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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le Tradescantie de l'Ouest (Tradescantia occidentalis) au Canada

Biologie

Généralités

La tradescantie de l’Ouest produit de mai à juillet des fleurs qui ne durent qu’un jour. En 1996, la floraison s’est étalée de juin à la mi-août, et la libération des graines, du début août à la première neige, en octobre. Les tiges produisent des bourgeons à l’automne, et la plante passe l’hiver à l’état végétatif. La couleur des fleurs varie du blanc ou du rose au violet foncé, couleur la plus courante. La variété rose, rare, ne se trouve que dans deux des cinq sites, où elle est éparse (Goulet et Kenkel, 1997; Smith, 2001B).

Reproduction

Bien que l’autostérilité soit fréquente chez le genre Tradescantia, on a déjà émis l'hypothèse d'une possible autofécondation chez la tradescantie de l’Ouest. L’espèce se reproduit par graines et par voie végétative. La reproduction par les graines exige une stratification en milieu humide. L’espèce peut se propager par voie végétative en produisant des bourgeons racinaires sur certaines portions de la tige (Smith et Bradley, 1990).

Au Manitoba, une comparaison des plantes florifères observées en 1996 (Goulet et Kenkel, 1997) et en 1993 (Hohn, 1994) a révélé que leur proportion était de beaucoup inférieure en 1996 (pâturage Hellman, 72 p. 100 en 1993 contre 30 p. 100 en 1996; site de la MHHC, 52 p. 100 en 1993 contre 27,5 p. 100 en 1996). Ces résultats pourraient cependant refléter des différences dans la définition de l’« individu ». En 1996, environ la moitié des plantes ont fleuri dans la ZES (dunes de Routledge), non broutée, et dans la population du secteur est des dunes de Lauder. Le taux de floraison moins élevé (30 p. 100) observé dans la portion broutée des dunes de Routledge est attribué au broutage par le bétail. Les relevés de 1993 et de 1996 révèlent que c’est sur le site de la MHHC (dunes de Lauder) que la floraison est la plus faible, signe que les conditions pourraient être sous-optimales à ce site (Goulet et Kenkel, 1997; Hohn, 1994).

Cycle de vie

Les données sur le cycle vital de la tradescantie de l’Ouest sont tirées de Goulet et Kenkel (1997). En moyenne, la majorité des individus produisent une ou deux tiges (moyenne = 1,5). L’espèce produit invariablement une seule pousse à tiges multiples. En fait, on a trouvé un seul individu à deux pousses, dont la taille faisait environ la moitié de la taille normale, dans une zone fortement piétinée des pâturages des dunes Routledge. Le système racinaire est composé de racines minces et de racines charnues. Les racines charnues s’enfoncent jusqu’à 20 à 100 cm dans le sol, les racines minces encore plus profondément.

Au début de mai 1996, les individus avaient déjà de 5 à 15 cm de hauteur et comptaient deux ou quatre feuilles naissant au niveau du sol. Les boutons floraux sont apparus le 12 juin 1996, en cyme serrée. Chaque jour, un bouton pédicellé se dégage de la cyme, et il donne une fleur le matin suivant. La première fleur a été observée le 28 juin 1996, environ une semaine plus tard qu’en 1993 et en 1994 (Hohn, 1994). Chaque fleur ne dure qu’un jour et se referme habituellement au milieu de la journée. En même temps, un deuxième bouton floral se dégage, pour fleurir le lendemain. Ce processus se poursuit jusqu’à ce que tous les boutons de la cyme aient fleuri. La fermeture d’une fleur pollinisée entraîne la production d’une structure charnue qui pend des sépales fermés et durcit le lendemain. En 1996, la floraison a atteint un pic à la mi-juillet, mais s’est poursuivie jusqu’à la mi-août. Quelques rameaux florifères ont continué de produire des boutons floraux même après la déhiscence de la première capsule de la cyme. Après l’apparition de la première cyme, de nombreux individus en ont produit une ou plusieurs autres.

