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Programme de rétablissement du pycnanthème gris (Pycnanthemum incanum (L.) Michx.) au Canada [version finale]

CONTEXTE

1. Information sur l’espèce

Date de l’évaluation : Mai 2000

Nom commun : Pycnanthème gris

Nom scientifique : Pycnanthemum incanum (L.) Michx.

Statut selon le COSEPAC : En voie de disparition (avril 1986)

Justification de la désignation :   Deux très petites populations avoisinantes qui connaissent un sérieux déclin et qui subissent une menace croissante de la part des plantes exotiques.

Présence au Canada : Ontario

Historique du statut selon le COSEPAC : Espèce désignée « en voie de disparition » en avril 1986. Réexamen et confirmation du statut en avril 1998 et en mai 2000. Dernière évaluation fondée sur un rapport de situation existant.

1.1 Description de l'espèce

Le pycnanthème gris est l’une des diverses espèces du genre Pycnanthemum présentes en Ontario. Il s'agit d'une herbacée vivace pouvant atteindre 1 m de hauteur. En Ontario, bien que les plants produisent des graines viables, l'espèce se multiplie essentiellement de manière végétative, par les rhizomes (tiges souterraines horizontales). Les tiges sont pourvues de fins poils blancs, surtout sur leur partie supérieure. Chez cette espèce, le nombre de tiges est un indicateur de l’âge et de la vigueur du sujet (Obee, 1994). Les feuilles sont opposées. Les feuilles principales sont longues de 5 à 10 cm et larges de 1,5 à 3,5 cm. Le dessous des feuilles et le dessus de celles de la partie supérieure de la plante sont densément pubescents. Les feuilles présentent un petit nombre de dents et dégagent un parfum de menthe. Le nom du genre décrit bien la plante, Pycnanthemum signifiant « densément fleuri ». Les fleurs, petites, blanches et tachetées de violet, se présentent en groupes denses à l'extrémité des tiges et à l’aisselle des feuilles. Les groupes de fleurs possèdent un diamètre de 1,5 à 3,5 cm et apparaissent entre le milieu et la fin de l'été.

2. Répartition

2.1 Aire de répartition mondiale

Le pycnanthème gris pousse seulement dans l'est de l'Amérique du Nord. Tel qu’illustré à la figure 1, son aire de répartition s'étend depuis le New Hampshire jusqu'au Missouri vers le sud-ouest et, jusqu’au Tennessee et à la Géorgie vers l’est. Cependant, selon NatureServe (2005), le pycnanthème gris serait également présent en Louisiane, au Mississippi, en Alabama et en Floride.

2.2 Aire de répartition au Canada

Au Canada, le pycnanthème gris ne pousse qu’à un endroit dans le sud de l'Ontario (figure 2). On y trouve cinq sous-populations entre Hamilton et Burlington sur la rive du havre Hamilton. L’espèce est probablement tellement rare en Ontario car elle est à la limite septentrionale de son aire de répartition.

Figure 1. Aire de répartition de Pycnanthemum incanum en Amérique du Nord (Argus et al., 1982-1987).

Figure 1. Aire de répartition de Pycnanthemum incanum en Amérique du Nord (Argus et al., 1982-1987).

Hoary Mountain-mint Range Map

Figure 2. Aire de répartition de Pycnanthemum incanum au Canada (Service canadien de la faune, 2004).

2.3 Proportion de l'aire de répartition mondiale au Canada

On estime que moins de 1 % de l'aire de répartition mondiale du pycnanthème gris se trouve au Canada (Oldham, 1997).

2.4 Tendances en matière de répartition

La répartition du pycnanthème gris au Canada ne semble pas avoir changé de façon significative au cours des 25 dernières années.

