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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le Tradescantie de l'Ouest (Tradescantia occidentalis) au Canada

Mise à jour
Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC
sur la
Tradescantie de l'Ouest
Tradescantia occidentalis
au Canada

Tradescantie de l'Ouest (Tradescantia occidentalis)

Espèce menacée 2002

COSEPAC
Comité sur la situation des espèces en péril au Canada



COSEWIC
Committee on the Status of Endangered Wildlife in Canada

Les rapports de situation du COSEPAC sont des documents de travail servant à déterminer le statut des espèces sauvages que l’on croit en péril. On peut citer le présent rapport de la façon suivante :

Nota :

Toute personne souhaitant citer l’information contenue dans le rapport doit indiquer le rapport comme source (et citer l’auteur); toute personne souhaitant citer le statut attribué par le COSEPAC doit indiquer l’évaluation comme source (et citer le COSEPAC). Une note de production sera fournie si des renseignements supplémentaires sur l’évolution du rapport de situation sont requis.

COSEPAC. 2002. Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la tradescantie de l’Ouest (Tradescantia occidentalis) au Canada – Mise à jour. Ottawa vi + 26 p.

Smith, B. 2002. Rapport de situation du COSEPAC sur la situation de la tradescantie de l’Ouest (Tradescantia occidentalis) au Canada – Mise à jour, in Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la tradescantie de l’Ouest (Tradescantia occidentalis) au Canada – Mise à jour. Comité sur la situation des espèces en péril au Canada. Ottawa. Pages 1-26.

Rapports précédents :

Smith, B., et C. Bradley. 1992. COSEWIC status report on the western spiderwort Tradescantia occidentalis in Canada. Comité sur la situation des espèces en péril au Canada. Ottawa. 60 p.

Pour obtenir des exemplaires supplémentaires, s’adresser au :

Secrétariat du COSEPAC
a/s Service canadien de la faune
Environment Canada
Ottawa, Ontario
K1A 0H3

Tél. : 819-953-3215
Téléc. : 819-994-3684

Courriel du COSEPAC
Site web du COSEPAC

Also available in English under the title COSEWIC Assessment and Update Status Report on the Western Spiderwort Tradescantia occidentalis in Canada.

Illustration de la couverture :

Tradescantie de l’Ouest – Illustration gracieusement fournie par la Manitoba Conservation, Wildlife and Ecosystem Protection Branch

©Sa Majesté la Reine du chef du Canada, 2003
No de catalogue CW69-14/260-2003F-IN
ISBN 0-662-88462-0

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Sommaire de l'évaluation

Sommaire de l’évaluation – Mai 2002

Nom commun: Tradescantie de l’Ouest

Nom scientifique : Tradescantia occidentalis

Statut : Espèce menacée

Justification de la désignation : Une espèce vivace restreinte à quatre habitats de dunes isolés où elle est en péril à cause de l’euphorbe ésule qui l’envahit, le broutage du bétail et la stabilisation des dunes.

Répartition: Alberta, Saskatchewan et Manitoba

Historique du statut : Espèce désignée « menacée » en avril 1992. Réexamen et confirmation du statut en novembre 2002. Dernière évaluation fondée sur une mise à jour d'un rapport de situation.

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Résumé

Tradescantie de l’Ouest
Tradescantia occidentalis

Information sur l’espèce

La tradescantie de l’Ouest (Tradescantia occidentalis (Britt.) Smyth) est une espèce vivace de la famille des Commelinacées. On trouve au Canada une seule autre espèce de Tradescantia, le T. ohiensis Raf., et elle est confinée au Sud-Ouest de l’Ontario.

Répartition

En milieu naturel, la tradescantie de l’Ouest est confinée à l’Ouest de l’Amérique du Nord. Au Canada, on en trouve quelques sites disjoints dans le Sud des Prairies, soit un site dans le Sud-Est de l’Alberta, un dans le Centre-Sud de la Saskatchewan et trois dans le Sud-Ouest du Manitoba.

Habitat

Les sites de la tradescantie de l’Ouest sont situés sur des crêtes dunaires partiellement stabilisées, en général sur les pentes abruptes orientées vers le sud, mais aussi dans des creux de déflation. Ces milieux comportent habituellement des étendues plus ou moins grandes de sable mobile. Au Manitoba, les cordons dunaires peuvent être passablement étendus. En Alberta et en Saskatchewan, la tradescantie de l’Ouest est confinée à de petites superficies au sein de complexes plus vastes de dunes partiellement stabilisées. Les espèces communes qui y sont associées sont les suivantes : la calamovilfa à longues feuilles (Calamovilfa longifolia), le cerisier de Virginie (Prunus virginiana), le sumac grimpant (Rhus radicans), le rosier de Woods (Rosa woodsii), l’armoise douce (Artemisia frigida), l’armoise argentée (Artemisia cana), le genévrier horizontal (Juniperus horizontalis), la campanule à feuilles rondes (Campanula rotundifolia), la symphorine de l’Ouest (Symphoricarpos occidentalis), le chalef argenté (Elaeagnus commutata), la koelérie à crête (Koeleria macrantha), l’oryzopsis (Oryzopsis hymenoides), la stipe comateuse (Stipa comata), le thermopsis rhombifolié (Thermopsis rhombifolia), la mamillaire vivipare (Coryphantha vivipara), la stipe verte (Stipa viridula), le schizachyrium à balai (Andropogon scoparius), le boutelou gracieux (Bouteloua gracilis) et l’oponce fragile (Opuntia fragilis).

Biologie

La tradescantie de l’Ouest fleurit de mai à juillet et produit des graines entre le début août et la première neige. Chaque fleur ne dure qu’un jour. Les tiges produisent des bourgeons à l’automne, et la plante passe l’hiver à l’état végétatif. La couleur des fleurs varie du blanc ou du rose au violet foncé, couleur la plus courante. Le pollinisateur le plus fréquent est une halicte. La plante possède à la fois des racines charnues et des racines minces, adaptation qui lui permet de survivre dans l’habitat sec que sont les dunes.

Taille et tendances des populations

La population canadienne compterait actuellement quelque 22 000 individus, dont la majorité poussent dans deux des trois sites du Manitoba, soit le site de Hellman (9 422 individus) et le site de Loutit (4 321 individus). La population du troisième site de cette province est estimée à 619 individus. Le site de la Saskatchewan compte une centaine de plantes. Le site des dunes du lac Pakowki, en Alberta, en abritait sept en 2001, une année de sécheresse, mais l’effectif y est remonté à 7 450 individus l’année suivante, après d’abondantes précipitations.

Facteurs limitatifs et menaces

Au nombre des facteurs limitatifs, on signale le broutage par le bétail, l’envahissement par l’euphorbe ésule, l’ombrage, la stabilisation des dunes et les perturbations anthropiques. Un broutage faible à modéré a une incidence limitée sur l’espèce et pourrait même atténuer les effets de la stabilisation des dunes; le surpâturage est dommageable, mais ne pose pas de problème pour le moment. L’euphorbe ésule a envahi trois des cinq sites canadiens, mais la tradescantie de l’Ouest résiste encore pour l’heure. Les perturbations du fragile habitat dunaire par les humains (véhicules tout-terrain, extraction de sable ou exploration pétrolière) sont problématiques. En Alberta, la population est menacée de disparition à cause des effets de la stabilisation des dunes.

Importance de l’espèce

La tradescantie de l’Ouest est une espèce importante des dunes du sud des Prairies canadiennes. Certaines espèces de tradescantie sont utilisées en horticulture.

Mandat du COSEPAC

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) détermine le statut, au niveau national, des espèces, des sous-espèces, des variétés et des populations sauvages  canadiennes importantes qui sont considérées comme étant en péril au Canada. Les désignations peuvent être attribuées à toutes les espèces indigènes des groupes taxinomiques suivants : mammifères, oiseaux, reptiles, amphibiens, poissons, lépidoptères, mollusques, plantes vasculaires, mousses et lichens.

Composition du COSEPAC

Le COSEPAC est composé de membres de chacun des organismes fauniques des gouvernements provinciaux et territoriaux, de quatre organismes fédéraux (Service canadien de la faune, Agence Parcs Canada, ministère des Pêches et des Océans, et le Partenariat fédéral sur la biosystématique, présidé par le Musée canadien de la nature), de trois membres ne relevant pas de compétence, ainsi que des coprésident(e)s des sous-comités de spécialistes des espèces et des connaissances traditionnelles autochtones. Le Comité se réunit pour étudier les rapports de situation des espèces candidates.

Définitions

Espèce
Toute espèce, sous-espèce, variété ou population indigène de faune ou de flore sauvage géographiquement définie.

Espèce disparue (D)
Toute espèce qui n’existe plus.

Espèce disparue du Canada (DC)
Toute espèce qui n’est plus présente au Canada à l'état sauvage, mais qui est présente ailleurs.

