtones. Ce point confère à l’espèce un intérêt à la fois culturel et scientifique, outre l’intérêt qu’elle présente du strict point de vue de la conservation.
  3. L’espèce s’est révélée capable de coloniser des milieux perturbés.
  4. On ne possède pas de données spécifiques sur la dynamique des populations de l’espèce et notamment sur son réservoir de semences dans le sol; il est donc impossible d’évaluer la viabilité de ces populations à long terme.

Les conditions énoncées ci-dessus ne justifient pas des mesures visant à accroître l’aire de répartition de l’espèce au Canada; cependant, il pourrait être nécessaire d’accroître localement certaines populations.

Le but du rétablissement de l’espèce est donc de :

Maintenir des populations autosuffisantes d’Aristida basiramea dans toutes les localités canadiennes où cette espèce existe à l’état indigène.

Même si les mesures visant à atténuer les menaces ont de bonnes chances de réussir, il faut se rappeler que l’habitat de l’A. basiramea est naturellement très rare et fragmenté. Par conséquent, en 2012, lorsqu’il sera temps de réévaluer le statut de cette espèce, il est possible que celle-ci réponde encore aux critères d’espèce menacée ou en voie de disparition du COSEPAC. On peut cependant espérer qu’elle pourra être placée dans une catégorie de risque moins élevé, celle des « espèces préoccupantes », s’il s’avère que sa sécurité est alors assurée par l’effet combiné des divers facteurs de rétablissement, dont le succès des mesures de rétablissement, l’absence de réduction appréciable de la zone d’occupation et, idéalement, la découverte d’un nombre appréciable de nouvelles stations. Voir la section 2.7, intitulée « Évaluation ».

 

2.3 Objectifs du rétablissement

  1. Que l’Aristida basiramea survive en milieu naturel dans les cinq stations où l’espèce est considérée comme étant d’origine indigène[1] et que ses populations demeurent suffisamment grandes pour être viables, au cours des dix prochaines années et par la suite.
  2. Que les mesures nécessaires pour éviter ou atténuer les menaces pesant sur l’espèce et son habitat aient été adoptées et entreprises d’ici 2007. Ces mesures devront permettre d’envisager toute une gamme de moyens.
  3. Que des travaux de recherche et de suivi scientifiquement rigoureux permettant d’évaluer et répertorier les besoins de l’espèce en matière d’habitat ainsi que les tendances et la viabilité des populations aient été entrepris dans le cas d’au moins deux des populations d’ici 2007.

IV.  Que le matériel éducatif nécessaire à une bonne intendance de l’espèce et de son habitat ait été préparé et diffusé aux publics cibles d’ici 2007.

2.4 Approches permettant d’atteindre les objectifs

Contre les menaces pesant sur l’espèce au Canada, la démarche que nous recommandons consiste à protéger l’habitat de l’espèce au moyen de mesures adaptées à chaque station. La gamme des moyens à envisager comprend les suivantes : inclusion dans la zone protégée d’un parc; acquisition de terrains; intendance en collaboration avec les propriétaires fonciers; établissement de servitudes de conservation; désignation à titre d’« habitat floristique »; mesures de sensibilisation (Annexe 1).

2.4.1 Population de l’île Beausoleil

La station de l’île Beausoleil, située dans le parc national des Îles-de-la-Baie-Georgienne, est la seule à jouir d’une protection juridique. En décembre 2005, les responsables du parc en étaient à discuter du type de zonage et des mesures de gestion à utiliser dans la station pour augmenter la protection de l’espèce, et un projet de modification du zonage sera présenté dans le cadre du processus de planification de l’aménagement de l’Agence Parcs Canada. Le changement du zonage exigera une consultation publique (Andrew Promaine, comm. pers., 2005). En octobre 2005, un recensement détaillé et des cartes de la population et des communautés végétales associées ont été réalisés et serviront de base comparative pour le suivi. Étant donné le rythme apparemment lent de la succession végétale dans la station, il est probable que cette population d’A. basiramea demeurera stable au cours des 10 prochaines années même en l’absence d’intervention.

