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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le Narval (Monodon monoceros) au Canada - Mise à jour

Résumé

Narval
Monodon monoceros

Information sur l’espèce

Le narval (Monodon monoceros) est un cétacé à dents de taille moyenne, dépourvu de nageoire dorsale. À la naissance, il mesure environ 1,60 m et pèse 80 kg. Le mâle peut atteindre une longueur de 5,40 m et un poids d’environ 1 935 kg; la femelle peut atteindre une longueur de 4,94 m et un poids d’environ 1 552 kg. Le narval adulte n’a que deux dents. Chez la plupart des mâles, la dent de droite reste incluse dans la mâchoire, alors que celle de gauche pousse en spirale pour former une magnifique défense horizontale d’une longueur pouvant atteindre plus de 3 m.

Répartition

Deux des trois populations reconnues de narvals se trouvent au Canada (baie de Baffin et baie d’Hudson). La troisième se trouve dans l’est du Groenland. Les populations se distinguent par leur répartition d’estivage, laquelle ne reflète pas nécessairement le degré d’interaction entre populations. On doute que la population de l’est du Groenland pénètre dans les eaux canadiennes. Les narvals de la population de la baie de Baffin estivent dans les eaux du haut Arctique canadien et de l’ouest du Groenland et hivernent dans la baie de Baffin et le détroit de Davis. Leur aire de répartition géographique couvre au moins 1,25 million de km². On ignore le degré de fidélité à ses aires de cette population partagée. En fait, il pourrait s’agir de plusieurs populations. On croit que les narvals qui estivent dans le nord-ouest de la baie d’Hudson hivernent dans l’est du détroit d’Hudson et occupent une aire d’environ 250 000 km². On ignore à quelle population appartiennent les individus qui estivent au nord de la baie de Baffin et le long des côtes est et sud de l’île de Baffin. Les biologistes n’ont observé aucune modification à grande échelle de la répartition saisonnière des narvals, mais les Inuits ont observé des changements à l’échelle locale.

Habitat

Les narvals occupent une vaste région de l’Arctique, mais on connaît peu leurs besoins exacts en matière d’habitat. En été, ils préfèrent les zones côtières où l’eau est profonde et à l’abri du vent. Lors de la migration automnale et plus tard, pendant leur période d’hivernage dans la zone de banquise, les narvals favorisent les fjords profonds et la pente continentale, où la profondeur de l’eau varie de 1 000 à 1 500 m et les remontées d’eau pourraient accroître la productivité biologique. La qualité de l’habitat de glace, en particulier la présence de chenaux dans la glace de rive et la densité de la banquise fragmentée, semble influencer le choix d’habitat.

Biologie

Comme aucune méthode ne permet de mesurer avec précision l’âge des narvals, leurs indices vitaux sont mal connus. On croit que les femelles arrivent à maturité entre 5 et 8 ans et donnent naissance à leur premier baleineau entre 7 et 13 ans. La période d’accouplement la plus active est la mi-avril et la plupart des petits naissent en juillet et en août, après une gestation de 14 à 15,3 mois. Bien qu’un taux de reproduction plus élevé soit possible, les femelles adultes donnent naissance à un baleineau tous les trois ans en moyenne, jusqu’à l’âge de 23 ans environ. La longévité des narvals pourrait être d’environ 50 ans, mais il est probable que la plupart des individus n’atteignent pas 30 ans. On ignore la durée de génération et le taux de recrutement net. Le taux de mortalité attribuable à la chasse est imprécis. En effet, on ne dispose d’aucune donnée précise sur le nombre de narvals touchés et perdus et on ignore le taux de prédation par les épaulards et les ours blancs. Les connaissances actuelles sur les maladies des narvals et leur réaction aux agents pathogènes sont très limitées. En outre, il est difficile de prévoir le potentiel de mortalité à grande échelle par suite de l’emprisonnement sous la glace ou de la maladie.

En général, les narvals se déplacent en petits groupes (moins de 10 individus) en été, mais se rassemblent en plusieurs centaines lors des migrations printanière et automnale. Leur capacité de plongée permet aux narvals de parcourir de grandes distances sous l’eau, mais rend difficile l’estimation précise des populations. Les narvals se nourrissent d’une variété de poissons et d’invertébrés. On connaît peu leurs besoins physiologiques et leur capacité à s’adapter aux changements dans l’environnement ou dans la disponibilité des proies.