Espèce en voie de disparition (VD)Note de bas de page1
Toute espèce exposée à une disparition ou à une extinction imminente.

Espèce menacée (M)
Toute espèce susceptible de devenir en voie de disparition si les facteurs limitatifs auxquels elle est exposée ne sont pas renversés.

Espèce préoccupante (P) Note de bas de page2
Toute espèce qui est préoccupante à cause de caractéristiques qui la rendent particulièrement sensible aux activités humaines ou à certains phénomènes naturels.

Espèce non en péril (NEP) Note de bas de page3
Toute espèce qui, après évaluation, est jugée non en péril.

Données insuffisantes (DI) Note de bas de page4
Toute espèce dont le statut ne peut être précisé à cause d’un manque de données scientifiques.

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a été créé en 1977, à la suite d’une recommandation faite en 1976 lors de la Conférence fédérale-provinciale sur la faune. Le comité avait pour mandat de réunir les espèces sauvages en péril sur une seule liste nationale officielle, selon des critères scientifiques. En 1978, le COSEPAC (alors appelé CSEMDC) désignait ses premières espèces et produisait sa première liste des espèces en péril au Canada. Les espèces qui se voient attribuer une désignation lors des réunions du comité plénier sont ajoutées à la liste.

Service canadien de la faune

Le Service canadien de la faune d’Environnement Canada assure un appui administratif et financier complet au Secrétariat du COSEPAC.

Notes de bas de page

Note de bas de page 1

Appelée « espèce en danger de disparition » jusqu’en 2000.

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Note de bas de page 2

Appelée « espèce rare » jusqu’en 1990, puis « espèce vulnérable » de 1990 à 19

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Note de bas de page 3

Autrefois « aucune catégorie » ou « aucune désignation nécessaire ».

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Note de bas de page 4

Catégorie « DSIDD » (données insuffisantes pour donner une désignation) jusqu’en 1994, puis « indéterminé » de 1994 à 1999.

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Information sur l'espèce

Nom et classification

Nom scientifique :

Tradescantia occidentalis (Britt.) Smyth

Nom commun :

tradescantie de l'Ouest

Famille :

Commelinacées

Grand groupe végétal :

Monocotylédones

Description

La tradescantie de l’Ouest (Tradescantia occidentalis (Britt.) Smyth) est une vivace dressée à tiges minces, haute de 5 à 61 cm (figure 1). Les feuilles, linéaires, ont des gaines courbées à côtes marquées et sont renflées à la jonction avec le nœud. Certaines racines sont grosses et charnues, d’autres minces et fibreuses. Les fleurs sont disposées en cymes terminales composées d’un plus ou moins grand nombre de fleurs et sous-tendues par des bractées allongées ressemblant aux feuilles. Les pétales, de 10 à 15 mm de longueur, roses à bleu foncé, sont disposés par trois et légèrement pointus à l'apex. On compte six étamines, pubescentes et munies d'anthères jaune vif. Le fruit est une capsule papyracée de 0,4 à 1,0 cm de longueur, contenant de 2 à 6 graines. Le Tradescantia est le seul genre de la famille des Commelinacées qui soit indigène du Canada. Il existe une seule autre espèce canadienne de Tradescantia, le Tradescantia ohiensis Raf., et elle est confinée au Sud-Ouest de l'Ontario, où l’on trouve aussi le Tradescantia virginiana L., mais uniquement comme échappée de culture.

Figure 1. Illustration de la tradescantie de l’Ouest (gracieuseté de la Manitoba Conservation, Wildlife and Ecosystem Protection Branch)

Figure 1.  Illustration de la tradescantie de l’Ouest (gracieuseté de la Manitoba Conservation, Wildlife and Ecosystem Protection Branch)

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Répartition

Répartition mondiale

On trouve la tradescantie de l’Ouest dans le Centre des États-Unis, depuis le Texas, le Nouveau-Mexique et l'Arizona, au sud, jusqu'au Montana et au Dakota du Nord (figure 2). L'espèce est probablement présente dans le Nord du Mexique, mais on ne possède aucune mention pour cette région. Au Canada, on la trouve dans quatre régions disjointes; ce sont les sites du Manitoba qui sont les plus proches de l'aire de répartition principale de l'espèce, au sud (Smith, 2001).

Figure 2. Aire de répartition de la tradescantie de l’Ouest en Amérique du Nord

Figure 2.  Aire de répartition de la tradescantie de l’Ouest en Amérique du Nord

Répartition canadienne

La tradescantie de l’Ouest pousse en Alberta, en Saskatchewan et au Manitoba (figure 3), où elle est considérée comme rare. On la trouve dans seulement quatre localités, dans des milieux dunaires exposés au broutage et à l'envahissement par les mauvaises herbes. Les populations sont abondantes dans deux des trois sites du Manitoba et dans l'unique site albertain.

Figure 3. Aire de répartition de la tradescantie de l’Ouest au Canada

Figure 3.  Aire de répartition de la tradescantie de l’Ouest au Canada

Légende :

  1. Dunes du lac Pakowki (site de Manyberries), en Alberta.
  2. Dunes d’Elbow (site du parc provincial Douglas), en Saskatchewan.
  3. Dunes de Lauder (comprend les populations du secteur est et du secteur ouest), au Manitoba.
  4. Dunes de Routledge (comprend la ZES et les terres environnantes), au Manitoba.

Alberta

La tradescantie de l’Ouest ne pousse que dans les dunes du lac Pakowki, près de Manyberries, dans le Sud-Est de l'Alberta.

Saskatchewan

La tradescantie de l’Ouest pousse dans une seule localité du Centre-Sud de la province, dans les dunes d'Elbow, à l'Est du lac Diefenbaker, dans le parc provincial Douglas.

Manitoba

La tradescantie de l’Ouest pousse dans les dunes de Routledge et dans les dunes de Lauder (une population située dans le secteur ouest, qui inclut le site de la Société protectrice du patrimoine écologique du Manitoba [Manitoba Habitat Heritage Corporation, MHHC], et une population dans le secteur est), dans le Sud-Ouest du Manitoba. La population découverte dans le secteur est des dunes de Lauder par Ken DeSmet en 1995 se trouve à environ 1,5 kilomètres au nord-est du site de la MHHC. Les trois sites manitobains couvrent au total 12 quarts de section de terrain. Les populations du Manitoba sont isolées des populations voisines des États-Unis et constituent un prolongement au nord de l'aire de répartition de l'espèce. Plusieurs autres régions de dunes du Sud-Ouest du Manitoba ont fait l’objet de recherches visant à déceler la présence de l'espèce, mais sans succès (Hohn, 1994; DeSmet, 1995; Goulet et Kenkel, 1997).

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Habitat

Besoins de l’espèce

Les sites de la tradescantie de l’Ouest sont situés sur des crêtes dunaires partiellement stabilisées, en général sur les pentes abruptes orientées vers le sud, mais aussi dans des creux de déflation. Ces milieux comportent habituellement des étendues plus ou moins grandes de sable mobile. Au Manitoba, les cordons dunaires peuvent être passablement étendus. En Alberta et en Saskatchewan, la tradescantie de l’Ouest est confinée à de petites superficies au sein de complexes plus vastes de dunes partiellement stabilisées. Les espèces communes qui y sont associées sont les suivantes : la calamovilfa à longues feuilles (Calamovilfa longifolia), le cerisier de Virginie (Prunus virginiana), le sumac grimpant (Rhus radicans), le rosier de Woods (Rosa woodsii), l’armoise douce (Artemisia frigida), l’armoise argentée (Artemisia cana), le genévrier horizontal (Juniperus horizontalis), la campanule à feuilles rondes (Campanula rotundifolia), la symphorine de l’Ouest (Symphoricarpos occidentalis), le chalef argenté (Elaeagnus commutata), la koelérie à crête (Koeleria macrantha), l’oryzopsis (Oryzopsis hymenoides), la stipe comateuse (Stipa comata), le thermopsis rhombifolié (Thermopsis rhombifolia), la mamillaire vivipare (Coryphantha vivipara), la stipe verte (Stipa viridula), le schizachyrium à balai (Andropogon scoparius), le boutelou gracieux (Bouteloua gracilis) et l’oponce fragile (Opuntia fragilis). L'euphorbe ésule (Euphorbia esula), espèce introduite, peut poser problème, car elle prospère dans les habitats sableux, restreignant ainsi la végétation indigène (Smith, 2001; Goulet et Kenkel, 1997).

