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1.0 INTRODUCTION

 
 Situation du bassin de la rivière Milk en Alberta

 

Le méné d’argent de l’Ouest (Hybognathus argyritis) est un petit poisson du genre cyprinidé[1], indigène des grands cours d’eau des plaines du nord-ouest de l’Amérique du Nord. Il a été identifié pour la première fois au Canada en 1961 dans le cours inférieur de la rivière Milk en Alberta (UAMZ 5320, University of Alberta Museum of Zoology) et n’a pas été l’objet d’études dans un autre réseau hydrographique du Canada depuis sa découverte (Alberta Sustainable Resource Development, 2003) (figure 1). Très peu de données historiques sont disponibles sur le méné d’argent de l’Ouest dans la rivière Milk, mais on sait que ce poisson aurait survécu depuis sa découverte en Alberta sans connaître d’importants changements dans son abondance ou son aire de répartition (Alberta Sustainable Development, 2003). Sa rareté actuelle, tant pour ce qui a trait à son aire de répartition qu’à son abondance au Canada, rend le méné d’argent de l’Ouest vulnérable au risque de disparition. C’est pourquoi il a besoin d’être protégé.

En juin 2003, le méné d’argent de l’Ouest a été inscrit sur la liste des espèces « menacée » en vertu de l’Annexe 1 de la Loi sur les espèces en péril (LEP). Cette désignation exige sa protection immédiate et l’élaboration d’un programme de rétablissement dans les quatre années suivantes. Également en 2003, le ministre du Développement durable de l’Alberta a approuvé l’inscription de cette espèce sur la liste des « espèces menacées ».

En 2004, une équipe conjointe fédérale-provinciale a été mise sur pied afin d’élaborer un programme de rétablissement du méné d’argent de l’Ouest qui répondrait aux exigences des gouvernements du Canada et de l’Alberta. L’équipe de rétablissement des espèces de poissons en péril de la rivière Milk est composée de représentants de chacune des autorités responsables (Pêches et Océans Canada, Alberta Environment et Alberta Sustainable Resource Development) et de quatre parties intéressées importantes, à savoir les municipalités locales, la Milk River Ranchers’ Association, le Milk River Watershed Council of Canada et le Southern Environmental Group de l’Alberta. La première réunion de l’équipe de rétablissement s’est tenue en mars 2004, à Lethbridge, en Alberta.

Le présent document expose le programme de rétablissement du méné d’argent de l’Ouest au Canada, conformément aux exigences de la LEP. Il propose une approche axée sur le maintien et la conservation de l’espèce et de son habitat, qui repose sur un modèle en deux étapes conçu par le Groupe de travail national sur le rétablissement (2004). La rédaction du programme de rétablissement en constitue la première étape, et l’élaboration d’un plan d’action afin de mettre en application ses recommandations représente la seconde étape.

2.0 RENSEIGNEMENTS SURL’ESPÈCE

Les efforts de rétablissement doivent reposer sur une bonne compréhension de l’espèce, notamment sa biologie, son écologie et les conditions environnementales qui permettent son existence. Les sections suivantes présentent le cadre environnemental de la rivière Milk, les connaissances actuelles sur le méné d’argent de l’Ouest et les conclusions qu’il est possible de tirer à partir d’autres espèces étroitement liées.

2.1 Évaluation de l’espèce par le COSEPAC et l’Alberta

Text Box: RÉSUMÉ DES RÉSULTATS DE L’ÉVALUATION DU COSEPAC Nom commun – Méné d’argent de l’Ouest. Nom scientifique – Hybognathus argyritis. Désignation – Espèce menacée. Dernière évaluation – Novembre 2001 (dans une catégorie à risque plus élevé). Présence au Canada – Alberta. Justification de la désignation – Cette espèce est connue au Canada comme habitant deux rivières en Alberta, dont l’une traverse une prairie d’herbes courtes et est soumise à une érosion continue menant à un envasement accru. Historique de la désignation – Désignation « espèce préoccupante » en avril 1997. Réexamen de la désignation : l’espèce a été désignée comme « espèce menacée » en novembre 2001. Dernière évaluation fondée sur un rapport de situation accompagné d’un addenda.

