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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la situation du Ptérygoneure de koslov au Canada

Habitat

Besoins en matière d’habitat

Le Pterygoneurum kozlovii pousse uniquement sur les bords d’étangs, de lacs, de vasières et de pentes suintantes qui sont dégagés et dont le sol est alcalin et demeure mouillé une partie de l’année; la végétation reste basse et parsemée de superficies dénudées. La mousse pousse sur la terre nue ou recouverte de litière, parmi des plantes vasculaires, particulièrement des cypéracées (généralement le Carex praegracilis) et des graminées (le Distichlis stricta et parfois l’Hordeum jubatum). Le P. kozlovii se rencontre le plus souvent dans une étroite bande entourant les milieux humides, en terrain plat ou très peu incliné. L’espèce n’a jamais été trouvée dans des milieux alcalins où dominent les grandes espèces de joncs et de cypéracées. L’alcalinité de l’habitat est due à l’évaporation de l’eau durant les mois les plus chauds, qui laisse des minéraux dans le sol.

Les milieux humides alcalins sont relativement communs dans le centre-sud de la province, le long des vallées fluviales et des terres basses adjacentes. Ils sont particulièrement communs dans une zone assez vaste située au sud et à l’ouest du lac Williams, mais sont également assez fréquents, en bandes relativement étroites, dans les parties les plus sèches des vallées du Fraser, de la Thompson, de la Nicola, de la Similkameen et de l’Okanagan. Il existe également des zones alcalines dans le sillon des Rocheuses, mais elles sont éparpillées.

Bien que les milieux humides alcalins puissent se compter par centaines en Colombie-Britannique, il semble que peu d’entre eux conviennent au Pterygoneurum kozlovii. À partir d’une expérience réalisée sur le terrain, Terry McIntosh a déterminé que « l’habitat potentiel » de l’espèce comprend les milieux suivants :

  1. Milieux alcalins mouillés une partie de l’année, où il reste des superficies dénudées; il peut s’agir d’étangs distincts, de complexes isolés réunissant de petits étangs et des terrains suintants, ou encore de pentes suintantes. L’espèce semble être la plus commune à proximité des étangs et la moins commune sur les pentes suintantes.

  2. Terrains plats ou à pente très douce, situés dans des zones à végétation basse, à l’exclusion des zones caractérisées par une croûte de dépôt alcalin. La végétation basse se caractérise souvent par la présence de deux espèces graminoïdes : le Carex praegracilis et le Distichlis stricta. Le Pterygoneurum kozlovii n’a jamais été observé dans les milieux où dominent les grandes espèces de carex et de cypéracées.

  3. Terrains dégagés (sans ombre), situés à une altitude relativement basse, dans les arbustaies d’armoises, les prairies et les forêts claires (de pins ponderosas ou, plus rarement, de douglas ou de pins tordus latifoliés).

  4. Terrains où dominent les mousses acrocarpes; le Pterygoneurum kozlovii n’a pas été trouvé dans les milieux où poussent des mousses pleurocarpes et notamment un Drepanocladus (probablement le D. aduncus).

Le tableau 1 donne une estimation du nombre d’habitats potentiels présents dans chaque région. Ces habitats doivent être séparés d’au moins 0,5 km (cette distance est habituellement beaucoup plus grande) par des paysages qui ne renferment pas de milieux convenant à l’espèce. Selon des travaux de terrain et des vérifications faites sur des cartes, entre 93 et 111 milieux distincts (étangs, lacs, pentes suintantes ou complexes géographiquement isolés) pourraient constituer un habitat pour l’espèce dans la province. Bien que d’autres travaux restent à terminer, il semble que l’espèce soit limitée aux milieux alcalins situés dans des localités relativement chaudes (dans le sud ou à basse altitude). Ceci est confirmé par la concentration de l’espèce dans les régions de l’Okanagan et de Kamloops. Les milieux humides alcalins se rencontrent dans trois zones biogéoclimatiques : la zone à graminées cespiteuses, la zone à pin ponderosa, et la zone intérieure sèche à douglas.

Au cours des sept dernières années et pendant ses travaux de recherche doctorale, l’auteur a examiné les berges de plus de 75 p. 100 des milieux humides alcalins constituant des habitats potentiels de l’espèce en Colombie-Britannique (voir tableau 1), mais ces travaux intensifs ne lui ont permis de trouver le Pterygoneurum kozlovii que dans 13 de ces milieux. Néanmoins, les berges de la plupart des étangs ainsi que les autres habitats potentiels de l’espèce occupent de grandes superficies, atteignant parfois plusieurs hectares. Donc, étant donné que le temps consacré à la récolte de spécimen a été limité, l’espèce a pu passer inaperçue à certains endroits où ont été effectués les prélèvements.


