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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le milandre au Canada

Taille et tendances des populations

Activités de recherche

La première mention du milandre dans les eaux de la Colombie-Britannique a été faite en 1891 par Ashdown Green, selon qui l’espèce était plutôt commune le long de la côte (Clemens et Wilby, 1946). Il n’existe actuellement aucun indice permettant d’évaluer les tendances de la population de milandres dans son aire de répartition du nord-est du Pacifique. Dans le cadre des relevés triennaux du National Marine Fisheries Service (NMFS, de 1977 à 2001), seulement 23 milandres ont été capturés en 8 ans de relevés allant de la Californie au sud de l’île de Vancouver, dont 2 individus au nord de 48º de latitude (données non publiées du NMFS). Les relevés annuels aux lignes fixes de la Commission internationale du flétan du Pacifique ont donné 45 captures de milandres depuis 1996; on ne le capture pas assez régulièrement pour établir un indice d’abondance (annexe 3). Aucun milandre n’a été capturé dans les relevés scientifiques canadiens (base de données GFBio).

Abondance et tendances

Il n’existe aucun indice d’abondance du milandre dans le nord-est du Pacifique. La recherche publiée sur le milandre de la Colombie-Britannique n’est constituée que du rapport de Barraclough (1948) sur la pêche et une brève mention dans Westrheim (1950). Barraclough a estimé que 40 p. 100 des foies de milandre débarqués en Colombie-Britannique provenaient de la pêche aux filets maillants installés en profondeur visant surtout l’aiguillat commun de mai à octobre dans le nord-ouest du détroit d’Hecate (voir la figure 6). Nous avons examiné les données des activités et de captures des pêches actuelles dans cette région de 1996 à octobre 2005 : 7 243 heures de chalutage et 1 632 mouillages de palangre n’ont donné aucune capture de milandre durant ces mois (figure 9). Il faut remarquer que les engins actuellement utilisés diffèrent beaucoup des filets maillants installés en profondeur qui étaient préférés par le passé.

Figure 9. Activités de pêche au chalut (cercles rouges) et à la palangre (cercles gris) de 1996 à octobre 2005 sur les lieux de pêche historiques du milandre. Source : bases de données PacHarvHL et Trawl.

Figure 9. Activités de pêche au chalut (cercles rouges) et à la palangre (cercles gris) de 1996 à octobre 2005 sur les lieux de pêche historiques du milandre.

Il est difficile d’interpréter l’absence de capture de milandre dans cette région. D’une part, les activités de pêche sont considérables, et on s’attendrait à ce que les requins, s’ils sont présents, soient parfois capturés dans les pêches commerciales ou récréatives. Ailleurs au monde, des milandres font régulièrement l’objet de prises accessoires dans des chaluts, et, dans certaines régions, ils sont même visés par une pêche au chalut. S’ils sont présents dans le nord-ouest du détroit d’Hecate, ils devraient donc figurer dans les données de captures recueillies par les observateurs de la pêche au chalut (Walker, 1999). De même, la pêche à la palangre de fond est une autre technique courante de capture du milandre dans plusieurs régions du monde et elle était employée pour la pêche historique dirigée de l’espèce en Colombie-Britannique. Étant donné les activités de pêche, il semble que le milandre ne soit pas présent dans le nord-ouest du détroit d’Hecate depuis une dizaine d’années (1996-2005).

D’autre part, le plus grand spécialiste au monde des pêches au milandre estime que cette espèce est loin d’être une prise facile (Walker, 1999). En raison du comportement grégaire et des grandes migrations de l’espèce, les pêcheurs doivent avoir beaucoup d’expérience et d’habileté pour en trouver et en capturer; peut-être que les pêcheurs ne le capturent pas simplement parce qu’ils ne le visent pas directement. Les vastes activités de pêche à la palangre visent principalement la morue-lingue, l’aiguillat commun et le sébaste, dont les habitats ne correspondent peut-être pas à celui préféré par le milandre. Autre facteur : puisque seul un petit pourcentage de la pêche à la palangre est contrôlé par des observateurs en mer, les captures actuelles de milandres ne sont pas toutes signalées dans la région. Enfin, comme le détroit d’Hecate se trouve à la limite nord de l’aire de répartition de l’espèce, les conditions environnementales pourraient jouer un rôle dans les variations de sa répartition d’une année à l’autre. Ainsi, il est possible que l’abondance du milandre dans le détroit d’Hecate durant les années 1940 ait été attribuable à des conditions propices du milieu.   

En conclusion, l’absence de capture de milandre depuis une décennie dans une région où il était jadis abondant est une observation intéressante, mais il manque de données pour bien l’expliquer. On ignore la taille et les tendances de la population de milandres dans les eaux canadiennes du Pacifique.

Effet d’une immigration de source externe

La Colombie-Britannique constitue la limite nord de l’aire de répartition du milandre dans le nord-est du Pacifique. L’immigration de milandres à partir d’eaux situées plus au sud est possible mais inconnue actuellement. L’ampleur de cette immigration dépend du taux d’échange de milandres entre les eaux canadiennes et les eaux états-uniennes ainsi que de l’abondance actuelle de l’espèce. La population en eaux états-uniennes n’a pas été étudiée depuis plus de 50 ans (Ebert, 2001). Une étude de marquage très limitée réalisée dans les années 1940 a indiqué qu’une partie de cette population migre vers le nord, en eaux canadiennes. On croit que des milandres fréquentent les eaux canadiennes principalement de façon saisonnière, mais des données d’observateurs de la pêche au chalut indiquent qu’ils peuvent être capturés toute l’année, sauf en mars et en avril (annexe 2). Ailleurs au monde, le milandre effectue de grandes migrations latitudinales (Walker, 1999), ce qui pourrait également être le cas dans le nord-est du Pacifique. Il est généralement raisonnable de supposer qui si les milandres sont abondants au large des États-Unis, ils pourraient l’être également dans les eaux canadiennes, pourvu que les conditions environnementales soient propices. Inversement, si la population en eaux américaines était décimée, on pourrait s’attendre à une baisse de l’abondance en eaux canadiennes.