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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la couleuvre à nez plat (Heterodon platirhinos) au Canada – Mise à jour

COSEPAC Résumé

Couleuvre à nez plat
Heterodon platirhinos

Information sur l’espèce

La couleuvre à nez plat (Heterodon platirhinos Latreille 1801) est un colubridé ovipare de taille moyenne au corps trapu. Elle doit son nom à l’écaille retroussée, unique à l’espèce, qui orne l’extrémité de son museau. Chez cette espèce, les phénotypes de couleur et de motif varient beaucoup d’un individu à l’autre, la livrée allant de colorée et tachetée à mélanique. Cependant, le comportement de la couleuvre à nez plat en présence de l’humain suffit généralement à l’identifier : elle dilate son cou comme un cobra, siffle et attaque, puis peut déféquer, rouler sur le dos la gueule ouverte et la langue sortie, voire parfois exsuder du sang de la gueule et/ou du cloaque. Quoiqu’inoffensive, cette couleuvre est souvent abattue par une personne sans doute alarmée par sa stratégie de défense singulière. Le dimorphisme sexuel est léger chez l’espèce, les mâles étant généralement plus petits que les femelles.

Répartition

La couleuvre à nez plat est présente tant au Canada qu’aux États-Unis, mais moins de 10 p. 100 de son aire de répartition mondiale se trouve au Canada. En fait, elle est confinée au sud et au centre-sud de l’Ontario, dans deux régions géographiquement distinctes : la région carolinienne du sud-ouest de l’Ontario et la région des Grands Lacs et du Saint-Laurent du centre de l’Ontario, allant du sud de la rivière des Français et du lac Nipissing jusqu’à l’est de la baie Georgienne. Cette couleuvre est disparue des municipalités régionales de Halton, de Peel et de York, ainsi que de l’île Pelée, du parc national Pointe-Pelée et d’autres sites. En outre, les enregistrements des comtés de Bruce, de Grey et de Prince Edward sont considérés comme historiques, et il est possible que l’Heterodon platirhinos soit disparu de ces régions.

Aux États-Unis, la couleuvre à nez plat est présente dans tous les États de l’est, depuis le sud de la Nouvelle-Angleterre, l’ouest du Minnesota et le Dakota du Sud jusqu’au sud du Texas et à l’est de la Floride.

Habitat 

Six caractéristiques définissent l’habitat privilégié par l’Heterodon platirhinos : un sol bien drainé; un sol meuble ou sablonneux; un couvert végétal ouvert, comme une forêt claire; un terrain broussailleux ou une lisière de forêt; la proximité d’un plan d’eau; des conditions climatiques typiques de la forêt de feuillus de l’est. Les couleuvres à nez plat des régions riveraines dépendent souvent du bois flotté et d’autres abris au sol dans les habitats de plage et de dune riveraine, où vivent leurs proies de prédilection, les crapauds (Bufo spp.). Au sud de Parry Sound, dans la région de la baie Georgienne, la couleuvre à nez plat préfère les habitats ouverts de graminées, de sable et modifiés par l’humain et les habitats forestiers aux habitats rocheux, marécageux et aquatiques. Étant donné que la couleuvre à nez plat est un prédateur spécialisé des crapauds, il est également important de tenir compte des besoins en matière d’habitat et des tendances démographiques de ceux-ci.

Les habitats privilégiés par la couleuvre à nez plat ont subi une dégradation ou sont disparus, car ils comportent des sols propices à l’agriculture, aux activités récréatives de plage et aux sports aquatiques.

Biologie

La couleuvre à nez plat semble repérer ses proies principalement par olfaction. Aux États-Unis, elle se nourrit de crapauds, de grenouilles et de lézards, mais également de certains insectes, d’autres amphibiens, de mollusques, d’oiseaux, de crustacés, de tortues, de lombrics et d’araignées. Au Canada, par contre, la couleuvre adulte semble se nourrir presque exclusivement de crapauds (Bufo americanus et B. fowleri).

Au Kansas, la maturité est atteinte à l’âge de 2 ans environ; au Canada cependant, l’atteinte de la maturité pourrait être plus tardive, soit vers l’âge de 4 ou 5 ans. Des individus en captivité ont vécu 11 ans. L’accouplement a lieu au printemps, et en août et au début de septembre. La femelle peut s’accoupler avec plus d’un mâle. La couleuvre à nez plat est ovipare; la femelle pond de 7 à 37 œufs dans un nid logé en sol sablonneux de 10 cm à 20 cm sous la surface, mais elle peut aussi nicher dans une cavité sous des pierres et dans du bois flotté sur une plage. L’oviposition commence à la fin de juin et se poursuit pendant 2 à 3 semaines. Au Canada, dans la partie septentrionale de l’aire de répartition de l’espèce, la femelle doit parfois creuser son nid à un endroit suffisamment ensoleillé pour que les conditions thermiques conviennent à l’incubation des œufs.

