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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le Tradescantie de l'Ouest (Tradescantia occidentalis) au Canada

Facteurs limitatifs et menaces

D’après le rapport de situation original, les menaces qui pèsent sur la survie de la tradescantie de l’Ouest au Canada sont les suivantes : la conversion des prairies artificielles en terres cultivées, la stabilisation des dunes, le broutage, la lutte contre les incendies de végétation, l’envahissement par les mauvaises herbes et les activités pétrolières (Smith et Bradley, 1990). Toute disparition de l’habitat dans les localités où l'on sait que l’espèce est présente aurait une incidence négative sur sa survie au Canada. La disparition de l’habitat résulte le plus vraisemblablement des pratiques agricoles, telles que le pâturage et l’introduction d’espèces envahissantes comme l’euphorbe ésule.

Goulet et Kenkel (1997) font état des facteurs limitatifs suivants : broutage par le bétail, envahissement par l’euphorbe ésule, ombrage et perturbations anthropiques.

Broutage

Le surpâturage nuit énormément à l’habitat de la tradescantie de l’Ouest et devrait être déconseillé. Un niveau de pâturage faible à modéré peut par contre aider à freiner l’empiètement de la végétation sur les habitats dunaires. On a observé des pousses qui surgissaient de plantes endommagées par le broutage et le piétinement par le bétail. En effet, si la plante n’est pas broutée jusqu’au niveau du sol, elle peut se développer de nouveau à partir du reste de la tige (Goulet et Kenkel, 1997). Le faible taux de floraison dans les sites broutés (30 p. 100 par rapport à 50 p. 100 dans les sites non broutés) est attribué au pâturage. Vu le grand nombre de tiges en fleur qui sont broutées, on pense que le bétail est attiré par les fleurs de couleurs vives (Goulet et Kenkel, 1997).

Tous les sites canadiens de la tradescantie de l’Ouest, sauf le site de la MHHC au Manitoba, ont été broutés. Le broutage de la tradescantie de l’Ouest par le bétail comme par les herbivores indigènes (surtout le cerf de Virginie) a déjà été signalé (Hohn, 1994). Le gros de la pression due au broutage semble toutefois attribuable au bétail. Les effets de ce phénomène sur l'espèce peuvent être à la fois positifs et négatifs : le broutage et le piétinement des plantes peuvent réduire la taille et la fécondité des populations; en revanche, les bestiaux, en se déplaçant et en broutant les espèces ligneuses et les herbes qui stabilisent les dunes, peuvent empêcher la stabilisation des dunes (Goulet et Kenkel, 1997). Dans les régions où la pression de broutage par le bétail est faible à modérée (pâturage Hellman, site de Loutit), ce facteur ne semble pas constituer une grave menace pour la survie à long terme des populations de tradescantie de l’Ouest. Cependant, le broutage par le bétail diminue la diversité des communautés. Le broutage intense est nuisible pour les populations de tradescantie de l’Ouest (et les milieux dunaires en général) et devrait être fortement déconseillé (Goulet et Kenkel, 1997).

La ZES des dunes de Routledge est maintenant protégée contre le broutage par le bétail. Le secteur situé au sud de la ZES est brouté par quelque 25 têtes de bétail. Le broutage par le bétail était particulièrement fréquent dans le secteur sud du site principal de Routledge. Toute la zone entourant la ZES, sauf la terre de la Couronne, était broutée (Goulet et Kenkel, 1997). Il n’y a plus de bestiaux qui broutent dans le site principal de Routledge, qui se trouve sur une propriété privée (comm. pers., Elizabeth Reimer, Centre de données sur la conservation du Manitoba).

Bien qu’il soit protégé contre le broutage, le site de la MHHC est entouré de pâturages et fréquenté par le cerf de Virginie qui vient s’y alimenter en hiver. Hohn (1994) fait état de lourds dommages dus au broutage dans ce site de tradescantie de l’Ouest, signe que l’espèce est broutée par les herbivores indigènes. Comme la région est utilisée par les cerfs de Virginie comme site d’alimentation en hiver, la population de cerfs pourrait y être artificiellement élevée.

