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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la tortue des bois (Glyptemys Insculpta) au Canada - Mise à jour

Taille et tendances des populations

Activités de recherche

Très peu d’études ont été menées avant 1990 sur les divers aspects de la biologie de la tortue des bois au Canada, mais depuis que l’espèce a été désignée comme étant « vulnérable » (espèce préoccupante) par le CSEMDC (ancien nom du COSEPAC) en 1996, de nombreuses études ont été réalisées, surtout au Québec et en Ontario, et ont comblé certaines lacunes quant aux connaissances sur l’abondance, la démographie, les exigences en matière d’habitat et la répartition. Un certain nombre de populations connues ont été étudiées par radio télémesure (p. ex. Brooks et Brown, 1991; Quinn et Tate, 1991; Foscarini, 1994; Walde, 1998; Compton, 1999; Arvisais et al., 2002, 2004; Cameron et al., 2002; Compton et al., 2002; Dubois, 2006; Smith, 2002; Peiman et Brooks, 2003; Saumure, 2004; Wesley et al., 2004; Wesley, 2006). De manière générale, les relevés réalisés dans les nouveaux secteurs ont été faits à pied (par une à quatre personnes) le long des rivières considérées comme contenant de l’habitat convenable, parfois avec une autre personne dans la rivière, à pied ou à bord d’un canot. En Ontario, des relevés systématiques de ce type ont été réalisés un peu partout dans la province, de l’extrême sud-ouest à l’ouest du district d’Algoma (Mitchellet al., 1997; Boyd et Brooks, 1998). Dans certains cas, on a eu recours à un système d’information géographique afin d’aiguiller les activités de recherche (Smith, 2002). Les responsables d’un relevé (au Nouveau-Brunswick) ont mis sur pied un forum de discussion afin d’encourager les signalements (McAlpine et Gerreits, 1991), alors que d’autres (en Nouvelle-Écosse) ont adopté comme tactique d’interroger les résidents de la région (Adams, 2002). Les estimations fournies étaient en général fondées sur les taux de marquage et de recapture. Il n’y a pas d’estimation pour toutes les populations et l’activité de recherche n’a été quantifiée que dans de rares occasions (Daigle, 1996).

Abondance 

Le nombre total de tortues des bois au Canada est inconnu, toutefois, sur la base de plusieurs études réalisées récemment et de plusieurs autres en cours dans l’aire de répartition canadienne de l’espèce, il est possible d’estimer approximativement le nombre d’adultes au pays. Pour ce faire, le coprésident du Sous-comité de spécialistes des espèces (SSE) des amphibiens et reptiles (R. Brooks) a réuni des données des équipes de rétablissement provinciales et d’autres sources, et a contacté par courrier électronique, entre juin et août 2005, tous les chercheurs et biologistes gouvernementaux connus pour leur intérêt envers la tortue des bois et leur a demandé d’estimer le nombre de tortues adultes dans leur secteur de recherche, dans leur compétence ou dans toute autre aire pour laquelle ils estimaient être compétents. Les renseignements suivants ont été demandés : emplacement, nombre d’adultes marqués, nombre estimé d’adultes et méthode d’estimation. Le tableau 1 présente le sommaire des réponses obtenues pour le Québec et l’Ontario. Pour certaines régions, on a également demandé aux spécialistes de mentionner le nombre de rivières fouillées, combien d’entre elles accueillaient des tortues des bois, et le nombre de rivières susceptibles d’en accueillir, mais n’ayant pas encore fait l’objet de recherches. Cette activité a permis de produire des estimations raisonnables de l’abondance pour les provinces fauniques de la forêt carolinienne, des Grands Lacs et du Saint-Laurent, et du bouclier canadien, en Ontario et au Québec, mais celles calculées pour les Appalaches et la côte Atlantique sont beaucoup plus incertaines, peu d’études et de relevés ayant été réalisés dans cette région.