3. Abondance de la population

3.1 Population mondiale

On ne connaît pas l’effectif mondial du pycnanthème gris, mais la cote G5 a été attribuée à l’espèce, ce qui signifie qu'elle est très commune à l’échelle mondiale et qu’elle n’est pas en péril dans les conditions actuelles. Le pycnanthème gris est répandu et relativement commun dans la majeure partie de son aire de répartition dans l’est des États-Unis. Cependant, trois États situés en bordure de son aire de répartition (Delaware, New Hampshire et Vermont) l’ont désigné comme extrêmement rare (S1). L’espèce est également désignée en péril (Endangered) au New Hampshire et au Vermont. Elle est jugée commune (S4) en Caroline du Nord et très commune (S5) au Kentucky et en Virginie-Occidentale et est à l'étude (SU) en Floride. Dans tous les autres États où elle est présente, on lui a attribué la cote SNR, ce qui signifie qu’elle se trouve dans l’État, mais qu'elle n'a pas été classée, probablement en raison d'un manque de données. Ces États sont l'Alabama, le Connecticut, le district de Columbia, la Géorgie, l'Illinois, la Louisiane, le Maryland, le Massachusetts, le Mississippi, le New Jersey, l’État de New York, l'Ohio, la Pennsylvanie, le Rhode Island, la Caroline du Sud, le Tennessee et la Virginie.

3.2 Population canadienne

On a attribué au pycnanthème gris la cote NI au Canada et S1 en Ontario, ce qui signifie que l’espèce est extrêmement rare tant à l'échelle nationale que provinciale. Entre 1885 et 1900, le pycnanthème gris a été observé plusieurs fois près de Burlington (Ontario), mais il n'a plus été revu avant 1981, moment où il a été récolté dans le même secteur. Toutes les populations actuelles et historiques ont été observées à quelques kilomètres les unes des autres, à Hamilton et à Burlington (Ontario). Il existe actuellement deux occurrences (ou populations) du pycnanthème gris au Canada, et une population a récemment disparu (tableau 1).

La plus grande population actuelle se trouve à Hamilton, sur les Burlington Bluffs. Elle comprend quatre sous-populations. La première est relativement importante et compte plus de 700 individus répartis le long d’une pente sèche, très escarpée (et très instable), orientée au sud. La deuxième sous-population, qui compte cinq tiges, pousse dans une assez grande clairière que l'on pourrait qualifier de « prairie suspendue ». La clairière est située sur une pente très abrupte orientée au sud, où la végétation est dominée par le barbon à balais (Schizachyrium scoparium) et le barbon de Gérard (Andropogon gerardii) (White, 1997). Les deux autres sous-populations ont été découvertes en 2000. L’une compte environ douze plants et l’autre, environ six. Aucun décompte des tiges n'a été fait au site de ces deux sous-populations en 2005.

La deuxième population pousse au sommet d’une falaise qui se trouve dans une clairière au sein d’une chênaie. Elle comptait 41 tiges en 1984 mais n’en comptait plus que 15 en 2005.

Tableau 1. Sommaire des observations du pycnanthème gris au Canada depuis 1984.

Site *

19841

(Crins)

19861

(Oldham)

19911(Bradley)

19911

(Kirk et Coulson)

19971

(White et Kirk)

20002

(JBR et MRN)

20053

(Kirk et Hay)

141 tigesEnviron 40 tiges Aucune observation, mais la plante est difficile à repérer48 tiges12 plants15 tiges
2a  35 tiges dans une touffe et 4 tiges individuelles Une tige (à l’endroit où la touffe de 35 tiges avait été observée)2 plants5 tiges
2b     de 12 à 15 plants 
2c     ~6 plants 
2d     ~ 750 plants 
3  1 tige3 plants, de nombreuses tigesAucun spécimen trouvéAucun spécimen trouvé 

*Sites – les codes correspondent à des emplacements précis qui ne sont pas divulgués afin de protéger l'espèce.

1White, 1997

2O’Hara, 2001

3 Données inédites,

3.3 Proportion de l’abondance mondiale au Canada

La population canadienne du pycnanthème gris compte moins de 1 % de l’effectif mondial de l’espèce (Oldham, 1997).