En été, environ 168 têtes de bétail sont mises au pâturage sur les terres abritant le site du secteur est des dunes de Lauder, ce qui touche surtout les portions nord et sud de la propriété. Les pentes abruptes de la portion centrale, moins accessibles, demeurent relativement intactes, ce qui assure une certaine protection à la tradescantie de l’Ouest. Comme ces dunes ont été déstabilisées par le broutage et le piétinement par le bétail, on y trouve des aires dégagées dominées par le cactus Opuntia fragilis (Goulet et Kenkel, 1997).

Les dunes non broutées présentent un profil « caractéristique », avec de hautes herbes sur leurs versants orientés vers le sud, où poussent la majorité des tradescanties de l’Ouest. Dans les dunes broutées, les versants orientés vers le sud sont utilisés comme « sentiers » par le bétail, ce qui crée des « cuves » de sable dénudé et des zones dominées par les arbustes. Sur les dunes broutées, la tradescantie est surtout confinée aux zones arbustives et aux versants nord des dunes. La couverture arbustive offre peut-être une protection contre les herbivores et les conditions micro-environnementales défavorables (Goulet et Kenkel, 1997).

Dans les dunes de Routledge, c’est dans les secteurs non broutés (ZES) que la tradescantie de l’Ouest est la plus abondante, et dans les terres broutées qu’elle l’est le moins. Au site du secteur est des dunes de Lauder, la tradescantie est abondante surtout sur les hautes dunes abruptes (inaccessibles par bétail), au centre de la propriété. Ces observations laissent croire qu'à long terme, le broutage par le bétail pourrait réduire l’effectif de l'espèce. Il importe toutefois de souligner que l’espèce a survécu dans ces habitats malgré de nombreuses années de broutage léger à modéré (Goulet et Kenkel, 1997).

Le site de Manyberries, en Alberta, se trouve sur une terre louée pour le pâturage. Rien n’indiquait qu’elle était broutée lors des travaux effectués sur le terrain (Smith, 2001B).

Le parc provincial Douglas, en Saskatchewan, est brouté chaque année depuis plusieurs décennies, apparemment sans que cela ait beaucoup d’impact, malgré le broutage dans la population même de tradescantie (Godwin et Thorpe, 1991).

Envahissement par l’euphorbe ésule

Au Manitoba, l’habitat de la tradescantie de l’Ouest a été envahi par l’euphorbe ésule (Euphorbia esula), plante d’Eurasie. Cette espèce est particulièrement commune dans les dunes de Lauder (secteurs est et ouest), où elle forme un couvert important (Goulet et Kenkel, 1997). Son introduction en Amérique du Nord (dans les années 1900) s’est traduite par une lourde perte d’habitat et de biodiversité dans l’Ouest des États-Unis et le Sud du Canada. Une fois établie, l’euphorbe ésule est difficile, sinon impossible, à éradiquer (Harris, 1988). On ne peut en effet recourir à aucun moyen chimique ou mécanique pour lutter contre l’espèce dans le milieu naturel. En 1993, on a amorcé la lutte biologique contre l’espèce au moyen de coléoptères européens, dans les dunes de Lauder (secteur ouest) et dans celles de Routledge, mais on n'en connaît pas encore les résultats (Hohn, 1994). On pense que le transport de balles de foin contenant l’euphorbe ésule est le principal facteur de propagation de l’espèce dans les provinces canadiennes (Schmidt, 1989).

L’euphorbe ésule est localement abondante dans les dunes de Routledge, notamment dans les zones broutées par le bétail. Dans la ZES, on ne la rencontre qu’à l’occasion (trois petites populations), et elle forme habituellement un couvert relativement faible. L’euphorbe ésule couvre près de 75 p. 100 des dunes au site de la MHHC dans les dunes de Lauder. On ignore si des coléoptères ont été mis en liberté dans ce site. L’euphorbe a complètement couvert de vastes sections de dunes dans le site du secteur est des dunes de Lauder. Le propriétaire du terrain projette de mettre en liberté des coléoptères sur sa propriété (Goulet et Kenkel, 1997).

À l’été 1996, l’euphorbe ésule ne semblait avoir aucune incidence négative sur la fécondité, l’abondance ou la phénologie de la tradescantie de l’Ouest (Goulet et Kenkel, 1997). Il importe de souligner qu’on ne possède aucune information sur la composition et la structure de la communauté avant l’arrivée de l’euphorbe. Il est possible que l’euphorbe soit capable de faire une vive concurrence à la tradescantie de l’Ouest en présence de conditions climatiques défavorables (Goulet et Kenkel, 1997).