2.4.2 Population du lac Macey

Les terrains où se trouve la station du lac Macey comprennent à la fois des terrains privés et des terrains de juridiction municipale. Une partie de la station se trouve dans une zone d’intérêt naturel et scientifique (ZINS), celle de la tourbière du lac Macey (Macey Lake Bog ANSI), à moins de 120 m du « milieu humide d’importance provinciale » du même nom (Macey Lake Bog Provincially Significant Wetland) (COSEPAC, 2002; Hanna, 1984). Le plan d’aménagement officiel du canton de Tiny (The Planning Partnership, 2000) prévoit le niveau 1 de protection environnementale pour les ZINS, pour les milieux humides d’importance provinciale ainsi que pour la bande de 120 mètres entourant ces milieux humides. Les seuls usages autorisés dans les terrains ainsi classés sont les mesures de conservation et les activités récréatives passives. Aucun immeuble ou autre type de structure ne peut y être construit, et aucune modification du terrain n’est permise. L’habitat des espèces désignées comme menacées ou en voie de disparition par le COSEPAC ou par le MNRO est également considéré comme justifiant le niveau 1 de protection environnementale. Cependant, les usages agricoles ne sont pas exclus.

Pour cette station, la démarche privilégiée sera une collaboration avec les propriétaires fonciers et la municipalité en vue de l’élaboration de plans d’intendance.

2.4.3 Population d’Anten Mills

À Anten Mills, une des trois sous-populations se trouve sur un terrain frappé d’une servitude de conservation au profit de l’Office de protection de la nature de la vallée de la Nottawasaga, et le propriétaire du terrain est cosignataire de l’entente établissant cette servitude.

Cette servitude de conservation interdit le lotissement des terrains, l’installation ou la construction d’immeubles ou autres structures, le dépôt ou rejet d’ordures ou de matériaux de remblaiement, le nivellement ou la modification du sol ainsi que la récolte ou le prélèvement de végétaux, sauf par l’Office de protection de la nature, qui doit consulter à cet égard le ministère des Richesses naturelles de l’Ontario(David Featherstone, comm. pers., 2005). Le propriétaire du terrain est conscient de cette servitude, mais il y a eu peu de contacts entre cette personne et l’Office de la protection de la nature. La servitude vise un secteur faisant partie d’une zone dégagée située entre un quartier résidentiel et un sentier récréatif appartenant à la municipalité. Il n’est pas certain que la servitude protégera efficacement l’habitat immédiat de la sous-population, puisque la zone risque d’être utilisée par n’importe quel résidant du quartier et peut-être par les utilisateurs du sentier voisin. Pour cette sous-population, la démarche recommandée sera une intendance active, comportant notamment l’installation de panneaux indicateurs.

Une inspection effectuée dans la station en octobre 2005 semble indiquer que les deux autres sous-populations d’Anten Mills, qui se trouvent dans un secteur altéré par la construction, sont presque certainement disparues (Allen et Nantel, 2005). Dans le cas où des parcelles d’habitat s’avéreraient encore intactes à ces endroits, les mesures recommandées seraient une intendance fondée sur la collaboration et, s’il y a lieu, l’établissement de servitudes de conservation sous la direction de l’Office de la protection de la nature. La translocation de l’espèce dans des secteurs voisins devrait également être envisagée.

2.4.4 Population de l’île aux Chrétiens

L’île aux Chrétiens fait partie de la réserve de la Première Nation Beausoleil, et il faut reconnaître les réalisations de ce groupe autochtone en ce qui concerne la protection et la préservation de la valeur naturelle de ses terres, puisque ses trois îles abritent certains des meilleurs exemples de milieu naturel encore existant dans la partie sud de la côte de la baie Georgienne (Sharp and Associates Inc., 2003).

Au printemps 2005, la chef et le conseil de bande de la Première Nation Beausoleil ont adopté une résolution visant à protéger les parties de la station d’Aristida basiramea qui se trouvent sur des terres appartenant à la bande (Melvin King, comm. pers., 2005). Le 9 mai 2006, la chef et le conseil de bande ont adopté une autre résolution, visant cette fois à approuver le présent programme de rétablissement. Ils ont également prévu un inventaire complet de la biodiversité de toutes les terres de la réserve (King, 2005).

