Sauter l'index du livret et aller au contenu de la page

Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le milandre au Canada

Pêches commerciales

Pêches historiques (de 1930 à 1949)

Au début des années 1930, les pêches au milandre dans le nord-est du Pacifique  visaient un petit marché de filets frais en Californie et un important marché d’exportation des ailerons séchés en Asie (Ripley 1946; annexe 1). Les données de capture recueillies avant 1937, qui sont présentées dans l’annexe 1, ne distinguaient pas entre les diverses espèces de requins. À partir de 1937, le milandre a fait l’objet d’une pêche commerciale brève, mais extensive dans l’ensemble de son aire de répartition dans le nord-est du Pacifique. Cette pêche a débuté en Californie, puis s’est étendue à la Colombie-Britannique, à l’Oregon et à l’État de Washingtion au début des années 1940 (figure 7). Cette pêche visait le milandre pour son foie qui contient les plus fortes concentrations de vitamine A de tous poissons de la côte pacifique (Bailey, 1952). Avant la Seconde Guerre mondiale, le marché américain s’approvisionnait en vitamine A tirée de la morue franche pêchée en eaux européennes, mais comme la guerre a beaucoup restreint le trafic maritime transatlantique, les États-Unis ont dû rapidement exploiter des sources locales de vitamine A, notamment le milandre, espèce particulièrement lucrative à cet égard. En effet, le foie du milandre contient en moyenne de 4,5 à 20 fois plus de vitamine A par gramme que l’aiguillat commun, l’autre requin le plus pêché à l’époque (Bailey, 1952). 

Dès 1939, quelque 600 bateaux pêchaient le milandre sur toute la côte de la Californie (Byers, 1940). Comme les données de capture de requins de la Californie ne distinguaient pas entre les diverses espèces avant 1941, et aux fins du présent rapport, la proportion de milandres dans les captures totales de requin (52,9 p. 100) après 1941 est appliquée aux débarquements totaux de requins avant 1941, tels que présentés dans Ripley (1946). Selon Ripley (1946), les débarquements de milandres de la Californie après 1941 représentent des valeurs minimales, car bon nombre des captures de milandre étaient encore enregistrées comme « requin non identifié ». En outre, Ripley (1946) fait remarquer que la proportion de milandre dans les débarquements de 1939 à 1941 était sans aucun doute plus élevée qu’après 1941. Les débarquements californiens présentés à la figure 7 doivent donc être considérés comme des estimations minimales. Les débarquements de requins de la pêche californienne à partir de 1930 ont atteint un sommet en 1939 (2 209 t), avant que la pêche canadienne au milandre ne débute. En 1942, les débarquements de milandres en Californie avaient diminué de plus de 50 p. 100, et en 1945 cette pêche s’était effondrée. Ainsi, plus de 10 000 t ont été pêchées sur une période de sept ans, ce qui, selon Ebert (2003), aurait décimé la population, particulièrement dans ses aires de croissance des baies San Francisco et Tomales.

Figure 7. Captures estimées de milandres le long de la côte Ouest de l’Amérique du Nord de 1938 à 1949. Sources des données : Californie (Ripley, 1946), Canada (Barraclough, 1946; Bailey, 1952), Oregon (Westrheim, 1950), Washington (Department of the Interior Information Service). Les données pour la Californie avant 1941 sont estimées en supposant que les milandres constituaient 52,9 p. 100 des débarquements totaux de requins. Les débarquements de foies de milandres pour le Canada, l’État de Washington et de l’Oregon ont été convertis en poids total de poissons selon Bailey (1952). Voir les valeurs à l’annexe 1.

Figure 7. Captures estimées de milandres le long de la côte Ouest de l’Amérique du Nord de 1938 à 1949.

La pêche canadienne au milandre s’est pratiquée principalement au large de la côte ouest de l’île de Vancouver et dans le détroit d’Hecate (figure 6). On le pêchait dans des eaux d’environ 45 m de profondeur au moyen de divers engins, notamment des palangres à flétan ou à aiguillat, des chaluts, des filets dérivants et des filets maillants installés en profondeur (Barraclough, 1948). Cette dernière technique s’est avérée la plus efficace au Canada, mais on utilisait aussi couramment des palangres. La méthode préférée de pêche à la palangre consistait à suspendre à environ 2 m du fond des hameçons appâtés au hareng (Clemens et Wilby, 1946).