En fournissant des estimations, certains répondants ont assumé que la densité par kilomètre de rivière dans leur aire d’étude pouvait être extrapolée à toute la longueur de la rivière. Ces chiffres sont donc probablement exagérés, puisque la majorité des aires d’étude ne correspondent qu’à une section très limitée d’un cours d’eau et qu’elles sont choisies parce qu’elles sont déjà connues pour accueillir des tortues des bois. Cependant, l’expérience a montré que même dans les rivières qui semblent contenir de l’habitat adéquat sur toute leur longueur, les tortues sont généralement réparties de manière éparse, la majeure partie des cours d’eau étant inoccupée, sauf peut-être par des tortues en déplacement (R. Brooks, comm. pers., 2005; Wesley, 2006). Par exemple, dans une importante rivière du centre de l’Ontario, presque toutes les observations faites à l’intérieur d’un segment de 20 km ont eu lieu dans 2 sites, un situé à 1,2 km et l’autre à 0,4 km. Si l’on extrapole sur 20 km le nombre d’individus observés dans ces sites, on obtient une estimation de 2 000 adultes alors que la population réelle en compte probablement moins de 150 (R. Brooks, comm. pers., 2005). Voici 3 autres exemples qui témoignent de la distribution éparse de l’espèce. « Dans mon principal site d’étude (le plus ancien) et dans d’autres sites du Michigan, les tortues sont résolument présentes par grappes et sont essentiellement absentes (ou seulement en déplacement) dans la majeure partie de la rivière. Vous trouverez ci-joint une vue aérienne de mon site d’étude montrant l’habitat principal. Les portions de la rivière dépourvues de barres de sable couvertes d’herbes sont BEAUCOUP moins fréquentées. Les bourbiers ne sont pas du tout occupés. » (J. Harding, comm. pers., 2006). « Je pense également que le fait d’extrapoler une estimation faite pour une ‘sous-population’ à l’ensemble d’un cours d’eau entraînerait une grave surestimation de la taille de la métapopulation. » (P. Wesley, comm. pers., 2006). « Quant à la rivière X, et bien il y a une métapopulation. Il y a une population dans le village agricole de XXX et une autre sur mon site, qui est situé en amont du lac XY. Rien entre les deux. Vous pouvez calculer la distance approximative sur la carte. Je crois par conséquent qu’il y a dans la rivière X 3 petites populations qui ne se mélangent probablement pas beaucoup (le plus long déplacement que j’ai pu observer pour un mâle était d’un peu plus de 5 km). S’agit-il donc de 3 populations ou d’une métapopulation? Il est impossible de deviner le nombre de tortues présentes dans une rivière qui n’a pas fait l’objet de relevés, les estimations généralisées à l’ensemble des cours d’eau ou des bassins hydrographiques produisant des estimations exagérées de la taille de la métapopulation » (R. Saumure, comm. pers., 2006).

De plus, il semble y avoir une importante corrélation positive entre la densité de tortues des bois et le nombre de jours exempts de gel (Walde, 1998; Smith, 2002). Par conséquent, les populations canadiennes, et plus particulièrement celles près de la limite nord de l’aire de répartition de l’espèce, ont des densités beaucoup plus faibles (jusqu’à deux ordres de grandeur) que celles qui se trouvent dans le centre de l’aire de répartition, aux États-Unis.

Populations de la province faunique de la forêt carolinienne

Les données sur la tortue des bois dans cette province faunique ont toujours été rares, même si on y trouvait de toute évidence à une certaine époque de petites « populations » éparses (CIPN, 2004a,b; Seburn et Seburn, 2004). La majorité des occurrences d’éléments ont disparu ou sont historiques, et il est peu probable que cette région ne compte encore des populations viables (voir la figure 4). De récents relevés effectués dans la région de la forêt carolinienne n’ont permis de déceler aucune trace de la tortue des bois (Mitchell et al., 1997; Boyd et Brooks, 1998).

Figure 4. Emplacements des « populations » disparues dans le sud de l’Ontario, « zone d’occurrence » actuelle en Ontario et étendue du réseau routier en ~ 1995 (Taylor et al., 2001). Remarquez qu’aucune tortue des bois n’a jamais été trouvée dans le centre de la zone d’occurrence représentée (voir la figure 2). Carte créée et fournie par J.F. Crowley.

Figure 4. Emplacements des « populations » disparues dans le sud de l’Ontario, « zone d’occurrence » actuelle en Ontario et étendue du réseau routier en ~ 1995

Populations de la province faunique des Grands Lacs et du Saint-Laurent

Toutes les populations actuelles de tortues des bois en Ontario et autour de Montréal occupent l’habitat des Grands Lacs et du Saint-Laurent. La seule population restante dans le « sud » de l’Ontario (c.-à-d. au sud du parc Algonquin) a été estimée à un total de 412 à 421 individus en 1993 (Foscarini, 1994), mais un déclin de 65 p. 100 à 75 p. 100 s’est produit en 1994-1995 (Mitchell et al., 1997) et une récente analyse de la viabilité a montré que, si aucune mesure active n’est prise, cette population aura disparu dans 50 ans (Cameron et Brooks, 2002). Un programme de reproduction a été mis de l’avant afin de rétablir cette population (M. Malhiot, comm. pers., 2004). Plus récemment, on estimait que le nombre total d’adultes dans cette population était < 50 (K. Beriault, comm. pers., août 2007). En 1991 et 1992, 144 et 157 adultes ont respectivement été capturés dans ce secteur, comparativement à < 25 en 2007 pendant une activité similaire (Foscarini, 1994; K Beriault, comm., sept. 2007). Il pourrait peut-être y avoir une autre petite population potentiellement viable au sud de la baie Georgienne, mais on ne connaît ni sa taille ni sa viabilité (M. Oldham, comm. pers., 2007).

