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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la minuartie naine (Minuartia pusilla) au Canada

Biologie

Généralités

Les conclusions concernant la biologie de Minuartia pusilla sont tirées de la seule étude ayant fait mention de cette espèce à ce jour (Meinke et Zika, 1992) et des travaux réalisés sur des espèces similaires.

Phénologie

En Colombie-Britannique, Minuartia pusilla atteindrait le stade reproductif à l’intérieur d’une année, ses graines germant vraisemblablement en décembre ou en janvier (A. Ceska, comm. pers.) La plante hivernerait au stade de semis et, par conséquent, se comporterait comme une annuelle d’hiver dont la floraison débuterait en mai ou en juin (A. Ceska, comm. pers.). Meinke et Zika (1992) affirment que M. pusilla est une saisonnière stricte dépendant des précipitations, avant et durant sa saison de croissance, pour germer et croître.

Bien qu’aucune étude n’ait encore été fait sur Minuartia pusilla, les exigences de son cycle biologique apparaissent similaires à d’autres taxons voisins au sein de la famille. Baskin et Baskin (1987) ont étudié Arenaria fontinalis, une annuelle d’hiver endémique au nord-est de l’Amérique du Nord. Ils ont remarqué que les graines dormantes au printemps exigeraient des températures estivales élévées pour favoriser la postmaturation. Cette période de postmaturation délivre les graines de la dormance à l’automne. Baskin et Baskin (1972, 1976) et Wyatt (1984) ont constaté que des températures estivales élévées favorisent la postmaturation des graines chez plusieurs espèces aux cycles biologiques similaires, incluant A. uniflora, une autre annuelle d’hiver de l’est des États-Unis. De plus, Baskin et Baskin (1987) ont examiné l’effet de la vernalisation sur les graines et ont remarqué que les graines d’A. fontinalis fleurissent sans vernalisation. Des expérimentations en serre ont montré que des plantes conservées dans une serre non chauffée durant l’hiver étaient en meilleure santé et survivaient en plus grand nombre à celles conservées dans une serre chauffée. La floraison de M. pusilla, à l’instar de celle de la majorité des espèces annuelles d’hiver (Baskin et Baskin, 1974, 1987), serait plutôt controlée par la température que par la photopériode.

Systèmes reproductifs

Meinke et Zika (1992) signalent que les minuscules fleurs de M. pusilla ne possèdent pas de glandes nectarifères et sont parfois apétales. De plus, les anthères s’ouvrent avant l’épanousissement floral suggérant que M. pusilla se reproduit exclusivement par autofécondation.

Les études réalisées sur des espèces aux cycles biologiques similaires et appartenant à la même famille permettent de spéculer sur le système reproductif de M. pusilla en Colombie-Britannique. Wyatt (1984, 1986) ont noté que les systèmes reproductifs au sein des populations d’A. uniflora démontraient beaucoup de variation, passant de plantes à grandes fleurs où la reproduction croisée est prédominante au centre de l’aire de répartition aux plantes à petites fleurs pseudo-cléistogames se reproduisant par autofécondation à la périphérie de cette aire. Fishman et Wyatt (1999) ont constaté que l’autofécondation chez A. uniflora était répandue chez les plantes d’habitats éphémères. De même, Lloyd (1965) a remarqué que les populations croissant sur des sols peu profonds étaient forcées de fleurir plus tôt, et de ce fait, manquaient l’émergence des insectes pollinisateurs. Il semblerait qu’il y ait de nombreux avantages pour une population, isolée dans la partie la plus éloignée de sa répartition, d’adopter l’autofécondation comme système reproductif puisque des adaptations locales se produiraient plus facilement chez les taxons se reproduisant par autofécondation (Jain, 1976). Conséquemment, à la lumière des observations citées, il semble probable que Minuartia pusilla se reproduise par autofécondation.

Aucun insecte pollinisateur n’a été observé sur M. pusilla en Colombie-Britannique. Les abeilles Andrena sont d’importants pollinisateurs pour les espèces du genre Arenaria. Parmi les pollinisateurs de A. uniflora, on retouve des diptères (surtout des syrphes), des espèces d’hyménoptères (surtout des abeilles des familles Andrenidées et Halictidées) et une espèce de lépidoptère (Wyatt, 1986).

Survie

Sharitz et McCormick (1973) ont constaté qu’en raison du lessivage des graines et des semis par les précipitations naturelles et de leur sensibilité notable au stress hydrique, les stades de croissance les plus juvéniles sont les plus vulnérables chez M. pusilla. Ces deux facteurs contribueraient tous deux à une mortalité précoce. En examinant la survie chez A. uniflora, Wyatt (1986) a noté que celle-ci diminue lors des années arides en raison de la compétition pour la disponibilité de l’eau. Wyatt (1986) a également remarqué que cette espèce était moins résistante au stress abiotique que d’autres plantes envahissantes primaires (des cultures sur granite). Sharitz et McCormick (1973) ont constaté que la profondeur et l’humidité du sol déterminaient la densité des plantes et l’aboutissement de la compétion intraspécifique. Wyatt (1984) a noté, pour A. uniflora, que les sols plus profonds mènent à l’invasion d’autres plantes qui pourraient potentiellement dominer des espèces plus petites telles que les espèces d’Arenaria.

Physiologie

Inconnue.

Déplacements et dispersion

Bien que les graines de Minuartia pusilla ne possèdent pas de mécanismes de dispersion, Wyatt (1984) a noté que les oiseaux de rivage se déposant sur les surfaces boueuses pouvaient disperser les graines de A. uniflora. Le site de la population la plus éloignée de M. pusilla en Colombie-Britannique est adjacente à l’océan et est fréquenté  par des goélands.

Nutrition et relations interspécifiques

Inconnues.

Comportement et capacité d’adaptation

Comme Minuartia pusilla est une espèce saisonnière, elle dépend des précipitations pour germer et croître (Meinke et Zika, 1992). Elle est dépendante de l’humidité constante durant les saisons favorables à sa germination et au développement des semis. Nous ne savons pas comment l’espèce s’adaptera aux changements climatiques (c.-à-d. à un accroissement de la tendance vers l’assèchement) mais il est probable qu’elle ne survivra pas en raison des ces exigences.

Nous ne savons pas comment M. pusilla tolérera la dégradation environnementale, mais puisqu’elle est une annuelle de petite taille, toute perturbation pourrait probablement compromettre son cycle biologique et par conséquent, diminuer son taux de survie.