Taille et tendances des populations

Il est impossible d’obtenir une estimation fiable de la taille initiale des populations de narvals de la baie de Baffin et de la baie d’Hudson à partir des données historiques sur les prises. Jusqu’ici, l’estimation de la taille des populations s’est généralement limitée à des méthodes qui ne permettent d’en évaluer qu’une partie. Les recensements déjà réalisés à partir de relevés aériens de zones de rassemblement tiennent rarement compte des narvals présents à des profondeurs trop importantes pour qu’on les voit, passés inaperçus à cause de la glace ou de la mauvais visibilité, ou situés hors de la zone de relevé.

En 1996, un relevé aérien systématique de l’inlet du Prince-Régent, du détroit de Barrows et du détroit de Peel a permis d’estimer la population de narvals à 45 358 individus (intervalle de confiance à 95 p. 100 : de 23 397 à 87 932), en tenant compte des individus en plongée ou passés inaperçus. Cette estimation est comparable à celles tirées de recensements réalisés au milieu des années 1980, mais de faible puissance statistique pour le décèlement de tendances. De 45 000 à 50 000 narvals de la population de la baie de Baffin pourraient estiver dans les eaux canadiennes.

La population de narvals de la baie d’Hudson a été estimée à 1 355 individus (intervalle de confiance à 90 p. 100 : de 1 000 à 1 900) en 1984 et à 1 780 individus (intervalle de confiance à 90 p. 100 : de 1 212 à 2 492) en 2000. Aucune de ces deux estimations ne tient compte des individus en plongée ni des conditions météorologiques. En outre, celle de 2000 comprend le nord de l’inlet Lyon et le détroit de Foxe. La population de la baie d’Hudson pourrait compter environ 3 500 individus en été.

Facteurs limitatifs et menaces

Les populations de narvals au Canada peuvent se voir limitées ou menacées par la chasse, des contaminants de l’environnement, les changements climatiques et des activités industrielles telles que la pêche commerciale. On ne connaît pas avec certitude les effets des changements climatiques sur les habitats de glace des narvals, ni la capacité d’adaptation de l’espèce. Les effets des autres facteurs sont atténués par les habitudes de vie en eau profonde de l’espèce ainsi que par sa vaste aire de répartition géographique, dont une grande partie se situe à l’extérieur des zones de chasse normales, dans la zone de banquise au large et dans des régions isolées de l’Arctique. Cette répartition éloignée protège un grand nombre de narvals de la chasse ainsi que des déversements de pétrole isolés et d’autres événements. Cependant, dans des circonstances exceptionnelles, comme par exemple lorsque les narvals sont emprisonnés en grand nombre sous la glace ou que des épaulards les poussent vers des eaux peu profondes, on peut chasser beaucoup d’individus à la fois au même endroit. La chasse constitue probablement le facteur limitatif le plus constant pour les populations de narvals au Canada.

Importance de l’espèce

Historiquement, le narval a fourni des denrées importantes pour l’économie de subsistance traditionnelle de l’est de l’Arctique canadien et du Groenland. La chasse elle-même et le partage de ses produits ont toujours une grande importance sociale et culturelle dans certaines collectivités. C’est principalement pour le muktuk et l’ivoire qu’on chasse le narval. L’ivoire a une grande valeur sur le marché international, alors que le muktuk sert à la consommation locale ou aux échanges entre collectivités inuites. Comme il s’agit d’un aliment très prisé, la demande excède souvent l’offre. Le narval a une grande importance écologique : il constitue la seule espèce du genre Monodon, mais représente aussi un des prédateurs au sommet de la chaîne alimentaire de l’Arctique. Il suscite un vif intérêt de la part du public en raison de sa défense unique de « licorne » et de son habitat éloigné, mais on n’a jamais réussi à montrer cet animal en captivité.

Protection actuelle ou autres désignations de statut

Au Canada, la protection des narvals se limite aux mesures de gestion de la chasse, de la capture d’individus vivants et de l’échange des produits du narval. Le Conseil de gestion des ressources fauniques du Nunavut est le principal organe de gestion des espèces sauvages au Nunavut. À titre de partenaire de cogestion, le ministère des Pêches et des Océans lui fournit des conseils scientifiques et un soutien réglementaire. Les autres partenaires de cogestion sont les organisations de chasseurs et de trappeurs et les organismes régionaux de gestion des espèces sauvages. Seuls les Inuits sont autorisés à chasser le narval et chaque collectivité a une limite de prises. L’espèce figure à l’annexe II de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES). Le Canada collabore avec le Groenland pour la conservation de leurs populations communes de narvals. La Commission mixte sur la conservation et la gestion du narval et du béluga n’est pas en mesure de déterminer le statut des populations de narvals à partir des données disponibles; le Canada et le Groenland ont entrepris des relevés dans le but de recueillir de nouvelles données.

