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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la tortue des bois (Glyptemys Insculpta) au Canada - Mise à jour

Habitat

Besoins en matière d’habitat

La tortue des bois est exceptionnellement terrestre pour une tortue d’eau douce, mais elle demeure néanmoins une tortue semi-aquatique (Bishop, 1927; Breckenridge, 1944; Lazell, 1976; Thomas, 1983) et a besoin d’eau pour réaliser plusieurs de ses fonctions vitales, dont l’accouplement (Harding et Bloomer, 1979; Ernst, 1986; Farrell et Graham, 1991), l’hibernation (Harding et Bloomer, 1979; Green et Pauley, 1987; Farrell et Graham, 1991; Hunter et al., 1992; Foscarini, 1994; Arvisais et al., 2004; Trochu, 2004, Wesley, 2006), l’hydratation (Kaufmann, 1992) et la thermorégulation (Dubois, 2006). Elle ne s’éloigne que très rarement à plus de 300 m de l’eau (Harding et Bloomer, 1979; Quinn et Tate, 1991; Kaufmann, 1992; Saumure et Bider, 1998; Ernst, 2001; Arvisais et al., 2002; Compton et al., 2002; Wesley, 2006; Foscarini, 1994; Arvisais, 2002; Smith, 2002; Wesley, 2006). L’habitat de nidification comprend les berges et les plages de sable ou de gravier sableux (Hunter et al., 1992; Walde, 1998; Smith, 2002), mais, tout comme les autres tortues, la tortue des bois peut également nicher sur les routes de terre ou de gravier, sur les accotements de gravier des routes pavées, dans les trous de gravier et sur toute autre structure anthropique similaire.

La tortue des bois est associée aux rivières et aux ruisseaux dont le fond est fait de sable ou de gravier sableux (DeGraaf et Rudis, 1983; Hunter et al., 1992; Daigle, 1997; Wesley, 2006), et préfère les cours d’eau limpides et méandriques aux courants modérés (DeGraaf et Rudis, 1983; Hunter et al., 1992; Ernst et al., 1994; Adams, 2003; J. Harding, comm. pers., 2006; Wesley, 2006).

Bien que la tortue des bois ait été décrite comme opportuniste quant à son habitat (Quinn et Tate, 1991), des études menées dans son aire de répartition ont cependant montré qu’elle avait une préférence pour certaines caractéristiques (Harding et Bloomer, 1979; Kaufmann, 1992a; Foscarini, 1994; Harding, 1997; Smith, 2002; Arvisais et al., 2002; Compton et al., 2002; Arvisais et al., 2004; Trochu, 2004; Dubois, 2006; Wesley, 2006; Y. Dubois, comm. pers., 2005) et qu’elle était presque toujours associée aux ruisseaux limpides et à leurs berges. Les taillis et les baissières d’aulnes sont les habitats préférés et les plus occupés en Ontario (Smith, 2002; Cameron et al., 2002; Peiman et Brooks, 2003; Wesley et al., 2004), au Québec (Arvisais et al., 2004; Trochu, 2004), en Nouvelle-Écosse (Adams, 2003) et en Pennsylvanie (Kaufmann, 1992). À la fin de l’été, les habitats forestiers deviennent importants (Quinn et Tate, 1991; Cameron et al., 2002; Smith, 2002; Wesley et al., 2004; Wesley, 2006). Au nombre des habitats moins fréquemment utilisés par la tortue des bois, il y a les tourbières, les pâturages marécageux, les étangs de castors, les méandres morts, les zones riveraines et arbustives, les prés, les forêts de conifères, les forêts mixtes, les foins, les terres agricoles et les pâturages (Foscarini, 1994; Daigle, 1997; Compton et al., 2002; Smith, 2002; Cameron et al., 2002; Peiman et Brooks, 2003; Adams, 2003; Arvisais et al., 2004; Trochu, 2004; Wesley et al., 2004; Wesley, 2006).

