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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le saule à bractées vertes (Salix chlorolepis) au Canada

Biologie

Le saule à bractées vertes est un arbuste vivace dioïque (avec des plantes mâles et femelles) dont la période de floraison se situe entre le début juillet et la mi-août, après le développement des feuilles. La fructification débute à la dernière semaine de juillet jusqu’aux premières gelées (début septembre). Peu d’études ont été menées sur le saule à bractées vertes, et la plupart des observations proviennent d’Argus (1965) et de l’inventaire estival de 2004 par le rédacteur. La durée de vie de cet arbuste est inconnue.

Cycle vital et reproduction

La biologie générale des saules est relativement bien documentée. Le saule à bractées vertes est un arbuste dioïque dont le nombre d’individus mâles semble beaucoup plus faible que le nombre d’individus femelles. Des études sur le genre Salix indiquent que le ratio peut atteindre quatre individus femelles pour un individu mâle (USDA, 2004).

La pollinisation est généralement entomophile, car la présence de nectaires (organes produisant du nectar) suggère une pollinisation non spécifique par les insectes (Argus, 1965), dont les abeilles. Toutefois, le vent interviendrait également dans la pollinisation, puisque des quantités considérables de pollen peuvent être transportées par le vent (Argus, 1965), surtout sur les parties dénudées du mont Albert. Ceci expliquerait la fréquence relativement élevée de l'hybridation entre les espèces de saule.

À cet effet, l'hybride entre le saule à bractées vertes et le saule à fruits courts, nommé Salix x gaspeensis par Schneider (1922), est fréquent au mont Albert. Un croisement expérimental effectué entre le saule à fruits courts (Salix brachycarpa) (Argus 106-59, individu staminé) et le saule à bractées vertes (Argus 84-59, individu pistillé) a eu comme résultat la production de quelques graines, bien que l'ovaire ait été quelque peu anormal (Argus, 1965). Les ovaires du saule à bractées vertes se sont développés très lentement après la fertilisation, ne se sont pas ouverts à la maturité et sont restés fermés et tordus à l'apex. Les graines ont été enlevées vers la fin de l'été et, bien que certaines aient commencé à sécher, elles ont germé. Trois jeunes plantes se sont développées très lentement et sont mortes rapidement. Leur mort ne représente pas nécessairement une mesure de leur vitalité parce qu'elles avaient commencé à sécher avant l’extraction de la capsule, et on doit considérer la possibilité que les conditions de croissance n’aient peut-être pas été idéales. Cependant, leur mort semble indiquer que les fleurs pistillées du saule à bractées vertes ne sont pas très efficaces et qu'une barrière reproductrice partielle peut empêcher une introgression rapide de l'espèce plus rare (Argus, 1965). Un certain nombre d’hybrides a été observé lors de l’inventaire de 2004, mais il est difficile de s'assurer si le saule à bractées vertes est affecté par l'hybridation (Lavoie et Fleurbec, 1995). Puisque l'espèce est une espèce endémique locale, sa relative rareté n'étonne pas et n'est pas en soi une indication de l’introgression (Argus, 1965). Des études supplémentaires sur ce phénomène apporteront sûrement des réponses, car le risque d'assimilation au saule à fruits courts (phénomène d'introgression) n’est peut-être pas si élevé que l’on croit (Argus, 1965).

Physiologie

Le saule à bractées vertes, comme d’autres plantes associées à la serpentine, est adapté aux sols ultra-basiques à concentration élevée en métaux lourds, notamment en magnésium. Dans les formations rocheuses de serpentine, ces concentrations atteignent des niveaux toxiques pour la majorité des plantes. Dans de telles conditions s'installe une végétation peu diversifiée et clairsemée, composée d'un cortège particulier d'espèces. Cette faible diversité s'accentue, en altitude à cause de l'alternance gel-dégel (géliturbation). En brassant le sol, la géliturbation limite l'installation de la végétation par un effet strictement mécanique (Sirois, 1984). Cet effet se combine à une toxicité accrue, causée par la remontée de métaux lourds en surface. Les plantes associées à la serpentine sont de faibles compétitrices qui profitent de substrats régulièrement perturbés et peu évolués où les autres plantes ne réussissent pas à s'installer (Sirois, 1984).

La surface foliaire réduite et la répartition des stomates sur le saule à bractées vertes sont probablement des adaptations physiologiques, car ces caractères sont modifiés par des facteurs environnementaux. Argus (1965) indique que les stomates sont soit répartis sur l’ensemble de la face inférieure et sur la face supérieure à l’apex ou sur la surface entière des spécimens récoltés au mont Albert, tandis que les spécimens cultivés n’ont que des stomates à l’apex sur la face supérieure. Les différences observées sont mal comprises et présentent peu ou aucune valeur taxinomique (Argus, 1965). La surface foliaire s’est vue multipliée par cinq chez les spécimens cultivés, passant d’une moyenne de 128 mm² à 612 mm². Il n’y a pas de changement significatif dans la longueur des stomates qui avaient 21,5 microns (± 3,2 microns) sur les spécimens du mont Albert, tandis que les spécimens cultivés avaient une moyenne de 18,5 microns (± 2,4 microns) (Argus, 1965).

Déplacements et dispersion

Les graines portent une touffe de poils soyeux qui assurent leur dispersion par le vent. Elles germeraient peu de temps après la dispersion, soit de 12 à 24 heures (Argus, 1997). Les graines demeurent viables de 9 à 10 mois (Argus, 1997). Toepffer (1915) et Sugaya (1956) notent que les graines du genre Salix peuvent survivre à l’hiver et germer le printemps suivant.

Adaptabilité

Un spécimen du saule à bractées vertes est en culture autorisée dans un terreau à base de serpentine depuis 1994 dans un jardin privé. Ce spécimen est vigoureux, maintient sa courte taille et ne montre aucun signe de maladie, malgré un climat plus favorable (Gaudreau, 2005).

Des boutures d’individus males et d’individus femelles ont été prises lors de l’inventaire 2004 et elles ont été remises à un jardinier amateur, afin de les propager. Un mélange grossier de tourbe et de serpentine concassée a été utilisé pour le bouturage. Les individus ont rapidement perdu leurs feuilles comme dans le cas des bouturages chez les saules, mais les bourgeons étaient toujours vivants.