Un relevé détaillé de la population d’Aristida basiramea de l’île aux Chrétiens a été réalisé en septembre 2005 (Jones, 2005). Ce relevé indique que les principaux facteurs menaçant l’espèce dans cette localité sont la succession végétale, qui risque de faire disparaître les milieux dégagés, et la colonisation des zones dénudées séparant les touffes de graminées par d’autres espèces végétales, notamment l’épervière piloselle (Hieracium pilosella) et la petite oseille (Rumex acetosella). Les colonies d’A. basiramea qui se trouvent dans le village (près de maisons ou sur des terrains dégagés) sont probablement elles aussi jusqu’à un certain point menacées. L’espèce ne se rencontre pas dans le parterre ou l’allée de nombreuses résidences, mais les terrains dégagés où elle pousse sont des endroits que l’on risque de choisir, dans l’avenir, pour des activités telles que la construction, le remisage de véhicules ou d’embarcations ou l’entreposage de bois de chauffage. Cependant, comme l’espèce demeure présente dans le village malgré des années d’utilisation humaine, cette menace semble faible pour l’instant, et il sera difficile de discerner si une activité donnée constitue une menace pour l’espèce ou au contraire une source de perturbation profitant à sa dissémination et à sa croissance.

Autrefois, à l’île aux Chrétiens, le terrain où se trouve une des sous-populations était brûlé chaque printemps par des membres de la bande, qui nettoyaient ainsi la superficie devant servir de terrain de base-ball. Si les membres de la bande y consentent, nous recommandons que le plan d’intendance prévoie qu’on continue de brûler chaque année le secteur entourant l’habitat de l’espèce, d’autant plus que cela permettrait d’étudier plus à fond l’utilité de cette méthode comme outil d’aménagement. Il faudra peut-être prévoir une rotation des zones brûlées, afin de ne pas nuire à long terme à d’autres espèces (insectes, reptiles, etc.).

La démarche recommandée dans le cas de l’île aux Chrétiens consiste donc à :

  1. continuer de collaborer avec la chef et le conseil de bande de la Première Nation Beausoleil à des mesures d’intendance convenant à la fois à la conservation de l’espèce et aux besoins de la collectivité;
  2. poursuivre la sensibilisation et le dialogue, afin de promouvoir l’intendance par les détenteurs de certificat de possession;
  3. respecter tout lieu culturellement sensible au moment des relevés et des travaux de suivi.

2.4.5 Population de Cazaville

À Cazaville, deux mesures sont recommandées. La première consiste à attribuer à la station une désignation (comme celle d’« habitat floristique » aux termes de la loi québécoise) garantissant à l’habitat une certaine protection dans les plans d’aménagement officiels des trois municipalités du secteur. La seconde consiste à fournir aux propriétaires fonciers des documents de sensibilisation, puis à envisager avec eux des mesures d’intendance telles que l’installation de panneaux d’interprétation et l’aménagement de barrières contre les véhicules tout-terrain.

2.5 Mesures d’atténuation

À l’île aux Chrétiens, une expérience de translocation a été menée à l’emplacement d’un futur centre récréatif. En mai 2005, une plaque de végétation renfermant une colonie connue d’Aristida basiramea, qui autrement aurait été détruite, a été déplacée à une distance d’environ 150 mètres. Durant l’été, la plaque déplacée (avec son réservoir de semences) a produit un grand nombre d’individus d’A. basiramea, qui se sont bien développés et ont eux-mêmes produit des graines en septembre. Comme l’espèce est adaptée à la perturbation du sol, le prélèvement et la translocation constituent une bonne mesure d’atténuation s’il n’existe aucune autre solution et si la mesure est effectuée à petite échelle. La colonie qui a été prélevée et transplantée à l’île aux Chrétiens continuera de faire l’objet d’un suivi.

Comme l’espèce pousse dans le sable, il est difficile de maintenir l’intégrité du sol autour de plantes individuelles au cours du transport, et leur taux de survie risque de décliner. La transplantation individuelle de semis ou de plantes plus grandes n’est donc pas indiquée. Cependant, le prélèvement de graines en vue de l’ensemencement d’une autre localité pourrait être une solution de rechange raisonnable en cas d’urgence. (Il convient de rappeler que la translocation ne convient qu’aux situations d’urgence et que le rétablissement de l’A. basiramea a pour objectifs le maintien de l’espèce dans les terrains sableux dénudés qu’elle occupe naturellement ainsi que la protection et la gestion des communautés végétales existant dans ces milieux.)

