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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le lépisosté tacheté (Lepisosteus oculatus) au Canada

Habitat

Besoins en matière d’habitat

Les lépisostés tachetés adultes privilégient les eaux calmes, peu profondes (de 0 à 5 m), claires et riches en végétaux des lacs et des rivières (Carlander, 1969; Scott et Crossman, 1998; Lee et al., 1980; Lane et al., 1996b; Page et Burr, 1991; Snedden et al., 1999; Coker et al., 2001; Cudmore-Vokey et Minns, 2002). Les adultes se trouvent généralement dans des eaux au fond limoneux et argileux, mais aussi souvent sableux (Lane et al., 1996b). Snedden et al. (1999), qui ont décrit en détail l’habitat du lépisosté tacheté en Louisiane, indiquent que les branches submergées, les arbres tombés ou les enchevêtrements de bois mort constituent un abri de repos diurne. L’espèce privilégie probablement cet habitat d’eau peu profonde et de structure complexe car il convient à sa tactique de prédation. Le Polygonum, le Potamogeton, le Myriophyllum et le Justicia sont les principaux végétaux présents dans les sites où on a observé le lépisosté tacheté en Oklahoma (Tyler et Granger, 1984).

L’habitat de croissance est constitué du premier mètre d’eau superficielle au printemps (de 1 à 2 m en automne) au-dessus de substrats de sable, de limon ou d’argile. Les zones où la végétation submergée et émergente est dense sont privilégiées (Simon et Wallus, 1989; Lane et al., 1996a; Cudmore-Vokey et Minns, 2002).

L’habitat de fraye consiste en eaux peu profondes (de 0 à 1 m) présentant de la végétation aquatique, des broussailles ou des débris (Scott et Crossman, 1998; Lee et al., 1980; Lane et al., 1996c) dans des secteurs calmes (Simon et Wallus, 1989) comme des zones riveraines inondées (Snedden et al., 1999).

Tendances en matière d’habitat

Faute de données historiques, on sait fort peu de choses sur l’évolution des habitats où le lépisosté tacheté a été observé. Le couvert végétal aquatique semble varier selon le niveau d’eau des lacs. Au cours des années 1980, le couvert végétal aquatique a décru considérablement en raison de l’augmentation du niveau de l’eau. Toutefois, une augmentation du couvert végétal aquatique dans la baie Rondeau est survenue récemment à la suite de la baisse du niveau de l’eau, et également de l’augmentation de la clarté de l’eau associée à l’invasion des dreissénidés (moules) (S. Dobbyn, MRNO, comm. pers.). Ce phénomène a probablement accru la quantité d’habitat privilégié par le lépisosté tacheté. Cependant, les programmes d’enlèvement de la végétation mis en œuvre dans le port de la baie Rondeau pourraient ternir les effets positifs dans la région du port (Dobbyn, comm. pers.). À la pointe Pelée, les intervalles entre les brèches dans la barre de sable (brèches des cordons littoraux) ont augmenté à la suite de la baisse des niveaux d’eau des lacs. En conséquence, la qualité de l’eau (par exemple le taux d’oxygène dissous) a diminué et la turbidité a augmenté (H. Surette, University of Guelph, comm. pers.). L’accroissement de la turbidité pourrait affecter la capacité du lépisosté tacheté à détecter ses proies.

Protection et propriété

Au Canada, le lépisosté tacheté est présent dans des eaux de propriété publique, et tous les habitats des poissons occupant ces eaux sont protégés par la Loi sur les pêches fédérale. De plus, l’espèce est présente dans le parc national de la Pointe-Pelée, dans le parc provincial Rondeau et dans la baie Long Point, cette dernière comptant à la fois un parc provincial et une réserve nationale de faune. Son habitat bénéficie donc d’une protection additionnelle dans les réserves nationales de faune, en vertu de la Loi sur les espèces sauvages du Canada, et dans les parcs nationaux et provinciaux, en vertu de la Loi sur les parcs nationaux du Canada et de la Loi sur les parcs provinciaux de l’Ontario. En tant qu’espèce inscrite à l’annexe 1 de la Loi sur les espèces en péril fédérale, le lépisosté tacheté est protégé, de même que sa résidence. Cependant, son habitat essentiel n’est pas encore protégé en vertu de cette loi.