Sauter l'index du livret et aller au contenu de la page

Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le perce-tige d’Aweme au Canada

Facteurs limitatifs et menaces

Le principal facteur limitatif du perce-tige d’Aweme serait le nombre et l’étendue de sa ou ses plantes hôtes. Nieminen (1996) a fait remarquer que les modes d’extinction des populations de papillons nocturnes dépendraient davantage des caractéristiques de la plante hôte que de celles des papillons eux-mêmes, et que les papillons monophages (ne se nourrissant que d’une seule espèce ou d’une seule plante hôte) sont plus vulnérables à la disparition que les espèces polyphages (se nourrissant de plusieurs espèces ou plantes hôtes), comme le sont les espèces dont les populations sont isolées et très morcelées.

Selon Bird (1934), le facteur qui contribue le plus au déclin du genre Papaipema serait le feu. Du début de l’automne à la fin du printemps, ces papillons existent sous forme embryonnaire (œuf); ils sont donc exposés et particulièrement vulnérables au feu. On sait que les brûlages dirigés et les autres incendies ont un effet négatif sur les Papaipema, en particulier lorsque, au cours d’une seule saison, les feux rasent tous les îlots de la plante hôte d’une zone. Des îlots de plantes hôtes peuvent être partiellement inoccupés par les stades immatures du Papaipema pendant la saison suivant un brûlage à l’automne, à l’hiver ou au printemps, parce que la plupart des individus sont décimés (Schweitzer, 1999).Presque tous les spécialistes du genre ont souligné la vulnérabilité des œufs de Papaipema au feu. Dana (1986) recommande de toujours supposer une mortalité élevée des œufs de Papaipema dans les zones de brûlage de l’automne, de l’hiver ou du printemps. Pour préserver les populations plus rares de Papaipema, Schweitzer (1999) recommande de conserver une quantité adéquate de plantes hôtes en divisant l’habitat occupé en plus petites zones de brûlage. Ces plus petites zones peuvent être brûlées en rotation, à trois ou cinq ans d’intervalle, et les zones adjacentes ne devraient pas être brûlées les années suivantes. Aucun site de Papaipema ne devrait être entièrement brûlé au cours d’une même année. Le principe des blocs ou de rotation de brûlage est appliqué et justifié dans les plans de brûlage dirigé du parc provincial Pinery.

Comme pour la plupart des espèces sauvages, la perte de l’habitat, ou la perte de certains éléments de cet habitat dont dépend une espèce, est probablement la menace la plus importante. La perte ou la dégradation d’habitats indigènes, notamment causée par l’agriculture et les loisirs, est probablement la menace la plus immédiate et la plus tangible pour la plupart des espèces sauvages, dont le perce-tige d’Aweme. La construction de chalets et d’autres aménagements récréatifs a transformé une bonne partie de l’habitat indigène de la région de Grand Bend et du parc provincial Pinery (K. Stead, comm. pers., 2004). Le parc a dû être en grande partie restauré pour y rétablir l’habitat indigène, et il est maintenant géré comme une zone de réserve naturelle et d’environnement naturel. Le surpâturage par le cerf et le bétail peut avoir de graves conséquences sur la végétation indigène et les espèces qui en dépendent. En 1993, on a constaté le surpâturage du parc provincial Pinery par une population de cerfs à la démographie galopante (Schweitzer, 1999). La harde de cerfs est maintenant gérée, et l’habitat s’est amélioré de façon mesurable et continue de se rétablir. La transformation des habitats de terres herbeuses en habitats forestiers par la succession naturelle accélérée, soit par la suppression des feux de forêt (dans le parc de Spruce Woods) ou la plantation d’arbres (autrefois dans le parc provincial Pinery), est une autre menace possible pour les espèces qui dépendent des habitats ouverts. La stabilisation des dunes mobiles par la végétation, qu’elle se fasse par des processus naturels ou une intervention délibérée, pourrait également représenter une menace pour les espèces qui dépendent des habitats de dunes mobiles. Il ne reste que des îlots de prairies-parcs de chênes à gros fruits sur l’île Manitoulin, et seuls ceux qui ne sont pas brûlés pourraient abriter le perce-tige d’Aweme (D. Lafontaine, comm. pers.). La majeure partie de ce qui reste de l’habitat est vulnérable au recrutement forestier par succession naturelle.

Dans les zones où l’on cherche à contrôler la spongieuse ou d’autres espèces ravageuses, l’épandage de pesticides, surtout d’agents visant les lépidoptères, comme les spores de Bacillus thuringiensis, pourrait constituer une menace.