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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le Courlis à long bec au Canada - Mise à jour

BIOLOGIE

Généralités

Malgré sa visibilité naturelle, le Courlis à long bec n’a fait l’objet que d’un nombre relativement restreint d’études approfondies. Allen (1980) fournit beaucoup de détails sur l’écologie et le comportement de l’espèce dans l’État de Washington. En Idaho, une étude pluriannuelle a examiné la densité des courlis nicheurs, la taille des couvées, le succès de la reproduction, les tactiques de reproduction, la survie des adultes et le régime alimentaire (Redmond et Jenni, 1982; Redmond et Jenni, 1986).

 

Reproduction

Les femelles atteignent la maturité sexuelle à l’âge de trois à quatre ans, et les mâles de deux à trois ans (Redmond et Jenni, 1986). La longévité moyenne est estimée à entre huit et dix ans (Redmond et Jenni, 1986), mais elle pourrait être supérieure, comme le donne à penser le record de longévité de 23 ans et 10 mois observé chez une espèce du même genre, le Courlis d’Alaska (Numenius tahitiensis; Marks, 1992, dans Ohanjanian, 1992).

Il y a une seule couvée par saison de reproduction, et on ne possède qu’une mention de nouvelle nidification après l’échec d’un nid (Allen, 1980). Habituellement, la ponte comprend quatre œufs, mais on possède quelques mentions occasionnelles de nids contenant deux, trois ou cinq œufs (Sadler et Maher, 1976; Redmond et Jenni, 1986; Pampush et Anthony, 1993; Cannings, 1999). Sur
quatre nids trouvés dans le Sud de l’Alberta, tous contenaient quatre œufs (Gratto‑Trevor, 2001). D’après les dossiers du fichier de nidification des oiseaux de la Colombie‑Britannique (n = 31), une couvée compte en moyenne 3,5 oeufs (Cannings, 1999). La femelle incube le jour et le mâle prend la relève la nuit (Allen, 1980), et la période d’incubation dure de 27 à 30 jours (Graul, 1971). Les oisillons, nidifuges, éclosent presque simultanément et commencent à quitter le nid dans les
trois heures suivant l’éclosion (Allen, 1980).

Survie

Dans une étude de trois ans menée en Idaho, 42 p. 100 des nids ont été perdus avant l’éclosion des œufs (Redmond et Jenni, 1986). Les principaux prédateurs des nids de courlis sont le coyote (Canis latrans), le blaireau d’Amérique (Taxidea taxus), la Pie bavarde (Pica pica), la Corneille d’Amérique (Corvus brachyrhynchos) et le Grand Corbeau (Corvus corax; Allen, 1980; Redmond et Jenni, 1986). On a également observé que des nids de courlis avaient été piétinés par du bétail (Redmond et Jenni, 1986; Cochrane et Anderson, 1987) ou détruits par des activités agricoles comme le labour (Shackford, 1994) et l’utilisation du rouleau brise‑mottes pour enfouir le fumier de vache (Cochrane et Anderson, 1987).

Plusieurs études ont documenté une mortalité élevée des oisillons (Fitzner, 1978; Allen, 1980; Ohanjanian, 1985; Redmond et Jenni, 1986). En Idaho, la mortalité observée chez les oisillons entre l’éclosion et l’âge de cinq jours résultait le plus souvent de soins parentaux inadéquats, du manque de nourriture ou d’un défaut physique (Redmond et Jenni, 1986). Les prédateurs des oisillons du courlis sont la Buse de Swainson (Buteo swainsoni), la Buse rouilleuse (Buteo regalis), la Pie bavarde, le Grand‑duc d’Amérique (Bubo virginianus) et les belettes (Mustela spp.; Allen, 1980; Redmond et Jenni, 1986). Les autres causes de mortalité chez les oisillons sont notamment le stress thermique, les maladies et les collisions avec des structures bâties ou des véhicules (Allen, 1980; Redmond et Jenni, 1986). En Saskatchewan, des émetteurs radio ont été posés sur huit oisillons âgés de
deux à trois semaines. Six de ces oisillons ont survécu jusqu’à l’envol, et les
deux autres ont été victimes d’un prédateur terrestre (J. Foster‑Wilfong, comm. pers., 2001).

Le taux de mortalité des adultes est inconnu. Redmond et Jenni (1986) ont constaté que tous les décès d’adultes dans les aires de nidification (n = 9) étaient attribuables aux activités humaines, surtout à la chasse illégale. Il n’y a pas de mentions ou de rapports sur la chasse illégale des courlis au Canada.