Les individus poussant en petites touffes étaient souvent tous au même stade de développement floral. En revanche, dans les grosses touffes, certains individus n’ont pas fleuri, et les autres étaient souvent à des stades de développement floral différents. Comme beaucoup d’espèces vivaces, la tradescantie de l’Ouest ne fleurit qu’après avoir atteint une certaine taille ou un certain âge.

Après la floraison, les capsules en développement pendent en grappe lâche. Environ 22 p. 100 des fleurs n’ont pas produit de graines, soit parce qu’elles étaient stériles, soit parce qu'elles n’ont pas été pollinisées. Les fleurs non fertilisées produisent de petites capsules cylindriques, tandis que celles qui le sont forment une capsule ovoïde.

Environ trois semaines après la floraison, la capsule, papyracée, s’ouvre pour libérer de 1 à 6 graines (moyenne de 4 graines). Les valeurs les plus élevées ont été observées au site des dunes de Routledge et dans la population du secteur est des dunes de Lauder, et les plus faibles au site de la MHHC (dunes de Lauder). La libération des premières graines a été observée le 22 juillet 1996 et s’est poursuivie jusque vers la fin septembre.

Après la floraison, les parties aériennes de la plante deviennent chlorotiques et flétrissent. En même temps, de nouvelles tiges sortent des bourgeons à l’interface racine-tige. Cette repousse survient dès la fin de juillet et se poursuit bien avant dans l’automne. À la fin septembre, la plante est tout à fait comme au début du printemps. Il semble que la tradescantie de l’Ouest passe l’hiver sous cette forme. Cette stratégie offre l’avantage manifeste de permettre à l’espèce de reprendre sa croissance dès le début du printemps, avant d’être ombragée par d’éventuels compétiteurs; à la limite septentrionale de l'aire de répartition de l’espèce, elle pourrait cependant être un facteur limitatif. Certains individus produisent deux ou même trois nouvelles pousses à l’automne. Comme on n’a trouvé que des individus à une seule pousse lors du relevé estival, il semble qu'une seule des multiples pousses survive à l’hiver. Il est possible aussi que le développement de pousses multiples soit un mode de propagation par voie végétative, où chacune des pousses produit une plante « fille » le printemps suivant.

Pollinisateurs et autres insectes

Plusieurs pollinisateurs ont été observés sur la tradescantie de l’Ouest. Le plus commun est une halicte (ordre des Hyménoptères, famille des Halictidés) (Goulet et Kenkel, 1997), abeille solitaire qui niche dans le sol et préfère par conséquent les sols sableux légers.

Une autre espèce associée à la tradescantie de l’Ouest est une araignée de la famille des Dictynidés, qui tisse sa toile sur une portion de feuille et vit dans l’ourlet ainsi formé. Une araignée-crabe de la famille des Thomisidés a aussi été observée sur la plante, mais moins fréquemment. On a aussi observé quelques fois, dans une cyme à maturité, un puceron (ordre des Homoptères) qui semble imiter les boutons floraux (Goulet et Kenkel, 1997).

Survie

La tradescantie de l’Ouest possède à la fois des racines charnues et des racines minces, ce qui est unique au sein du genre. Les racines et tiges succulentes constituent une adaptation aux sols secs, comme les dunes de sable (Goulet et Kenkel, 1997).

Physiologie

Depuis le début des relevés, c’est dans le site de la MHHC que l’on a recensé la plus forte proportion d’individus à fleurs roses. En 1996, malgré une recherche poussée, aucune plante à fleurs roses n’a été observée au site de Loutit. Par contre, une nouvelle population importante de plantes à fleurs roses a été découverte à l’extrémité nord (dunes de Crowfoot) de la ZES, dans les dunes de Routledge, ce qui a considérablement augmenté le nombre de plantes à fleurs roses recensées dans la région (Goulet et Kenkel, 1997).

