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L’esturgeon blanc (Acipenser transmontanus)

Habitat

Besoins

L’esturgeon blanc n’est pas également réparti dans l’ensemble de son aire, mais tend plutôt à se rassembler dans les habitats qui lui conviennent. L’utilisation de l’habitat varie selon le stade du cycle biologique et la saison; comme il peut y avoir des migrations vers les aires de fraye et d’alimentation, l’habitat essentiel est difficile à définir. Dans les cours d’eau régularisés, toutes les zones profondes restantes où la vitesse d’écoulement est faible, mais situées près de zones d’écoulement plus rapide (y compris les zones de confluence des grands affluents) sont vraisemblablement très importantes. Dans ces systèmes, il faudra sans doute restaurer l’habitat de fraye et de grossissement pour permettre au recrutement naturel d’avoir lieu.

Habitat de fraye

Il est difficile d’étudier l’habitat de fraye de l’esturgeon blanc à cause de l’époque de l’année et de l’endroit où a lieu la fraye (durant des épisodes de crue dans les grands cours d’eau). Selon une récente étude de Perrin et al. (2003), cet habitat pourrait varier selon qu’il s’agit de systèmes naturels et de systèmes régularisés. Dans le tronçon méandrique du cours inférieur du Fraser, Perrin et al. (2003) ont observé que la fraye n’avait lieu que dans les chenaux secondaires à substrat de gravier, de cailloux et de sable. Dans le chenal principal du site à l’étude, situé dans une zone confinée du chenal, les blocs rocheux et les cailloux prédominaient. Dans les sites de fraye apparents, l’écoulement était surtout laminaire, avec des vitesses moyennes de 1,7 m/s près du fond. Le cours inférieur du Fraser est très turbide. En 1999, la turbidité moyenne pendant la période de fraye était de 42,2 ± 2,9 unités de turbidité néphélométrique (NTU), avec un pic de 92 NTU; la concentration des matières en suspension s’élevait en moyenne à 102,2 ± 7,4 mg/L (pic de 222 mg/L). La plupart des œufs et des larves ont été récoltés à des profondeurs variant entre 3,0 et 4,5 m, et à des vitesses d’écoulement près du fond supérieures à 1,5 m/s pour les œufs, et de 0,5 à 1,5 m/s pour les larves. Ces données indiquent que l’esturgeon, en milieu naturel, utilise une plus grande variété de milieux pour frayer que ce qu’on observe dans les systèmes régularisés (Perrin et al., 2003). Dans ces systèmes, les esturgeons se rassemblent dans des eaux turbulentes s’écoulant rapidement sur un substrat propre de grosses pierres (Hildebrand et al., 1999; Anders et al., 2001; UCRRP, 2002). Dans le Columbia, en aval du barrage McNary, l’habitat de fraye a été décrit comme ayant une vitesse moyenne de la colonne d’eau de 0,8 à 2,8 m/s sur des substrats de cailloux, de blocs rocheux et de roche mère (Parsley et al., 1993). Dans la rivière Kootenai, les esturgeons se sont reproduits dans un secteur caractérisé par de grandes dunes de sable mobile; les œufs qu’on y a récoltés étaient recouverts de sable (Duke et al., 1999). Selon l’équipe de rétablissement, le choix de ce lieu de fraye, probablement causé par des changements dans la vitesse d’écoulement des eaux par suite de la régularisation du débit, nuit à la survie des œufs. Dans la majorité des sites étudiés, les vitesses moyennes de la colonne d’eau varient normalement entre 0,5 et 2,5 m/s; on a toutefois observé des vitesses inférieures à la moyenne (0,2 à 1,0 m/s) dans la rivière Kootenay, où la fraye a échoué (UCRRP, 2002). Dans le cours supérieur du Columbia, la vitesse idéale pour la fraye est de 1,7 m/s ou plus, à des profondeurs d’eau de 4 m ou plus (UCRRP, 2002). En se fondant sur des données limitées, on peut affirmer que l’intensité de la fraye atteint un sommet lorsque les débits sont élevés et stables (UCRRP, 2002). La survie jusqu’à l’éclosion devrait également être supérieure dans de telles conditions, car les vitesses d’écoulement élevées dans les aires de ponte peuvent éloigner certains prédateurs et assurer une forte turbidité. Une turbidité élevée peut en effet diminuer la vulnérabilité face aux prédateurs chassant à vue, ce qui augmente le taux de survie des juvéniles (Gadomski et al., 2001).

