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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur l’hypogymnie maritime au Canada – Mise à jour

Besoins en matière d’habitat

L’Hypogymnia heterophylla ne se développe que sur les branches et les rameaux terminaux de conifères, en particulier du pin tordu côtier (Pinus contorta var. contorta), établis dans des sites exposés de la côte ouest de l’Amérique du Nord. Au Canada, l’H. heterophylla est présent dans les sous-zones les plus sèches de la zone côtière à pruche de l’ouest du système de classification biogéoclimatique des écosystèmes de Colombie-Britannique (Meidinger et Pojar, 1991), dont le climat est de type méditerranéen en raison de l’interception des pluies par les monts voisins. Dans cette région, l’H. heterophylla a été observé uniquement dans de jeunes peuplements forestiers, ce qui pourrait signifier qu’il dépend indirectement des attributs des premiers stades forestiers de la succession végétale. Il est possible également que l’H. heterophylla soit limité à la côte parce que les sels que transportent les embruns seraient nécessaires à son développement (Goward, 1996), comme cela semble être le cas chez d’autres lichens. Glavich (2003) croit en effet que le Bryoria pseudocapillariset le B. spiralifera , deux lichens épiphytes sympatriques, dépendraient des embruns, puisqu’on les trouve uniquement à proximité de la côte.

Le climat de la région de l’île de Vancouver où se trouvent les populations d’H. heterophylla est de type maritime. Selon les températures enregistrées à la station météorologique de Sheringham Point, située environ 8 km à l’ouest de la région de Sooke, la température moyenne annuelle pour la période 1996-2004 était de 10,4 °C; la température minimum moyenne en décembre, de 3,7 ºC; la température la plus basse, de -3,5 ºC; la température maximum moyenne en août, de 17,9 ºC; la température la plus élevée, de 29,8 ºC (Environnement Canada, 2006).

Bien qu’il n’existe aucune donnée pour appuyer cette hypothèse, on peut penser que les microsites colonisés par l’Hypogymnia heterophylla présentent un profil thermique singulier en raison de leur situation exposée sur la côte et de l’effet très adoucissant de l’océan sur le climat. En outre, Coxson et al. (1984) ont montré que la température des thalles d’Hypogymnia (en particulier de l’Hphysodes (L.) Nyl.) exposés au plein soleil est beaucoup plus élevée que celle de l’air ambiant, en dépit de l’effet refroidissant des vents de convection. Puisque l’H. heterophylla se rencontre principalement dans des milieux plutôt exposés et ensoleillés, on peut penser qu’une température élevée est une de ses exigences écologiques (Goward, 1996).

Les précipitations annuelles enregistrées à la station météorologique de Sheringham Point sont en moyenne de 96 cm, la majeure partie des précipitations étant enregistrées en hiver, d’octobre à mars (Environnement Canada, 2006). Les étés sont souvent marqués par la sécheresse; les précipitations mensuelles les plus faibles, soit 1,6 mm, ont été enregistrées en août 2002. Dans l’État de Washington, l’Hypogymnia heterophylla ne se rencontre que dans la région de Puget Sound, abritée des précipitations par les monts Olympic. Dans cette région comme dans son aire canadienne, l’H. heterophyllacroît surtout durant l’hiver, les températures et le niveau d’éclairement solaire étant alors plus faibles et les précipitations, plus élevées. En été, l’humidité et le brouillard du matin et du soir compensent probablement en partie le manque de précipitations, permettant une certaine croissance du lichen. Le début du printemps favorise la germination des spores sur les pousses du pin tordu côtier, où elles ne sont en concurrence avec aucun autre lichen. À la différence de certains arbres qui ont besoin de précipitations toute l’année, le pin tordu côtier tolère la sécheresse et les autres conditions extrêmes de son habitat côtier. Le feu ne semble pas jouer de rôle essentiel dans le maintien des communautés à pin tordu côtier où on trouve les populations canadiennes d’H. heterophylla.

La station météorologique de Sheringham Point n’enregistre pas de données de vent, mais à Gonzales Heights, à Victoria, les vents dominants sont du sud-ouest et de l’ouest-sud-ouest toute l’année et, en hiver, peuvent également venir du nord et du nord-est (Environnement Canada, 1975). Les vents sont nuls ou faibles seulement 3 % du temps. On peut donc penser que le vent est physiologiquement avantageux pour l’Hypogymnia heterophylla, puisque son effet asséchant contribue au cycle d’humidité et de sécheresse nécessaire à l’espèce comme à d’autres lichens (Goward, 1996; Kershaw, 1985; Nash, 1996).

Tendances en matière d’habitat

L’Hypogymnia heterophylla se rencontre principalement sur des saillies rocheuses venteuses à orientation généralement sud-ouest à ouest, au sein de peuplements de pin tordu côtierjeunes ou d’âge intermédiaire. Dans ces sites, les pins sont plutôt rabougris, et leurs branches sont souvent endommagées ou cassées par les vents du large et les tempêtes d’hiver. Les fortes tempêtes survenues à l’hiver 2006-2007 ont détruit plusieurs arbres du parc régional East Sooke (J. Miskelly, comm. pers., 2007). Tous les débris végétaux gisant au sol seront laissés sur place. Il est possible que les colonies d’H. heterophylla établies sur des arbres endommagés ou abattus par les tempêtes survivent un certain temps.

L’Hypogymnia heterophylla est présent dans l’État de Washington, en Oregon ainsi qu’en Californie jusqu’aux régions de Los Angeles, de Santa Barbara et des îles Channel, où il occupe des localités venteuses à proximité de la côte (figure 2). L’espèce compte parmi les quelques macrolichens épiphytes inféodés à la côte. On pense que le sud de l’île de Vancouver a été colonisé par l’H. heterophylla à partir de spores provenant des îles du Puget Sound et transportées vers le nord par le vent ou par des oiseaux migrateurs (Bailey et James, 1979; M. Raymond, comm. pers., 2006). L’habitat potentiel de l’H. heterophylla est limité aux îles Gulf, situées dans le détroit de Georgie, et à la côte sud de l’île de Vancouver.

Protection et propriété

Le parc régional East Sooke fait partie du réseau de parcs du district de la capitale. Ce statut de parc protège l’habitat de l’Hypogymnia heterophylla contre toute transformation intentionnelle, mais n’empêche pas les dommages non intentionnels causés par la circulation de randonneurs, de cyclistes et de chiens sur les sentiers traversant les peuplements de pin tordu côtier. La population d’H. heterophyllade l’île Bentinck risque d’être partiellement ou complètement détruite par les opérations de démolition qu’y mène le ministère de la Défense nationale (MDN). L’agent du MDN assurant la liaison avec Environnement Canada connaît cependant l’emplacement des colonies d’H. heterophylla (A. Robinson, comm. pers., 2006).

À Sheringham Point, la colonie d’H. heterophylla se trouve sur une falaise abrupte où elle ne risque pas d’être endommagée par les randonneurs, les cyclistes ou les chiens. Le terrain appartient à Pêches et Océans Canada, qui exploite un feu de navigation sur la pointe. Il n’existe aucun plan de modification de ce site (N. Taylor, comm. pers., 2007).