La couleuvre à nez plat hiberne d’octobre à avril, n’hiberne pas en communauté, creuse parfois son site d’hibernation selon la disponibilité d’un site existant approprié et est parfois fidèles à son site d’hibernation. La disponibilité des sites d’hibernation peut être un facteur limitatif, selon la région.

Il est possible que la mortalité naturelle par prédation soit plus élevée chez la couleuvre à nez plat que chez d’autres espèces de couleuvre de l’Ontario, car cette couleuvre est une prédatrice active et de nature très vagile. Ses prédateurs sont les mustélidés, les renards, d’autres mammifères de taille moyenne, les strigidés et d’autres oiseaux de proie. Les chats et les chiens domestiques et féraux sont également au nombre des prédateurs probables. Le taux de mortalité accrue d’origine humaine est élevé chez la couleuvre à nez plat vivant à proximité ou à l’intérieur des milieux urbains.

Taille et tendances des populations

Il est difficile d’estimer l’abondance des couleuvres à nez plat en Ontario, car peu d’études fournissent des données sur la taille et les tendances des populations. Partout où leur densité a été mesurée, les populations de couleuvres à nez plat sont peu denses, variant de 0,04 à 0,004 individu par hectare selon les études menées au Canada. Le Centre d'information sur le patrimoine naturel (CIPN) a classifié 8 p. 100 des occurrences d’élément connues de couleuvres à nez plat en Ontario comme disparues et 35 p. 100 des occurrences d’élément comme historiques ou non confirmées au cours des 20 dernières années. D’après ces densités, les classifications d’occurrences d’élément du CIPN et la superficie des aires d’activité, on peut estimer approximativement le nombre total d’individus adultes à moins de 10 000. À long terme, la diminution de l’habitat disponible, la hausse de la construction routière dans le centre-sud de l’Ontario et la menace que représentent les persécutions humaines contribueront à la poursuite du déclin démographique de l’espèce. La couleuvre à nez plat se déplace beaucoup pour une couleuvre, ce qui accentue sa vulnérabilité à l’urbanisation et à la fragmentation de son habitat.

Malgré la présence du Heterodon platirhinos aux États-Unis directement au sud et à l’ouest de l’Ontario, une immigration à partir de populations de ce pays est presque impossible. Les populations canadiennes sont séparées des populations américaines par les Grands Lacs, et l’H. platirhinos est actuellement désigné comme étant une espèce vulnérable (« Vulnerable ») au Michigan, en Ohio et en Pennsylvanie.

Facteurs limitatifs et menaces

Les facteurs limitatifs touchant la couleuvre à nez plat sont la disponibilité de l’habitat convenable, en particulier les sols sablonneux nécessaires à l’oviposition et à l’hibernation, et la disponibilité des proies. Comme l’espèce est un prédateur spécialisé des crapauds, les déclins ou les fluctuations des populations de crapauds risquent de causer un déclin des populations de couleuvres à nez plat. Par contre, l’Heterodon platirhinos a disparu de la pointe Pelée et de l’île Pelée, d’où le crapaud de Fowler a également disparu, mais où les crapauds d’Amérique demeurent communs. La principale menace pesant sur l’espèce est l’expansion incessante du réseau routier, qui accentue la mortalité et la fragmentation de l’habitat. La persécution par l’humain et la capture aux fins du commerce des animaux domestiques représentent également des menaces pour la survie de cette espèce.

Importance de l’espèce

La stratégie de défense extraordinairement complexe duHeterodon platirhinos en fait sans doute la couleuvre soulevant le plus d’intérêt au Canada. Ce comportement de défense constitue également une occasion d’étudier l’importance adaptative de la simulation de mort.

Protection actuelle ou autres désignations de statut

Le COSEPAC a attribué à la couleuvre à nez plat le statut d’espèce vulnérable en 1997, puis d’espèce menacée en 2001. Cette couleuvre a été désignée espèce menacée par le ministère des Richesses naturelles de l’Ontario en 2001. En outre, elle a été classée « reptile spécialement protégé » en vertu de la Loi sur la protection du poisson et de la faune de l’Ontario.