Figure 4. Habitat de crêtes dunaires de la tradescantie de l’Ouest dans les dunes de Routledge, au Manitoba (photo de B. Smith, juillet 1990)

Figure 4.  Habitat de crêtes dunaires de la tradescantie de l’Ouest dans les dunes de Routledge, au Manitoba (photo de B. Smith, juillet 1990)

Figure 5. Habitat dunaire de la tradescantie de l’Ouest dans les dunes de Routledge, au Manitoba (photo de B. Smith, juillet 1990)

Figure 5.  Habitat dunaire de la tradescantie de l’Ouest dans les dunes de Routledge, au Manitoba (photo de

Au Manitoba, les espèces qu'on observe surtout au printemps sont la phléole des prés, la chrysopside velue (Heterotheca villosa), le lin rigide (Linum rigidum) et la townsendie acaule (Townsendia exscapa). Au printemps, la couche d’herbe morte est épaisse. À la fin de l'été, les espèces les plus abondantes sont le barbon de Hall, les graminées et le sporobole à fleurs cachées (Sporobolus cryptandrus). Les espèces typiques du milieu dunaire au Manitoba sont les graminées, le barbon de Hall, le boutelou gracieux, le cerisier de Virginie, les rosiers et le raisin d'ours (Arctostaphylos uva-ursi). L'herbe squelette (Lygodesmia juncea) est caractéristique des zones dunaires plutôt dégagées. Le genévrier horizontal peut couvrir de vastes superficies de dunes. Les dunes dégagées, stabilisées et non broutées (site de la ZISE de Hellman) sont caractérisées par une épaisse couverture de Tortula ruralis, qui forme une « croûte » stabilisante sur le sable. La mousse est peu fréquente dans les zones broutées, car le piétinement du bétail brise la croûte qu'elle forme. Parmi les autres espèces caractéristiques des dunes du Manitoba, mentionnons le saule de Wolf, le pétalostemon pourpre (Petalostemon purpureum) et la verge d'or (Solidago missouriensis). Les populations manitobaines de tradescantie de l’Ouest poussent sur des sols de sable grossier contenant très peu de limon et d'argile (Goulet et Kenkel, 1997).

La végétation au site de Loutit, dans les dunes de Lauder, diffère de celle des deux autres sites manitobains. Le couvert herbacé est plus bas et les arbustes empiètent partout sur les dunes. Les « cuves » de sable dénudé et mobile sont fréquentes dans les secteurs nord et sud de la propriété (Goulet et Kenkel, 1997).

Le milieu dunaire diffère dans les trois sites du Manitoba. Le site de Hellman, dans les dunes de Routledge, est divisé par des bandes naturelles d’arbustaie et de forêt qui séparent les dunes et par les limites des propriétés. La principale crête dunaire sur la propriété Hellman est orientée du sud-est au nord-ouest. Les dunes du site de la MHHC, situé dans les dunes de Lauder, sont généralement plus petites, mais plus larges que celles du site de Hellman. Elles vont du nord au sud et se referment aux deux extrémités pour former un cercle. Les dunes du site de Loutit, également situé dans les dunes de Lauder, s’étendent en continu du nord au sud sur la propriété, sur deux quarts de section; un grand nombre d'entre elles sont hautes (12 m ou plus) et abruptes (pente de 60 p. 100) (Goulet et Kenkel, 1997).

Les facteurs climatiques sont probablement cruciaux pour les populations de tradescantie de l’Ouest situées à la limite septentrionale de l’aire de l’espèce. Lorsque les précipitations sont supérieures à la moyenne en été, la population s’accroît et la période de floraison est plus longue. Les plantes poussant dans un sol humide bien drainé sont en général plus robustes que celles qu’on trouve dans les milieux trop drainés (Smith et Bradley, 1990, Hohn, 1994, Goulet et Kenkel, 1997).

D’après les observations sur le terrain, la tradescantie de l’Ouest se trouve le plus souvent dans des zones où la neige s'accumule beaucoup en hiver et où l’été est chaud et ensoleillé (Goulet et Kenkel, 1997). La présence d’une couche de neige suffisante et permanente est probablement essentielle à la survie de l’espèce. Les pousses qui demeurent hors du sol ont besoin de la protection d’une couche de neige pour survivre aux durs hivers manitobains. Comme les vents dominants sont du nord, d’énormes quantités de neige s’accumulent sur les versants des dunes orientés vers le sud. Cette épaisse couche de neige assure une isolation particulièrement efficace et fond plus tôt et plus vite au printemps que celle qui se trouve sur les versants nord, ce qui prolonge la saison de croissance de la tradescantie dans le micromilieu.

Tendances

En Alberta, l’habitat de la tradescantie de l'Ouest semble disparaître ou diminuer considérablement par suite de la stabilisation des dunes par la végétation arbustive (Smith, 2001B). En Saskatchewan, comme au Manitoba, l’habitat est stable à cause de la formation continuelle de creux de déflation, essentiels pour la colonisation par l’espèce.

Protection et propriété des terrains

La population d’Alberta pousse sur une terre de la Couronne actuellement louée comme terre de pâturage (Smith et Bradley, 1990). Celle de Saskatchewan se trouve dans un pâturage collectif aménagé, près des limites du parc provincial Douglas. Les autorités du parc autorisent le pâturage dans le parc (Godwin et Thorpe, 1991).

La désignation d'une zone écologiquement sensible (ZES) dans les dunes de Routledge assure une certaine protection de la population de ces dunes et de son habitat. La ZES est clôturée, et il faut obtenir une autorisation pour y accéder. Malheureusement, il est difficile de faire respecter la réglementation étant donné que les propriétaires ne résident pas sur la propriété. La majorité du reste de la population des dunes de Routledge est exposée au broutage par le bétail ou aux perturbations anthropiques (surtout dues aux véhicules motorisés). Le site de la MHHC (Société protectrice du patrimoine écologique du Manitoba) (dunes de Lauder) est administré par un propriétaire absent. En principe, il faut un permis pour avoir accès au terrain, mais la réglementation n’est pas appliquée. Le site, très facile d’accès, est situé près de la route provinciale 345. La population du secteur est des dunes de Lauder pousse dans un pâturage (Goulet et Kenkel, 1997).

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Biologie

Généralités

La tradescantie de l’Ouest produit de mai à juillet des fleurs qui ne durent qu’un jour. En 1996, la floraison s’est étalée de juin à la mi-août, et la libération des graines, du début août à la première neige, en octobre. Les tiges produisent des bourgeons à l’automne, et la plante passe l’hiver à l’état végétatif. La couleur des fleurs varie du blanc ou du rose au violet foncé, couleur la plus courante. La variété rose, rare, ne se trouve que dans deux des cinq sites, où elle est éparse (Goulet et Kenkel, 1997; Smith, 2001B).

Reproduction

Bien que l’autostérilité soit fréquente chez le genre Tradescantia, on a déjà émis l'hypothèse d'une possible autofécondation chez la tradescantie de l’Ouest. L’espèce se reproduit par graines et par voie végétative. La reproduction par les graines exige une stratification en milieu humide. L’espèce peut se propager par voie végétative en produisant des bourgeons racinaires sur certaines portions de la tige (Smith et Bradley, 1990).

Au Manitoba, une comparaison des plantes florifères observées en 1996 (Goulet et Kenkel, 1997) et en 1993 (Hohn, 1994) a révélé que leur proportion était de beaucoup inférieure en 1996 (pâturage Hellman, 72 p. 100 en 1993 contre 30 p. 100 en 1996; site de la MHHC, 52 p. 100 en 1993 contre 27,5 p. 100 en 1996). Ces résultats pourraient cependant refléter des différences dans la définition de l’« individu ». En 1996, environ la moitié des plantes ont fleuri dans la ZES (dunes de Routledge), non broutée, et dans la population du secteur est des dunes de Lauder. Le taux de floraison moins élevé (30 p. 100) observé dans la portion broutée des dunes de Routledge est attribué au broutage par le bétail. Les relevés de 1993 et de 1996 révèlent que c’est sur le site de la MHHC (dunes de Lauder) que la floraison est la plus faible, signe que les conditions pourraient être sous-optimales à ce site (Goulet et Kenkel, 1997; Hohn, 1994).

Cycle de vie

Les données sur le cycle vital de la tradescantie de l’Ouest sont tirées de Goulet et Kenkel (1997). En moyenne, la majorité des individus produisent une ou deux tiges (moyenne = 1,5). L’espèce produit invariablement une seule pousse à tiges multiples. En fait, on a trouvé un seul individu à deux pousses, dont la taille faisait environ la moitié de la taille normale, dans une zone fortement piétinée des pâturages des dunes Routledge. Le système racinaire est composé de racines minces et de racines charnues. Les racines charnues s’enfoncent jusqu’à 20 à 100 cm dans le sol, les racines minces encore plus profondément.