Une « population » de faible densité est présente dans un large secteur situé dans le parc provincial Algonquin et à proximité de celui-ci (Quinn et Tate, 1991; Brooks et Brown, 1992; Brooks et al., 1992; Mitchell et al., 1997; Boyd et Brooks, 1998; Smith, 2002). Cette population a été étudiée au cours des 14 dernières années environ et a été estimée à 48 individus (Quinn et Tate, 1991), à 108 dans 3 parties du secteur (Brooks et al., 1992) et à 121 pour 5 sites différents du secteur (Smith, 2002). Des tortues des bois ont été enregistrées dans cet emplacement entre 1972 et 2005 (B. Steinberg, comm. pers., 2005). Le secteur étudié le plus intensément dans l’aire de répartition de cette population se trouve dans le parc provincial de la rivière Madawaska. Cette population a connu un lent déclin au cours des 15 dernières années, probablement en raison de la présence accrue des VTT et des 4 roues motrices (4RM) (R. Brooks, comm. pers., 2005). Il y a un autre segment de cette population le long de la rivière Opéongo (parc provincial de la rivière Opéongo); 15 adultes y ont été capturés (L. Trute, comm. pers., 2005). Il pourrait y avoir plus de 200 adultes dans l’ensemble de cette région. Dans les parcs de rivières sauvages, les chiffres sont probablement à la baisse en raison de l’augmentation des activités anthropiques.

Il y a une « population » éparse dans le comté de Renfrew : 19 adultes y ont été marqués au cours des dernières années et on a estimé le nombre d’adultes à 100 environ à partir des données de capture de 5 rivières (L. Trute, comm. pers., 2005).

En 2003, une population a été découverte dans une rivière proche de Sudbury (Keable et Kearns, 2004); 34 adultes ont été marqués jusqu’à présent, mais aucune estimation de la taille de la population n’a été réalisée (J. Litzgus, comm. pers., 2005, 2007).

Plus à l’ouest, un certain nombre de cours d’eau du district d’Algoma accueillent des populations de tortues des bois. Dans l’ouest du district d’Algoma, 6 ruisseaux ou rivières accueillent des tortues des bois; 22 ruisseaux ou rivières paraissent convenables, mais n’accueillent aucun individu, et 12 paraissent convenables, mais n’ont pas été analysés (P. Wesley, comm. pers., 2006). Dans les 6 rivières où des tortues des bois ont été observées, 158 adultes ont été capturés et marqués au cours des 6 dernières années (Knudsen, 2004; Wesley et al., 2004; P. Wesley, comm. pers., 2006).

Dans l’est du district d’Algoma, des tortues des bois ont été observées dans 5 rivières, 114 adultes ont été marqués au cours des dernières années et la population a été estimée à ~ 600 adultes (en présumant que les densités sont les mêmes sur toute la longueur des rivières) (Cameron et al., 2002; Peiman et Brooks, 2003; Trottier, 2004; J. Trottier, comm. pers., 2005) (voir le tableau 1).

Un grand nombre d’études et de relevés ont été réalisés au Québec sur la tortue des bois. Plusieurs biologistes ont travaillé conjointement en vue de produire des estimations à partir des données de 16 rivières situées un peu partout dans l’aire de répartition de l’espèce (J. Jutras, comm. pers., 2005 : voir le tableau 1). De ces rivières, ~ 10 se trouvent en totalité ou en partie dans la province faunique des Grands Lacs et du Saint-Laurent (tableau 1). Les populations ont été considérées comme étant « en déclin » dans 6 de ces rivières, leur tendance est « inconnue » dans 4 et la population a été considérée comme « stable » dans une seule (tableau 1).

À partir de ces données, on a estimé que la population de la province faunique des Grands Lacs et du Saint-Laurent comptait ~ 1 600 adultes (tableau 1). Cette valeur est peut-être légèrement exagérée parce que certains chiffres de l’Ontario obtenus sur de petits sites d’étude ont été extrapolés à toute la longueur des rivières (voir ci-dessus).