Les premières statistiques de captures ne portaient que sur le poids du foie des prises. Le foie représente environ 10 p. 100 du poids d’un milandre adulte mâle (Bailey, 1952). La pêche canadienne a débuté à petite échelle en 1940, avec des débarquements signalés de 1,2 t de foies, ou environ 12 t de poissons entiers (figure 7). En 1942, des journaux de la Colombie-Britannique indiquaient que le foie de milandre valait de 11 à 12,80 $/kg, soit à peu près 25 fois la valeur du foie d’aiguillat.  Traduit en dollars de 2006, ce prix équivaut entre 139 et 161 $/kg. En 1944, le prix avait grimpé à 20,40 $/kg (Anon., 1944a). Selon un article paru dans une revue de pêche en 1944, un bateau pêchant au large de la côte ouest de l’île de Vancouver a capturé 700 requins en 17 jours, soit 2 941 kg de foie valant 20 000 $, ou 215 000 dollars de 2006 (Anon., 1944b). La forte valeur du produit, attribuable à l’utilisation croissante de la vitamine A et à la rupture des approvisionnements de l’étranger, a déclenché une ruée sur le milandre, et sa pêche en Colombie-britannique a culminé en 1944 à 278 t, ou environ 13 200 individus. 

Nota : Le nombre total d’individus est calculé en utilisant la longueur moyenne des milandres capturés au large de la Californie, soit 160 cm (Ripley, 1946) dans la relation longueur-poids suivante : poidskg = 2,17x 10-6 (LT)3.17 (Olsen, 1954), ce qui donne un poids moyen de 21 kg par individu. 

En 1944, les débarquements de milandres capturés au large de la Californie avaient baissé de 65 p. 100 par rapport à 1943, malgré des activités de pêche accrues (Anon., 1944a). À partir de 1944, des revues de pêche canadiennes rapportaient une baisse de l’abondance de l’espèce au Canada, et en 1946, la pêche canadienne avait considérablement diminué. En 1947, on a réussi à synthétiser la vitamine A, ce qui a éliminé la demande pour les sources naturelles de ce produit. En 1949, la pêche canadienne au milandre était terminée. 

Des pêcheurs des États de Washington et de l’Oregon pêchaient le milandre sur la côte Ouest des États-Unis, mais aussi beaucoup dans les eaux canadiennes (Westrheim, 1950). Certaines des prises faites par les navires états-uniens étaient enregistrées dans les débarquements canadiens en raison de circonstances particulières prévues par la Loi sur les mesures de guerre (Anon., 1942), mais la plupart de ces navires débarquaient leurs foies de milandres dans des ports aux États-Unis. Les débarquements de 1942, de 1943 et de 1944 dans l’État de Washington sont publiés dans des communiqués du U.S. Department of the Interior Information Service, accessibles sur Internet (http://news.fws.gov/historic/1944/19440410.pdf). Ces données constituent une estimation minimale des débarquements dans cet État, car elles ne couvrent que 3 ans (figure 7).

Westrheim (1950) a résumé les données de débarquements de foies de milandres dans l’Oregon de 1941 à 1949 : ces débarquements ont culminé en 1943 à 122 t de foies, soit environ 1 200 t de poissons entiers (figure 7). Il est intéressant de remarquer que la flottille de l’Oregon se servait principalement de filets maillants flottants d’une longueur moyenne de 1,9 km, lesquels semblaient être plus efficaces l’été, et qu’elle déployait jusqu’à 160 km des côtes (Westrheim, 1950). La flottille progressait vers le nord chaque année, pêchant d’abord surtout au large de la Californie d’avril à juin, puis au large de l’État de Washington et de la Colombie-Britannique d’août à octobre.

Pour un poids moyen d’environ 21 kg/individu, on calcule que quelque 840 000 milandres auraient été prélevés de la population du nord-est du Pacifique, dont environ 50 000 auraient été débarqués dans des ports canadiens et un nombre inconnu auraient été capturés en eaux canadiennes (annexe 1).

Relations avec les pêches actuelles en eaux états-uniennes

On enregistre les captures commerciales de milandre dans les eaux états-uniennes depuis 1976. En poids de poissons entiers, les captures annuelles ont varié entre 100 et 380 t de 1976 à 1994 (Walker, 1999). En Californie, les débarquements de 1995 à 1999 ont varié entre 20 et 45 t en poids paré (Ebert, 2001), soit entre 30 et 68 t en poids de poissons entiers pour un facteur de conversion de 1,5 (Walker, 1999). De 2001 à 2004, les débarquements annuels en Californie ont atteint en moyenne 21 t (CDFG, 2001, 2002, 2003 et 2004).

Les captures récréatives de milandres, surtout au large de la Californie, sont sous-déclarées, et les données à cet égard sont très incomplètes (Ebert, 2001). On pêche encore ce requin pour sa chair.