Habitat des juvéniles

Lane et Rosenau (1995) ont décrit l’habitat des juvéniles (< 1 m de longueur) dans le cours inférieur du Fraser. Les poissons y occupent les tronçons inférieurs des affluents, les marécages et les chenaux secondaires. Selon ces auteurs, les facteurs suivants sont importants pour la qualité de cet habitat : profondeur supérieure à 5 m, faible vitesse d’écoulement et courants de direction variable, forte turbidité et présence d’eaux relativement chaudes. Ils ont également observé de nets déplacements depuis les marécages et les chenaux secondaires jusqu’à des secteurs du chenal principal à mesure que l’été avance. Les données recueillies dans le cours moyen du Fraser (entre Boston Bar et le canyon French Bar) révèlent que les grands juvéniles (£ 100 cm) occupent les mêmes emplacements que les adultes (RL&L, 2000). Dans le chenal principal du Fraser au-dessus de Prince George (SP3), les jeunes esturgeons se rencontrent surtout dans les tronçons inférieurs des grands affluents et près des zones de confluence (RL&L, 2000), de même que dans les secteurs situés entre les confluents des rivières Willow et Bowron et du Fraser(Yarmish et Toth, 2002). On ne possède aucune donnée pour le cours supérieur du Columbia, mais dans le cours inférieur du fleuve (en aval du barrage McNary), on a signalé la présence de juvéniles âgés à des profondeurs de 2 à 58 m, à des vitesses moyennes de 0,1-1,2 m/s et 0,1-0,8 m/s dans la colonne d’eau et près du substrat; on a récolté des jeunes de l’année à des profondeurs de 9 à 57 m, à des vitesses moyennes de 0,2-0,6 m/s et 0,1-0,6 m/s dans la colonne et près du substrat (Parsley et al., 1993). Le type de substrat des lieux de récolte allait des particules fines aux blocs rocheux et à l’argile dure, mais était constitué surtout de sable (substrat le plus courant dans les tronçons inférieurs). Les Anciens de la nation Ktunaxa ont observé autrefois des juvéniles atteignant jusqu’à 30 cm dans les milieux humides inondés une partie de l’année, de même que lors des périodes d’étale de courant dans le ruisseau Indian, près de son confluent avec les rivières Goat et Kootenay (Failing et Gregory, 2003).

Habitat des adultes

Bien qu’ils fréquentent brièvement des zones moins profondes pour se nourrir au printemps et en été, les esturgeons adultes du Fraser se trouvent en général dans les zones profondes proches des berges, à proximité de zones à fort débit, définies par des dépôts de sable et de gravier fin avec des caractéristiques de contre-courant et d’écoulement turbulent (RL&L, 1994 et 2000). Les zones fortement exploitées du cours supérieur du Columbia sont toutes des zones de sédimentation où les aliments se déposent au fond; ces zones abritent également de fortes densités d’espèces de poissons susceptibles de constituer une autre source d’alimentation pour l’esturgeon (UCRRP, 2002). En hiver, l’esturgeon blanc du Columbia se tient en général dans les secteurs profonds (> 20 m) et calmes (Apperson et Anders, 1991; RL&L, 1994 et 2000; Hildebrand et al., 1999; UCRRP, 2002), ce qui pourrait être particulièrement important pour les femelles, qui peuvent ainsi conserver leur énergie avant la fraye (Hildebrand et al., 1999). Dans les régions septentrionales moins productives où le débit est moindre (comme le cours supérieur du Fraser),l’habitat requis pourrait être fort dispersé et comprendre les affluents, ce qui nécessite des déplacements plus longs que dans les grands bassins situés plus au sud (Yarmish et Toth, 2002).


Tendances de l’habitat

La majeure partie de l'habitat de l'esturgeon blanc en Colombie-Britannique a diminué en qualité comme en quantité au cours du siècle dernier, bien qu’on ne possède aucune mesure quantitative sur le sujet. Ce sont vraisemblablement la régularisation et la dérivation des cours d'eau qui ont la plus forte incidence sur l'habitat. Les régimes hydrographiques naturels du Columbia, de la Kootenay et de la Nechako ont été modifiés en profondeur (Duke et al., 1999; Hildebrand et al., 1999; RL&L, 2000; Anders et al., 2001; Korman et Walters, 2001; UCRRP, 2002). Malgré l'énorme impact qu'ont clairement eu les changements de débits, on ne s’entend guère sur les mécanismes exacts qui limitent les populations d’esturgeons (Hildebrand et al., 1999; Anders et al., 2001; Korman et Walters, 2001).

Les effets présumés des barrages et de la régularisation des cours d'eau sont très variés (Duke et al., 1999; Hildebrand et al., 1999; RL&L, 2000; Anders et al., 2001; Korman et Walters, 2001; UCRRP, 2002). Il s’agit notamment d’effets sur l’habitat et d’effets biologiques, comme les changements dans la morphologie des chenaux et la composition du substrat, dans la qualité et la quantité de l'eau, dans les relations prédateurs-proies, et dans les obstacles à la migration.