Populations de la province faunique du bouclier canadien

Au Québec, ~ 6 rivières coulent en totalité ou en partie dans la province faunique du bouclier canadien. Les populations sont considérées comme « stables » dans 2 de ces rivières, en déclin dans 2 autres, et leur statut est « inconnu » dans 4 de ces rivières (tableau 1). On estime à 1 320 le nombre total de tortues des bois adultes (tableau 1). Tel que mentionné précédemment, les estimations obtenues à partir de simples extrapolations sont probablement trop élevées.

Populations de la province faunique des Appalaches et de la côte Atlantique

Au Québec, ~ 7 cours d’eau coulent en totalité ou en partie dans cette province faunique (tableau 1). Les populations sont considérées comme étant « en déclin » dans 4 de ces cours d’eau et leur statut est « inconnu » dans 3. On estime à ~ 500 le nombre d’adultes. Au Nouveau-Brunswick, des signalements ont été enregistrés dans plusieurs secteurs (les 79 occurrences d’éléments de la province), mais il n’y a aucune précision quant à l’abondance (McAlpine et Gerreits, 1999; E. Tremblay, comm. pers., 2004). Une étude privée réalisée par un propriétaire foncier au cours des 8 dernières années a permis jusqu’à présent de trouver et de marquer tout près de 100 tortues des bois (66 adultes) et d’observer des nids et des juvéniles (P. Brewer, comm. pers., 2005). À sa première saison d’activités sur le terrain, une étude menée sur des terres domaniales de la province a permis de capturer 111 tortues, dont des nouveau-nés, des juvéniles et 57 adultes (V. Roy, comm. pers., 2005). Des tortues ont été signalées dans ~ 13 bassins hydrographiques (ruisseaux ou rivières) (McAlpine et Gerrits, 1999). Il est difficile d’estimer le nombre total de tortues dans la province. Toutefois, si l’on se fie aux estimations calculées dans des régions similaires du Québec et de l’Ontario, on croit qu’il y aurait autour de 1 000 adultes.

Peu d’études ont été réalisées sur la tortue des bois en Nouvelle-Écosse et les estimations qui y ont été calculées sont beaucoup moins sûres que celles du Québec et de l’Ontario. Les estimations de J. Gilhen couvrent 12 bassins hydrographiques connus pour accueillir des populations de tortues des bois et suggèrent la présence d’environ 2 200 adultes dans ces cours d’eau (J. Gilhen, comm. pers., 2005). Ces estimations sont fondées sur la longue expérience de Gilhen et sur ses contacts personnels (voir Gilhen, 1990). Des estimations beaucoup plus élevées ont été documentées par M. Elderkin et M. Pulsifer (comm. pers., 2005). Dans un segment de 8 km d’un affluent de la rivière A, une activité de recherche de 55 heures-personnes a permis de découvrir 21 adultes (0,38 tortue par heure) et de révéler une « densité » de 2,65 adultes par kilomètre. Étant donné que le bassin hydrographique de cette rivière compte environ 500 km de cours d’eau, ce chiffre a été extrapolé et a permis d’estimer à 1 300 le nombre d’adultes dans cette rivière (J. Gilhen a quant à lui estimé à 240 le nombre d’adultes dans ce même cours d’eau, comm. pers., 2005). Dans le bassin hydrographique de la rivière B, M. Pulsifer a estimé à environ 1 000 à 1 500 le nombre de tortues des bois adultes (M. Elderkin, comm. pers., 2005). Pour ce même bassin hydrographique, Gilhen a estimé à 800 le nombre d’adultes (J. Gilhen, comm. pers., 2005). Ces 2 estimations sont beaucoup plus élevées que les chiffres publiés dans le rapport de 1996 du CSEMDC (ancien nom du COSEPAC), où il était écrit qu’il y avait probablement 9 « populations » en Nouvelle-Écosse et que la majorité de celles-ci comptaient moins de 100 tortues (Litzgus et Brooks, 1996). Il semble que les rivières A et B soient des cas particuliers et que la majorité des populations de la Nouvelle-Écosse, voire toutes, compteraient moins de 100 adultes et seraient en déclin ou en grande difficulté (T. Herman, comm. pers. Procès-verbal de la réunion du SSE des amphibiens et reptiles, Akwesasne, 21 sept. 2007).

L’estimation de la population totale pour la Nouvelle-Écosse est donc très incertaine vu la disparité des estimations et les limites de l’extrapolation. Une estimation de 2 000 à 7 000 serait représentative de toutes les estimations. Par conséquent, on peut présumer qu’il y aurait entre ~ 3 000 et 9 000 tortues des bois adultes dans la province faunique des Appalaches et de la côte Atlantique.