Tendances

En 1997, T. McIntosh a entrepris un relevé des bryophytes des zones arides de Colombie-Britannique en vue de compléter ses recherches doctorales (McIntosh, 1986) et de rédiger un article décrivant ces plantes et comportant des clés d’identification. Entre 1997 et 2001, il a visité quelque 45 milieux humides alcalins constituant des habitats potentiels pour l’espèce, dans diverses localités de toutes les régions semi-arides du centre-sud de la Colombie-Britannique (une vingtaine de ces localités sont situées dans la région de Cariboo, depuis au nord de Clinton jusqu’à l’ouest du lac Williams, tandis que 25 autres se trouvent dans les régions de Kamloops, de Merritt et de l’Okanagan, où le P. kozlovii semble être plus commun; les coordonnées UTM de ces localités n’ont pas été relevées). Ces travaux visaient avant tout à rechercher certaines bryophytes rares, dont le P. kozlovii. Ils ont permis de trouver cinq nouvelles populations de l’espèce.

En 2002 et 2003, T. McIntosh a examiné 13 populations du P. kozlovii (tableau 2; la population du lac White, no 25, a été confirmée sur le terrain, mais aucun spécimen n’a été récolté en raison de la rareté du matériel présent). Parmi les neuf populations originales observées en Colombie-Britannique (travaux effectués sur le terrain de 1980 à 1983; McIntosh, 1986), six sont peut-être disparues (nos 2, 3, 4, 6, 8 et 9) : quatre dans la région d’Osoyoos, une à l’ouest de Kamloops et une près de Riske Creek. La population de Saskatchewan et les populations situées au sud-ouest de Williams Lake (nos 20 et 24) n’ont pas été visitées en 2002.

Trente autres milieux humides alcalins ont été visités en 2002 et 2003, notamment pour chercher à retrouver les sites initialement repérés par McIntosh durant les travaux de terrain qu’il avait effectués pour son doctorat (de 1980 à 1983; McIntosh, 1986). Seulement deux de ces sites ont probablement été retrouvés (il n’y avait aucune information précise sur le lieu des premières récoltes, et certains sites ont probablement été détruits). Le relevé récent a donné lieu à des recherches plus poussées, et plus de temps a été consacré à chaque localité, ce qui a permis de repérer neuf nouvelles populations.

Le tableau 3 indique l’état et les tendances de l’habitat de chaque population connue ainsi que du milieu propice observé dans la région du lac Spotted, bien qu’on n’y ait trouvé aucun Pterygoneurum kozlovii en 2002. Lors des relevés précédents, des notes avaient été prises sur l’habitat des populations situées au sud-ouest de Williams Lake (nos 20 et 24). Aucune surveillance n’a été réalisée en ce qui concerne les tendances de l’habitat, puisque les premiers relevés n’étaient pas conçus de façon à permettre l’observation de telles tendances. Il est toutefois possible de faire des observations générales à la lumière du relevé réalisé en 2002. Huit des sites connus n’ont pas été perturbés ou l’ont été peu, tandis que huit autres ont été modérément à fortement perturbés. Seule une surveillance des sites permettrait de préciser la stabilité de l’habitat dans la plupart des sites.


Protection et propriété des terrains

La plupart des populations existantes semblent se trouver sur des terres provinciales et notamment sur des terres de la Couronne, mais certaines se trouvent sur des terres dont la propriété reste à confirmer (voir le tableau 3). Les populations nos 19 et 25 sont protégées du bétail par des exclos. La population no 20 se trouve dans l’aire protégée de Churn Creek, mais on y trouve quand même des animaux qui broutent. La population no 11, étendue et apparemment en bon état, pousse dans un enclos pour chevaux, mais celui-ci ne semble pas très utilisé.

La population no 25 se trouve près du lac White, dans le sud de la vallée de l’Okanagan. Des bovins et des chevaux étaient autrefois présents aux environs du lac White. L’organisme The Nature Trust (J. Hope, 2002, comm. pers.) a toutefois récemment signé un bail de 99 ans dans le but de créer une zone d’étude sur des terres fédérales du lac White, dans le cadre d’un plan d’aménagement des ranches visant à favoriser la biodiversité, le 2000 Biodiversity Ranch Management Plan. Ce plan prévoit la construction et l’entretien d’une clôture protégeant en permanence le lac White et la végétation riveraine environnante, y compris le site connu du Pterygoneurum kozlovii, contre le broutage et les autres perturbations importantes éventuelles. On s’attend à une amélioration de l’habitat dans la zone riveraine, bien qu’on ne possède pas de données sur la façon dont les changements influeront sur la population de P.  kozlovii.

