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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le lépisosté tacheté (Lepisosteus oculatus) au Canada

Biologie

Généralités

L’âge maximum connu du lépisosté tacheté est de 18 ans, la longueur maximum est de 1 120 mm et le poids maximum est de 2 700 g (Coker et al., 2001). Les lépisostés tachetés capturés dans le parc national de la Pointe-Pelée en 2002 et en 2003 (19 individus) avaient une longueur variant 133 mm et 629 mm et un poids maximum de 1 087 g. Des études sur le taux de croissance des lépisostés tachetés juvéniles d’Oklahoma indiquent une croissance de 1,7 mm (1 g) par jour en juillet et en août (Carlander, 1969). Les lépisostés tachetés juvéniles atteignent une longueur de 250 mm après la première année de vie (Pflieger, 1975).

 Les lépisostés nouvellement éclos se caractérisent par un organe adhésif sur le museau, des yeux pigmentés de forme ovale et un sac vitellin ovoïde et allongé (Simon et Wallus, 1989). Les larves de lépisostés tachetés ont une pigmentation foncée sous-cutanée sur la face dorsale (Simon et Wallus, 1989). Bien qu’elles soient capables de nager, elles demeurent souvent à la verticale, relativement inactives, fixées à des structures submergées par leur museau adhésif. Le sac vitellin est résorbé lorsque les individus ont atteint une taille supérieure à 17,6 mm. Par la suite, les lépisostés tachetés commencent à se disperser pour se nourrir (Simon et Wallus, 1989)

Reproduction

Le lépisosté tacheté atteint la maturité à l’âge de quatre ans; sa longueur est alors d’environ 522 mm (Scott et Crossman, 1998; Coker et al., 2001). Love (2002) a décrit le dimorphisme sexuel du lépisosté tacheté du sud de la Louisiane. Les femelles ont un corps plus long et un museau plus allongé. L’auteur attribue cette différence de longueur entre les sexes à l’investissement génésique. Les femelles, extrêmement fécondes, ont des gonades de plus grande taille que les mâles par unité de masse corporelle. Leur grand museau pourrait améliorer le succès de chasse, ce qui indique peut-être que les femelles ont des besoins alimentaires plus importants (Love, 2002).

Le prolongement de la photopériode et la hausse de la température à 15 °C signalent le début de la fraye printanière en Louisiane (Snedden et al., 1999). En Oklahoma, la fraye atteint son apogée à la mi-mai (Tyler et Granger, 1984). Cudmore-Vokey et Minns (2002) ont observé la fraye à des températures de 21 °C à 26 °C.

Tyler et Granger (1984) ont décrit le comportement de fraye du lépisosté tacheté en Oklahoma. Une grosse femelle, suivie de près par trois à cinq mâles beaucoup plus petits, nage lentement dans une zone de végétation dense. Elle y pond ses œufs en s’ébattant dans l’eau peu profonde. Les œufs benthiques, adhésifs et ovales (environ 2,5 mm de diamètre; Simon et Wallus, 1989) sont retenus en grappe par une substance gélatineuse transparente et se fixent à la végétation aquatique (Scott et Crossman, 1998; Coker et al., 2001). Les œufs éclosent au cours de la semaine suivante (Cudmore-Vokey et Minns, 2002).

Taux de survie

L’âge maximum connu est de 18 ans (Coker et al., 2001). Les taux de survie sont inconnus.

Physiologie

La température optimale pour le lépisosté tacheté est de 16 °C (Coker et al., 2001). Le lépisosté tacheté possède une vessie gazeuse de type physostome et peut respirer l’air (Scott et Crossman, 1998).

Déplacements et dispersion

En Louisiane, le lépisosté tacheté se déplace beaucoup plus au printemps (sous l’effet des crues), quand il se dirige vers ses frayères (Snedden et al., 1999). Cette poussée d’activité suit une période de faible activité s’étalant de décembre à février. En juin et en juillet, l’activité revient au niveau d’avant les crues. Le lépisosté tacheté peut toutefois parcourir de grandes distances pour trouver un habitat plus convenable, mais occupe un domaine vital bien délimité au printemps (Snedden et al., 1999). En Louisiane, le lépisosté tacheté est plus actif la nuit que le jour, sauf au printemps (Snedden et al., 1999).

Alimentation et relations interspécifiques

Le lépisosté tacheté est un prédateur principalement piscivore qui chasse à l’affût, mais il se nourrit également d’écrevisses et d’insectes aquatiques (Carlander, 1969; Scott et Crossman 1998; Tyler et Granger, 1984; Coker et al., 2001; Snedden et al., 1999). Les espèces consommées varient selon les études, ce qui semble indiquer que le lépisosté tacheté se nourrit des proies les plus vulnérables ou les plus disponibles (Dugas et al., 1976). Dugas et al. (1976) ont observé que le lépisosté tacheté, en Louisiane, se nourrit principalement de petits poissons non gibiers. Il ne représente donc pas, contrairement à ce que l’on croyait, une menace pour la pêche récréative. La quête de nourriture varie selon le moment de la journée; elle est la plus intense au petit matin et, en deuxième lieu, la nuit (Carlander, 1969; Snedden et al., 1999). Le lépisosté tacheté chasse aux environs de structures complexes susceptibles d’attirer ses proies. Il se nourrit relativement peu durant le jour (Snedden et al., 1999).

Grâce aux mouvements asymétriques des muscles situés de part et d’autre de sa tête, le lépisosté tacheté peut manipuler les poissons capturés afin de les avaler tête première (Lauder et Norton, 1980). Cela lui permet d’avaler ses proies plus facilement en dépit de l’ouverture relativement petite de sa cavité buccale et de l’orientation des rangées d’écailles des poissons proies.

On croyait auparavant que les œufs du lépisosté tacheté étaient toxiques pour les invertébrés supérieurs et peut-être pour les vertébrés (Scott et Crossman, 1998). Cependant, Ostrand et al. (1996) ont démontré que le crapet vert (Lepomis cyanellus) et la barbue de rivière (Ictalurus punctatus) se nourrissent d’œufs de lépisosté tacheté sans conséquence néfaste apparente. Par conséquent, il est possible que l’ichtyotoxine des œufs de lépisosté ne constitue pas un mécanisme de protection contre les poissons prédateurs (Ostrand et al., 1996). Par contre, des poissons nourris d’œufs de lépisosté tacheté présentent le gain de poids le plus faible par comparaison à des poissons nourris d’œufs d’autres espèces de lépisostés.

Le lépisosté tacheté est présent dans le parc national de la Pointe-Pelée, alors que le lépisosté osseux en est absent. Bien que le lépisosté tacheté fréquente la baie Long Point et la baie Rondeau, où on trouve également le lépisosté osseux, il est absent de nombreux habitats convenables du sud-ouest de l’Ontario où le lépisosté osseux est abondant (N. E. Mandrak, données inédites). Des recherches approfondies sont requises pour déterminer si cette observation est attribuable à des relations interspécifiques ou à d’autres facteurs.

Comportement et adaptabilité

Les lépisostés comptent parmi les piscivores les plus abondants dans les habitats d’eau peu profonde et de structure complexe du sud des États-Unis. Leur forte abondance relative et leur potentiel de prédation indiquent que les lépisostés sont un élément clé du réseau trophique (Snedden et al., 1999). Grâce à sa capacité de respirer l’air, le lépisosté tacheté est physiologiquement adapté aux écosystèmes à végétation dense et peut exploiter des habitats hypoxiques à certaines saisons (concentration d’oxygène dissous inférieure à 2 mg/l) d’où sont généralement exclus les autres piscivores (Snedden et al., 1999).