Chez le Courlis à long bec, les pesticides peuvent avoir une incidence sur le jeune et l’adulte. En Oregon, le décès d’un adulte a été attribué à des résidus létaux de chlordane que l’oiseau avait probablement accumulé dans son aire d’hivernage (Blus et al., 1985). Les pesticides les plus susceptibles d’avoir une incidence sur le courlis sont le carbofuran et les composés apparentés (D. Johnson, comm. pers., 2001). Dans les prairies, les pyréthroïdes actuellement employés pour la lutte contre les sauterelles sont le Decis (deltaméthrine) et le Matador (lambda‑cyhalothrin),
deux produits qui ont un effet très faible ou négligeable sur les oiseaux (D. Johnson, pers. comm. 2001). Leur principal effet est peut‑être indirect, du fait qu’ils réduisent ou éliminent une source de nourriture.

On possède peu d’information sur les taux de recrutement et la productivité. Redmond et Jenni (1986) estiment la productivité annuelle à 0,5 jeune par couple nicheur d’après les résultats de l’étude qu’ils ont menée en Idaho.

 

Physiologie

En Idaho, l’effort de reproduction des Courlis à long bec femelles variait selon les conditions environnementales (Redmond, 1986). Les années sèches où la végétation était courte, les femelles cherchaient leur nourriture presque exclusivement dans leur territoire de nidification. Les années humides, elles allaient plus loin pour trouver leur nourriture et pondaient ensuite des œufs plus petits. On ne sait pas si les oisillons issus d’œufs plus petits ont moins de chances de survie.

Chez le courlis, les œufs et les oisillons sont sensibles aux conditions météorologiques. En Idaho, pendant une année sèche, 5 p. 100 des oisillons sont morts dans les trois heures suivant l’éclosion et ont montré des signes d’absorption incomplète du sac vitellin et d’adhérence de fragments de coquille. Cette situation était probablement attribuable au manque d’humidité (Redmond et Jenni, 1986).

Certaines indications donnent à penser que les oisillons succombent parfois au stress thermique, en particulier lors des années sèches où le couvert végétal est limité (Redmond et Jenni. 1986).

 

Déplacements et dispersion

En Saskatchewan et en Alberta, le Courlis à long bec revient à son aire de nidification entre le début et le milieu d’avril, la plupart des individus arrivant pendant la troisième semaine d’avril (Renaud, 1980; Saunders, 2001a). En Colombie‑Britannique, il arrive entre la mi‑mars et la fin d’avril, les arrivées les plus importantes se produisant entre la fin de mars et le début d’avril (Cannings et al., 1987; Campbell et al., 1990).

Lorsque les oisillons sont éclos, ils se dispersent hors de leur territoire de nidification. Au bout de deux à trois semaines, la femelle quitte le groupe familial et le mâle assume seul toutes les tâches parentales jusqu’à ce que les jeunes deviennent autonomes, à l’âge de 41 à 45 jours (Allen, 1980). En Colombie‑Britannique, après la reproduction, des bandes de cinq à dix oiseaux commencent à se former et à quitter les territoires de nidification en juillet; la plupart des oiseaux sont partis dès la mi‑août, bien que quelques individus restent jusqu’à la fin d’octobre (Campbell et al., 1990). En Saskatchewan et en Alberta, la plupart des courlis ont quitté les lieux à la fin d’août (Pinel et al., 1991). Pour l’Alberta, il y a un certain nombre de mentions signalant de grands groupes de courlis (de 58 à 400) s’alimentant ensemble à la fin de juin, en juillet et au début d’août (Dickson et Beyersbergen, 1998; Dale et al., 1999; Alberta Conservation Association et Alberta Environment, 2001; Saunders, 2001a).