Bien qu’il n’y ait aucune donnée quantitative, ni historique, ni actuelle, sur les changements dans les secteurs contenant de l’habitat qui conviendrait à la tortue des bois, il est évident que cet habitat est en déclin dans la majeure partie de l’aire de répartition historique de l’espèce, au Canada comme aux États-Unis (Harding et Bloomer, 1979; Kaufmann, 1992a; Garber et Burger, 1995; Mitchell et al., 1997; Oldham, 1998; Galois et Bonin, 1999; Ernst, 2001). Par exemple, seulement quelques ruisseaux et rivières de la région carolinienne du sud de l’Ontario ont encore des eaux limpides, des sites de nidification intacts, des bassins profonds propices à l’hibernation et des zones riveraines non perturbées (Mitchell et al., 1997; Boyd et Brooks, 1998; Wesley, 2006). La perte et la dégradation de l’habitat sont attribuables aux activités agricoles, à l’exploitation des berges, à la canalisation, aux barrages, à la contamination et aux activités forestières (Harding et Bloomer, 1979; Foscarini, 1994; Garber et Burger, 1995; Mitchell et al., 1997;Oldham, 1998; Saumure et Bider, 1998; Compton, 1999; Galois et Bonin, 1999; Centre d’information sur le patrimoine naturel, 2004; Saumure, 2004; Seburn et Seburn, 2004). Les autres populations de la province faunique des Grands Lacs et du Saint-Laurent, dans le sud du Québec et de l’Ontario, persistent dans certains ruisseaux, quoique en moindre abondance, malgré une réduction des zones riveraines, d’importantes perturbations, une turbidité accrue et l’exposition aux humains (Foscarini, 1994; Mitchell et al., 1997; Boyd et Brooks, 1998; Saumure, 2004; Daigle et Jutras, 2005; Dubois, 2006).

Compte tenu des habitudes terrestres de la tortue des bois, de sa vulnérabilité unique face aux humains et de l’intérêt qu’elle suscite dans le commerce des animaux de compagnie, toute augmentation de l’accès aux populations constitue une dégradation de l’habitat, même si celui-ci n’est en rien modifié. De plus, la construction de routes réduit la quantité d’habitat, altère les secteurs adjacents, divise les populations et modifie les régimes hydrologiques (Kerr et Cihlar 2004; Hawbaker et al., 2006; Crowley, 2006; figure 4). Les principales menaces sont l’accroissement de l’accès aux populations ainsi que les routes et les champs qui attirent les tortues nicheuses et qui deviennent de véritables pièges pour elles (Saumure, comm. pers., 2006). Pour comprendre le phénomène, il suffit de regarder le destin des tortues des bois dans le sud du Québec et de l’Ontario. En effet, dans le sud de ces provinces, l’espèce a essentiellement disparu à mesure que s’est densifié le réseau routier (Crowley, 2006). Les routes donnent accès aux populations (Crowley, 2006) et l’augmentation de la vitesse sur elles entraîne une hausse de la mortalité chez les animaux (Farmer, 2006). De manière générale, l’utilisation du sol est un important prédicateur de la densité des espèces au Canada (Kerr et Cihlar, 2004). Plus particulièrement, il y a un lien direct entre la conversion de l’habitat en terres agricoles et le niveau de menace qui pèse sur les espèces. On observe un lien similaire pour la tortue des bois, les pratiques forestières augmentant les possibilités d’accès par les routes ou modifiant les habitats riverains.

Protection et propriété 

En Ontario, les populations de tortues des bois vivent principalement sur des terres de la Couronne. Toutefois, certaines portions de trois populations se trouvent dans des parcs provinciaux (Smith, 2002; J. Trottier, 2004; R. Knudsen, 2004; D. Coulson, comm. pers., 2004). Les autres parties de ces populations et d’autres populations de l’Ontario occupent des terres privées (certains petits segments occupent des terres domaniales et des terres de Conservation de la nature Canada). En Nouvelle-Écosse, une petite population se trouve dans un parc national (Adams, 2003; Adams, 2004) et les autres occupent des terres de la Couronne (T. Herman, comm. pers., 2005). Au Nouveau-Brunswick, une partie d’une population se trouve dans un parc national (E. Tremblay, comm. pers., 2004) et une autre population occupe une base militaire (G. Forbes, V. Roy, comm. pers., 2004), mais la majorité des sites signalés se trouvent sur des terres privées (McAlpine et Gerriets, 1999). Au Québec, une partie d’une population se trouve dans un parc national (Bourgeois et al., 2004), mais la majorité des populations étudiées occupent des terrains privés ou publics (Daigle, 1996; Walde et al., 2003; Trochu, 2004; Saumure, 2004). Par conséquent, seule une très petite portion de l’habitat de la tortue des bois au Canada est protégée par la loi.