Enfin, l’aménagement de terrains sableux dénudés et dégagés à proximité des stations actuelles pourrait fonctionner comme mesure d’urgence visant à favoriser la croissance de l’espèce. À l’île aux Chrétiens, l’A. basiramea était plus abondant dans les zones récemment perturbées voisines du site de translocation que dans le site de translocation lui-même.

2.6 Habitat essentiel

Certaines des caractéristiques écologiques de l’habitat de l’Aristida basiramea ont été bien répertoriées, mais il faudrait des études plus approfondies pour pouvoir désigner avec précision l’habitat essentiel de l’espèce.

Il serait assez facile de cartographier les parcelles d’habitat que l’on sait occupées par l’espèce. Cependant, comme il n’existe encore aucun modèle de l’habitat de l’espèce, il est impossible de prédire exactement à quels endroits pourraient exister des milieux convenant à la plante, qu’il s’agisse d’« habitat potentiel » ou d’« habitat apparemment non occupé » (milieux convenant à l’espèce et comportant un réservoir de semences viables). De plus, comme on ne sait pas combien d’individus sont nécessaires à la constitution d’une population viable, il est impossible de déterminer quelle superficie doivent avoir les parcelles d’habitat ni comment elles doivent être disposées pour pouvoir abriter une telle population. Étant donné ces lacunes importantes dans les connaissances, nous recommandons que l’habitat essentiel de l’espèce soit désigné dans les plans d’action à venir, une fois que les études nécessaires auront été réalisées.

Dans l’intervalle, la planification du rétablissement de l’espèce au Canada peut être fondée sur les connaissances disponibles, dont voici un résumé.

Jusqu’à présent, l’espèce a été trouvée dans les types de milieux suivants :

  • terrains sableux dénudés constitués des vestiges d’anciennes dunes ou d’anciens rivages de lacs ou mers postglaciaires;
  • terrains secs et dégagés, sans ombre, comportant des superficies de sol dénudé;
  • étendues de sable et accotements sableux qui bordent les chemins et sentiers traversant les clairières de forêts ou de plantations de conifères;
  • champs sableux laissés en jachère et sablières abandonnées.

Ces milieux sont généralement dominés par la danthonie à épi (Danthonia spicata), qui est souvent accompagnée du panic à touffe dense (Panicum acuminatum var. implicatum), du sporobole à fleurs cachées (Sporobolus cryptandrus) et de la petite oseille (Rumex acetosella).

Les processus qui gardent le terrain dégagé et maintiennent la présence de superficies de sol dénudé sont jugés essentiels. Un régime d’incendies peut être nécessaire pour l’élimination des débris et le maintien de terrains sableux dénudés en bon état. Le brûlage annuel a donné de bons résultats à l’île aux Chrétiens, mais il faut se rappeler qu’on ne sait pratiquement rien de l’historique des incendies, du cycle des incendies ni de la dynamique générale des processus écologiques dans l’habitat de l’A. basiramea. Jusqu’à ce que des études plus approfondies soient menées à ce sujet, il est impossible de préciser l’importance du feu et des autres processus pour l’espèce.

En l’absence d’incendies ou d’autres formes de perturbation naturelle, une intervention humaine peut être nécessaire au maintien de l’habitat essentiel. Dans certains cas, les activités humaines ayant pour effet de dégager le terrain et de créer des superficies de sable dénudé se sont révélées utiles à l’espèce. Dans certaines parties de la station du lac Macey, des individus de l’espèce ont colonisé des terrains perturbés voisins de l’habitat naturel de l’espèce; à Cazaville, des individus ont colonisé d’anciennes sablières. À Anten Mills, l’espèce pousse en bordure d’anciens sentiers ou chemins de desserte.