3.4 Tendance de la population

Depuis que l’espèce a été redécouverte au Canada, en 1981, plusieurs personnes ont signalé sa présence et ont même compté les tiges ou les plants. Le tableau 1 présente une compilation de toutes ces observations et montre des déclins chez les trois sous-populations qui ont été observées plus d’une fois. Les taux de ces déclins sont très préoccupants. Depuis leur première mention, le site 3 a disparu, et les sites 2a et 1 ont connu un déclin de 87 % et de 68 % respectivement. On ne sait pas si les trois sous-populations trouvées en 2000 constituent des preuves du recrutement de l’espèce puisqu’il n’existe aucune mention antérieure de l’espèce pour ces localités. À l’échelle mondiale, la population de l’espèce ne semble pas être en déclin.

4. Désignation de l'habitat

4.1 Besoins en matière d'habitat

Le pycnanthème gris exige des habitats secs, ouverts et avec un sol de texture argile-sableuse qui sont situés dans des forêts décidues ouvertes installées sur des pentes où les températures sont plus élevées que la normale (Crins,1986). En Ontario, deux des trois habitats qui abritent le pycnanthème gris se trouvent dans une forêt-parc sèche à chêne noir, à chêne blanc et à herbes hautes et le troisième se trouve dans une falaise minérale boisée (selon la classification écologique des terres du sud de l’Ontario de Lee et al., 1998). Les données sur l’habitat des spécimens historiques indiquent que l'espèce a été trouvée dans des forêts ouvertes (probablement des savanes à chêne), en bordure de routes, dans des taillis, dans des pâturages et sur des rivages ensoleillés. Tous ces milieux ont pour seule caractéristique commune le fait qu'ils sont normalement secs et chauds (Crins, 1985). Au New Hampshire, l’espèce pousse dans des pâturages, des clairières ombragées, des forêts sèches à chêne et sur des pentes sèches. Dans tous les cas, l’espèce pousse sur une pente ou une colline (S. Cairns, comm. pers.). En Caroline du Nord, elle pousse dans des boisés, des taillis, des champs abandonnés, des pâturages, des emprises d’installations d’utilité publique et en bordure de routes (J. Amoroso, comm. pers.). Dans le centre de son aire de répartition, l’espèce est beaucoup plus commune, et ses exigences en matière d’habitat sont beaucoup moins rigoureuses.

4.2 Habitat essentiel

Sous le régime de la Loi sur les espèces en péril, l'habitat essentiel se définit comme « l'habitat nécessaire à la survie ou au rétablissement d'une espèce sauvage inscrite ». L’habitat essentiel des populations actuelles de pycnanthème gris est désigné, dans la mesure du possible. Il faudra peut-être ajouter des territoires à cette désignation lorsque de nouvelles populations auront été créées ou lorsque de nouvelles données seront disponibles.

Pour atteindre le but de rétablissement du présent programme, l'habitat essentiel du pycnanthème gris inclut les environs immédiats des sites où on trouve les plants ainsi que les communautés végétales associées à ces sites. Ces territoires ont été cartographiés à titre d’habitat occupé et de communautés végétales en voie de disparition, conformément aux lignes directrices du Programme d'encouragement fiscal pour les terres protégées (ministère des Richesses naturelles de l’Ontario, 1998). Il s’agit d’uneforêt-parc sèche à chêne noir, à chêne blanc et à herbes hautes et d’une falaise minérale boisée. Il faudra toutefois mener de plus amples recherches afin de déterminer si une plus grande superficie d’habitat sera nécessaire pour permettre l'expansion de la population. La section 4.4 présente un calendrier des études nécessaires.

4.3 Exemples d'activités susceptibles de détruire l'habitat essentiel

Les principales activités qui pourraient détruire l'habitat essentiel sont :

·       Les activités qui telle la suppression des feux créent des conditions favorisant l’empiètement ou l’envahissement par d’autres espèces susceptibles de créer des conditions d’ombrage peu favorable au pycnanthème gris.