Au début de mai 1996, les individus avaient déjà de 5 à 15 cm de hauteur et comptaient deux ou quatre feuilles naissant au niveau du sol. Les boutons floraux sont apparus le 12 juin 1996, en cyme serrée. Chaque jour, un bouton pédicellé se dégage de la cyme, et il donne une fleur le matin suivant. La première fleur a été observée le 28 juin 1996, environ une semaine plus tard qu’en 1993 et en 1994 (Hohn, 1994). Chaque fleur ne dure qu’un jour et se referme habituellement au milieu de la journée. En même temps, un deuxième bouton floral se dégage, pour fleurir le lendemain. Ce processus se poursuit jusqu’à ce que tous les boutons de la cyme aient fleuri. La fermeture d’une fleur pollinisée entraîne la production d’une structure charnue qui pend des sépales fermés et durcit le lendemain. En 1996, la floraison a atteint un pic à la mi-juillet, mais s’est poursuivie jusqu’à la mi-août. Quelques rameaux florifères ont continué de produire des boutons floraux même après la déhiscence de la première capsule de la cyme. Après l’apparition de la première cyme, de nombreux individus en ont produit une ou plusieurs autres.

Les individus poussant en petites touffes étaient souvent tous au même stade de développement floral. En revanche, dans les grosses touffes, certains individus n’ont pas fleuri, et les autres étaient souvent à des stades de développement floral différents. Comme beaucoup d’espèces vivaces, la tradescantie de l’Ouest ne fleurit qu’après avoir atteint une certaine taille ou un certain âge.

Après la floraison, les capsules en développement pendent en grappe lâche. Environ 22 p. 100 des fleurs n’ont pas produit de graines, soit parce qu’elles étaient stériles, soit parce qu'elles n’ont pas été pollinisées. Les fleurs non fertilisées produisent de petites capsules cylindriques, tandis que celles qui le sont forment une capsule ovoïde.

Environ trois semaines après la floraison, la capsule, papyracée, s’ouvre pour libérer de 1 à 6 graines (moyenne de 4 graines). Les valeurs les plus élevées ont été observées au site des dunes de Routledge et dans la population du secteur est des dunes de Lauder, et les plus faibles au site de la MHHC (dunes de Lauder). La libération des premières graines a été observée le 22 juillet 1996 et s’est poursuivie jusque vers la fin septembre.

Après la floraison, les parties aériennes de la plante deviennent chlorotiques et flétrissent. En même temps, de nouvelles tiges sortent des bourgeons à l’interface racine-tige. Cette repousse survient dès la fin de juillet et se poursuit bien avant dans l’automne. À la fin septembre, la plante est tout à fait comme au début du printemps. Il semble que la tradescantie de l’Ouest passe l’hiver sous cette forme. Cette stratégie offre l’avantage manifeste de permettre à l’espèce de reprendre sa croissance dès le début du printemps, avant d’être ombragée par d’éventuels compétiteurs; à la limite septentrionale de l'aire de répartition de l’espèce, elle pourrait cependant être un facteur limitatif. Certains individus produisent deux ou même trois nouvelles pousses à l’automne. Comme on n’a trouvé que des individus à une seule pousse lors du relevé estival, il semble qu'une seule des multiples pousses survive à l’hiver. Il est possible aussi que le développement de pousses multiples soit un mode de propagation par voie végétative, où chacune des pousses produit une plante « fille » le printemps suivant.

Pollinisateurs et autres insectes

Plusieurs pollinisateurs ont été observés sur la tradescantie de l’Ouest. Le plus commun est une halicte (ordre des Hyménoptères, famille des Halictidés) (Goulet et Kenkel, 1997), abeille solitaire qui niche dans le sol et préfère par conséquent les sols sableux légers.

Une autre espèce associée à la tradescantie de l’Ouest est une araignée de la famille des Dictynidés, qui tisse sa toile sur une portion de feuille et vit dans l’ourlet ainsi formé. Une araignée-crabe de la famille des Thomisidés a aussi été observée sur la plante, mais moins fréquemment. On a aussi observé quelques fois, dans une cyme à maturité, un puceron (ordre des Homoptères) qui semble imiter les boutons floraux (Goulet et Kenkel, 1997).

Survie

La tradescantie de l’Ouest possède à la fois des racines charnues et des racines minces, ce qui est unique au sein du genre. Les racines et tiges succulentes constituent une adaptation aux sols secs, comme les dunes de sable (Goulet et Kenkel, 1997).

Physiologie

Depuis le début des relevés, c’est dans le site de la MHHC que l’on a recensé la plus forte proportion d’individus à fleurs roses. En 1996, malgré une recherche poussée, aucune plante à fleurs roses n’a été observée au site de Loutit. Par contre, une nouvelle population importante de plantes à fleurs roses a été découverte à l’extrémité nord (dunes de Crowfoot) de la ZES, dans les dunes de Routledge, ce qui a considérablement augmenté le nombre de plantes à fleurs roses recensées dans la région (Goulet et Kenkel, 1997).

Dans les populations manitobaines de la tradescantie de l’Ouest, les fleurs présentent une gradation continue de couleurs, depuis un blanc presque pur jusqu’à diverses teintes de bleu et de violet, en passant par le rose. On peut donc penser que la couleur des fleurs est déterminée par la quantité de pigments présents. En 1996, on n’a observé que deux individus à fleurs blanches, tous deux dans les dunes de Crowfoot, à l’extrémité nord de la ZES. D’autres aberrations ont été notées en 1996, notamment une plante unique ayant produit deux cymes de couleur différente, l’une à fleurs roses et l’autre à fleurs violettes, et une autre qui a produit des fleurs roses, violettes et rayées rose et violet dans la même cyme (Goulet et Kenkel, 1997).

La rareté des fleurs roses donne à penser que la « perte de pigmentation » est un trait récessif et/ou qu’elle incite les pollinisateurs à ignorer les plantes en question. La découverte d’individus de couleur inhabituelle indique que la variation dans la couleur des fleurs pourrait être attribuable à une mutation dans le méristème floral ou à une mutation chimérique. Le fait que tous les individus de couleur inhabituelle se trouvent dans une même région des dunes de Lauder, au site de la MHHC (population du secteur ouest), et qu’on ne trouve aucun individu à fleurs roses dans la population du secteur est donne cependant à penser que la mutation n’est pas aléatoire dans les populations du Manitoba (Goulet et Kenkel, 1997).

La densité des individus à fleurs roses semble indiquer que la pollinisation et la dispersion des graines de la tradescantie de l’Ouest sont limitées. En 1996, on a observé que les pollinisateurs se déplacent généralement entre plantes voisines. On peut donc penser que le flux génétique au sein des populations est très localisé, ce qui expliquerait la répartition spatiale des individus à fleurs roses (Goulet et Kenkel, 1997).

Les dommages aux feuilles, plus prononcés chez les plantes poussant dans les milieux non ombragés, semblent indiquer que l’ensoleillement peut être une source de stress pour la tradescantie de l’Ouest. L’évapotranspiration, plus importante chez les plantes en plein soleil, peut en effet se traduire par un manque d’eau et d’éléments nutritifs et donner lieu à une chlorose ou une nécrose des feuilles (Goulet et Kenkel, 1997).

Les individus les plus grands ont été observés en milieu ombragé et soumis à un broutage léger, où poussait également l’euphorbe ésule. La taille de ces individus est peut-être attribuable à la compétition interspécifique pour la lumière. Pour survivre, la tradescantie doit en effet dépasser la taille de l’euphorbe (Goulet et Kenkel, 1997).

Déplacements et dispersion

La tradescantie de l’Ouest pousse en groupes très compacts, probablement en raison de la faible dispersion des graines. La propagation végétative par bourgeons latéraux pourrait également expliquer cette répartition (Goulet et Kenkel, 1997).

Les graines tombent habituellement directement sur le sol à côté de la plante mère. On a en effet observé des graines coincées entre les feuilles et les nœuds de la tige de la plante mère. La grosseur des graines limite probablement leur dispersion. On a souvent observé un alignement d’individus sur le versant d’une dune, ce qui donne à penser que les graines peuvent être entraînées vers le bas de la pente par le vent, la pluie ou les eaux de fonte. Les vents forts peuvent repousser les graines vers le haut de la pente. Les herbivores peuvent aussi contribuer à la dispersion des graines, en broutant les plantes fructifères. Si les graines de la tradescantie de l’Ouest restent viables après être passées dans le rumen et les intestins des herbivores, ceux-ci peuvent jouer un rôle important dans leur dispersion sur de longues distances (Goulet et Kenkel, 1997).

Comportement et adaptabilité

Il serait peut-être possible de transplanter dans un habitat convenable des tradescanties de l’Ouest cultivées en serre. Hohn (1994) a toutefois remarqué que les plants ont parfois du mal à s’établir et à survivre. Il faudrait d’abord bien préparer le terrain : enlever les euphorbes ésules, éclaircir la végétation arbustive et/ou déstabiliser partiellement les dunes. Parmi les sites suggérés pour une transplantation au Manitoba, mentionnons les dunes du lac Oak, l’aire de gestion de la faune des dunes de Lauder, les dunes de Carberry et les dunes de Portage.