La présence de milieux convenant à l’espèce mais non occupés par celle-ci est également importante pour le maintien de l’espèce, pour plusieurs raisons. Premièrement, comme l’A. basiramea est une plante annuelle, la taille et même la fréquence de ses populations peuvent fluctuer d’une année à l’autre. Il faudra accorder une attention particulière aux milieux sableux dégagés vers lesquels l’espèce peut se disperser ou qui renferment un réservoir de semences, même si la plante n’y est pas visible. Deuxièmement, le micro-habitat privilégié par l’espèce est constitué de sables dénudés qui peuvent être arrachés ou transportés par le vent, ce qui provoque avec le temps un certain déplacement naturel des colonies (entre autres par élimination et recolonisation). Par conséquent, l’espèce peut quitter un milieu ou y revenir, selon les conditions, et donc ne pas y être présente en permanence. Troisièmement, les milieux sableux adjacents dont la végétation est trop dense pour l’espèce peuvent tout de même constituer un habitat potentiel de rétablissement, puisque des perturbations (incendie, chablis, etc.) pourraient un jour y créer des superficies de sol dénudé.

Par conséquent, aux fins du rétablissement de l’espèce, l’habitat essentiel devrait inclure les clairières sableuses inoccupées mais voisines de populations ou sous-populations actuelles ainsi que les zones sableuses à végétation relativement dense voisines des populations actuelles. Des zones qui actuellement n’entrent pas dans la définition de l’habitat essentiel pourraient y être ajoutées si jamais l’A. basiramea s’établit dans ces zones à la faveur d’une nouvelle perturbation.

L’habitat essentiel sera défini une fois que seront terminées les études énumérées ci-dessous. Les résultats de ces études seront transmis à chacune des compétences responsables en vue de la préparation de plans d’action conformément à l’article 47 de la Loi sur les espèces en péril. La désignation de l’habitat essentiel de l’Aristida basiramea ne signifie pas que toute utilisation humaine des zones constituant cet habitat est désormais interdite. En effet, certaines activités humaines pourront tout à fait convenir à ces zones et même, dans certains cas, être jugées nécessaires au maintien des conditions écologiques souhaitées.

2.6.1 Calendrier des études nécessaires à la désignation de l’habitat essentiel

Automne 2006Île Beausoleil. Étude et caractérisation de l’habitat et de la communauté végétale, différente de celle observée dans les autres stations d’Aristida basiramea, puisqu’elle est dominée par cette espèce et par des lichens du genre Cladonia (Gary Allen, comm. pers., 2005). Relevé de la partie récemment découverte de la station. (Presque terminé; devrait l’être entièrement en automne 2006)
2006-2007Analyse des vestiges d’anciens rivages déjà cartographiés, dans le comté de Simcoe, en Ontario, en vue d’y repérer les zones où pourraient exister d’autres populations ou d’autres milieux convenant à l’espèce.
2006-2007Relevé et cartographie des milieux convenant à l’espèce ou pouvant l’abriter aux alentours du lac Macey. Sous réserve de l’autorisation des propriétaires fonciers, relevé d’autres lieux qui pourraient abriter des sous-populations.
2007-2008Relevé des zones repérées par l’analyse susmentionnée, en vue de déterminer si elles renferment d’autres populations (y compris des réservoirs de semences) ou des milieux convenant à l’espèce. Il faudra notamment étudier la colonisation des anciennes sablières et des autres milieux perturbés. Ce travail aidera à préciser les besoins de l’espèce en matière d’habitat.
2008?(lorsque l’A. basiramea sera officiellement désigné au Québec): Cartographie des milieux convenant à l’espèce mais apparemment non occupés par celle-ci à Cazaville. Analyse des vestiges d’anciens rivages déjà cartographiés, dans le sud-ouest du Québec, en vue d’y repérer les zones où pourraient exister d’autres populations ou d’autres milieux convenant à l’espèce. Relevé des zones ainsi repérées.

Les études sur le rôle du feu et des autres processus écologiques assurant le maintien d’un milieu dégagé feront partie des plans d’action futurs.

1.6.2 Description des mesures permettant d’atteindre les objectifs

Les mesures recommandées sont énumérées au tableau 3.