·       Les activités qui augmentent l'instabilité des pentes et le risque d’éboulements produits par le processus naturel d’érosion et d’éboulement causé par le suintement de l’eau souterraine. L’absence de couvert végétal sur les pentes abruptes occupées par la plus grande population accélère le processus d’érosion. L’érosion de la base de la falaise par les eaux du lac provoque d’autres éboulements.

·       Le dépôt de déchets organiques ou autres.

·       Le piétinement par les utilisateurs des sentiers adjacents aux sites.

4.4 Calendrier des études

D’autres recherches devront être réalisées afin de déterminer si la population est suffisamment grande pour que sa viabilité à long terme soit assurée (tableau 2). Si ces recherches démontrent qu’il est nécessaire d’augmenter la distribution de la population, il faudra désigner et cartographier d’autres superficies d’habitat essentiel.

Tableau 2. Calendrier des études

Description de l’activité de rechercheRésultats attendusDate de début*Date d’achèvement*
Déterminer les particularités du cycle biologique, les exigences pour la germination et la dispersion, et la variation génétique de la population canadienne.Meilleure compréhension des facteurs limitant l’accroissement de la population et de son aire de répartition.Avril 2006Octobre 2007
Mener une analyse de la viabilité de la population (AVP).Connaissances sur la viabilité de la population dans les conditions actuelles afin d’aider à évaluer le nombre d’individus et la quantité d’habitat nécessaire pour atteindre la viabilité.Novembre 2007Mars 2008
Si les recherches montrent que la population doit être augmentée; il faudra repérer  de l’habitat convenable le long des Burlington Bluffs pour le remettre en état.Inventaire de milieux pouvant être désignés comme habitat essentiel, si les résultats de l’analyse de viabilité de la population indiquent que c’est nécessaire.Avril 2008Mars 2009

* Ces échéances sont provisoires et peuvent être modifiées au besoin.

4.5 Régime foncier et protection de l’habitat

Une des populations du pycnanthème gris se trouve sur une terre publique (terre publique provinciale), et les deux autres, sur des terrains privés. Le pycnanthème gris est inscrit à la règlementation de la Loi sur les espèces en voie de disparition, laquelle interdit de détruire ou de perturber délibérément les espèces inscrites et leur habitat. Le paragraphe 2.1 de la Déclaration de principe provinciale (DPP) faite en application de la Loi sur l'aménagement du territoire interdit l’aménagement ou la transformation des habitats importants des espèces menacées ou en voie de disparition. L’approche recommandée pour déterminer les impacts de tout projet d’aménagement exige une revue des descriptions de l’habitat dans le plan de rétablissement, une évaluation de l’habitat important et des consultations auprès des experts et du ministère des Richesses naturelles de l’Ontario (ministère des Richesses naturelles de l’Ontario, 1999). Le MRNO encourage les municipalités à repérer l’habitat important et à le protéger par un zonage approprié pour assurer qu’il n’y aura aucun aménagement ou altération du site.

Le pycnanthème gris est également inscrit comme espèce en voie de disparition à l'annexe 1 de la Loi sur les espèces en péril. Cette loi interdit notamment de nuire aux espèces inscrites ou de détruire leur habitat essentiel sur les terres domaniales. Les interdictions en vertu de la LEP ne s'applique pas aux terres privées à moins qu’un décret du gouverneur en conseil soit recommandé par le ministre de l’Environnement.

5. Facteurs biologiques limitatifs

Il est possible que les besoins de l’espèce en matière d'habitat l’aient empêchée de s’étendre en Ontario. De plus, il se pourrait que l’isolement relatif de la population et la faible taille de la population canadienne soient deux facteurs, qui combinés, entraînent une perte de la diversité génétique. Le fait que l’espèce se trouve à la limite septentrionale de son aire de répartition pourrait également limiter sa capacité de rétablissement au Canada. Il est facile de reproduire cette espèce artificiellement et elle est cultivée avec succès au nord de son aire de répartition naturelle. On ne sait pas pourquoi l’espèce ne s’est pas répandue et n’est pas plus fréquente en Ontario.