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Taille et tendances des populations

Au Canada, on a recensé en tout cinq populations de tradescantie de l’Ouest poussant dans quatre régions dunaires de trois provinces.

Alberta - Dunes du lac Pakowki

Site de Manyberries

On a trouvé des tradescanties de l’Ouest dans une seule localité du Sud-Est de l’Alberta, près du lac Pakowki. Ce site a été découvert en 1986 et a été visité de nouveau par divers chercheurs en 1986, en 1987, en 1990, en 1999 et en 2001.

Le 29 juin 1999, Gould et Cotterill y ont recensé, sur une petite superficie, 27 individus répartis en trois sous-populations de 3, de 19 et de 5 individus. Sur les 27 individus, 24 étaient en boutons et trois en fleurs (ANHIC, 2001).

L’auteure (Smith, 2001B) s’est rendue sur les lieux le 14 juillet et le 6 août 2001. La première fois, elle y a trouvé sur une petite superficie sept individus non florifères de moins de 15 cm de hauteur dont les feuilles étaient enroulées et déformées. Lors de la deuxième visite, le 6 août, elle n’a pu trouver aucun individu.

La population, qui apparemment est toujours petite, varie considérablement d’une année à l’autre, probablement en fonction des conditions climatiques. Elle a atteint un seuil de sept individus et un plafond de 210 (1986 - 50; 1987 - 30; 1990 - 210; 1999 - 27; 2001 - 7).

 L’information fondée sur des relevés réalisés en juillet 2002 suivant un printemps aux fortes précipitations, a eu pour résultat un dénombrement partiel de 1 255 touffes (plantes à tiges multiples) et une estimation d’environ 7 450 plantes pour la zone entière (comm. pers. avec Sue Peters, Alberta Conservation Association, Edmonton). Il est évident que l’espèce fluctue grandement d’une saison à l’autre selon les conditions climatiques.

Saskatchewan - Dunes d’Elbow

Site du parc provincial Douglas

En Saskatchewan, la tradescantie de l’Ouest pousse dans une seule localité, dans le Centre-Sud de la province. En 1991, 42 individus ont été recensés dans ce site. En 2001, le site a de nouveau été exploré par le personnel du parc provincial Douglas, qui y a trouvé de un à plusieurs individus à 15 endroits, pour une population totale inférieure à cent individus. Le rapport final sur la présence de la tradescantie de l’Ouest dans le parc n’était pas disponible au moment de la rédaction du présent rapport (Douglas Provincial Park, 2001).

Manitoba - Dunes de Lauder

Secteur ouest (y compris le site de la MHHC)

Ce site, le premier découvert dans les dunes de Lauder, a fait l’objet de relevés en 1990, en 1992, en 1994, en1996 et en 2001. En 1990, on y a dénombré 66 individus. En 1992 et en 1994, l’effectif est demeuré stable à 380 individus. En 1996, on a estimé la population à 783 individus (Goulet et Kenkel, 1997) et en 2001, on en a compté 619 (comm. pers., Elizabeth Reimer, Centre de données sur la conservation du Manitoba).

Le secteur ouest des dunes abrite des populations comparativement petites. Deux populations localisées ont déjà été décrites, toutes deux situées dans des « poches » protégées dans les dunes (Smith et Bradley, 1990; Hohn, 1994). En 1996, on a trouvé une nouvelle population de petite taille dans un pré légèrement onduleux à l’ouest de la principale chaîne de dunes. Cette population pousse dans une zone surbaissée, protégée par des touffes d’arbustes de petite taille (Goulet et Kenkel, 1997).

Secteur est

Cette population a été découverte en 1995. Un relevé complet de la région a été entrepris en 1996, notamment dans les zones identifiées par DeSmet (1995) et dans les portions nord de la propriété qui n’avaient jamais été explorées. C’est dans les hautes dunes de la portion centrale de cette propriété privée que la tradescantie de l’Ouest était la plus abondante, là où le broutage est minimal. On trouve des populations moins denses à l’extrémité nord de la propriété, de même que sur les hautes dunes de la portion sud (Goulet et Kenkel, 1997). En 1996, on a estimé la population à 19 540 individus (Goulet et Kenkel, 1997). Un relevé réalisé en 2001 par Marjorie Hughes a permis d’en dénombrer 4 321 (comm. pers., Elizabeth Reimer, Centre de données sur la conservation du Manitoba).

Dunes de Routledge

Cette population est la plus grande du Canada. Elle a été étudiée en 1990, en 1992, en 1994, en 1996 et en 2001. Les crêtes dunaires partiellement stabilisées abritaient 3 278 individus en 1990 (Smith et Bradley, 1990). On y a dénombré environ 7 800 individus en 1992 et en 1994 (Hohn, 1992, 1994). En 1996, on a estimé la population à 26 550 individus, dont 75 p. 100 poussaient dans la ZES (Goulet et Kenkel, 1997). Encore une fois, les facteurs climatiques semblent avoir une grande incidence sur la taille des populations d’une année à l’autre.

La majorité des individus de ce site poussent dans la ZES, qui est située sur une propriété privée. La tradescantie de l’Ouest pousse densément sur la terre de la Couronne adjacente, mais elle n’y occupe qu’une petite superficie s’étendant à environ de 5 à 20 m au-delà de la clôture de la propriété privée. En 1996, on a découvert d’autres individus dans deux autres propriétés privées adjacentes à la ZES. Dans l’une de ces propriétés, l’espèce ne s’étend que jusqu’à une centaine de mètres au-delà de la clôture, même si les dunes s’étendent beaucoup plus loin. On n’a pas exploré entièrement la deuxième propriété faute d’avoir pu obtenir l’autorisation d’y faire des recherches (Goulet et Kenkel, 1997).

En 1996, deux nouvelles sous-populations de tradescantie de l’Ouest ont été découvertes dans la ZES, dont une petite dans un pré de graminées et d’arbustes, sur des dunes légèrement onduleuses et stabilisées. Le plus grand nombre d’individus poussaient dans les secteurs bas et protégés. Une deuxième sous-population, plus importante, a été trouvée dans les dunes de Crowfoot qui se prolongent dans les terrains privés adjacents. Cette seconde sous-population compte un grand nombre d’individus à fleurs roses (Goulet et Kenkel, 1997).

Selon les rapports, la population de tradescantie de l’Ouest des dunes de Routledge est demeurée stable jusqu’à aujourd’hui (Hellman, comm. pers., 2001). Toutefois, selon les dénombrements effectués par Marjorie Hughes en 2001 (comm. pers., Elizabeth Reimer, Centre de données sur la conservation du Manitoba), on y compterait au total 9 422 individus, ce qui représente une chute considérable par rapport à l’effectif maximal de 26 550, atteint en 1996.

Résumé 

Au Canada, la tradescantie de l’Ouest se limite à une population modérément abondante, située en Alberta (dunes du lac Pakowki), qui semble fluctuer énormément selon les précipitations saisonnières, deux autres petites populations, dont l’une pousse en Saskatchewan (parc provincial Douglas) et l’autre au Manitoba (secteur ouest des dunes de Lauder), et deux populations passablement importantes au Manitoba (secteur est des dunes de Lauder et dunes de Routledge). Le tableau 1 donne le sommaire des populations.

Tableau 1. Sommaire des populations de tradescantie de l’Ouest, incluant les nouvelles données pour l’Alberta (2002) et le Manitoba (2001) fournies en septembre 2002 par chacune des provinces. [E. Haber, COSEPAC].
Province

Dunes


Sites
Alb.

Dunes du lac Pakowki

Site de Manyberries
Sask.

Dunes d’Elbow

Parc prov. Douglas
Man.

Dunes de Lauder


Secteur ouest, MHHC inclus
Man.

Dunes de Lauder

Secteur est
Man.

Dunes de
Routledge

ZES et autres terrains privés inclus
Population canadienne totale Note du tableaua
1986
50
 
 
 
 
50
1987
30
 
 
 
 
30
1990
210
 
66
 
3 278
3 554
1991
 
42
 
 
 
42
1992
 
 
380
 
7 800
8 180
1994
 
 
380
 
7 800
8 180
1996
 
 
783
19 540
26 550
46 873
1999
27
 
 
 
 
27
2001
7
100
619
4 321
9 422
14 469
2002
7 450 est.
 