Tableau 3. Mesures visant à contrer les menaces et à assurer le rétablissement
 PrioritéOb­jec­tif(s)Démarche généraleMenaces viséesMesures spécifiquesRésultats attendus
1UrgentI et IIAnalyseToutesÉvaluer les menaces et le degré d’urgence existant dans toutes les stationsPlans d’action ciblant d’abord les menaces les plus urgentes
2UrgentIIISuiviToutesConcevoir et mettre en œuvre un programme de suivi pour toutes les stationsTraçabilité des changements dans les populations; possibilité d’intervention d’urgence
3UrgentIIIRechercheToutesTerminer les études visant à définir l’habitat essentielObtention d’une protection juridique pour l’espèce et son habitat
4UrgentIVProtectionCaractère limité de l’habitat
Dépôt d’ordures
Informer la Municipalité du canton de Tiny de la présence de l’espèceMaintenir la population
5UrgentI et IIProtection, con­ser­va­tion et ré­ta­blis­se­ment des populationsToutesDéterminer quelles sont les meilleures façons de protéger, conserver et rétablir les individus et l’habitat de l’A. basiramea à l’échelle de chaque station (ou sous-population)Possibilité de planifier les accords et protocoles requis
6UrgentI et IIProtection, con­ser­va­tion et ré­ta­blis­se­ment des populationsToutesDéterminer quelles sont les meilleures façons d’atténuer les menaces visant les zones d’importance culturelle, les zones de lotissement potentiel et les zones où d’autres menaces ont été relevées Possibilité de trouver des solutions convenant à chaque station
7UrgentI et IIProtection, con­ser­va­tion et ré­ta­blis­se­ment des populationsToutesObtenir les accords, protocoles et permis de la LEP requis pour répondre à ces préoccupationsConclusion des accords et protocoles nécessaires à la protection et au rétablissement de l’espèce
8UrgentIPolitiquesSuccession végétaleInclure la station de l’île Beausoleil dans une zone protégée du parc nationalPossibilité de mesures de gestion améliorées
9UrgentIII et IVDéter­mi­na­tion du public cible pour les entretiens sur l’intendanceToutesChercher les coordonnées de tous les propriétaires fonciers de CazavillePossibilité d’entrer en contact avec ces propriétaires
10UrgentIVIntendanceLotissement Extraction de sable
Dépôt d’ordures
VTT
Conifères Agriculture
Préparer des documents d’information pour les propriétaires fonciers de CazavillePropriétaires davantage sensibilisés à l’espèce et à son habitat et davantage intéressés à en assurer l’intendance
11UrgentI, II et IVIntendanceVTTCollaborer avec les propriétaires fonciers en vue d’ériger des barrières empêchant l’utilisation non autorisée de VTTMaintien de la qualité de l’habitat
12UrgentIILois, règlements et politiquesLotissement Extraction de sable
Conifères
Agriculture
Faire désigner l’A. basiramea comme « espèce menacée » au QuébecProtection juridique de l’espèce; possibilité d’appliquer les mesures 13 et 14
13UrgentIPolitiquesLotissement Extraction de sable
VTT
Dépôt d’ordures
Agriculture
En consultation avec les intervenants voulus, envisager pour la station de Cazaville une désignation telle que « habitat floristique » ou « réserve naturelle en milieu privé »Protection dans le cadre de la préparation des plans d’aménage­ment
14UrgentI et IVPolitiquesLotissement Extraction de sable
Dépôt d’ordures
Agriculture
Contacter et consulter les municipalités des environs de la station de Cazaville en vue d’assurer la protection de l’espèce dans le cadre de leurs plans d’aménagement.Protection dans le cadre de la préparation des plans d’aménage­ment
15UrgentIVIntendanceVTT
Dépôt d’ordures
Conifères
Espèces envahissantes
Rencontrer les propriétaires fonciers pour discuter de l’intendance des terrains frappés de servitude à Anten Mills Intendance active que les résidants des environs seront en mesure de constater
16UrgentIIIIntendanceVTT
Dépôt d’ordures
Conifères Espèces envahissantes
Établir s’il existe encore d’autres sous-populations à Anten MillsPossibilité de mettre en œuvre une intendance en coopération
17UrgentI et IIIRecherche; lacunes dans les con­nais­san­cesCaractère limité de l’habitat Pertes d’habitat dues au lotissementAnalyser les vestiges de rivages anciens déjà cartographiés, en vue d’y repérer les zones où pourraient exister d’autres populationsMeilleure connaissance de la répartition de l’A. basiramea et de son habitat essentiel
18UrgentIVIntendanceVTT
Dépôt d’ordures
Communiquer avec les compagnies de services publics au sujet de la présence de l’A. basiramea dans certaines de leurs emprises à l’île aux ChrétiensPossibilité d’appliquer les mesures de gestion voulues
19NécessaireIGestionSuccession végétalePréparer des plans de gestion pour la station de l’île BeausoleilMaintien de l’habitat grâce à une gestion de la station
20NécessaireI et IILois, règlements et politiquesLotissement Extraction de sable
Conifères
Faire inscrire l’Aristida basiramea sous la Loi sur les espèces en voie de disparition de l’OntarioProtection juridique de l’espèce et de son habitat
21NécessaireI et IIIRecherche et gestionCaractère limité de l’habitat Succession végétaleÉtudier l’historique des incendies ayant touché les stations et évaluer le brûlage dirigé comme outil pour améliorer l’habitatPossibilité de déterminer si le brûlage est nécessaire
22NécessaireI et IIIRecherche et évaluationToutesUtiliser les données de suivi pour déterminer si la taille des populations a connu des changementsÉvaluation des résultats des efforts de rétablissement
23UtileII et IIIGestionPlantations de conifèresÉvaluer l’âge des plantations de conifères, en vue d’une récolte éventuelleAugmentation de la superficie de milieux dégagés