Dans tous les bassins hydrographiques, d'autres facteurs anthropiques que les barrages ont aussi entraîné une perte et une dégradation de l'habitat (Lane et Rosenau, 1995; Duke et al., 1999; Hildebrand et al., 1999; RL&L, 2000; Rosenau et Angelo, 2000; Anders et al., 2001; UCRRP, 2002). Dans le cours principal du Fraser, qui n'a pas été aussi altéré qu'ailleurs et où les eaux s'écoulent toujours librement, la quantité d'habitat disponible pour l'esturgeon n'en a pas moins diminué depuis la colonisation par les Européens. Dans le cours inférieur du fleuve, le dragage, l'extraction du gravier, la chenalisation et la construction de digues ont été pratiques courantes (Lane et Rosenau, 1995; RL&L, 2000; Rosenau et Angelo, 2000). La conversion des milieux humides a commencé à s'accélérer dès le tournant du siècle. Ainsi, en 1924, le lac Sumas a été drainé pour créer la prairie de Sumas (3 600 ha) (Campbell et al., 2002). Dans l'ensemble, la superficie des complexes de milieux humides de la vallée du bas Fraser a été réduite d'environ 70 p. 100 (Environnement Canada, 1996; Campbell et al., 2002). Ces milieux humides auraient sans doute constitué un précieux habitat pour le grossissement des juvéniles ainsi que de bonnes aires d'alimentation. Ailleurs dans la province, des marécages et de vastes bras morts adjacents au chenal principal ont été altérés dans la rivière Nechako (Rood et Neill, 1987), dans le Columbia entre les barrages HLK et Grand Coulee (Hildebrand et al., 1999) et dans le bassin de la rivière Kootenay (Anders et al., 2001). Dans la Nechako, Rood et Neill (1987) ont estimé que la réduction du débit a fait diminuer de 50 à 80 p. 100 la longueur des chenaux secondaires, selon le tronçon de rivière étudié. Pour protéger l'agriculture dans la plaine inondable de la Kootenay, on a massivement endigué la rivière entre Bonner’s Ferry, en Idaho, et le lac Kootenay, ce qui a proprement fait disparaître l’habitat favorable dans la plupart des bras morts, chenaux secondaires et marécages (Apperson et Anders, 1991). La disparition de l'habitat de grossissement dans ces régions pourrait contribuer au déclin des populations, car bien que la fraye ait lieu certaines années, le recrutement est négligeable.

Dans la rivière Nechako, le régime d'écoulement a été sensiblement modifié par la construction du barrage Kenney et du déversoir du lac Skins, de même que par la dérivation des eaux vers l'ouest dans un tunnel souterrain passant par une centrale à Kemano, en Colombie-Britannique, avant d'aboutir à la côte. Les eaux libérées du déversoir et dérivées dans le bassin de la Cheslatta se déversent maintenant dans la rivière Nechako aux chutes Cheslatta, quelque 9 km en aval du barrage Kenney. Il y a eu d'importants apports en sédiments à la suite de deux avulsions de la rivière Cheslatta, en 1961 et en 1972, et plusieurs centaines de milliers de tonnes (environ 0,45M m3) de sable et de gravier ont été charriées vers l’aval (Rood et Neill, 1987). Le ralentissement des débits et la réduction de la capacité de transport des sédiments ont accru l'accumulation dans le chenal. Des études sont en cours pour déterminer si le dépôt de sédiments a altéré la morphologie du chenal et fait disparaître d'importants habitats dans les chenaux secondaires (S. McAdam, ministère de la Protection de l'eau, de l'air et des terres de la Colombie-Britannique, comm. pers.). La réduction des débits de pointe et les changements d'utilisation des terres ont également fortement stimulé la croissance des macrophytes. La décomposition de cette matière végétale a été identifiée comme une menace potentielle, car elle peut diminuer la quantité d'oxygène disponible près du fond des cours d'eau et nuire ainsi à la survie des juvéniles (Korman et Walters, 2001). Parmi les autres effets possibles de ces denses herbiers de macrophytes, mentionnons les changements prononcés des régimes de températures, la diminution de la vitesse d'écoulement des eaux et l'augmentation connexe de la sédimentation, de même que l'augmentation de la capacité de rétention des contaminants dans les boues accumulées (French, 2001).

