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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la situation du chevalier cuivré au Canada – Mise à jour

Habitat

Besoins en matière d’habitat

Les chevaliers cuivrés adultes fréquentent les rivières de moyenne envergure, aux berges abruptes, dont la profondeur maximale varie de 4 à 7 mètres; le fond est dur, généralement constitué de glaise, de sable et de gravier, et les herbiers denses en sont le plus souvent absents ou réduits à une mince bande riveraine. La température estivale de l’eau dépasse 20 ºC. Ces rivières se trouvent dans une région du Québec de superficie très restreinte, caractérisée par une saison de croissance d’au moins 1790 degrés-jours au-dessus de 5,6 ºC. Bien que le courant soit lent, habituellement inférieur à 0,3 m/s, certains tronçons sont entrecoupés de courtes sections d’eau vive où l’espèce trouve les conditions favorables à la reproduction. Les adultes sont absents des secteurs peu profonds où la végétation est dense et des endroits où les eaux sont les plus polluées et turbides (Mongeau et al., 1986, 1988, 1992).

Deux sites de reproduction du chevalier cuivré, soit l’archipel des rapides de Chambly et le bief d’aval du barrage de Saint-Ours, sont actuellement connus. Ces frayères sont en eau vive, le courant y est modéré ou faible et la profondeur varie de 0,75 à 2 mètres. Le substrat hétérogène est constitué de gravier fin à grossier, de roches et parfois même de quartiers de roc enlisés dans la glaise (Boulet et al., 1995, 1996; Dumont et al., 1997; La Haye et al., 1992; La Haye et Clermont, 1997; Mongeau et al., 1986, 1992). D’autres sites comme les rapides du Grand-Moulin dans la rivière des Mille-Îles, les chenaux de Dorion et de Saint-Anne-de-Bellevue à la tête du lac Saint-Louis pourraient potentiellement convenir aux exigences du chevalier cuivré pour la reproduction, mais la présence d’une frayère n’y a jamais été démontrée (Jenkins, 1970; Massé et al., 1981).

Tout comme leurs congénères, les jeunes chevaliers cuivrés de l’année fréquentent les zones littorales peu profondes durant leur première saison de croissance. Celles-ci sont caractérisées par des profondeurs inférieures ou égales à 1,5 m et de faibles pentes (£ 20º), et sont pourvues de végétation. Le courant est très faible et le substrat est relativement fin (mélange argile-limon et sable) (Vachon, 1999a). Le tronçon de la rivière Richelieu qui comprend les îles Jeannotte et aux Cerfs à Saint-Marc-sur-Richelieu constitue un important site d’alevinage pour les jeunes chevaliers, notamment le chevalier cuivré puisque plusieurs spécimens y ont été recensés (Vachon, 1999ab, 2002). Ce secteur est également fréquenté par trois autres espèces qui ont déjà reçu un statut au COSEPAC (Massé et Bilodeau, 2003; Vachon, 1999ab, 2002) : le chevalier de rivière dont la situation est jugée préoccupante (Parker et McKee, 1984; Parker, 1988; statut à nouveau en révision) et deux espèces menacées soit le fouille-roche gris (Percina copelandi) (Goodchild, 1994) et le dard de sable (Ammocrypta pellucida) (Holm et Mandrak, 1996).

L’habitat estival et hivernal des adultes est encore peu connu. La possibilité que certains secteurs du fleuve Saint-Laurent soient utilisés comme aire d’hivernage ne peut être exclue (Vachon et Chagnon, 2004).


Tendances

Les habitats de qualité pour le chevalier cuivré sont en régression. Sa disparition appréhendée dans les rivières Yamaska et Noire est d’ailleurs étroitement reliée à la détérioration du milieu. Ces rivières sont en effet localisées dans la région la plus agricole du Québec. Les fermes occupent 63 p. 100 du bassin versant de la rivière Yamaska. Au total, 200 000 hectares sont en culture intensive et plus du quart des porcs et des volailles élevés au Québec proviennent de cette région (Primeau et al., 1999). Le portrait n’est guère plus reluisant dans le bassin versant de la rivière Richelieu, où la superficie totale cultivée est de 141 176 ha (56,3 p. 100) (Piché et Simoneau, 1998). De 1979 à 1991, la croissance démographique enregistrée dans ce bassin versant a été de 20 p. 100, et la superficie des sols cultivés s’est accrue de 10 p. 100. Durant cette période, d’importantes modifications dans la composition du cheptel sont survenues, dont une diminution du nombre de bovins au profit des porcs et des volailles. Ces changements ont eu des répercussions sur le type de culture à l’échelle du bassin versant : le territoire voué aux cultures sur sol nu à grand interligne (majoritairement le maïs) a augmenté de 150 p. 100 alors que ceux utilisés pour les autres céréales et les cultures fourragères ont chuté respectivement de 28 p. 100 et de 38 p. 100 (Simoneau, 1993). Dans la rivière Richelieu, tout comme dans plusieurs secteurs de la Yamaska, la situation est jugée préoccupante sur le plan de la contamination par les substances toxiques (Berryman et Nadeau, 1998, 1999).

