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Mise à jour - Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la Méconelle d’Orégon (Meconella oregana) au Canada

Facteurs limitatifs et menaces

Les deux menaces principales à la survie à long terme des populations canadiennes de Meconella oregana sont la perte d’habitat et la détérioration de l’habitat.

La perte d’habitat due au développement est l’une des principales causes du déclin de l’espèce. Onze des quinze localités décrites au tableau 1 se trouvent dans le district régional de la capitale (DRC). La population humaine du DRC a crû rapidement et on prévoit qu’elle s’accroîtra encore de près de 75 000 habitants d’ici 2020 (CRD Regional Growth Strategy, 2003). Comme la plupart des terrains faciles à aménager ont déjà été exploités, la croissance résidentielle commence à s’étendre aux versants rocheux disponibles à l’extérieur des parcs, milieux où l’on trouve les microhabitats du Meconella oregana. Une seule des cinq populations existantes de l’espèce se trouve dans un parc.

La croissance urbaine décrite ci-dessus menace malheureusement de façon imminente les deux plus grandes populations canadiennes de l’espèce. Ces deux populations se trouvent sur des terrains privés : le terrain occupé par la plus grande population (Port Alberni) a été récemment acquis par un nouveau propriétaire et une demande de lotissement résidentiel a été déposée. Le terrain occupé par la deuxième population (mont Skirt), qui fait partie d’un grand terrain de golf et d’un développement résidentiel, est en voie d’être accessible par une nouvelle route. Une demande de lotissement pour ce développement résidentiel est prévue d’ici un an (D. Fraser 2005, comm. pers., d’après une demande de renseignements auprès du service municipal d’urbanisme). Les menaces pesant sur ces populations sont la destruction complète par la construction de routes et de résidences, le paysagement, la perturbation des sols et la modification des caractéristiques hydrologiques, pour n’en nommer que quelques-unes. Une partie d’une autre population (mont Little Saanich) se trouve également sur un terrain privé. Ces trois propriétés privées réunissent près de 85 p. 100 de la population canadienne totale du Meconella oregana. Avec leurs pentes exposées au sud et leur vue sur les montagnes et la mer, il s’agit de sites de choix pour le développement immobilier.

Le Meconella oregana est une espèce étroitement associée à l’écosystème des chênes de Garry. Lea (2002) a cartographié le déclin des secteurs occupés par le chêne de Garry sur la péninsule Saanich entre 1800 et 1997. La péninsule Saanich compte neuf des quinze populations historiques du Meconella oregana et trois des cinq populations existantes (voir le tableau 1). Lea a constaté que la chênaie de Garry ne couvrait plus que 512 ha en 1997, soit moins de 5 p. 100 de la superficie qu’elle occupait en 1800. L’habitat du Meconella oregana aurait connu un déclin similaire, peut-être légèrement moins sévère en raison de son terrain plus rocheux.

La détérioration de l’habitat peut commencer par des perturbations comme le broutage par les animaux domestiques ou l’endommagement du sol, qui favorisent la prolifération des espèces exotiques (voir la section Tendances en matière d’habitat sous Habitat). Cependant, les espèces exotiques peuvent aussi proliférer d’elles-mêmes et être à l’origine de la modification et de la détérioration de l’habitat. Tel que mentionné précédemment, les espèces envahissantes, dans le cas qui nous occupe, principalement les graminées et les herbacées annuelles, forment des peuplements beaucoup plus hauts que le Meconella oregana et entrent en concurrence avec lui pour la lumière et l’humidité du sol.

Les dix-sept sous-populations composant les cinq populations existantes de Meconella oregana ont été examinées en vue d’y noter les espèces associées; toutes les plantes vasculaires et les bryophytes poussant dans le même microhabitat que les Meconella oregana dans un rayon de 10 cm de chacun des individus ont été consignées dans un tableau (disponible sur demande). Parmi les 82 plantes vasculaires observées, 25 sont des espèces introduites; la proportion dans les 17 sous-populations étudiées varie de 19 p. 100 à 56 p. 100. Des proportions de plantes introduites beaucoup plus élevées (jusqu’à 85 p. 100) ont été relevées sur des coteaux rocheux et herbeux dans le Victoria métropolitain (Roemer, 1995), où l’on trouvait certaines des populations les plus anciennes de Meconella, aujourd’hui disparues.

Avant la demande de lotissement, on faisait de la coupe de bois autour de la zone naturelle abritant la population de Port Alberni. La machinerie et les débris de bois ont perturbé directement le site, et les nouvelles voies d’accès créées de toutes parts ont mené à une intensification des dommages par les motocyclettes (figure 4).

La lutte contre les incendies pourrait également présenter des désavantages pour l’habitat du Meconella oregana. Il est possible que des incendies réguliers aient entretenu un paysage ouvert et limité la compétition avec d’autres espèces (Rush et al., 1999; California Native Plant Society, 2003; Washington Natural Heritage Program, 2004). Le Meconella oregana est vulnérable à la compétition des graminées exotiques envahissantes (Rush et al., 1999; NatureServe, 2003; Washington Natural Heritage Program, 2004).

La détérioration de l’habitat par le broutage et la compaction du sol par les activités récréatives a un impact négatif sur l’espèce (Rush et al., 1999; Washington Natural Heritage Program, 2004). La modification des caractéristiques hydrologiques aux sites mêmes ou en amont altère l’habitat et constitue une menace pour l’espèce (Rush et al., 1999; Washington Natural Heritage Program, 2004).

Tel que mentionné sous Dispersion, on peut voir dans les superficies extrêmement faibles occupées par les sous-populations de Meconella oregana une indication que la dispersion est un facteur limitatif intrinsèque pour l’espèce.