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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la tortue des bois (Glyptemys Insculpta) au Canada - Mise à jour

Résumé

Tortue des bois
Glyptemys insculpta

Information sur l’espèce

La tortue des bois (Glyptemys insculpta) est une tortue de taille moyenne pesant environ 1 kg à l’âge adulte et ayant une carapace (coquille supérieure) longue de 16 à 25 cm. La carapace peut être de brun grisâtre à jaune et est large et basse. Chaque écaille porte des arêtes (lignes de croissance) concentriques pyramidales qui donnent à la carapace l’apparence d’une sculpture. Chez les tortues plus âgées, ces arêtes peuvent avoir été aplanies par l’usure. Le plastron (coquille inférieure) n’a pas de charnière, il est jaune et présente des taches noires dans les coins extérieurs de ses écailles postérieures. Le plastron est plat chez les femelles et les juvéniles, mais concave chez les mâles matures. Les mâles sont légèrement plus gros et ont une tête plus large que les femelles. La peau est généralement brune, mais les jambes et le cou ont souvent une teinte jaune, orange ou rougeâtre.

Répartition

La tortue des bois est indigène à l’Amérique du Nord et son aire de répartition fragmentée s’étend de la Nouvelle-Écosse jusqu’au Nouveau-Brunswick, au Québec, à l’Ontario et au Minnesota, vers l’ouest, et jusqu’à la Virginie et au Maryland, vers le sud. Au Canada, la tortue des bois est présente en Nouvelle-Écosse, au Nouveau-Brunswick, dans le centre-sud du Québec et en Ontario, du centre-sud jusqu’au district d’Algoma, plus à l’ouest. Environ 30 p. 100 de l’aire de répartition mondiale de l’espèce se trouve au Canada. L’aire de répartition est discontinue et les populations sont souvent petites et isolées.

Habitat

La tortue des bois est plus terrestre que la majorité des tortues d’eau douce, mais elle demeure néanmoins une tortue semi-aquatique. Elle est associée aux rivières et aux ruisseaux dont le fond est constitué de sable ou de gravier et préfère les cours d’eau limpides et méandriques aux courants modérés. L’habitat de nidification naturel de la tortue des bois se trouve sur les plages ou sur les berges de sable ou de gravier sableux. La tortue des bois niche également sur des sites anthropiques, comme les routes et les trous de gravier.

Dans toute l’aire de répartition de la tortue des bois, les zones riveraines au couvert épars et varié sont généralement les plus utilisées ou bien elles sont les habitats terrestres préférés. Au nombre des habitats moins fréquemment utilisés par la tortue des bois, il y a les tourbières, les pâturages marécageux, les étangs de castors, les buissons frutescents, les prés, les forêts de conifères, les forêts mixtes, les foins, les terres agricoles et les pâturages. Il n’existe aucune donnée quantitative, ni passée, ni actuelle, sur l’habitat disponible, mais l’habitat convenable intact est en déclin dans la plus grande partie de l’aire de répartition de la tortue des bois.

Biologie

La tortue des bois hiberne dans les eaux des ruisseaux, des rivières et des étangs. Elle émerge au printemps, mais reste à proximité de l’eau jusqu’en été, moment où elle peut s’éloigner de 500 m de l’eau et de plusieurs kilomètres de son aire d’hivernage en suivant un cours d’eau. Les femelles nichent entre la fin mai et le début juillet dans des secteurs de sable ou de gravier qui sont de modérément à très ensoleillés. La température a une incidence directe sur le taux de développement des embryons et l’éclosion se produit en automne. Les tortues des bois atteignent la maturité sexuelle entre l’âge de 11 et 22 ans, mais l’âge de maturité dépend largement de la latitude à laquelle elles se trouvent; les tortues des secteurs plus au nord parviennent à maturité plus tard, et lorsqu’elles sont plus grosses. L’accouplement se produit tout au long de la saison active. La tortue des bois utilise les mêmes secteurs année après année et peut les rejoindre, même si elle en est éloignée de plusieurs kilomètres. Les principaux prédateurs des adultes et des juvéniles sont le raton laveur, le coyote et le renard, et ceux-ci et d’autres mammifères mangent également les œufs des tortues. Divers mammifères, poissons et oiseaux se nourrissent par ailleurs des nouveau-nés.