6. Menaces

Plusieurs menaces potentielles pesant sur les populations canadiennes de pycnanthèmes gris ont été identifiées. Aucune étude n'a été menée pour évaluer la gravité de ces menaces. Les observations réalisées sur les sites et les connaissances actuelles permettent néanmoins de dresser la liste présentée ci-dessous. Les menaces y sont décrites par ordre d’importance.  

Succession végétale et suppression des feux

Le pycnanthème gris a besoin d’ouvertures ensoleillées dans des terrains secs. La perte d'habitat par suite de l’installation d'arbustes comme le sumac vinaigrier (Rhus typhina), le cornouiller à grappes (Cornus racemosa), la vigne des rivages (Vitis riparia), le framboisier noir (Rubus occidentalis) et le cerisier de Virginie (Prunus virginiana) est également une menace reconnue. L’augmentation du couvert forestier a probablement réduit la taille de certaines populations, et l’ombrage a limité leur dispersion dans les terrains adjacents. La suppression des feux peut avoir contribué à favoriser la succession végétale et l’installation d’arbustes et d’arbres. Selon le témoignage d’un gestionnaire foncier de longue date, au moins deux feux d'herbe ont fait rage à l'endroit où se trouve un des sites du pycnanthème gris. Il est probable que les feux périodiques contribuent à maintenir le couvert forestier ouvert et ainsi, plus propice au pycnanthème gris et à plusieurs espèces des prairies.  

Espèces envahissantes

Toutes les populations du pycnanthème gris sont menacées par l’empiètement par des espèces exotiques envahissantes. La diversité de plantes ligneuses exotiques est exceptionnellement grande dans le secteur, en raison du développement horticole intensif qui a lieu sur les terrains adjacents aux pentes où pousse le pycnanthème gris. L'habitat de l’espèce abrite de nombreux arbustes non indigènes, dont le chèvrefeuille de Tartarie (Lonicera tatarica) et le nerprun cathartique (Rhamnus cathartica). Au début des années 1980, des saules indigènes (Salix eriocephala) ont été plantés à quelques endroits sur la pente afin de combattre l'érosion et ceux-ci figurent parmi les espèces qui envahissent l’habitat du pycnanthème gris. De plus, l'alliaire officinale (Alliaria petiolata) a colonisé une grande partie de la zone boisée située le long des falaises. Ces facteurs ont contribué à une perte de diversité de la flore indigène locale. Le pycnanthème gris est probablement en concurrence avec les espèces envahissantes, lesquelles ont déjà colonisé de grandes portions du terrain le long des falaises et entraîné la disparition de la population du pycnanthème gris qui était au site 3.

Éboulements

Certaines populations poussent sur des pentes très abruptes, instables et difficilement accessibles des falaises sud. La présence de nombreux sites de suintement de l’eau souterraine le long des falaises contribue aux problèmes de stabilité du sol. Il y a des indices d'effondrement au-dessus et à proximité de certaines populations. Une population qui se trouve dans ce type d’endroit a considérablement diminué depuis sa découverte. Ce déclin est peut-être attribuable à l'éboulement ou à l'érosion de la pente abrupte. Il est possible que la plus grosse touffe de plants appartenant à cette population se trouvait au bord de la pente et qu'elle soit tombée (D. Kirk, comm. pers.). Même s’ils menacent les populations établies, les éboulements peuvent également être bénéfiques car ils créent des ouvertures dans le couvert forestier et ainsi des milieux dégagés pouvant être colonisés par le pycnanthème gris.  