L’euphorbe ésule a envahi plusieurs milliers d’acres de terrain dans les dunes d’Elbow. L’espèce est actuellement concentrée dans la moitié est des dunes. Le site de tradescanties de l’Ouest se trouve juste à l’ouest du secteur envahi par l’euphorbe (Godwin et Thorpe, 1991). En 2001, on trouvait des euphorbes, quoique en quantité limitée, parmi la population de tradescantie de l’Ouest (Douglas Lake Provincial Park, 2001).

Il n’y a pas d’euphorbes ésules au site de Manyberries dans les dunes du lac Pakowki en Alberta (Smith, 2001B).

Ombrage et stabilisation des dunes

Les politiques d’extinction des incendies adoptées au début du XXe siècle peuvent avoir favorisé l’empiètement des arbustes et des arbres sur les communautés dunaires et entraîné la stabilisation des dunes et la disparition de l’habitat de la tradescantie de l’Ouest. On ne connaît pas toutes les répercussions de la stabilisation des dunes sur les populations de l’espèce. La présence d’arbustes peut par ailleurs avoir aussi un effet positif, car la couverture arbustive protège l’espèce contre les herbivores et crée un microclimat plus favorable (Goulet et Kenkel, 1997). Les individus qui poussent dans des habitats semi-ombragés (parmi les arbustes ou sous un couvert de chênes à gros fruits) sont souvent en meilleure santé et donnent plus de graines. Une faible couverture arbustive peut en fait être essentielle à la survie de la tradescantie de l’Ouest dans les habitats exposés (Goulet et Kenkel, 1997).

L’examen d’une série chronologique de photographies aériennes des dunes de Routledge (de 1940 à aujourd’hui) montre que l'empiètement des arbustes est minimal. Comme les pentes orientées vers le sud sont très chaudes et très sèches en été, les espèces ligneuses peuvent avoir du mal à s'y établir. Un broutage faible à modéré par le bétail et les ongulés indigènes peut aussi jouer un rôle important dans la suppression de la végétation ligneuse. La tradescantie de l’Ouest peut pousser dans les prés et les milieux ombragés, comme dans les dunes dégagées et partiellement stabilisées.

En Alberta, la stabilisation des dunes et l’établissement d’un couvert arbustif ont eu un impact négatif sur la population des dunes du lac Pakowki (site de Manyberries). Les milieux de sable nu et de végétation herbacée clairsemée ont largement cédé la place à un milieu arbustif (Smith, 2001B).

Perturbations anthropiques 

La tradescantie de l’Ouest est confinée aux milieux dunaires, écologiquement sensibles et facilement détruits par les activités humaines. Les perturbations anthropiques dans les fragiles communautés dunaires peuvent prendre de nombreuses formes. La circulation des piétons et des véhicules motorisés pose un problème majeur dans la ZES et le site de la MHHC. Dans ce dernier site, un panneau routier invite les passants à explorer l’endroit à pied (comm. pers., Elizabeth Reimer, Centre de données sur la conservation du Manitoba). Les véhicules motorisés sont particulièrement destructeurs dans le milieu dunaire. L’extraction de sable et de gravier et l’exploration pétrolière sont aussi des menaces potentielles pour les habitats de la tradescantie de l’Ouest. Enfin, la récolte de plantes dans leur habitat naturel en vue de leur transplantation dans les jardins pose également une menace pour l’espèce (Goulet et Kenkel, 1997).

Les dunes de Routledge sont relativement intactes, bien que le passage des motocyclettes et des motoneiges porte parfois atteinte à leur intégrité écologique (Goulet et Kenkel, 1997).

En Alberta, les humains n’ont guère d’incidence sur le site de Manyberries. Enfin, comme le site de la Saskatchewan se trouve dans le parc provincial Douglas, il est exposé aux activités typiques des parcs, comme le camping, la randonnée et les pique-niques. La population semble toutefois stable pour l’heure (Douglas Provincial Park, 2001, Smith, 2001B).