Dans les populations manitobaines de la tradescantie de l’Ouest, les fleurs présentent une gradation continue de couleurs, depuis un blanc presque pur jusqu’à diverses teintes de bleu et de violet, en passant par le rose. On peut donc penser que la couleur des fleurs est déterminée par la quantité de pigments présents. En 1996, on n’a observé que deux individus à fleurs blanches, tous deux dans les dunes de Crowfoot, à l’extrémité nord de la ZES. D’autres aberrations ont été notées en 1996, notamment une plante unique ayant produit deux cymes de couleur différente, l’une à fleurs roses et l’autre à fleurs violettes, et une autre qui a produit des fleurs roses, violettes et rayées rose et violet dans la même cyme (Goulet et Kenkel, 1997).

La rareté des fleurs roses donne à penser que la « perte de pigmentation » est un trait récessif et/ou qu’elle incite les pollinisateurs à ignorer les plantes en question. La découverte d’individus de couleur inhabituelle indique que la variation dans la couleur des fleurs pourrait être attribuable à une mutation dans le méristème floral ou à une mutation chimérique. Le fait que tous les individus de couleur inhabituelle se trouvent dans une même région des dunes de Lauder, au site de la MHHC (population du secteur ouest), et qu’on ne trouve aucun individu à fleurs roses dans la population du secteur est donne cependant à penser que la mutation n’est pas aléatoire dans les populations du Manitoba (Goulet et Kenkel, 1997).

La densité des individus à fleurs roses semble indiquer que la pollinisation et la dispersion des graines de la tradescantie de l’Ouest sont limitées. En 1996, on a observé que les pollinisateurs se déplacent généralement entre plantes voisines. On peut donc penser que le flux génétique au sein des populations est très localisé, ce qui expliquerait la répartition spatiale des individus à fleurs roses (Goulet et Kenkel, 1997).

Les dommages aux feuilles, plus prononcés chez les plantes poussant dans les milieux non ombragés, semblent indiquer que l’ensoleillement peut être une source de stress pour la tradescantie de l’Ouest. L’évapotranspiration, plus importante chez les plantes en plein soleil, peut en effet se traduire par un manque d’eau et d’éléments nutritifs et donner lieu à une chlorose ou une nécrose des feuilles (Goulet et Kenkel, 1997).

Les individus les plus grands ont été observés en milieu ombragé et soumis à un broutage léger, où poussait également l’euphorbe ésule. La taille de ces individus est peut-être attribuable à la compétition interspécifique pour la lumière. Pour survivre, la tradescantie doit en effet dépasser la taille de l’euphorbe (Goulet et Kenkel, 1997).

Déplacements et dispersion

La tradescantie de l’Ouest pousse en groupes très compacts, probablement en raison de la faible dispersion des graines. La propagation végétative par bourgeons latéraux pourrait également expliquer cette répartition (Goulet et Kenkel, 1997).

Les graines tombent habituellement directement sur le sol à côté de la plante mère. On a en effet observé des graines coincées entre les feuilles et les nœuds de la tige de la plante mère. La grosseur des graines limite probablement leur dispersion. On a souvent observé un alignement d’individus sur le versant d’une dune, ce qui donne à penser que les graines peuvent être entraînées vers le bas de la pente par le vent, la pluie ou les eaux de fonte. Les vents forts peuvent repousser les graines vers le haut de la pente. Les herbivores peuvent aussi contribuer à la dispersion des graines, en broutant les plantes fructifères. Si les graines de la tradescantie de l’Ouest restent viables après être passées dans le rumen et les intestins des herbivores, ceux-ci peuvent jouer un rôle important dans leur dispersion sur de longues distances (Goulet et Kenkel, 1997).

Comportement et adaptabilité

Il serait peut-être possible de transplanter dans un habitat convenable des tradescanties de l’Ouest cultivées en serre. Hohn (1994) a toutefois remarqué que les plants ont parfois du mal à s’établir et à survivre. Il faudrait d’abord bien préparer le terrain : enlever les euphorbes ésules, éclaircir la végétation arbustive et/ou déstabiliser partiellement les dunes. Parmi les sites suggérés pour une transplantation au Manitoba, mentionnons les dunes du lac Oak, l’aire de gestion de la faune des dunes de Lauder, les dunes de Carberry et les dunes de Portage.