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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la couleuvre à nez plat (Heterodon platirhinos) au Canada – Mise à jour

Facteurs limitatifs et menaces

 

Parmi les facteurs limitatifs de la couleuvre à nez plat, on compte la disponibilité de l’habitat convenable, en particulier les sols sablonneux pour l’oviposition (dans certaines régions), et les sites d’hibernation, ainsi que la disponibilité des proies. Les sols sablonneux étaient les plus faciles à défricher et privilégiés pour l’agriculture (Armason, 2001; W. Chesworth, comm. pers., 2007). L’agriculture intensive est le type d’utilisation des terres qui met le plus en péril l’espèce en Ontario (Kerr et Cihlar, 2004). Ainsi, la couleuvre à nez plat a perdu une grande partie de l’habitat essentiel à sa survie. Le manque de sites d’oviposition est particulièrement criant dans le parc provincial Wasaga Beach, où seulement 1,3 p. 100 du territoire disponible convient à l’oviposition (G. Cunnington, comm. pers.). Des nids communautaires et des regroupements de sites d’oviposition ont été observés dans ce parc (G. Cunnington, comm. pers.).

Les couleuvres à nez plat sont des prédateurs spécialisés; au Canada, les crapauds sont la seule nourriture dont on les a vues se nourrir. La disparition du Bufo americanus et/ou du Bufo fowleri signifierait donc probablement la disparition complète de ces couleuvres. Il est possible que ce phénomène se soit produit récemment dans le parc provincial Pinery; les crapauds et les couleuvres à nez plat y étaient auparavant observés et signalés fréquemment dans l’habitat dunaire, où ils semblent aujourd’hui avoir subi un déclin abrupt (A. MacKenzie, comm. pers., 2007). Historiquement, les couleuvres à nez plat occupaient tous les sites où vivaient des crapauds de Fowler (Bufo fowleri) le long du lac Érié, en Ontario (Schueler, 1997). Ces crapauds semblent être disparus de la pointe Pelée et de l’île Pelée (Green, 1989), tout comme l’Heterodon platirhinos, quoique le crapaud d’Amérique (Bufo americanus) y demeure commun (Schueler, 1997).

La mortalité sur les routes, la persécution par l’humain, la prédation des nids et d’autres menaces d’origine humaine ont des effets négatifs sur la survie de l’espèce. La circulation de véhicules motorisés sur les routes pavées, les chemins de terre et les sentiers pourrait représenter la deuxième cause du déclin et de la disparition de populations de reptiles après la perte de l’habitat (Wright, 2007), et représente une menace particulièrement sérieuse pour des espèces vagiles comme la couleuvre à nez plat (Gibbs, 1998; Bonnet et al., 1999; Rudolph et al., 1999; Carr et Fahrig, 2001; Webb et al., 2003; Crowley, 2006; MacKinnon et al., 2005; Rouse, 2006). Crowley (2006) a démontré, à l’aide des occurrences d’éléments du CIPN, que la densité routière est significativement plus élevée aux endroits où la couleuvre à nez plat a disparu comparativement aux endroits où elle existe encore. Wright (2007) en est arrivé à une conclusion similaire, quoique sur des bases plus anecdotiques, quant à la disparition du Heterodon nasicus nasicus dans une région de l’Alberta traversée par une route pavée. Récemment, Clark (2007) a signalé que, dans l’État de New York, les routes augmentent la différentiation génétique chez les populations de crotales des bois (Crotalus horridus) isolées par ces routes. Des études par télémétrie ont démontré que certaines couleuvres à nez plat évitent de traverser des routes; ce comportement réduit la taille de leur domaine vital, et isole et fragmente encore davantage les populations (Rouse, 2006). Des études récentes sur le crotale des prairies (Crotalus viridis) et le massasauga (Sistrurus catenatus) suggèrent que la mortalité sur les routes agirait comme une pression sélective réduisant la mobilité des populations en éliminant les individus les plus vagiles (Jorgenson et Gates, 2006; Rouse, comm. pers.; D. Jorgenson, comm. pers.). Cette tendance à ne pas traverser les routes pourrait sembler bénéfique pour la survie de l’espèce, mais elle témoigne en réalité d’une situation où la fragmentation de l’habitat convenable par l’expansion du réseau routier tend à produire plusieurs petites populations isolées incapables de se disperser et menacées par la consanguinité.

Tel qu’il a été indiqué précédemment, même les aires protégées représentent un danger pour l’espèce, car la plupart de celles-ci, dans le sud de l’aire de répartition ontarienne de l’espèce, sont de petite taille et utilisées intensivement par les personnes et leurs véhicules (Crowley, 2006; Kerr et Cihlar, 2004). La région carolinienne, qui renferme environ la moitié de l’aire de répartition canadienne de la couleuvre à nez plat, est extrêmement fragmentée, et le réseau routier y est très dense (Taylor et al., 2001). Elle a en outre été considérablement transformée pour l’agriculture intensive et le développement urbain; le statut de conservation de toute la région a d’ailleurs été désigné « critique » (Ricketts et al., 1999). Plus de 94 p. 100 des forêts des hautes terres de cette région ont été défrichées et labourées (Larsen et al., 1999) et plus de 99 p. 100 de l’habitat de prairie aride a été transformé (Bakowsky et Riley, 1994). Dans la région de la baie Georgienne, l’expansion de la route 69 et la réfection concomitante des routes adjacentes (voir la section « Tendances en matière d’habitat »), ainsi que le développement effréné d’autres secteurs du sud du Bouclier canadien dans l’aire de répartition de l’espèce auront pour effet d’exacerber les menaces anthropiques qui pèsent sur l’espèce et d’augmenter la mortalité des individus, en raison du trafic plus dense et plus rapide (Aresco, 2005; Farmer, 2006) et des modifications connexes du paysage (Crowley, 2006).

La persécution par les humains constitue également une menace importante en raison de la stratégie de défense exagérée et intimidante, quoiqu’inoffensive, de la couleuvre à nez plat et du fait que cette stratégie lui donne l’apparence d’un serpent venimeux comme le cobra et la vipère heurtante. Cette persécution est plus grave dans les zones urbanisées aux alentours de l’habitat des couleuvres (p. ex. le parc provincial Wasaga Beach), bien que des occupants de chalets tuent encore des couleuvres mêmes dans des aires protégées (S. Gillingwater, comm. pers.). La prédation des nids par des prédateurs assistés comme les ratons-laveurs n’a pas été quantifiée, mais représente une menace potentielle d’importance. En plus des menaces susmentionnées, les déchets humains représentent à l’occasion une légère menace; deux cas d’Heterodon platirhinos emprisonnés dans des canettes de boisson gazeuse jetées ont été signalés (S. Gillingwater, comm. pers.). En outre, la demande de cette espèce de couleuvres est en croissance sur le marché des animaux domestiques (S. Gillingwater, courriel, nov. 2007; P. Catling, courriel, nov. 2007). (Faire également une recherche dans Google avec les mots clés « hognosed snake pets » pour voir une grande sélection de sites Web faisant la promotion de la vente, du commerce et des vertus de cette espèce comme animal de compagnie).