Dépôt de déchets et travaux d’aménagement

Il arrive souvent qu’on jette des déchets de jardinage et d’autres objets dans les vallées profondes qui entourent le havre Hamilton. De nombreux endroits servent de dépotoirs aux résidents. Ce problème est légèrement moins aigu en raison de la présence de cimetières dans le secteur, mais il demeure présent. Les déchets proviennent en partie des cimetières (exploitation, visiteurs). Il n'est pas rare de trouver, au bord des falaises, des pots à fleurs, des couronnes en plastique et d'autres objets de même que des déchets de tonte et d’élagage. Ces déchets sont déposés à la lisière de la forêt qui borde le cimetière et pourraient compromettre la survie des populations du pycnanthème gris. Le dépôt de matériel horticole pourrait entraîner l'introduction d'autres espèces non indigènes ou envahissantes dans le secteur. De plus, les déchets jetés sur la pente risquent d'endommager les plants du pycnanthème gris et de perturber leur habitat.

Les travaux d’aménagement réalisés dans les secteurs voisinant la pente laissent de gros tas de terre qui sont poussés au bord ou en bas des falaises. Ces travaux ne touchent pas directement les sites actuellement occupés par le pycnanthème gris mais pourraient avoir un impact sur l’habitat potentiel de l'espèce. Les falaises sont considérées comme un terrain inculte par les propriétaires fonciers et par la municipalité de Hamilton. Comme elles sont très abruptes et qu’elles bordent un plan d'eau, elles ne seront jamais aménagées.

Petite taille de la population

Vu le petit nombre d'individus et la répartition limitée de l’espèce au Canada, la taille réduite de la réserve des ressources génétiques pourrait constituer une menace. Cette menace est d’autant plus préoccupante que l’espèce semble se multiplier principalement de manière végétative. La reproduction végétative produit des tiges et des individus dont l'ADN est identique à celui de la plante mère. Ce mode de reproduction réduit la diversité génétique de la population et, après quelques générations, cette diversité génétique diminuée peut réduire la capacité d’adaptation aux changements et entraîner ainsi la disparition de l’espèce au Canada. La diversité génétique des populations canadiennes n’est pas connue. Il est donc difficile d'évaluer l'ampleur de cette menace.

Autres menaces

Bien que certains propriétaires fonciers soient au courant de la présence de cette espèce rare sur leur terrain et que celle-ci soit protégée en vertu de la Loi sur les espèces en voie de disparition de la province, il demeure possible que des plants individuels soient accidentellement détruits. Par exemple, la présence d’un sentier à proximité d’une des populations peut augmenter les chances que des plants soient piétinés.

Crins (1989) souligne que le parfum et la beauté de la plante de même que son rôle dans la production de miel de qualité font qu'elle risque d'être cueillie ou prélevée par les jardiniers et les apiculteurs (bien qu'il n'y ait aucune preuve de cueillette pour l'instant). L'équipe de rétablissement note également que l'espèce est cultivée et qu’on peut se la procurer auprès de quelques fournisseurs. L'origine des plantes et/ou des graines utilisées pour la reproduction est inconnue. Pour l'heure, l'équipe de rétablissement recommande de ne pas récolter de graines dans les populations naturelles à des fins autres que scientifiques ou à des fins qu’elle n’a pas approuvées.

7. Rôle écologique

On ne connaît pas le rôle écologique du pycnanthème gris à l’heure actuelle.

8. Importance pour l'humain

Comme plusieurs autres espèces de la famille des Lamiacées, le pycnanthème gris est employé pour traiter le rhume, la fièvre et les troubles digestifs, en particulier la flatulence (Foster et Duke, 1990). Son utilisation comme carminatif est bien établie. Les feuilles sont généralement infusées, mais les principes actifs peuvent également être administrés sous forme de teinture (Greive et Level, 1996). Les Cherokee utilisaient les feuilles en cataplasme pour traiter les maux de tête et en infusion pour traiter les troubles cardiaques et pour prévenir la diarrhée lorsqu'ils mangeaient du maïs vert (Hamel et Chiltowsky, 1975). Selon Crins (1985), le pycnanthème gris aurait une teneur élevée en caoutchouc et pourrait être cultivé comme source d'hydrocarbure de caoutchouc. Le pycnanthème gris est aussi reconnu pour le très grand attrait qu’il exerce sur les abeilles et pourrait être utile pour la production de miel. Enfin, d'autres espèces de pycnanthèmes ont des propriétés désodorisantes et antifongiques et sont employées pour assaisonner les soupes et les viandes.

