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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le Courlis à long bec au Canada - Mise à jour

HABITAT

Besoinsde l’espèce

Le Courlis à long bec niche dans des prairies d’herbe courte ou moyenne (De Smet, 1992; Pampush et Anthony, 1993; Dechant et al., 2001). En général, la structure de la communauté végétale semble importante pour les courlis. Leur habitat préféré pour la nidification semble varier sur l’ensemble de l’aire de répartition, mais il s’agit souvent de grands secteurs relativement plats de prairies d’herbe courte (De Smet, 1992; Saunders, 2001a). Ce genre de milieu, qui permet de repérer plus facilement les prédateurs, facilite aussi la communication entre oiseaux nicheurs (Allen, 1980; Ohanjanian, 1987). Plusieurs études ont montré que les courlis sont plus abondants dans les prairies où le pâturage  d’important à modéré (Bicak et al., 1982; Ohanjanian, 1987; Medin et Clary, 1990). D’après les études, le Courlis à long bec préfère les prairies où l’herbe a moins de 20 cm à 30 cm de hauteur, ce qui lui assure une bonne visibilité, et où les touffes d’herbes sont irrégulièrement espacées, ce qui facilite son homochromie (Fitzner, 1978; Allen, 1980; Hooper et Pitt, 1996). Une fois les oisillons éclos, le courlis semble préférer les secteurs de végétation plus haute. Ce type de milieu pourrait aider à dissimuler les jeunes et à réduire le stress thermique (Sadler et Maher, 1976; Allen, 1980; Cannings et al., 1987).

En Saskatchewan, une étude sur les préférences du courlis en matière d’habitat a révélé l’existence d’une corrélation positive significative entre l’abondance du courlis et les prairies indigènes (J. Foster-Wilfong, comm. pers., 2001). Le courlis préfère les sites de nidification comportant plus de graminées que d’herbacées dicotylédones, des herbes de moins de 10 cm de hauteur, avec de faibles proportions de sol nu et de litière morte. Pendant la période d’élevage des jeunes, on a observé une corrélation positive entre l’abondance des courlis et les récoltes printanières et estivales, ce qui donne à penser que les adultes amènent leurs oisillons dans les terres cultivées à mesure que la saison avance, probablement à cause de la disponibilité des sauterelles (J. Foster‑Wilfong, comm. pers., 2001).

En Alberta, les prairies indigènes étaient un prédicteur important du nombre de courlis au stade de la pariade et de l’incubation, mais on a également observé de fortes densités de courlis pendant la saison de reproduction dans certaines régions de culture intensive (Saunders, 2001b). Dans l’ensemble de la région naturelle des prairies, les courlis étaient deux fois moins nombreux dans les secteurs comportant de 0 à 50 p. 100 de prairie indigène que dans ceux où celle‑ci occupait entre 51 et 100 p. 100 de la superficie. Saunders (2001b) a également trouvé une corrélation négative entre les courlis et les secteurs riverains. De même, dans une étude des relations entre les oiseaux de rivage et les terres humides aménagées, Gratto‑Trevor (1999) a signalé que tous les nids de courlis avaient été trouvés à plus d’un kilomètre d’un plan d’eau permanent, y compris les mares‑réservoirs. Dans la réserve nationale de faune de Suffield, les courlis étaient très abondants dans la prairie sèche, les prairies perturbées (décrites comme des prairies autrefois cultivées, fauchées ou ayant fait l’objet d’un pâturage important) et les prairies humides (Dale et al., 1999). Les concentrations d’oiseaux semblaient se trouver dans les secteurs de dépôts glaciaires meubles (Dale et al., 1999).

En Colombie‑Britannique, le Courlis à long bec niche dans des prairies sèches situées çà et là dans l’intérieur de la province. Lors du recensement des courlis effectué en Colombie‑Britannique en 2000 et en 2001, 40 p. 100 des courlis ont été observés dans des pâturages (prairies non indigènes), 25 p. 100 sur des terres agricoles, 25 p. 100 dans des prairies indigènes et 10 p. 100 dans d’autres habitats. De tous les courlis observés, 55 p. 100 se trouvaient dans une végétation de moins de 15 cm de hauteur, 30 p. 100 dans une végétation de 15 à 30 cm et seulement
3 p. 100 dans une végétation de plus de 30 cm (E. Palmer, données préliminaires inédites, 2001). Dans la région de Cariboo-Chilcotin, les courlis étaient plus communs dans des endroits à pente douce, situés à haute altitude et exposés au nord, où la hauteur moyenne de la végétation était de 5 à 8 cm et la biomasse de larves d’insectes élevée (Hooper et Pitt, 1996). Bien que les courlis cherchent souvent leur nourriture dans les champs de luzerne, seules quelques mentions isolées font état de courlis nichant dans ce type d’habitat (Ohanjanian, 1992). Dans la région d’East Kootenay, les plantations de chiendent à crête (Agropyron cristatum) étaient utilisées par les courlis quand elles étaient basses, c.‑à‑d. en cours d’établissement, ou quand elles étaient fortement broutées; autrement, le profil vertical élevé de ce type de plantation en faisait un habitat défavorable (Ohanjanian, 1992). La taille des ouvertures dans la prairie est importante pour le courlis. Dans la région d’East Kootenay, le courlis niche seulement dans les secteurs où les ouvertures dans la prairie dépassent 250 m au point le plus étroit (Ohanjanian, 1992). Le Courlis à long bec a été observé nichant dans des habitats agricoles situés dans des zones biogéoclimatiques qui seraient autrement inappropriées, telles que Creston et McBride (Cannings, 1999; E. Stanley, comm. pers., 2001).

