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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le Narval (Monodon monoceros) au Canada - Mise à jour

Importance de l'espèce

Historiquement, le narval a fourni des denrées importantes pour l’économie de subsistance traditionnelle de l’est de l’Arctique canadien et du Groenland; la chasse elle-même et le partage de ses produits ont toujours une grande importance alimentaire, sociale et culturelle dans certaines collectivités (Brody, 1976; Reeves, 1992a, 1992b, 1993a; Remnant et Thomas, 1992; Thomsen, 1993; Reeves et Heide-Jørgensen, 1994; Stewart et al., 1995; Gonzalez, 2001; Richard, 2001). Les grandes quantités de peau (10 p. 100), de viande (25 p. 100) et d’huile (de 30 à 35 p. 100 dans le pannicule adipeux) comestibles pouvaient garder les personnes et les chiens en bonne santé pour une période relativement longue (Mansfield et al., 1975; Reeves, 1992a, 1992b, 1993a). Les tendons servaient jadis de fil à coudre; la peau, à faire des lacets; les défenses servaient de mâts de tente, de bâtons de marche ou de matière première pour la fabrication d’articles de chasse.

Aujourd’hui, on chasse le narval surtout pour son ivoire et sa peau (qu’on appelle muktuk, muktuk, maktaq ou muktaaq); on mange rarement sa viande, sauf si c’est la seule dont on dispose, mais on la donne en pâture aux chiens (Reeves, 1992a, 1992b, 1993a, 1993b; Stewart et al., 1995; Gonzalez, 2001; Richard, 2001). Le muktuk est un aliment de grande valeur qui, outre sa teneur en protéines et en calories, est riche en vitamine C, en zinc, en rétinol et en autres éléments nutritifs essentiels (Geraci et Smith, 1979; Kinloch et al., 1992; Wagemann et al., 1996). On le consomme localement ou on l’échange à d’autres collectivités inuites (Reeves, 1993a, 1993b). Malgré une préférence pour le muktuk de jeune narval (noir), les Inuits consomment le muktuk de n’importe quel narval (Reeves, 1992a).

La défense d’ivoire du mâle est un produit d’une grande valeur économique et une source de revenu importante pour certaines collectivités côtières (Reeves, 1992a, 1992b; Gonzalez, 2001). La valeur des défenses sur le marché international incite fortement les chasseurs à prendre des mâles porteurs d’une longue défense. Cet aspect peut influer fortement sur la nature et l’intensité de la chasse. L’interdiction d’importer de l’ivoire de narval imposée par la Communauté économique européenne (CEE) a provoqué une chute du prix de l’ivoire de narval en 1983-1984, mais les prix se sont rétablis depuis en raison de la forte demande d’ivoire de narval au Japon. Les interventions sur le marché et l’instabilité des prix ont eu de graves répercussions chez les collectivités inuites par le passé et sont encore susceptibles d’avoir des effets sur les coûts et les bénéfices de la chasse au narval dans l’avenir (Reeves, 1992b).

De 1975 à 1990, les prix payés aux chasseurs d’Arctic Bay pour le muktuk et l’ivoire ont à peu près doublé (Reeves, 1992a, 1993a). Cette flambée des prix semble avoir été alimentée par la demande d’exportation à Iqaluit, où la chasse locale n’arrive pas à répondre à la demande de muktuk, et par la volonté des résidants d’Arctic Bay d’acheter du muktuk plutôt que de se fier aux arrangements traditionnels de mise en cache et de partage. Si on a raison de supposer, comme l’a fait le gouvernement du Canada, que la chasse au narval est principalement une quête de nourriture et que l’ivoire n’en est qu’un sous-produit (Yaremchuk et Wong, 1989), alors la demande de muktuk pourrait éventuellement devenir plus cruciale dans l’analyse des moyens de préserver l’espèce (Reeves, 1993b).

Le narval revêt également une importance particulière pour la communauté mondiale en général. Écologiquement, il est important en tant que seule espèce du genre Monodon, comme maillon essentiel de la chaîne alimentaire de l’Arctique entre la morue polaire et l’humain ou l’épaulard, ainsi que pour son aptitude à vivre dans les eaux glaciales de l’Arctique et à plonger à de grandes profondeurs. Il suscite un vif intérêt de la part du public en raison de sa défense unique de « licorne » et de son habitat éloigné, en particulier parce qu’on n’a jamais réussi à montrer cet animal en captivité. Sa défense a également servi à faire des objets d’artisanat, ainsi que, en Orient, des médicaments traditionnels.