On n’a pas clairement déterminé si les courlis immatures et non reproducteurs demeurent sur les aires d’hivernage ou migrent vers les aires de reproduction. Redmond et Jenni (1986) n’ont pas observé de jeunes de l’année dans les aires de reproduction, et ils citent des rapports concernant des Courlis à long bec demeurés dans leur aire d’hivernage tout au long de l’année, ce qui donne à penser que les jeunes de l’année et peut‑être les individus de deux ans ne tentent pas de migrer vers le nord. Allen (1980) a observé dans l’État de Washington, en été, de petites bandes de Courlis qu’elle a supposé être des oiseaux immatures. Campbell et al. (1990) signalent de petites bandes de courlis dans les aires de nidification en Colombie‑Britannique en mai et en juin, après le début de la nidification, et ils pensent qu’il s’agit probablement d’oiseaux non reproducteurs. Ohanjanian (1985) signale la présence de bandes d’oiseaux avant la reproduction sur la prairie Skookumchuck, dans le Sud‑Est de la Colombie‑Britannique. Il n’existe pas d’observations similaires pour l’Alberta ni la Saskatchewan (Saunders 2001a; J. Foster‑Wilfong, comm. pers.).

En Idaho, Redmond et Jenni (1986) ont constaté que les courlis mâles étaient plus susceptibles que les femelles de revenir nicher à l’endroit où ils étaient nés; ils ont donc émis l’hypothèse que les femelles se disperseraient sur de plus longues distances.

 

Nutrition et relations interspécifiques

Pendant la saison de reproduction, le Courlis à long bec se nourrit principalement de carabes et de sauterelles (Redmond et Jenni, 1985; Ohanjanian, 1992). Le Coulis à long bec s’alimente à même les ressources disponibles, et on l’a vu manger des vers dans des champs de luzerne (Ohanjanian, 1985; Ohanjanian, 1992), des œufs et des oisillons d’autres oiseaux, en particulier de l’Alouette hausse‑col (Eremophila alpestris; Sadler et Maher, 1976; Goater et Bush, 1986) et parfois des amphibiens (Timken, 1969).

Sur les aires d’hivernage, les courlis cherchent leur nourriture dans les habitats intertidaux et dans les pâturages côtiers. Dans la zone intertidale, ils mangent des bivalves, des crevettes, des vers marins, des crabes et des poissons (Colwell et Mathis, 2001). Dans les pâturages côtiers, ils consomment principalement des vers de terre (Colwell et Mathis, 2001).

Il existe peu d’information documentée sur les interactions interspécifiques chez le courlis. Redmond et Jenni (1986) ont noté une augmentation de la prédation d’œufs de courlis par le blaireau d’Amérique dans un endroit où il y avait une forte densité du spermophile Spermophilus townsendii. Dans ce secteur, 67 p. 100 des nids de courlis ont été détruits par le blaireau, comparativement à une moyenne globale de 11 p. 100 pour l’ensemble de la zone d’étude.

 

Territoire et densités de nidification

Le Courlis à long bec établit un territoire qu’il utilise pendant la pariade ainsi que pour la ponte et l’incubation (Allen, 1980). Lorsque les jeunes sont éclos, les groupes familiaux ont tendance à quitter ces territoires de nidification, et les adultes défendent un secteur autour des oisillons (Allen, 1980). Les territoires de nidification sont en général regroupés en grappes sociales éparses (Fitzner, 1978; J. Foster Wilfong, comm. pers., 2001). Saunders (2001b) a constaté que les courlis étaient répartis en grappes sur la totalité de l’Alberta pendant la saison de reproduction. Selon certaines indications, il semble que les mêmes territoires de nidification sont utilisés d’année en année (Allen, 1980). En Alberta, une femelle baguée a été observée nichant dans le même secteur général en 1998 et en 1999, mais avec un mâle différent (Gratto‑Trevor, 2001).

La dimension du territoire et la densité de nidification semblent varier considérablement dans l’aire de répartition du courlis. Dans l’État de Washington, la dimension du territoire se situe entre 6 et 20 ha (Allen, 1980). Le tableau 1 donne les densités de nidification établies lors d’études menées au Canada. Les chiffres de la densité en Colombie‑Britannique sont probablement plus élevés que les autres valeurs indiquées parce que l’habitat du courlis y est plus restreint par les forêts, ce qui se traduit par une utilisation relative plus grande de l’habitat disponible.

