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Mise à jour - Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le Grand requin blanc (Carcharodon carcharias) au Canada

Importance de l'espèce

Le grand requin blanc est le plus grand poisson prédateur et le seul requin qui se nourrit régulièrement de mammifères marins (Compagno, 2001). Apparemment, les Mi’kmaqs du Canada atlantique connaissent cette espèce depuis des millénaires : on a trouvé une dent dans un dépotoir d’huîtres daté de 1 000 à 2 000 ans avant le présent à Pig Island, dans le détroit de Northumberland (Nouvelle-Écosse) (Gilhen, 1988).

Le grand requin blanc a la réputation d’attaquer les humains et les embarcations (Miller et Collier, 1981; Burgess et Callahan, 1996). La documentation fait état de cinq attaques de grands requins blancs sur des bateaux ou du matériel de pêche en eaux canadiennes (figure 3) : 1) en 1873 ou 1874, un grand requin blanc de 4 m a attaqué un doris au large du banc de Saint-Pierre (Terre-neuve); des fragments de dents incrustés dans la coque ont permis d’identifier l’espèce (Putnam, 1874); 2) en juin 1920, un grand requin blanc de 4,6 m a attaqué un bateau au large de Hubbard Cove, dans la baie St. Margaret (Nouvelle-Écosse); des marques laissées sur le bateau et la description d’une dent incrustée dans la coque ont permis d’identifier l’espèce (Piers, 1934); 3) en juillet 1932, un grand requin blanc de 4,6 m a attaqué un bateau à 16 km au nord-ouest de Digby Gut (Nouvelle-Écosse); une dent incrustée dans la coque a permis d’identifier l’espèce (Piers, 1934); 4) le 9 juillet 1953, un grand requin blanc de 3,7 m a attaqué et fait couler un doris au large de Forchu, à l’île du Cap-Breton (Nouvelle-Écosse); aucun des pêcheurs à bord n’a été attaqué, mais l’un d’eux s’est noyé; une dent incrustée dans la coque a permis d’identifier l’espèce (Day et Fisher, 1954); 5) en août 1961, un grand requin blanc de 4 à 6 m a attaqué le sac de pointe en toile d’un ligneur à saumon de la côte du Pacifique; une dent et plusieurs fragments retirés du sac ont permis d’identifier l’espèce (Collier et al., 1996).

En raison de sa taille imposante, de son allure saisissante, de ses prouesses prédatrices et du danger potentiel qu’il représente, le grand requin blanc revêt un caractère presque mythique dans la culture populaire (Ellis, 1994). La vénération que lui portent plusieurs cultures fait de ses mâchoires et de ses dents des curiosités particulièrement convoitées et de ses ailerons un additif alimentaire recherché, surtout dans les marchés des mets fins asiatiques et des médicaments traditionnels. Malgré les lois qui protègent l’espèce, le prix que certaines personnes sont prêtes à payer pour divers organes semble suffisamment élevé pour stimuler et maintenir un marché noir clandestin. Cependant, certains contestent l’affirmation selon laquelle les grands requins blancs sont ciblés pour leurs précieux organes et soutiennent au contraire que les organes qui atteignent le marché sont prélevés sur des individus morts accidentellement parmi les prises accessoires ou capturés par des pêcheurs sportifs.