L’évaluation de l’intégrité de l’écosystème par la composition des communautés benthiques (IBGN) et ichtyologiques (IIB) montre que la rivière Richelieu est cotée moyenne ou faible sur près des trois quart de son parcours. Une diminution importante de l’IBGN de même qu’une baisse notable des espèces benthiques polluosensibles ont été enregistrées à l’exutoire du bassin de Chambly en aval des rivières des Hurons et l’Acadie (tributaires agricoles). L’IIB montre que le secteur compris entre Saint-Marc-sur-Richelieu et Saint-Ours est l’un des plus dégradés de la rivière. L’augmentation des pressions urbaines, industrielles et agricoles est en cause (Piché, 1998; Saint-Jacques, 1998).

Dans la rivière Yamaska, les cotes les moins élevées (moyenne et faible) qui décrivent l’intégrité des communautés benthiques (IBGN) et ichtyologiques (IIB) ont été obtenues dans le tronçon historiquement fréquenté par le chevalier cuivré. La situation est un peu moins précaire dans la rivière Noire, où l’intégrité de l’écosystème, comme le montrent ces deux indices, est jugée moyenne à excellente aux sites localisés dans le secteur où l’espèce y a déjà été trouvée (La Violette, 1999; Saint-Onge, 1999).

Dans le fleuve Saint-Laurent, les pressions agricoles, bien que présentes, sont moins importantes. L’urbanisation et les pratiques qui y sont associées de même que les activités industrielles ont toutefois des impacts considérables sur les écosystèmes du Saint-Laurent. Au Québec, l’étalement urbain est manifeste depuis quelques décennies, et la région des basses terres du Saint-Laurent et des Grands Lacs est la plus industrialisée au pays (Bernier et al., 1998). Une première évaluation de l’intégrité biotique du fleuve Saint-Laurent par l’IIB montre que l’écosystème est passablement dégradé (La Violette et al., 2003).

Il importe de souligner que l’intensification des activités agricoles et de l’urbanisation se fait souvent au détriment des superficies forestières. L’impact négatif du déboisement sur les écosystèmes aquatiques est connu. En Montérégie, le phénomène est préoccupant. Les boisés couvraient environ 26 p. 100 du territoire de la Montérégie en 2002. Par rapport à 1999, cela représente une perte de 3,88 p. 100 ou de 12 511 ha. La plupart des coupes importantes ont été effectuées à des fins agricoles (Soucy-Gonthier et al., 2003). L’intensification des activités agricoles annihile certains des efforts qui avaient été déployés pour dépolluer les rejets industriels et domestiques.

Les tendances à la baisse des niveaux d’eau du fleuve Saint-Laurent ainsi que l’accélération de l’érosion des berges liée au batillage, résultant de l’augmentation de l’achalandage par les navires commerciaux et les plaisanciers, perturbent aussi les écosystèmes aquatiques. Depuis une vingtaine d’années, les niveaux d’eau du fleuve Saint-Laurent sont en baisse et les étiages sont de plus en plus sévères. La qualité de l’habitat du poisson et sa quantité (frayères, aires d’alimentation et d’alevinage) sont ainsi compromises. Plusieurs processus biologiques de l’ichtyofaune dépendent de synchronismes subtils entre les niveaux d’eau, la température et le débit (Robichaud et Drolet, 1998). Les impacts sur le chevalier cuivré ne sont pas connus. Le projet de télémétrie associé au chevalier cuivré, en cours de réalisation, permettra d’acquérir de nouvelles connaissances concernant les habitats essentiels de l’espèce dans le fleuve Saint-Laurent.


Protection et propriété des terrains

Les habitats du chevalier cuivré sont principalement de tenure publique. Toutefois, certains petits tributaires peuvent être de tenure privée. À l’heure actuelle, seulement 63 ha, qui constituent le refuge faunique Pierre-Étienne-Fortin, font l’objet de mesures spéciales de protection (figure 5). Ce refuge est en partie de tenure privée. Conservation de la Nature est propriétaire du lit de la rivière, et certaines des îles (archipel Saint-Jean) appartiennent à la municipalité de Richelieu.