 
 
 
7 450
Dénombrement le plus récent
7 450
100
619
4 321
9 422
21 912

Notes du tableau

Note a

Population totale selon des données incomplètes pour la plupart des années

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Les deux plus grandes populations canadiennes de tradescantie de l’Ouest poussent dans le Sud-Ouest du Manitoba. Les dunes de Routledge abritent vraisemblablement la plus grande, qui, selon les estimations, a atteint un sommet de plus de 26 000 individus en 1996. Cette population, comme d’autres, fluctue énormément; au dénombrement le plus récent, elle dépassait à peine 9 400 individus. Ce site abrite également un grand nombre de plantes à fleurs roses. Au cours des douze dernières années, l’effectif canadien de l’espèce est demeuré dans les milliers d’individus, avec des fluctuations considérables. Les perturbations minimales causées par les humains et la présence limitée de l’euphorbe ésule pourraient expliquer le nombre relativement important de tradescanties de l’Ouest dans les dunes de Routledge. Il est possible que les conditions propices du milieu jouent également un rôle à cet égard. La population du secteur est des dunes de Lauder est la deuxième en importance au Canada, le dénombrement le plus récent, réalisé en 2001, donnant 4 321 individus, ce qui représente cependant une chute considérable par rapport au 19 540 individus recensés en 1996. Cette population, découverte en 1995, pousse autant sur les dunes basses que sur les hautes dunes (Goulet et Kenkel, 1997).

L’effectif estimé pour 1996 est beaucoup plus élevé que pour les années antérieures. Plusieurs facteurs peuvent expliquer cet écart : 1) la population du secteur est des dunes de Lauder, qui constitue plus de 40 p. 100 de la population connue du Manitoba, n’était pas incluse dans les relevés antérieurs; 2) dans le relevé de 1996, le nombre d’individus non florifères était inclus dans l’estimation de la population totale; 3) le relevé de 1996 était plus complet que les relevés antérieurs; il englobait en effet des secteurs des dunes de Routledge et du site de la MHHC qui n’avaient pas été dénombrés auparavant (p. ex. les dunes de Crowfoot et deux autres propriétés privées); 4) l’augmentation de l’effectif observé entre 1990 et en 1992 pourrait être due au taux de précipitations plus élevé au cours de cette période (Goulet et Kenkel, 1997; Hohn, 1994).

Des travaux sur le terrain réalisés en juillet 2002 pour le compte de la Sustainable Resource Development, Fish and Wildlife Division de l’Alberta ont permis de mieux comprendre les fluctuations démographiques dans l’unique site de la province. On a ainsi estimé qu’environ 7 450 individus y poussaient au cours de l’été 2002, après un printemps très pluvieux. De même, de nouvelles données fournies par le Centre de données sur la conservation du Manitoba pour les trois sites de la province se sont avérées particulièrement éclairantes. Ces données (tableau 1) mettent en effet en évidence un déclin brutal des populations en 2001 par rapport au sommet atteint en 1996 dans les trois sites. On a également dénombré un nombre extrêmement faible d’individus dans l’unique population albertaine la même année. Pour l’année 2002, les abondantes précipitations qui sont tombées sur le Sud de l’Alberta ont créé de bonnes conditions de croissance, favorables à la résurgence de la population dans les dunes du lac Pakowki. On voit donc que la taille des populations de tradescantie de l’Ouest fluctue énormément.

On estime que la population canadienne totale a fluctué d’un seuil d’environ 7 714 individus (valeurs les plus basses de tous les sites connus) à un sommet de 54 423 individus (valeurs les plus élevées de tous les sites) au cours des dernières années (voir le tableau 1).

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Facteurs limitatifs et menaces

D’après le rapport de situation original, les menaces qui pèsent sur la survie de la tradescantie de l’Ouest au Canada sont les suivantes : la conversion des prairies artificielles en terres cultivées, la stabilisation des dunes, le broutage, la lutte contre les incendies de végétation, l’envahissement par les mauvaises herbes et les activités pétrolières (Smith et Bradley, 1990). Toute disparition de l’habitat dans les localités où l'on sait que l’espèce est présente aurait une incidence négative sur sa survie au Canada. La disparition de l’habitat résulte le plus vraisemblablement des pratiques agricoles, telles que le pâturage et l’introduction d’espèces envahissantes comme l’euphorbe ésule.

Goulet et Kenkel (1997) font état des facteurs limitatifs suivants : broutage par le bétail, envahissement par l’euphorbe ésule, ombrage et perturbations anthropiques.

Broutage

Le surpâturage nuit énormément à l’habitat de la tradescantie de l’Ouest et devrait être déconseillé. Un niveau de pâturage faible à modéré peut par contre aider à freiner l’empiètement de la végétation sur les habitats dunaires. On a observé des pousses qui surgissaient de plantes endommagées par le broutage et le piétinement par le bétail. En effet, si la plante n’est pas broutée jusqu’au niveau du sol, elle peut se développer de nouveau à partir du reste de la tige (Goulet et Kenkel, 1997). Le faible taux de floraison dans les sites broutés (30 p. 100 par rapport à 50 p. 100 dans les sites non broutés) est attribué au pâturage. Vu le grand nombre de tiges en fleur qui sont broutées, on pense que le bétail est attiré par les fleurs de couleurs vives (Goulet et Kenkel, 1997).

Tous les sites canadiens de la tradescantie de l’Ouest, sauf le site de la MHHC au Manitoba, ont été broutés. Le broutage de la tradescantie de l’Ouest par le bétail comme par les herbivores indigènes (surtout le cerf de Virginie) a déjà été signalé (Hohn, 1994). Le gros de la pression due au broutage semble toutefois attribuable au bétail. Les effets de ce phénomène sur l'espèce peuvent être à la fois positifs et négatifs : le broutage et le piétinement des plantes peuvent réduire la taille et la fécondité des populations; en revanche, les bestiaux, en se déplaçant et en broutant les espèces ligneuses et les herbes qui stabilisent les dunes, peuvent empêcher la stabilisation des dunes (Goulet et Kenkel, 1997). Dans les régions où la pression de broutage par le bétail est faible à modérée (pâturage Hellman, site de Loutit), ce facteur ne semble pas constituer une grave menace pour la survie à long terme des populations de tradescantie de l’Ouest. Cependant, le broutage par le bétail diminue la diversité des communautés. Le broutage intense est nuisible pour les populations de tradescantie de l’Ouest (et les milieux dunaires en général) et devrait être fortement déconseillé (Goulet et Kenkel, 1997).

La ZES des dunes de Routledge est maintenant protégée contre le broutage par le bétail. Le secteur situé au sud de la ZES est brouté par quelque 25 têtes de bétail. Le broutage par le bétail était particulièrement fréquent dans le secteur sud du site principal de Routledge. Toute la zone entourant la ZES, sauf la terre de la Couronne, était broutée (Goulet et Kenkel, 1997). Il n’y a plus de bestiaux qui broutent dans le site principal de Routledge, qui se trouve sur une propriété privée (comm. pers., Elizabeth Reimer, Centre de données sur la conservation du Manitoba).

Bien qu’il soit protégé contre le broutage, le site de la MHHC est entouré de pâturages et fréquenté par le cerf de Virginie qui vient s’y alimenter en hiver. Hohn (1994) fait état de lourds dommages dus au broutage dans ce site de tradescantie de l’Ouest, signe que l’espèce est broutée par les herbivores indigènes. Comme la région est utilisée par les cerfs de Virginie comme site d’alimentation en hiver, la population de cerfs pourrait y être artificiellement élevée.

En été, environ 168 têtes de bétail sont mises au pâturage sur les terres abritant le site du secteur est des dunes de Lauder, ce qui touche surtout les portions nord et sud de la propriété. Les pentes abruptes de la portion centrale, moins accessibles, demeurent relativement intactes, ce qui assure une certaine protection à la tradescantie de l’Ouest. Comme ces dunes ont été déstabilisées par le broutage et le piétinement par le bétail, on y trouve des aires dégagées dominées par le cactus Opuntia fragilis (Goulet et Kenkel, 1997).

Les dunes non broutées présentent un profil « caractéristique », avec de hautes herbes sur leurs versants orientés vers le sud, où poussent la majorité des tradescanties de l’Ouest. Dans les dunes broutées, les versants orientés vers le sud sont utilisés comme « sentiers » par le bétail, ce qui crée des « cuves » de sable dénudé et des zones dominées par les arbustes. Sur les dunes broutées, la tradescantie est surtout confinée aux zones arbustives et aux versants nord des dunes. La couverture arbustive offre peut-être une protection contre les herbivores et les conditions micro-environnementales défavorables (Goulet et Kenkel, 1997).

Dans les dunes de Routledge, c’est dans les secteurs non broutés (ZES) que la tradescantie de l’Ouest est la plus abondante, et dans les terres broutées qu’elle l’est le moins. Au site du secteur est des dunes de Lauder, la tradescantie est abondante surtout sur les hautes dunes abruptes (inaccessibles par bétail), au centre de la propriété. Ces observations laissent croire qu'à long terme, le broutage par le bétail pourrait réduire l’effectif de l'espèce. Il importe toutefois de souligner que l’espèce a survécu dans ces habitats malgré de nombreuses années de broutage léger à modéré (Goulet et Kenkel, 1997).