 

Tableau 1: Densités de nidification du Courlis à long bec d’après des études canadiennes.
ProvinceRégion/HabitatCouples par km2Étude
Colombie‑BritanniquePrairie Skookumchuck, mélange de prairie indigène et de terres agricoles4,2Ohanjanian, 1985
Colombie‑BritanniqueCariboo-Chilcotin, surtout des prairies indigènes, allant de fortement broutées par le bétail à non broutées0,73 – 3,4Ohanjanian, 1987
Colombie‑BritanniquePrairies de Cariboo-Chilcotin0,2 – 2,1Hooper et Savard, 1991
Colombie‑BritanniquePrairies de Cariboo-Chilcotin0,7 – 1,1Hooper et Pitt, 1996
Colombie‑BritanniquePrairie Skookumchuck, mélange de prairie indigène et de terres agricoles3,3 – 5,0Ohanjanian, 1992
SaskatchewanPrairies indigènes0,14 – 0,16 (à partir d’une estimation d’un couple par 6 à 7 km2)Sadler et Maher, 1976
AlbertaPrairies indigènes1,6 – 2,7 (à partir des oiseaux répertoriés par site de 15 ha)Prescott et Bilyk, 1996; Prescott, 1997
AlbertaTerres agricoles0,4 – 0,9 (à partir des oiseaux répertoriés par site de 15 ha)Prescott et Bilyk, 1996; Prescott, 1997
AlbertaPrairies indigènes (bassins de terres humides naturels)0 – 0,3Gratto‑Trevor, 2001
AlbertaStrate contenant de 0 à 5 p. 100 de prairies indigènes

Moyenne = 0,1

(fourchette 0 – 0,35)

Saunders, 2001b
AlbertaStrate contenant de 6 à 50 p. 100 de prairies indigènes

Moyenne = 0,09

(fourchette 0 – 0,47)

Saunders, 2001b
AlbertaStrate contenant de 51 à 100 p. 100 de prairies indigènes

Moyenne = 0,18

(fourchette 0 – 0,47)

Saunders, 2001b

 

Adaptabilité (réaction aux perturbations) 

Bien que les courlis réagissent aux intrusions des humains, on ne possède pas de données quantitatives quant à l’effet des perturbations humaines directes sur le succès de la reproduction. Les femelles qui couvent s’envolent du nid dès qu’un intrus s’en approche à moins de deux mètres, et elles peuvent mettre jusqu’à
une heure à revenir au nid après le dérangement (Allen, 1980). Par temps chaud, cette absence peut être assez longue pour que les embryons meurent (Allen, 1980).

Le courlis semble être capable de s’adapter jusqu’à un certain point dans ses habitats de nidification. En Alberta, il est présent dans certains secteurs agricoles pendant la saison de reproduction, y compris dans des secteurs de culture intensive comprenant peu ou pas du tout de prairies indigènes (Saunders, 2001b). Bien qu’on observe des courlis sur les terres agricoles en Saskatchewan, c’est en général seulement quand celles-ci sont proches d’une prairie indigène. Les courlis ne semblent pas utiliser les secteurs soumis à une culture intensive en Saskatchewan (Renaud, 1980; J. Foster‑Wilfong, comm. pers., 2001). En Colombie‑Britannique, des courlis ont gagné des habitats agricoles dans des écorégions autrement inadéquates (Cannings, 1999), et on en observe souvent dans des habitats agricoles comme des champs de luzerne, des champs de céréales et des prairies artificielles dans les régions de prairies de la Colombie‑Britannique (Ohanjanian, 1992; Cannings, 1999).

La réaction des populations de Courlis à long bec aux extrêmes de pluie ou de sécheresse est largement inconnue, et varie probablement sur leur aire de répartition. Pour la Saskatchewan, on a émis l’hypothèse que des conditions plus humides peuvent avoir conduit à une augmentation des effectifs du courlis dans les années 1990 (De Smet, 1992). Pour l’Alberta, il a été suggéré que le déclin des populations qui nichaient près de la rivière Lost était dû à la sécheresse de la fin des années 1980 (De Smet, 1992). Dans l’État de Washington, Allen (1980) a supposé que les conditions de sécheresse pouvaient réduire le succès de la reproduction chez les courlis en faisant baisser la superficie de végétation dense dont l’espèce a besoin pour élever les jeunes. Inversement, en Idaho, on a constaté que la sécheresse avait créé des conditions plus favorables pour la pariade et l’incubation (Bicak et al., 1982). Redmond et Jenni (1986) ont noté que la production d’oisillons était très élevée pendant les années de sécheresse et la mortalité des oisillons pendant les années de fortes pluies printanières. Pendant une année anormalement humide, la productivité a été à son minimum, probablement à cause de la végétation luxuriante que favorisaient ces conditions (Redmond et Jenni, 1986).

Bien que les feux de prairie pendant la période de nidification soient probablement préjudiciables, Redmond et Jenni (1986) ont découvert qu’un feu de prairie survenu en août avait amélioré l’habitat du courlis l’année suivante.