NOTA –         Le résumé ci-devant repose sur l’information à la disposition du COSEPAC au moment de l’évaluation initiale de l’espèce et est inclus à des fins de référence. Conformément à la Loi sur les espèces en péril (LEP), les menaces identifiées doivent être prises en considération dans l’élaboration du programme de rétablissement. Toutefois, après avoir passé en revue et analysé l’ensemble de l’information disponible, l’équipe de rétablissement est arrivée à des conclusions différentes à propos de l’aire de répartition de l’espèce (c.-à-d. qu’elle soit exclusive à la rivière Milk) et de certaines autres menaces relevées.

Text Box: RÉSUMÉ DU GOUVERNEMENT DE L’ALBERTA Nom commun – Méné d’argent de l’Ouest. Nom scientifique – Hybognathus argyritis. Désignation – Espèce menacée. Date de désignation – 2003. Justification de la désignation – Cette espèce est modérément abondante, mais son aire de répartition est très limitée. Le seul emplacement au Canada où l’on retrouve cette espèce est la rivière Milk, au sud de l’Alberta. Historique de la désignation – Désignée « possiblement en péril » en 2000. Mise à niveau pour la désignation d’espèce menacée en 2003 sur la base d’un nouveau rapport de situation (Alberta Sustainable Resource Development, 2003). On procède actuellement à des études pour déterminer la situation actuelle de l’espèce en Alberta. 

2.2 Cadre environnemental

La rivière Milk est le tributaire situé le plus au nord-ouest de la rivière Missouri et son bassin hydrographique est l’unique endroit où des populations de méné d’argent de l’Ouest ont été observées au Canada (figure 1). La rivière Milk est située dans l’écorégion de la prairie mixte sèche de l’Alberta (Natural Regions Committee, 2006), traversant les confins d’une vallée privée d’un accès routier important. Les sols de la prairie avoisinante sont caractérisés par une végétation semi-aride et courte servant principalement au pâturage du bétail. La rivière est peu profonde et turbide, marquée par une hydrologie dynamique et une zone riveraine peu aménagée. Elle ne compte pas de grandes plantes aquatiques en raison de la grande mobilité du lit fluvial (D. Watkinson, comm. pers.). Les précipitations de pluie dans le bassin hydrographique de la rivière Milk n’atteignent en moyenne que 333 mm annuellement, dont 72 % ont lieu au cours de la saison de croissance (Natural Regions Committee, 2006). Les périodes de ruissellement élevé se produisent brièvement à la fin mars et en avril, en raison de la fonte des neiges, de même qu’en juin et en juillet, à cause des orages intenses qui ont cours à cet endroit (McLean et Beckstead, 1980).

La rivière Milk a été lourdement affectée par les changements survenus dans son régime d’écoulement saisonnier. Depuis 1917, le Montana a fait dériver l’eau de la rivière St. Mary, au nord-ouest du Montana, par l’intermédiaire du canal St. Mary en direction de la rivière Milk Nord (ISMMRAMTF, 2006). Les eaux descendent vers l’est de l’Alberta avant d’entrer dans le nord-est du Montana, où elles sont utilisées pour l’irrigation. La crue se produit dans la portion albertaine de la rivière Milk, de la fin mars ou du début d’avril jusqu’au début de septembre ou à la mi-octobre. Pendant le reste de l’année, le débit naturel reprend son cours dans un lit quelque peu modifié (McLean et Beckstead, 1980). La crue de la rivière Milk est régularisée activement par le barrage de dérivation St. Mary, au Montana. Ce barrage permet, lors de grandes périodes de ruissellement, de prévenir ou de réduire l’érosion, l’affouillement et les risques de défaillance du canal et d’optimiser l’utilisation de l’eau pour l’irrigation.

Depuis 1917, la dérivation des eaux de la rivière St. Mary entraîne une crue estivale de la rivière Milk. À l’état naturel, le débit saisonnier de rivière Milk Nord varie entre 1 et 2 m³/s et entre 2 et 10 m³/s au passage transfrontalier est de la rivière. Depuis la dérivation des eaux, le débit de la rivière Milk, à la hauteur de la ville de Milk River, varie de 10 à 20 m³/s entre mai et septembre, avec une moyenne 15 m³/s entre les mois de juin et d’août. L’augmentation du débit est beaucoup plus importante, sur une échelle relative, dans la partie nord de la rivière Milk en raison de son bassin de drainage relativement petit (238 km² au jauge 11AA001 de la rivière Milk Nord) qu’elle ne l’est plus en aval, au passage transfrontalier est de la rivière qui reçoit les eaux de ruissellement d’une zone beaucoup plus importante (6 800 km² au jauge 11AA031) (McLean et Beckstead, 1980).