Relations avec les pêches actuelles en eaux canadiennes

Il n’existe pas de pêche dirigée au requin dans les eaux canadiennes du Pacifique, à l’exception de celle visant l’aiguillat commun. De faibles nombres de milandres font l’objet de prises accessoires dans les pêches au chalut et à la palangre visant d’autres espèces. Depuis 1997, la flottille de pêche commerciale du poisson de fond au chalut fait l’objet d’une surveillance à 100 p. 100 par des observateurs en mer. Avant 2001, les déclarations de captures d’élasmobranches non commerciaux dans cette pêche étaient incomplètes (McFarlane, comm. pers., 2006) De 2001 à 2005, les chalutiers de la Colombie-Britannique ont déclaré avoir capturé en moyenne 651 kg de milandres par année (figure 8), ce qui correspond à 31 individus par année d’un poids moyen d’environ 21 kg. La plupart de ces captures sont faites dans les zones 3C et 3D de la Commission des pêches maritimes du Pacifique (CPMP) (tableau 2; figure 3). Du milandre a été capturé tous les mois de l’année, sauf en mars et en avril (annexe 2a,b).

Figure 8. Captures commerciales annuelles déclarées de milandres dans les eaux canadiennes du Pacifique. Noter que des observateurs n’ont surveillé que 10 à 15 p. 100 des sorties de pêche à la palangre. Source : base de données PacHarv.

Figure 8. Captures commerciales annuelles déclarées de milandres dans les eaux canadiennes du Pacifique.
Tableau 2. Captures commerciales annuelles de milandres au chalut (kg) dans les eaux canadiennes du Pacifique par zone de la CPMP, d’après les données d’observation en mer de 1996 à 2005. Les données d’avant 2001 sont considérées comme incomplètes et ne sont pas incluses dans les moyennes. Le nombre d’individus a été estimé pour un poids moyen de 21 kg. Source : base de données PacHarvTrawl.
AnnéeZone 3C
captures (kg) - Chalut
Zone 3D
captures (kg) - Chalut
Zone 5A
captures (kg) - Chalut
Zone 5B
captures (kg) - Chalut
Zone 5C
captures (kg) - Chalut
Zone 5D
captures (kg) - Chalut
TotalNombre estimé d’individus
1997
27
24
45
 
 
 
96
5
1999
 
 
 
 
18
 
18
1
2000
94
 
36
 
18
 
148
7
2001
273
82
58
68
29
83
592
28
2002
75
116
263
45
36
27
562
27
2003
200
14
109
101
86
 
509
24
2004
265
254
68
 
 
 
587
28
2005
538
147
56
191
73
 
1 004
48
Total (kg)
(1997-2005)
1 472
637
635
405
260
110
3 516
168
Moyenne (kg) (2001-2004)
270
123
111
101
56
55
651
31

À partir de 2000, les pêches à la palangre (flétan, sébaste, morue-lingue et aiguillat commun) sont surveillées par des observateurs en mer, présents à 10-15 p. 100 des sorties. De 2001 à 2004, les observateurs ont fait état de captures moyennes de 259 kg de milandres par année par les flottilles de palangriers (figure 8; tableau 3), auxquelles s’ajoutent 343 kg déclarés dans les registres de bord des pêcheurs (tableau 3). Comme les flottilles de palangriers ne font l’objet que d’un contrôle partiel par des observateurs (de 10 à 15 p. 100), on ignore le volume total des captures réelles, qui est plus élevé que les captures observées ou déclarées. Depuis avril 2006, les activités de tous les navires titulaires d’un permis de pêche à la palangre dans les eaux canadiennes du Pacifique sont contrôlées à 100 p. 100 grâce à la surveillance électronique. Cette technologie permettra de mieux comprendre les captures de milandres. On ignore le taux de mortalité des requins rejettés à l’eau. Globalement, les données préliminaires obtenues par les observateurs indiquent que les prises accessoires de milandres sont sans doute minimes dans les eaux canadiennes. Si les captures annuelles observées de la pêche à la palangre représentent environ 15 p. 100 des captures réelles, peut-être que 2 t/an sont capturées à la palangre, auxquelles s’ajoutent 1 t/an capturée par la flottille de chalutiers, ce qui donne un total maximal de 3 t, soit quelque 143 individus, par année. Les répercussions de ce niveau de captures sur la population dépend de la taille de la population, laquelle est actuellement tout à fait inconnue (voir la section Taille et tendances des populations).

Tableau 3. Captures de milandres (kg) faites par les flottilles de palangriers dans les eaux canadiennes du Pacifique et déclarées dans le cadre des programmes d’observateurs et de registres de bord. Le nombre d’individus a été estimé pour un poids individuel moyen de 21 kg.
Source : database PacHarvHL
AnnéeCaptures observées (kg)Captures inscrites dans les registres (kg)Nombre estimé d’individus
2000
 
323
15
2001
250
 
12
2002
92
 
4
2003
693
 
33
2004
0
 
 
2005
 
20
1
Total (kg)
1035
343
66
Moyenne (kg)
259