Pendant la migration et dans les aires d’hivernage, les courlis fréquentent les eaux peu profondes tant dans l’intérieur que sur la côte (Bent, 1929; Johnsgard, 1981; AOU, 1983).

 

Tendances

En Alberta et en Saskatchewan, les menaces pour les prairies indigènes sont similaires, soit l’expansion de l’agriculture et la conversion en terres cultivées, l’invasion de plantes introduites, l’extraction des ressources ainsi que l’exploitation en milieu urbain et agricole.

En Saskatchewan, il reste 10 853 km2, soit 16 p. 100, des prairies indigènes dans l’écorégion de la prairie mixte humide et 26 791 km2, ou 31 p. 100, des prairies dans l’écorégion de la prairie mixte (Hammermeister et al., 2001). Ces prairies sont concentrées dans la partie sud‑ouest de la province et la majorité (75 p. 100) se trouve dans un territoire actuellement impropre à l’agriculture (Hammermeister et al., 2001). Plus de 24 p. 100 du reste de ces prairies indigènes de la Saskatchewan sont considérées comme exposées à un risque moyen ou élevé d’être perturbées et, avec les progrès dans le développement des cultures et des variétés, ce chiffre pourrait augmenter (Hammermeister et al., 2001).

En Alberta, il reste environ 40 000 km2, ou 42 p. 100, de prairies indigènes dans la région naturelle de la prairie (Prairie Conservation Forum, 2001a). On ne dispose pas d’information sur le rythme actuel de perte des prairies indigènes, mais une évaluation du changement survenu en dix ans dans l’inventaire des prairies indigènes de l’Alberta (Native Prairie Inventory) sera effectuée en 2002 (I. Dyson, comm. pers., 2001).

En Alberta, la région naturelle des prairies occupe une superficie d’environ 9 694 650 ha, dont 2 857 480 ha sont des propriétés publiques. Près de 43 p. 100 de la région (4 143 960 ha) sont encore constitués de prairies indigènes, dont 2 328 630 ha de propriétés publiques et 1 815 060 ha de propriétés privées.

En Colombie‑Britannique, il reste approximativement 5 000 km2 de prairies dans la région de l’Intérieur sud (Grasslands Conservation Council of British Columbia, 2002). Dans l’Okanagan, il reste moins de 40 p. 100 des prairies indigènes, et ces dernières se trouvent en grande partie sur des pentes abruptes qu’évitent les courlis (Cannings et al., 1998). L’expansion de l’agriculture, surtout des vignobles et des vergers, ainsi que l’aménagement urbain, s’effectuent à un rythme rapide (Cannings, 1999). Dans les vallées de la Thompson et du Fraser, plusieurs centaines d’hectares d’habitat potentiel pour le courlis ont été convertis pour la production de ginseng (Cannings, 1999). L’empiètement des forêts a également une incidence sur les prairies, en particulier dans les prairies du secteur Cariboo-Chilcotin, où environ
30 p. 100 des prairies ont été envahies par la forêt (Pitt et Hooper, 1994). Dans le centre de la Colombie‑Britannique, le courlis a tiré parti des activités agricoles (en utilisant surtout les cultures de luzerne, de céréales ou d’autres plantes de grande culture; Cannings, 1999). Dans les vallées du haut Fraser et de la Thompson Nord, le courlis a peut‑être profité de la coupe rase des forêts des basses terres (Cannings, 1999).

 

Protection et propriété des terrains

Une proportion de 2,7 p. 100 de toutes les prairies indigènes restantes[1]en Saskatchewan se trouve dans des aires protégées[2]. L’une des aires protégées les plus importantes de la Saskatchewan est le parc national des Prairies, qui couvre actuellement 478 km2, mais qui s’étendra à terme jusqu’à 900 km2. Le Courlis à long bec est considéré comme une espèce relativement commune dans le parc, mais il n’y est présent que localement, dans une région limitée à la rive sud de la vallée de la rivière Frenchman (R. Sissons, comm. pers., 2001). Trente‑deux pour cent des prairies indigènes restantes de la Saskatchewan sont administrées par des organismes gouvernementaux ou des organismes de conservation. Près de la moitié de cette superficie est administrée sous forme de pâturages par la province ou par l’Administration du rétablissement agricole des Prairies (ARAP) (Hammermeister et al., 2001). Les pâturages que possèdent l’ARAP et la province dans les régions de prairies indigènes fournissent probablement un habitat adéquat pour les courlis nicheurs.