Taille et tendances des populations

Sur la base d’estimations quantitatives réalisées par des chercheurs dans l’aire de répartition de l’espèce, on estime très approximativement que la population canadienne compterait entre 6 000 et 12 000 adultes. Les populations qui occupent des secteurs difficiles d’accès sont peut-être stables, mais bon nombre des populations de tortues des bois accessibles par une route connaissent un déclin et la tendance générale au cours des 3 dernières générations (~ 100+ ans) va également en ce sens.

Facteurs limitatifs et menaces

Parmi les facteurs qui menacent la tortue des bois dans toute son aire de répartition, on compte la hausse de la mortalité des adultes sur les routes (l’augmentation du nombre de routes, de la densité et de la vitesse des véhicules) et ailleurs (les véhicules tout-terrains [VTT] et la machinerie agricole moderne), la capture de tortues dans le but de les vendre comme animal de compagnie, la construction de routes forestières, la destruction et la modification de l’habitat riverain, la destruction des nids par des véhicules récréatifs, comme les VTT, la capture de tortues afin de les vendre comme aliment exotique, la perte d’habitats de nidification et d’hibernation en raison de la transformation, de l’inondation et de la stabilisation des berges, et l’intensification de la prédation des nids et des tortues par le raton laveur. Au nombre des menaces moins préoccupantes, il y a la pollution, la capture occasionnelle de tortues dans le but de les garder comme animal de compagnie, et peut-être la sédimentation des cours d’eau occupés par l’espèce. De manière générale, cette espèce est exceptionnellement vulnérable parce que l’humain peut de plus en plus accéder à son habitat.

Importance de l’espèce

La tortue des bois est endémique à l’Amérique du Nord et environ 30 p. 100 de son aire de répartition se trouve au Canada. Les quatre espèces de tortues autrefois comprises dans le genre Clemmys (qui comprenait la tortue des bois) sont les tortues d’eau douce les plus menacées en Amérique du Nord. La tortue des bois est devenue étrangement populaire, principalement en raison de sa belle apparence, de ses habitudes terrestres et de l’absence d’agressivité chez elle, des caractéristiques qui ont toutes contribué à la mettre en péril. En raison des nombreuses menaces auxquelles elle doit faire face et de l’aisance avec laquelle il est possible de la capturer et de la manipuler, la tortue des bois a fait l’objet de récentes recherches sur la conservation et est devenue une espèce en péril vedette. La tortue des bois a également la réputation de frapper ses pattes avant et son plastron pour attirer les vers de terre dont elle se nourrit.

Protection actuelleou autres désignations de statut

La tortue des bois est actuellement inscrite à l’Annexe II de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (CITES). Elle fait partie des « reptiles spécialement protégés » par la Loi sur la protection du poisson et de la faune de l’Ontario et elle est désignée comme « en voie de disparition (non réglementée) » en vertu de la Loi sur les espèces en voie de disparition de l’Ontario. Elle est désignée comme « menacée » au Québec et est protégée en vertu de la Endangered Species Act de la Nouvelle-Écosse (comme espèce vulnérable). Elle est considérée comme « vulnérable » par l’UICN, a été désignée, en 1996, espèce « vulnérable » par le Comité sur le statut des espèces menacées de disparition au Canada (CSEMDC) (ancien nom du COSEPAC) et elle figure à l’Annexe 3 de la Loi sur les espèces en péril (LEP) du Canada. Certaines petites sous-populations canadiennes se trouvent dans des parcs nationaux ou provinciaux, mais la majorité des tortues des bois occupent des terres privées.