Tableau 2 : Information sur les populations de Pterygoneurum kozlovii
No de la populationLocalitéDates de visiteConfirmation en 2002
1 (1)Oliver1980 et 2002non
2 (2)Osoyoos1980 et 2002population probablement disparue
3 (3)Osoyoos1981, 2000 et 2002population probablement disparue
4 (4)Osoyoos1980 et 2002population probablement disparue
5 (5, 23)N.-O. d’Osoyoos1980 et 2002oui
6 (6)O. de Kamloops1980 et 2002population probablement disparue
7 (7)Kaledon1980 et 2002non
8 (8)Riske Creek1981, 1999 et 2002population probablement disparue
9 (9)N.-O. d’Osoyoos (lac Spotted)1983, 1999, 2001 et 2002population probablement disparue
10 (10)Saskatchewan1989aucune visite en 2002
11 (11)Oliver2002oui
12 (12)S. de Kamloops1999 et 2002non
13 (13)S. de Riske Creek2002oui
14 (14)Lac Poison1999 et 2002oui
15 (15)O. de Kamloops2002oui
16 (16)Cranbrook2002oui
17 (17)Canal Flats2002oui
18 (18)S. de Kamloops2002oui
19 (19)O. de Williams Lake2002oui
20 (20)S.-O. de Williams Lake2001aucune visite en 2002
21 (21)S. de Savona2002oui
22 (22)S. d’Ashcroft2002oui
23 (24)N.-O. de Clinton2000 et 2002oui
24 (25)S.-O. de Williams Lake1997aucune visite en 2002
25Lac White1998, 2001 et 2002oui

Les numéros entre parenthèses suivant les numéros de population renvoient aux spécimens examinés; la population du lac White, no 25, a été confirmée sur le terrain, mais aucun spécimen n’a été récolté en raison de la rareté du matériel présent.

 

Tableau 3 : Habitat et caractéristiques générales des populations connues de Pterygoneurum kozlovii en Colombie-Britannique (du tableau 2).
A
Population
B
Facteurs limitatifs et menaces
C
État et tendance de l’habitat
D
Taille et tendances des populations
E
Protection et propriété des terrains
1????
2??X?
3??X?
4??X?
5A, CC, CC, ?C?Gp
6??X?
7????
8??X?
9AC, CXP
10????
11(A)A, BA, ?P
12????
13(A)A, BC, ?Gp
14aucun (protégée par une clôture)A, BA, ?Gp
15A, CC, (C)C, CGp
16BC, CC, C?
17(A)A, BA, ?Gp
18AB, CB, CGp
19aucun (protégée par une clôture)A, BC, ?Gp
20AB/C, BB, ?Gp (parc)
21?AA, BB, ?Gp
22A, CB, BC, ?Gp
23AB, BC, ??Gp
24aucun (protégée par une clôture)A, BC, ?Gp
25aucun (protégée par une clôture)A, BC, ?P

Remarques (dans tous les cas, le « ? » signifie « inconnu » ou « incertain », et les lettres mises entre parenthèses désignent des facteurs « d’importance mineure ») :

  1. Dans la colonne B : La lettre A renvoie aux effets du broutage, la lettre B, aux effets anthropiques, et la lettre C, aux effets des animaux fouisseurs.
  2. Dans la colonne C : En ce qui concerne l’état de l’habitat, la lettre A signifie peu perturbé, la lettre B, modérément perturbé, et la lettre C, fortement perturbé; en ce qui concerne la tendance de l’habitat, la lettre A signifie qu’une amélioration est possible, la lettre B, qu’une stabilité est possible, et la lettre C, qu’une détérioration est possible.
  3. Dans la colonne D : En ce qui concerne la taille des populations, la lettre A signifie que l’espèce est répandue dans la zone étudiée, la lettre B, qu’elle est peu commune dans le site, et la lettre C, qu’elle y est rare; en ce qui concerne les tendances des populations, la lettre A signifie qu’une amélioration est possible, la lettre B, qu’une stabilité est possible, la lettre C, qu’un déclin est possible, et la lettre X, que la population est peut-être disparue.
  4. Quatre ans la colonne E : La lettre P renvoie à une propriété privée et la lettre G, à une propriété du gouvernement soit municipal (m), soit provincial (p, habituellement une terre de la Couronne).