9. Mesures achevées ou en cours

Le pycnanthème gris est actuellement règlementé en vertu de la Loi sur les espèces en voie de disparition de l’Ontario, ce qui procure une protection à l’espèce et à son habitat. Les propriétaires fonciers actuels ont été informés de la présence de l’espèce sur leurs terres conformément aux modalités prévues par la règlementation (1986). Il faut communiquer à nouveau avec tous les propriétaires fonciers et avec ceux des terres adjacentes dans le but mettre en place un réseau de communication et de cerner les préoccupations et les opinions de ces propriétaires.

Certaines mesures de rétablissement informelles ont été prises au cours des quatre dernières années(entre 2001 et 2005). L'enlèvement manuel à petite échelle des espèces envahissantes qui entourent une des populations est en cours. L’efficacité de ces mesures n’a pas été évaluée. Aucune mesure de rétablissement n'a été prise dans les deux autres sites, sauf pour l'enlèvement de quelques arbustes dans le site de la « prairie suspendue ».

En 1999-2000, les Jardins botaniques royaux ont prélevé des graines et du matériel végétal, et des études préliminaires ont été réalisées sur la multiplication de l’espèce et le réservoir de graines. De plus, les plants produits en 2000 ont été transplantés dans une parcelle de démonstration à Cootes Paradise Fishway et seront utilisés pour la recherche et la récolte de graines.

En 2000-2001, des recensements ont été menés dans les secteurs d’où proviennent les mentions actuelles et historiques du pycnanthème gris. Les secteurs voisins présentant un habitat aux caractéristiques similaires ont également été explorés pour détecter une présence de l’espèce qui pourrait avoir été oubliée par les recherches précédentes. Toutes les populations ont été localisées à un mètre près à l’aide d’un système mondial de localisation GPS. De plus, des spécimens d’herbier représentatifs ont été préparés pour caractériser chaque population. Ces spécimens témoins sont conservés à l'herbier des JBR (HAM).

Des relevés des polygones contenant le pycnanthème gris ont été réalisés conformément aux normes de la classification écologique des terres (CET). Lors de ces relevés, on a également enregistré l’étendue de l’habitat occupé, de la communauté d’espèces en voie de disparition et de la zone protégée dans chaque polygone et ses environs, tel que requis pour le Programme d’encouragement fiscal pour les terres protégées (PEFTP (ministère des Richesses naturelles de l’Ontario, 1998). La cartographie a été réalisée à partir des photos aériennes disponibles et est conservée aux JBR dans des fichiers SIG. Les données des relevés CET comprennent l’inventaire floristique, une description des sols et de la topographie ainsi qu’une évaluation de la gestion des terres et des perturbations. Des résumés sur l’utilisation des terres adjacentes ont également été inclus. On a également pris en note tous les facteurs pouvant représenter une menace pour les populations de l’espèce. Les résultats des recensements et des relevés CET seront utilisés pour l’élaboration de plans d’action appropriés pour les populations du pycnanthème gris en Ontario.

Certaines mesures de remise en état de l’habitat ont été mises en oeuvre dans un des sites. Les propriétaires fonciers tentent d’enlever les espèces envahissantes et de remettre en état la savane à chênes et la forêt ouverte (O’Hara, 2002).

À l’automne 2005, on a commencé la planification d’un brûlage dirigé dans un des emplacements. Cette initiative est dirigée par le personnel du ministère des Richesses naturelles de l’Ontario des districts d’Aurora et de Guelph, en collaboration avec le Halton-Peel Woodlands and Wildlife Stewardship. On a commencé à préparer le site à l’automne 2005 en enlevant les espèces envahissantes arbustives et en appliquant un herbicide sur les souches. Un brûlage dirigé a été entrepris avec succès en avril 2006. Celui-ci a permis d’éliminer des débris de bois et les espèces envahissantes comme la pervenche. Le suivi s’est poursuivi pendant l’année 2006 et il y a eu un brûlage dirigé de suivi au printemps 2007.