Par ailleurs, la contamination est préoccupante dans les zones fortement exploitées par les humains ainsi qu'en aval de ces zones (RL&L, 2000; Anders et al., 2001; UCRRP, 2002). Plus de deux millions de personnes habitent dans la vallée du bas Fraser; les activités industrielles y sont variées et les exploitations agricoles, nombreuses, ce qui peut donner lieu à des problèmes de pollution (Lane et Rosenau, 1995; RL&L, 1996b). Ces effets n'ont pas fait l'objet d'études poussées dans le cours inférieur du Fraser (RL&L, 2000), mais on a déjà signalé des cas de pollution des aires d'alimentation de l'esturgeon en Europe (Rochard et al., 1990). Les esturgeons qui ont accès aux éléments nutritifs d'origine marine (p.ex., les remontes des saumons et des eulakanes) pourraient ne pas être exposés aux mêmes charges de contaminants que ceux qui ne dépendent que des sources d'aliments présentes dans les cours d'eau.

On a trouvé des contaminants dans les esturgeons blancs capturés dans le cours moyen du Fraser (en aval des usines de pâtes à papier), notamment du mercure, des dioxines, des furanes et des PCB coplanaires (MacDonald et al., 1997). Les concentrations mesurées oscillaient entre 0,16 et 1,44 mg.kg-1 (poids humide) dans le foie, et entre 0,18 et 1,42 mg.kg-1 dans les muscles blancs, chez six poissons capturés près de Prince George et dans le lac Williams. La concentration de mercure relevées dans les muscles blancs et les tissus hépatiques de deux de ces poissons dépassait les critères provinciaux établis pour les résidus tissulaires chez les personnes consommant de faibles quantités de poisson, soit 0,5 mg.kg-1 (poids humide) (Pommen, 1989). Dans les six poissons, les concentrations dépassaient les maximums recommandés pour les personnes ayant des taux de consommation hebdomadaires élevés (0,1 mg.kg-1). Les valeurs de fond mesurées chez d'autres espèces de poissons provenant de lacs non contaminés étaient de loin inférieures (0,08 à 0,26 mg.kg-1 [poids humide]). Chez l'esturgeon blanc, les concentrations de polychloro-dibenzo-para-dioxines (PCDD), de polychloro-dibenzo-furanes (PCDF) et de PCB coplanaires (exprimées en TEQ TCDD [2,3,7,8-tétrachoro-dibenzo-para-dioxine]) oscillaient entre 22,75 et 61,8 dans le foie, entre 0,54 et 3,87 dans les muscles blancs, et entre 17,6 et 114 dans les muscles rouges. Dans un grand nombre des échantillons de muscle rouge et de foie, ces concentrations dépassaient les valeurs de 15 à 30 ppt de TEQ TCDD recommandées dans les directives provisoires de Santé Canada pour la protection de la santé humaine (1990). Les auteurs de cette étude, qui porte sur des questions liées à la santé humaine, notent en passant que les concentrations de contaminants observées pourraient mettre en péril la santé et la vitalité des populations d’esturgeons du Fraser en aval de Prince George (SP2), au vu de la mortalité observée chez les embryons en développement d'autres espèces (Walker et al., 1991 et 1992; Spitsbergen et al., 1991).

La contamination pourrait également être un sujet de préoccupation dans le cours supérieur du Columbia et dans la rivière Kootenay (Duke et al., 1999; Anders et al., 2001; UCRRP, 2002). Giorgi (1993, cité dans UCRRP, 2002), qui a prélevé des échantillons dans le cours inférieur du Columbia, remarque que les sédiments contaminés ou les contaminants bioaccumulés chez les proies pourraient avoir une incidence sur le succès reproducteur ou la survie des juvéniles. On trouve plusieurs sources de contaminants dans le bassin du Columbia : usines de pâtes à papier, fonderies et raffineries, mines abandonnées, décharges de résidus miniers, exploitations agricoles et rejets d'eaux usées (UCRRP, 2002). Malgré les efforts consentis au cours des années par nombre de ces établissements pour réduire leurs apports, l'impact des rejets actuels et du patrimoine de contaminants ainsi constitué demeure inconnu.


Protection et tenure

L'habitat de l’esturgeon blanc est protégé contre la détérioration, la destruction ou la perturbation en vertu de l’article 35 de la Loi sur les pêches du gouvernement fédéral. À l'échelon provincial, les chenaux principaux du Fraser et des rivières Stuart et Thompson sont classés comme des cours d'eau protégés en vertu de l'article 4 de la Fish Protection Act, qui interdit la construction de barrages rive à rive. Les eaux fréquentées par l'esturgeon blanc au Canada sont la propriété de la Couronne, mais peuvent être exploitées sous licence, notamment pour produire de l'électricité.