L’Heterodon platirhinosa un statut d’espèce en péril à différent degré dans 11 des 34 États où on le trouve. Sa cote mondiale est G5; aux États-Unis, sa cote nationale est N5; au Canada, sa cote nationale est N3.

Historique du COSEPAC

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a été créé en 1977, à la suite d’une recommandation faite en 1976 lors de la Conférence fédérale-provinciale sur la faune. Le Comité a été créé pour satisfaire au besoin d’une classification nationale des espèces sauvages en péril qui soit unique et officielle et qui repose sur un fondement scientifique solide. En 1978, le COSEPAC (alors appelé Comité sur le statut des espèces menacées de disparition au Canada) désignait ses premières espèces et produisait sa première liste des espèces en péril au Canada. En vertu de la Loi sur les espèces en péril (LEP) promulguée le 5 juin 2003, le COSEPAC est un comité consultatif qui doit faire en sorte que les espèces continuent d’être évaluées selon un processus scientifique rigoureux et indépendant.

Mandat du COSEPAC

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) évalue la situation, au niveau national, des espèces, des sous-espèces, des variétés ou d’autres unités désignables qui sont considérées comme étant en péril au Canada. Les désignations peuvent être attribuées aux espèces indigènes comprises dans les groupes taxinomiques suivants : mammifères, oiseaux, reptiles, amphibiens, poissons, arthropodes, mollusques, plantes vasculaires, mousses et lichens.

Composition du COSEPAC

Le COSEPAC est composé de membres de chacun des organismes responsable des espèces sauvages des gouvernements provinciaux et territoriaux, de quatre organismes fédéraux (le Service canadien de la faune, l’Agence Parcs Canada, le ministère des Pêches et des Océans et le Partenariat fédéral d’information sur la biodiversité, lequel est présidé par le Musée canadien de la nature), de trois membres scientifiques non gouvernementaux et des coprésidents des sous-comités de spécialistes des espèces et du sous-comité des connaissances traditionnelles autochtones. Le Comité se réunit au moins une fois par année pour étudier les rapports de situation des espèces candidates.

Définitions (2007)

Espèce sauvage
Espèce, sous-espèce, variété ou population géographiquement ou génétiquement distincte d’animal, de plante ou d’une autre organisme d’origine sauvage (sauf une bactérie ou un virus) qui est soit indigène du Canada ou qui s’est propagée au Canada sans intervention humaine et y est présente depuis au moins cinquante ans.

Disparue (D)
Espèce sauvage qui n’existe plus.

Disparue du pays (DP)
Espèce sauvage qui n’existe plus à l’état sauvage au Canada, mais qui est présente ailleurs.

En voie de disparition (VD)Note de bas de pagea
Espèce sauvage exposée à une disparition de la planète ou à une disparition du pays imminente.

Menacée (M)
Espèce sauvage susceptible de devenir en voie de disparition si les facteurs limitants ne sont pas renversés.

Préoccupante (P)Note de bas de pageb
Espèce sauvage qui peut devenir une espèce menacée ou en voie de disparition en raison de l'effet cumulatif de ses caractéristiques biologiques et des menaces reconnues qui pèsent sur elle.

Non en péril (NEP)Note de bas de pagec
Espèce sauvage qui a été évaluée et jugée comme ne risquant pas de disparaître étant donné les circonstances actuelles.

Données insuffisantes (DI)Note de bas de paged, Note de bas de pagee
Une catégorie qui s’applique lorsque l’information disponible est insuffisante (a) pour déterminer l’admissibilité d’une espèce à l’évaluation ou (b) pour permettre une évaluation du risque de disparition de l’espèce.

 

Service canadien de la faune

Le Service canadien de la faune d’Environnement Canada assure un appui administratif et financier complet au Secrétariat du COSEPAC.

 

Note de bas de page a

Appelée « espèce disparue du Canada » jusqu’en 2003.

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Note de bas de page b

Appelée « espèce en danger de disparition » jusqu’en 2000.

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Note de bas de page c

Appelée « espèce rare » jusqu’en 1990, puis « espèce vulnérable » de 1990 à 1999.

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Note de bas de page d

Autrefois « aucune catégorie » ou « aucune désignation nécessaire ».

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Note de bas de page e

Catégorie « DSIDD » (données insuffisantes pour donner une désignation) jusqu’en 1994, puis « indéterminé » de 1994 à 1999. Définition de la catégorie (DI) révisée en 2006.

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