En Alberta, les prairies à forte densité de végétation indigène[3]de la région naturelle des prairies couvrent une superficie de 26 678 km2 (M. Schmoll, comm. pers., 2001), dont 737 km2 (2,8 p. 100) recoupent des aires protégées[4]et 18 104 km2 (68 p. 100) recoupent des terres publiques fédérales ou provinciales (M. Schmoll, comm. pers., 2001). En Alberta, les grandes aires protégées de prairie sèche comprennent : le Pâturage patrimonial Twin River (comprend 150 km2 d’habitats de prairie sèche), le Pâturage patrimonial Onefour (soit 92 km2 d’habitats de prairie sèche) et la réserve nationale de faune de Suffield (sur la BFC de Suffield; comprend 326 km2 d’habitats de prairie sèche; A. Landals, comm. pers., 2001). La réserve nationale de faune de Suffield est considérée comme un endroit important pour la reproduction et la post‑reproduction (Dale et al., 1999).

En Colombie‑Britannique, moins de 1 p. 100 des prairies restantes sont désignées comme protégées (Pitt et Hooper, 1994), bien que ce pourcentage ait légèrement augmenté avec l’ajout de parcs dans la région de Kamloops et le Sud de la région d’Okanagan-Similkameen (R. Cannings, comm. pers., 2001). Il y a environ 11 régions de prairies qui se trouvent dans des réserves écologiques, mais plusieurs de ces réserves ont été créées pour protéger des zones caractéristiques comme des lacs salins et ne contiennent qu’une faible proportion de prairies (Pitt et Hooper, 1994). Dans la région du Sud de l’Okanagan, 47 p. 100 des habitats adéquats pour le courlis se trouvent sur des propriétés privées, 31 p. 100 dans des réserves indiennes, 16 p. 100 sur des terres publiques et 6 p. 100 dans des aires de conservation (MWLAP, 2001). Cannings (1999) estime que moins de 10 p. 100 de la population de courlis niche dans des régions où il existe une certaine forme de protection de l’habitat, et la majorité sur des terres privées (Cannings, 1999). Des 42 couples nichant dans la région d’East Kootenay, seulement neuf (21 p. 100) se trouvaient sur des terres publiques (Ohanjanian, 1992). La Skookumchuk Prairie d’East Kootenay abrite 21 couples nicheurs; elle a récemment été désignée « zone importante pour la conservation des oiseaux » (P. Ohanjanian, comm. pers., 2001).

Nous pouvons donc estimer qu’au Canada, moins de 5 p. 100 des Courlis à long bec nichent sur des terres protégées (parcs nationaux et provinciaux, réserves écologiques, etc.). La majorité niche sur des terres privées ou administrées par des intérêts privés; en Alberta et en Saskatchewan, une fraction significative de la population (probablement de 10 à 40 p. 100) peut cependant nicher sur des terres publiques. On ne prévoit pas de changement important du régime de propriété dans les 20 prochaines années, mais la superficie de prairies protégées pourrait augmenter légèrement à la suite d’activités de conservation comme le réseau d’aires représentatives de la Saskatchewan et les programmes de Conservation de la nature Canada.

Il convient de noter que les aires protégées ne sont pas toujours administrées d’une manière favorable pour le Courlis à long bec. Par exemple, le bétail a été exclu dans l’aire de gestion de la faune de Junction du secteur Cariboo-Chilcotin dans le but d’améliorer l’habitat pour le mouflon d’Amérique (Ovis canadensis; Pitt et Hooper, 1994). Si le pâturage y était autorisé, la végétation serait plus basse, ce qui rendrait le secteur plus favorable pour le Courlis à long bec (Ohanjanian, 1987).



[1]             Prairie dominée par la végétation indigène (prairies où dominent les espèces végétales indigènes, mais comportant peut‑être quelques graminées et herbacées dycotylédones cultivées) dans les quatre écorégions suivantes de l’écozone des Prairies : Prairie mixte, Prairie mixte humide, Tremblaie‑parc et Hautes terres Cypress (Hammermeister et al., 2001).

[2]             Sites Ramsar, refuges d’oiseaux migrateurs, parcs nationaux et provinciaux, réserves nationales de faune, réserves écologiques, aires protégées, refuges fauniques et terres de Conservation de la nature Canada.

[3]              La prairie à forte densité de végétation indigène a été définie à partir des associations d’habitat chez les espèces d’oiseaux des prairies figurant sur la liste préliminaire d’espèces prioritaires de Partenaires d’envol -- Région des Prairies et du Nord. Dans les prairies à forte densité de végétation indigène, ce type de végétation représente plus de 95 p. 100 du total; dans la prairie indigène (herbe et arbustes), la végétation indigène correspond à plus de 80 p. 100 du total; dans les prairies (herbe), elle en représente plus de 60 p. 100 (M. Schmoll, comm. pers., 2001). Le Native Prairie Inventory de l’Alberta, qui détermine les pourcentages des divers types de couverture terrestre au niveau du quart de section, a été utilisé pour répertorier les régions de prairie à forte densité de végétation indigène.

[4]             Réserves écologiques, parcs nationaux et provinciaux, aires naturelles, aires de nature sauvage, parcs sauvages, parcs en milieu sauvage, réserves nationales de faune.