Le site de Manyberries, en Alberta, se trouve sur une terre louée pour le pâturage. Rien n’indiquait qu’elle était broutée lors des travaux effectués sur le terrain (Smith, 2001B).

Le parc provincial Douglas, en Saskatchewan, est brouté chaque année depuis plusieurs décennies, apparemment sans que cela ait beaucoup d’impact, malgré le broutage dans la population même de tradescantie (Godwin et Thorpe, 1991).

Envahissement par l’euphorbe ésule

Au Manitoba, l’habitat de la tradescantie de l’Ouest a été envahi par l’euphorbe ésule (Euphorbia esula), plante d’Eurasie. Cette espèce est particulièrement commune dans les dunes de Lauder (secteurs est et ouest), où elle forme un couvert important (Goulet et Kenkel, 1997). Son introduction en Amérique du Nord (dans les années 1900) s’est traduite par une lourde perte d’habitat et de biodiversité dans l’Ouest des États-Unis et le Sud du Canada. Une fois établie, l’euphorbe ésule est difficile, sinon impossible, à éradiquer (Harris, 1988). On ne peut en effet recourir à aucun moyen chimique ou mécanique pour lutter contre l’espèce dans le milieu naturel. En 1993, on a amorcé la lutte biologique contre l’espèce au moyen de coléoptères européens, dans les dunes de Lauder (secteur ouest) et dans celles de Routledge, mais on n'en connaît pas encore les résultats (Hohn, 1994). On pense que le transport de balles de foin contenant l’euphorbe ésule est le principal facteur de propagation de l’espèce dans les provinces canadiennes (Schmidt, 1989).

L’euphorbe ésule est localement abondante dans les dunes de Routledge, notamment dans les zones broutées par le bétail. Dans la ZES, on ne la rencontre qu’à l’occasion (trois petites populations), et elle forme habituellement un couvert relativement faible. L’euphorbe ésule couvre près de 75 p. 100 des dunes au site de la MHHC dans les dunes de Lauder. On ignore si des coléoptères ont été mis en liberté dans ce site. L’euphorbe a complètement couvert de vastes sections de dunes dans le site du secteur est des dunes de Lauder. Le propriétaire du terrain projette de mettre en liberté des coléoptères sur sa propriété (Goulet et Kenkel, 1997).

À l’été 1996, l’euphorbe ésule ne semblait avoir aucune incidence négative sur la fécondité, l’abondance ou la phénologie de la tradescantie de l’Ouest (Goulet et Kenkel, 1997). Il importe de souligner qu’on ne possède aucune information sur la composition et la structure de la communauté avant l’arrivée de l’euphorbe. Il est possible que l’euphorbe soit capable de faire une vive concurrence à la tradescantie de l’Ouest en présence de conditions climatiques défavorables (Goulet et Kenkel, 1997).

L’euphorbe ésule a envahi plusieurs milliers d’acres de terrain dans les dunes d’Elbow. L’espèce est actuellement concentrée dans la moitié est des dunes. Le site de tradescanties de l’Ouest se trouve juste à l’ouest du secteur envahi par l’euphorbe (Godwin et Thorpe, 1991). En 2001, on trouvait des euphorbes, quoique en quantité limitée, parmi la population de tradescantie de l’Ouest (Douglas Lake Provincial Park, 2001).

Il n’y a pas d’euphorbes ésules au site de Manyberries dans les dunes du lac Pakowki en Alberta (Smith, 2001B).

Ombrage et stabilisation des dunes

Les politiques d’extinction des incendies adoptées au début du XXe siècle peuvent avoir favorisé l’empiètement des arbustes et des arbres sur les communautés dunaires et entraîné la stabilisation des dunes et la disparition de l’habitat de la tradescantie de l’Ouest. On ne connaît pas toutes les répercussions de la stabilisation des dunes sur les populations de l’espèce. La présence d’arbustes peut par ailleurs avoir aussi un effet positif, car la couverture arbustive protège l’espèce contre les herbivores et crée un microclimat plus favorable (Goulet et Kenkel, 1997). Les individus qui poussent dans des habitats semi-ombragés (parmi les arbustes ou sous un couvert de chênes à gros fruits) sont souvent en meilleure santé et donnent plus de graines. Une faible couverture arbustive peut en fait être essentielle à la survie de la tradescantie de l’Ouest dans les habitats exposés (Goulet et Kenkel, 1997).

L’examen d’une série chronologique de photographies aériennes des dunes de Routledge (de 1940 à aujourd’hui) montre que l'empiètement des arbustes est minimal. Comme les pentes orientées vers le sud sont très chaudes et très sèches en été, les espèces ligneuses peuvent avoir du mal à s'y établir. Un broutage faible à modéré par le bétail et les ongulés indigènes peut aussi jouer un rôle important dans la suppression de la végétation ligneuse. La tradescantie de l’Ouest peut pousser dans les prés et les milieux ombragés, comme dans les dunes dégagées et partiellement stabilisées.

En Alberta, la stabilisation des dunes et l’établissement d’un couvert arbustif ont eu un impact négatif sur la population des dunes du lac Pakowki (site de Manyberries). Les milieux de sable nu et de végétation herbacée clairsemée ont largement cédé la place à un milieu arbustif (Smith, 2001B).

Perturbations anthropiques 

La tradescantie de l’Ouest est confinée aux milieux dunaires, écologiquement sensibles et facilement détruits par les activités humaines. Les perturbations anthropiques dans les fragiles communautés dunaires peuvent prendre de nombreuses formes. La circulation des piétons et des véhicules motorisés pose un problème majeur dans la ZES et le site de la MHHC. Dans ce dernier site, un panneau routier invite les passants à explorer l’endroit à pied (comm. pers., Elizabeth Reimer, Centre de données sur la conservation du Manitoba). Les véhicules motorisés sont particulièrement destructeurs dans le milieu dunaire. L’extraction de sable et de gravier et l’exploration pétrolière sont aussi des menaces potentielles pour les habitats de la tradescantie de l’Ouest. Enfin, la récolte de plantes dans leur habitat naturel en vue de leur transplantation dans les jardins pose également une menace pour l’espèce (Goulet et Kenkel, 1997).

Les dunes de Routledge sont relativement intactes, bien que le passage des motocyclettes et des motoneiges porte parfois atteinte à leur intégrité écologique (Goulet et Kenkel, 1997).

En Alberta, les humains n’ont guère d’incidence sur le site de Manyberries. Enfin, comme le site de la Saskatchewan se trouve dans le parc provincial Douglas, il est exposé aux activités typiques des parcs, comme le camping, la randonnée et les pique-niques. La population semble toutefois stable pour l’heure (Douglas Provincial Park, 2001, Smith, 2001B).

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Importance de l'espèce

La tradescantie de l’Ouest fait partie des quelques espèces qu’on ne trouve que dans le fragile habitat dunaire du sud des Prairies canadiennes. Éminemment reconnaissable, l'espèce peut servir d'indicateur de l’état des dunes. Bien qu’on ignore quel usage horticole particulier qui est réservé à cette plante, plusieurs autres espèces de tradescantie sont cultivées à des fins horticoles.

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Évaluation et statut proposé

Protection actuelle et autres désignations

Le COSEPAC a désigné la tradescantie de l’Ouest comme espèce « menacée » en se fondant sur le rapport de situation de Smith et Bradley (1990). Le Manitoba a désigné l’espèce comme menacée en 1994 (Goulet, 1997). L’espèce a par ailleurs été classée comme préoccupante en Alberta et en Saskatchewan (ANHIC, 2001; Harms, Ryan et Haraldson, 2001).

Évaluation du statut et recommandation de l'auteure

On connaît l’existence de cinq populations de tradescantie de l’Ouest au Canada. Toutes ces populations sont disjointes des populations aux États-Unis et, pour la plupart, les unes des autres. Trois de ces cinq populations se trouvent au Manitoba, dans deux champs de dunes, soit les dunes de Lauder (deux populations, distantes de 1,5 km) et les dunes de Routledge (une population). Les sites de l’Alberta et de la Saskatchewan abritent des populations disjointes plus petites. Deux des sites du Manitoba abritent une population importante, soit celle découverte il y a relativement peu de temps (1995) dans le secteur est des dunes de Lauder et celle des dunes de Routledge. En 2001-2002, la population canadienne totale était estimée à environ 22 000 individus.

Les menaces pour la survie de l’espèce au Canada viennent du broutage par le bétail, de l’envahissement de son habitat par l’euphorbe ésule, de l’ombrage, de la stabilisation des dunes et des perturbations anthropiques. Le fragile habitat dunaire est particulièrement sensible aux perturbations anthropiques (véhicules tout-terrain, extraction de sable et opérations pétrolières). En Saskatchewan et au Manitoba, dans le secteur ouest (MHHC) des dunes de Lauder et dans les dunes de Routledge, l’espèce résiste généralement bien à l’envahissement de l’euphorbe ésule. Le broutage par le bétail semble avoir un impact sur l’espèce, mais lorsqu’il demeure modéré, il ne constitue vraisemblablement pas une grave menace et pourrait même être bénéfique en contrant les effets de la stabilisation des dunes.