Lorsque la dérivation des eaux provenant de la rivière St. Mary prend fin (entre le début de septembre et la mi-octobre), la rivière reprend son débit naturel jusqu’à la fin de la saison hivernale (ISMMRAMTF, 2006). La diminution des eaux de dérivation s’étale sur environ une semaine et est suivie d’un ralentissement de la rivière pendant plusieurs autres semaines. Ce ralentissement est très rapide dans les tronçons en amont de la rivière. Dans des conditions de sécheresse intenses telles que celles que l’on a connues en 2001 et en 2002, le débit est faible ou nul et le cours inférieur de la rivière Milk se transforme en une série de bassins isolés jusqu’au printemps, quoiqu’un débit souterrain puisse également se maintenir (K. Miller, comm. pers.). En effet, pendant une grande partie de la période de débit stable à l’automne et à l’hiver, l’écoulement naturel de l’eau à la hauteur de la ville de Milk River est suffisamment faible pour passer à travers un ponceau de 4 pi de diamètre comparativement à un ponceau de 2 pi de diamètre pendant les années de sécheresse (K. Miller, comm. pers.). À la hauteur de la ville, le débit moyen au cours de la période de 1912 à 2005 a été de moins de 2 m³/s (mètres cubes par seconde) en novembre et en février et de moins de 1 m³/s en décembre et en janvier (WSC, 2006).

La gestion de l’eau des rivières Milk et St. Mary est régie par le Traité des eaux limitrophes internationales (le Traité), ratifié en 1909 par les États-Unis et le Canada, lequel traité est administré par la Commission mixte internationale (CMI) (ISMMRAMTF, 2006). Pendant les deux dernières décennies, le canal St. Mary a vu transiter une moyenne d’environ 208 ha³ (hectares cubiques; 169 000 acres/pieds) d’eau annuellement dans l’embranchement nord de la rivière Milk (U.S. Bureau of Reclamation, 2004). En 2003, le Montana a proposé la réouverture du Traité en vue de revoir la manière dont les eaux de dérivation étaient réparties. Toutefois, cette question n’était pas encore résolue au moment de la rédaction du présent programme. La capacité actuelle du canal St. Mary est d’environ 18,4 m³/s (650 pcs), considérablement moins que sa capacité prévue de 24,1 m³/s (850 pcs). Le Montana étudie la possibilité de réhabiliter l’infrastructure du vieux canal pour le ramener à sa capacité originale ou encore d’augmenter sa capacité à 28,3 m³/s (1 000 pcs) (Alberta Environment, 2004; U.S. Bureau of Reclamation, 2004).

2.3 Description de l’espèce

Le méné d’argent de l’Ouest appartient à la famille des ménés (F. Cyprinidae). C’est un petit poisson indigène des grands cours d’eau des plaines du Missouri et des bassins hydrographiques du Mississippi dans le mid-ouest de l’Amérique du Nord. Sa tête est caractérisée par un museau arrondi avec une bouche subterminale et des yeux relativement grands (Scott et Crossman, 1973). Les spécimens propres à l’Alberta ont tendance à être de couleur jaune brunâtre sur le dos avec des flancs argentés (Nelson et Paetz, 1992) (figure 2). On a recensé dans la rivière Milk des longueurs à la fourche (de la pointe du museau à la fourche de la queue) allant jusqu’à 140 mm (R. L. et L., 2002).

À l’origine, on avait établi que le méné d’argent de l’Ouest et le méné d’argent de l’Est (Hybognathus regius) étaient des sous-espèces du méné d’argent (H. nuchalis) (Scott et Crossman, 1973), mais ils sont maintenant considérés comme des espèces distinctes en raison de leurs différences morphologiques (Hlohowskyj et al., 1989; Schmidt, 1994, Pfliefer, 1997). Cette distinction a été approuvée par l’American Fisheries Society en 1991 (Robins et al., 1991). Des études récentes en taxonomie ont confirmé que les poissons vivant dans les tronçons canadiens de la rivière Milk sont bien des ménés d’argent de l’Ouest (D. Watkinson, comm. pers.).

Méné d’argent de l’Ouest

Figure 2. Méné d’argent de l’Ouest (Photo : Karen Scott, MPO).



[1] Les mots en caractères gras sont définis dans le glossaire.