10. Lacunes dans les connaissances

Les connaissances actuelles sur cette espèce se limitent à ses caractéristiques générales et à ses préférences en matière d'habitat. Ces connaissances sont toutefois suffisantes pour la mise en œuvre de certaines mesures de rétablissement. Il faudrait pousser les études sur la biologie du pycnanthème gris. L’acquisition de renseignements plus détaillés sur la situation de l’espèce et sur les menaces qui pèsent sur elles ailleurs dans le monde (États-Unis) permettrait également de mieux comprendre l’espèce et ses besoins à long terme.

10.1Besoins en matière de relevés

Les recherches visant à trouver des habitats potentiels et les sites historiques des populations ont été réalisées. Elles ont mené à la redécouverte, en 2000, de la grande population des Burlington Bluffs qui n'avait pas été revue depuis 1971. Des recherches ont été réalisées dans d'autres secteurs, et un inventaire complet de tout le secteur de la falaise a été réalisé en 2001 selon la méthodologie de la classification écologique des terres. Il pourrait être utile d'explorer les habitats similaires le long de la rive du lac Ontario, mais il est peu probable qu’on y découvre d’autres populations puisque l'espèce n'a jamais été observée ailleurs que dans le secteur des Burlington Bluffs et qu'on l’a même déjà crue disparue du Canada.

10.2 Besoins en matière d’études biologiques et écologiques

Les conditions de germination des graines du pycnanthème gris doivent être étudiées. L’espèce est cultivée en Ontario, et certains producteurs de plantes indigènes possèdent peut-être des connaissances sur les conditions de germination du pycnanthème gris. Des suivis démographiques annuels répétés de grandes populations

sont essentiels pour mieux comprendre le cycle biologique de l'espèce. Ces suivis permettraient de déterminer la longévité des individus ainsi que les taux de mortalité et d'établissement des semis. Les menaces qui pèsent sur les populations pourraient alors être évaluées de façon individualisée. Le suivi devrait enregistrer la taille de la population, la superficie et l’évaluation du nombrede graines produites chaque année. La progression de la succession végétale dans les milieux environnants devrait également faire l’objet d’un suivi. Toutes les conséquences de modifications, délibérée ou non-délibérée, au territoire occupé par une population devraient faire l’objet d’un suivi et être enregistrées. La formulation de buts quantitatifs en matière de population pourrait aussi aider l’équipe de rétablissement à évaluer le succès des initiatives de rétablissement.

Les modalités de dispersion des graines doivent aussi être définies. Les mécanismes qui régissent le transport des graines du pycnanthème gris sont inconnus. L’identification des prédateurs et des pollinisateurs de l’espèce pourrait apporter un éclairage sur les mécanismes de dissémination des graines utilisés par cette espèce.

10.3 Besoin en matière d’études pour clarifier les menaces

Des recherches additionnelles sont requises au sujet des éboulements; il faudrait savoir comment améliorer la stabilité de la pente où se trouve la plus grosse population de pycnanthèmes gris. On croit qu'un éboulement aurait éliminé la majeure partie de la population d’un des sites (à l’exception de deux individus).

La dépendance de cette espèce envers les terrains partiellement ouverts pourrait demander une gestion particulière. Les perturbations d’origine humaine peuvent réduire ou augmenter la quantité d’habitat convenable nécessaire à la persistance de l’espèce ou à la recolonisation des sites. L’enlèvement périodique de la végétation ligneuse est peut-être nécessaire pour maintenir l’habitat dans des conditions d’ouverture convenables. Bien que l’espèce dépende d’une certaine forme de perturbation pour sa survie, toutes les perturbations ne sont pas nécessairement bénéfiques. Des recherches additionnelles sont nécessaires pour déterminer les impacts de la gestion.