Compte tenu du nombre peu élevé de sites canadiens, de la fluctuation considérable de leur effectif et de la vulnérabilité de l’habitat dunaire face aux diverses perturbations, je recommande de désigner la tradescantie de l’Ouest « espèce menacée » au Canada.

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Résumé technique

Tradescantia occidentalis (Britt.) Smyth

Tradescantie de l’Ouest – Western Spiderwort

Répartition au Canada :

Alberta, Saskatchewan, Manitoba

Information sur la répartition

Zone d’occurrence (km²):

Environ 500 km²

Préciser la tendance (en déclin, stable, en expansion ou inconnue).:

Stable

Y a-t-il des fluctuations extrêmes dans la zone d’occurrence (ordre de grandeur > 1)?

Non

Zone d’occupation (km²):

Environ 10 km²

Préciser la tendance (en déclin, stable, en expansion ou inconnue).

Peut-être en déclin à cause de l’envahissement par l'euphorbe ésule

Y a-t-il des fluctuations extrêmes dans la zone d’occupation (ordre de grandeur > 1)?

Non

Nombre d’emplacements existants:

4 sites, 5 populations

Préciser la tendance du nombre d’emplacements (en déclin, stable, en croissance ou inconnue).

Stable

Y a-t-il des fluctuations extrêmes du nombre d’emplacements (ordre de grandeur > 1)?

Non

Tendance de l’habitat : préciser la tendance de l’aire, de l’étendue ou de la qualité de l’habitat (en déclin, stable, en croissance ou inconnue).

Perte d'habitat au Manitoba et en Saskatchewan à cause de l’envahissement par l'euphorbe ésule

Information sur la population

Durée d’une génération (âge moyen des parents dans la population : indiquer en années, en mois, en jours, etc.):

Inconnue, vivace

Nombre d’individus matures (reproducteurs) au Canada (ou préciser une gamme de valeurs plausibles):

Environ 7 700 à 54 500; effectif récent d’environ 22 000 individus

Tendance de la population quant au nombre d’individus matures (en déclin, stable, en croissance ou inconnue):

Aucune tendance nette; les populations fluctuent.

S’il y a déclin, % du déclin au cours des dernières / prochaines dix années ou trois générations, selon la plus  élevée des deux valeurs (ou préciser s’il s’agit d’une période plus courte).

Données de recensement insuffisantes

Y a-t-il des fluctuations extrêmes du nombre d’individus matures (ordre de grandeur > 1)?

Oui

La population totale est-elle très fragmentée (la plupart des individus se trouvent dans de petites populations relativement isolées [géographiquement ou autrement] entre lesquelles il y a peu d’échanges, c.-à-d. migration réussie de  < 1 individu/année)?

Oui

Énumérer chaque population et donner le nombre d’individus matures dans chacune.

[Valeurs pour 2001]

  • Alberta – Manyberries – 7 450
  • Saskatchewan – Douglas – 100
  • Manitoba – MHHC – 619
  • Manitoba – Loutit – 4 321
  • Manitoba – Hellman – 9 422

Préciser la tendance du nombre de populations (en déclin, stable, en croissance ou inconnue).

Stable

Y a-t-il des fluctuations extrêmes du nombre de populations (ordre de grandeur > 1)?

Non

Menaces (réelles ou imminentes pour les populations ou les habitats)

  • Broutage par le bétail, envahissement de l'euphorbe ésule, stabilisation des dunes, perturbations anthropiques

Effet d’une immigration de source externe

L’espèce existe-t-elle ailleurs (au Canada ou à l’extérieur)?

Oui

Statut ou situation des populations de l’extérieur?

Non en péril

Une immigration a-t-elle été constatée ou est-elle possible?

Impossible

Des individus immigrants seraient-ils adaptés pour survivre à l’endroit en question?

Probablement

Y a-t-il suffisamment d’habitat disponible pour les individus immigrants à l’endroit en question?

Oui

Analyse quantitative

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Remerciements

L’auteure tient à remercier le COSEPAC pour avoir financé cette mise à jour du rapport de situation. Elle aimerait également remercier le Alberta Natural Heritage Information Center (ANHIC) pour les renseignements qu’il lui a fournis, de même que le personnel de l’herbier W.P. Fraser qui lui ont donné accès à leur base de données sur les plantes rares et en péril de la Saskatchewan. Dans les années qui ont suivi la publication du rapport de situation du COSEPAC original, plusieurs personnes ont fait des recherches et aidé à mieux comprendre la situation de la tradescantie de l’Ouest au Canada. Il s’agit notamment de Sara Goulet (mémoire de spécialisation sur la tradescantie de l’Ouest, University of Manitoba), Sherry Hohn, Robert Parsons et Ken DeSmet. De plus, V. et S. Hellman ont offert une assistance sans faille aux chercheurs au site principal des dunes de Routledge, au Manitoba. L’auteure tient à les remercier spécialement pour l’intérêt et l’esprit de collaboration dont ils ont fait preuve au cours des années. Ce projet a été financé par le Service canadien de la faune d’Environnement Canada.

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Ouvrages cités

Alberta Natural Heritage Information Center. 2001. References for Tradescantia occidentalis (Britt.) Smyth. Data base. Alberta Natural Heritage Information Center, Edmonton.

DeSmet, K. 1995. Areas that were checked in 1995 for spiderwort and hackberry. Manuscrit tapé inédit.

Douglas Lake Provincial Park. 2001. Communication personnelle. Visite du 24 août 2001.

Godwin, B., et J. Thorpe. 1991. An addendum to the COSEWIC status report on western spiderwort, Tradescantia occidentalis (par B. Smith et C. Bradley). Manuscrit tapé inédit.COSEPAC, Ottawa.

Goulet, S., et N. Kenkel. 1997. Habitat survey and management proposal for Manitoba populations of western spiderwort (Tradescantia occidentalis (Britt.) Smyth. Département de botanique, University of Manitoba, Winnipeg.

Harms, V., P. Ryan et J. Haraldson. 2001. The Rare and endangered native plants of Saskatchewan. References for Tradescantia occidentalis (Britt.) Smyth. Herbier W.P. Fraser, University of Saskatchewan, Saskatoon.

Harris, P. 1988. Environmental impact of weed-control insects. BioScience 38 (8): 542-548.

Hellman, S. 2001. Communication personnelle. Conversation téléphonique du 25 juillet 2001.

Hohn, S. 1994. Habitat requirements and management implications for western spiderwort (Tradescantia occidentalis). Critical Wildlife Habitat Program, Winnipeg.

Hohn, S., et R. Parsons.1992. Western spiderwort survey. Critical Wildlife Habitat Program, Winnipeg.

Schmidt, W. 1989. Plant dispersal by motor cars. Vegetatio 80: 147-152.

Smith, B. 2001. Status of the western spiderwort (Tradescantia occidentalis) in Alberta. Alberta Wildlife Status Report No. 31. Fisheries and Wildlife Management Division, Alberta Environment, Edmonton.

Smith, B. 2001B. Observations sur le terrain.

Smith, B., et C. Bradley. 1990. Status report on the western spiderwort Tradescantia occidentalis (Britt.) Smyth. COSEPAC, Ottawa.

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L'auteure

L’auteure a obtenu son B.Sc. en botanique à la Mount Allison University, à Sackville (Nouveau-Brunswick), en 1977. Elle a travaillé comme technicienne à l’herbier du département de botanique de la University of Calgary, de 1981 à 1992. Depuis 1992, elle est technicienne de serre et d’herbier à la University of Calgary. Mme Smith a rédigé ou corédigé douze rapports de situation du COSEPAC sur des plantes rares et est engagée à titre permanent comme consultante en botanique et spécialiste des plantes rares.

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Collections examinées

  • Herbier de la University of Calgary, Calgary (Alberta)
  • Alberta Natural Heritage Information Center, Edmonton (Alberta)
  • Base de données sur les plantes rares de la Saskatchewan de l'herbier W.P. Fraser, Saskatoon (Saskatchewan)

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Travaux sur le terrain

L’auteure a visité le site de l’Alberta à deux reprises en 2001, en juillet et en août. Elle a également visité le site de la Saskatchewan en août de la même année, mais sans y faire de travaux sur le terrain poussés puisque les gardiens du parc provincial Douglas venaient tout juste de terminer un relevé exhaustif de la tradescantie de l’Ouest au cours de l’été. Elle n’est pas allée au site du Manitoba en 2001 étant donné que d’autres chercheurs y ont effectué des relevés très complets des populations au cours des dernières années. L’auteur a pris contact avec les Hellman en juillet 2001.

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