2.7 Évaluation

  1. Une fois qu’un programme de suivi est en place (objectif III), un critère mesurable de rétablissement est l’absence de déclin significatif dans la taille des populations et l’absence de disparition locale (objectif I).
  2. Certaines formes de protection s’appuyant sur des politiques doivent être en place d’ici 2008 (objectif I), dont une ou plusieurs des suivantes : inscription de l’espèce dans la réglementation ou sur une liste officielle en Ontario et au Québec, prise en compte de l’espèce et de son habitat lors de l’approbation des plans d’aménagement municipaux, inclusion de la station dans la zone protégée d’un parc, désignation de la station de Cazaville à titre d’« habitat floristique » ou de « réserve naturelle en milieu privé » aux termes de la loi québécoise, etc.
  3. La désignation de l’habitat essentiel de l’espèce doit être terminée d’ici 2008 (objectif III).
  4. Des représentations directes doivent avoir été faites auprès de tous les propriétaires fonciers, et ceux-ci doivent à tout le moins connaître la présence de l’espèce et de son habitat sur leur terrain, d’ici 2007 (objectif IV).
  5. Des mesures doivent avoir été entreprises contre les menaces pesant sur les populations et leur habitat, d’ici 2006 (objectif II).
  6. Les recherches nécessaires ainsi que la mise au point, l’essai et le suivi de protocoles préliminaires de protection et de rétablissement prioritaires doivent avoir été entrepris, d’ici 2008 (objectif III).

2.8 Élaboration des plans d’action

Puisque le programme de rétablissement touche plusieurs compétences, ayant des lois, règlements, politiques et priorités différents en matière d’espèces en péril, nous recommandons que plusieurs plans d’action soient préparés, par une ou plusieurs compétences selon le tableau suivant, d’ici juin 2009, selon la disponibilité des ressources financières ou autres :

Tableau 4. Responsabilité des plans d’action
Plan d’actionCompétence(s) responsable(s)Population(s) ou station(s) ciblée(s)
1Province d’Ontario (ministère des Richesses naturelles), Office de protection de la nature de la vallée de la Nottawasaga, Municipalité du canton de TinyAnten Mills
Lac Macey
2Province de Québec (ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs)Cazaville
3Agence Parcs CanadaÎle Beausoleil
4Première Nation Beausoleil et
Environnement Canada
Île aux Chrétiens

La mise en œuvre des plans d’action pourrait être confiée à des groupes de mise en œuvre du rétablissement (GMOR) créés à cette fin. L’Équipe de rétablissement de l’aristide à rameaux basilaires pourrait jouer un rôle consultatif et constituer un forum pour l’échange de connaissances et d’expérience.

Les mesures de rétablissement déjà en cours ou réalisées sont énumérées à l’Annexe 1.



[1]Y compris les populations qui ont pu avoir été introduites par les Autochtones à une époque ancienne.