Historique du COSEPAC

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a été créé en 1977, à la suite d’une recommandation faite en 1976 lors de la Conférence fédérale-provinciale sur la faune. Le Comité a été créé pour satisfaire au besoin d’une classification nationale des espèces sauvages en péril qui soit unique et officielle et qui repose sur un fondement scientifique solide. En 1978, le COSEPAC (alors appelé Comité sur le statut des espèces menacées de disparition au Canada) désignait ses premières espèces et produisait sa première liste des espèces en péril au Canada. En vertu de la Loi sur les espèces en péril (LEP) promulguée le 5 juin 2003, le COSEPAC est un comité consultatif qui doit faire en sorte que les espèces continuent d’être évaluées selon un processus scientifique rigoureux et indépendant.

Mandat du COSEPAC

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) évalue la situation, au niveau national, des espèces, des sous-espèces, des variétés ou d’autres unités désignables qui sont considérées comme étant en péril au Canada. Les désignations peuvent être attribuées aux espèces indigènes comprises dans les groupes taxinomiques suivants : mammifères, oiseaux, reptiles, amphibiens, poissons, arthropodes, mollusques, plantes vasculaires, mousses et lichens.

Composition du COSEPAC

Le COSEPAC est composé de membres de chacun des organismes responsable des espèces sauvages des gouvernements provinciaux et territoriaux, de quatre organismes fédéraux (le Service canadien de la faune, l’Agence Parcs Canada, le ministère des Pêches et des Océans et le Partenariat fédéral d’information sur la biodiversité, lequel est présidé par le Musée canadien de la nature), de trois membres scientifiques non gouvernementaux et des coprésidents des sous-comités de spécialistes des espèces et du sous-comité des connaissances traditionnelles autochtones. Le Comité se réunit au moins une fois par année pour étudier les rapports de situation des espèces candidates.

Définitions (2007)

Espèce sauvage
Espèce, sous-espèce, variété ou population géographiquement ou génétiquement distincte d'animal, de plante ou d'une autre organisme d'origine sauvage (sauf une bactérie ou un virus) qui est soit indigène du Canada ou qui s'est propagée au Canada sans intervention humaine et y est présente depuis au moins cinquante ans.

Disparue (D)
Espèce sauvage qui n'existe plus.

Disparue du pays (DP)
Espèce sauvage qui n'existe plus à l'état sauvage au Canada, mais qui est présente ailleurs.

En voie de disparition (VD)Note de bas de pagea
Espèce sauvage exposée à une disparition de la planète ou à une disparition du pays imminente.

Menacée (M)
Espèce sauvage susceptible de devenir en voie de disparition si les facteurs limitants ne sont pas renversés.

Préoccupante (P)Note de bas de pageb
Espèce sauvage qui peut devenir une espèce menacée ou en voie de disparition en raison de l'effet cumulatif de ses caractéristiques biologiques et des menaces reconnues qui pèsent sur elle.

Non en péril (NEP)Note de bas de pagec
Espèce sauvage qui a été évaluée et jugée comme ne risquant pas de disparaître étant donné les circonstances actuelles.

Données insuffisantes (DI)Note de bas de paged, Note de bas de pagee
Une catégorie qui s'applique lorsque l'information disponible est insuffisante (a) pour déterminer l'admissibilité d'une espèce àl'évaluation ou (b) pour permettre une évaluation du risque de disparition de l'espèce.

Service canadien de la faune

Le Service canadien de la faune d’Environnement Canada assure un appui administratif et financier complet au Secrétariat du COSEPAC.

Note de bas de page a

Appelée « espèce disparue du Canada » jusqu'en 2003.

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Note de bas de page b

Appelée « espèce en danger de disparition » jusqu'en 2000.

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Note de bas de page c

Appelée « espèce rare » jusqu'en 1990, puis « espèce vulnérable » de 1990 à 1999.

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Note de bas de page d

Autrefois « aucune catégorie » ou « aucune désignation nécessaire ».

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Note de bas de page e

Catégorie « DSIDD » (données insuffisantes pour donner une désignation) jusqu'en 1994, puis « indéterminé » de 1994 à 1999. Définition de la catégorie (DI) révisée en 2006.

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