Historique du COSEPAC

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a été créé en 1977, à la suite d’une recommandation faite en 1976 lors de la Conférence fédérale-provinciale sur la faune. Le Comité a été créé  pour satisfaire au besoin d’une classification nationale des espèces sauvages en péril qui soit unique et officielle et qui repose sur un fondement scientifique solide. En 1978, le COSEPAC (alors appelé Comité sur le statut des espèces menacées de disparition au Canada) désignait ses premières espèces et produisait sa première liste des espèces en péril au Canada. En vertu de la Loi sur les espèces en péril (LEP) promulguée le 5 juin 2003, le COSEPAC est un comité consultatif qui doit faire en sorte que les espèces continuent d’être évaluées selon un processus scientifique rigoureux et indépendant.

Mandat du COSEPAC

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) évalue la situation, au niveau national, des espèces, des sous-espèces, des variétés ou d’autres unités désignables qui sont considérées comme étant en péril au Canada. Les désignations peuvent être attribuées aux espèces indigènes comprises dans les groupes taxinomiques suivants : mammifères, oiseaux, reptiles, amphibiens, poissons, arthropodes, mollusques, plantes vasculaires, mousses et lichens.

Composition du COSEPAC

Le COSEPAC est composé de membres de chacun des organismes responsables des espèces sauvages des gouvernements provinciaux et territoriaux, de quatre organismes fédéraux (le Service canadien de la faune, l’Agence Parcs Canada, le ministère des Pêches et des Océans et le Partenariat fédéral d’information sur la biodiversité, présidé par le Musée canadien de la nature), de trois membres ne relevant pas de compétences, ainsi que des coprésident(e)s des sous-comités de spécialistes des espèces et des connaissances traditionnelles autochtones. Le Comité se réunit au moins une fois par année pour étudier les rapports de situation des espèces candidates.

Définitions (Novembre 2004)

Espèce sauvage
Espèce, sous-espèce, variété ou population géographiquement ou génétiquement distincte d'animal, de plante ou d'une autre organisme d'origine sauvage (sauf une bactérie ou un virus) qui est soit indigène du Canada ou qui s'est propagée au Canada sans intervention humaine et y est présente depuis au moins cinquante ans.

Disparue (D)
Espèce sauvage qui n'existe plus.

Disparue du pays (DP
Espèce sauvage qui n'existe plus à l'état sauvage au Canada, mais qui est présente ailleurs.

En voie de disparition (VD)Note de bas de pagea
Espèce sauvage exposée à une disparition de la planète ou à une disparition du pays imminente.

Menacée (M)
Espèce sauvage susceptible de devenir en voie de disparition si les facteurs limitants ne sont pas renversés.

Préoccupante (P)Note de bas de pageb
Espèce sauvage qui peut devenir une espèce menacée ou en voie de disparition en raison de l'effet cumulatif de ses caractéristiques biologiques et des menaces reconnues qui pèsent sur elle.

Non en péril (NEP)Note de bas de pagec
Espèce sauvage qui a été évaluée et jugée comme ne risquant pas de disparaître étant donné les circonstances actuelles.

Données insuffisantes (DI)Note de bas de pagea, Note de bas de pagee
Espèce sauvage pour laquelle l'information est insuffisante pour évaluer directement ou indirectement son risque de disparition.

 

Service canadien de la faune

Le Service canadien de la faune d’Environnement Canada assure un appui administratif et financier complet au Secrétariat du COSEPAC.

 

Note de bas de page a

Appelée « espèce disparue du Canada » jusqu'en 2003.

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Note de bas de page b

Appelée « espèce en danger de disparition » jusqu'en 2000.

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Note de bas de page c

Appelée « espèce rare » jusqu'en 1990, puis « espèce vulnérable » de 1990 à 1999.

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Note de bas de page d

Autrefois « aucune catégorie » ou « aucune désignation nécessaire ».

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Note de bas de page e

Catégorie « DSIDD » (données insuffisantes pour donner une désignation) jusqu'en 1994, puis « indéterminé » de 1994 à 1999.

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