Tableau 1. Sommaire des populationsNote de tableaua « connues » de tortues des bois en Ontario et au Québec
CompétenceRégion biogéo.
(province faunique)Note de tableaub
No de la populatioNombred’individus marquésNombre estimé d’adultesDurée de l’étude
(années)
Tendance
Ontario
7
1~ 400~ 80~ 15> 60 % déclinNote de tableauc
Ontario
7
215--Inconnu
Ontario
7
3~ 100~ 7015> 30 % déclinNote de tableaud
Ontario
7
4---Inconnu
Ontario
7
51570< 5Inconnu
Ontario
7
6110< 5Inconnu
Ontario
7
7110< 5Inconnu
Ontario
7
8~ 30-< 5Inconnu
Ontario
7
9-~ 50< 5Inconnu
Ontario
7
10 (6+rivières)126200< 5Inconnu
Ontario
7
11140340Note de tableaue< 5Inconnu
Ontario
7
1238225Note de tableaue< 5Inconnu
Ontario
7
1310 (3 rivières)30Note de tableaue< 5Inconnu
Québec
5
1a22530010Déclin
Québec
5
1b-15010Déclin
Québec
5
210502Inconnu
Québec
5/7
320 (12?)Note de tableauf501Inconnu
Québec
5
4750-Inconnu
Québec
5/7
520(34?)Note de tableauf34-431Stable
Québec
6/7
6a14501Inconnu
Québec
6/7
6b-501Inconnu
Québec
6
765788DéclinNote de tableaug
Québec
5
8150620Note de tableaue8Stable
Québec
7
92350-Inconnu
Québec
7
1018-27(33?)Note de tableauf504Déclin
Québec
7
118-11(12?)Note de tableauf503Inconnu
Québec
7
125508Déclin
Québec
7
1311501Déclin
Québec
6
14a92(112?)Note de tableaufPas d’est.-Déclin
Québec
6
14b150(112?)Note de tableaufPas d’est.5Déclin
Québec
6
1535(8?)Note de tableaufPas d’est.2Déclin
Québec
6
1613Pas d’est.2Inconnu

L’information contenue dans ce tableau est une interprétation des renseignements transmis à T. Kraus et R.J. Brooks en 2005, pour l’Ontario, par J. Trottier (ministère des Richesses naturelles de l'Ontario [MRNO] et coprésident de l’équipe de rétablissement de la tortue des bois en Ontario) et L. Trute (MRNO, ancien coprésident de l’équipe de rétablissement de la tortue des bois en Ontario), et pour le Québec, par J. Jutras (ministère des Ressources naturelles et de la Faune du Québec) et P. Galois (coordonnateur et rédacteur du plan multi-tortues). Les tendances pour les populations du Québec ont été mises à jour en novembre 2007, sur la base de nouvelles données transmises par D. Banville.

Note de tableau a

La notion de « populations » est quelque peu arbitraire, certaines n’étant peut-être pas des unités reproductives distinctes. Les « tendances » sont mentionnées lorsque les chercheurs se sentaient assez compétents pour aborder cette question.

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Note de tableau b

Le choix de la province faunique est arbitraire dans bien des cas, les tortues occupant des cours d’eau qui coulent dans plus d’une province faunique. provinces fauniques des amphibiens, des reptiles et des mollusques terrestres au Canada (Manuel des opérations et des procédures du COSEPAC, Annexe F5). PF 7 = Grands Lacs et Saint-Laurent, PF 6 = Appalaches et côte Atlantique, PF 5 = Bouclier canadien.

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Note de tableau c

Cameron et Brooks (2002).

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Note de tableau d

Samson et Brooks (2005).

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Note de tableau e

chiffre obtenu en extrapolant la densité de tortues des bois d’un secteur d’étude à toute la longueur d’une rivière.

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Note de tableau f

Les chiffres suivis d’un point d’interrogation sont tirés de la version 2006 du plan sur les espèces multiples du Québec et diffèrent des valeurs transmises à R. Brooks en 2005. On pense que les chiffres du plan de rétablissement sont plus précis parce qu’ils sont fondés sur de nouvelles captures et qu’ils ont fait l’objet de nombreuses discussions.

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Note de tableau g

Daigle et Jutras (2005).

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Canada 

Si l’on combine les estimations des 4 provinces, on peut estimer que le nombre de tortues des bois adultes au Canada varie entre ~ 6 000 et 12 000. Toutefois, il ne faut pas oublier que certaines des estimations, et plus particulièrement les plus élevées, sont fondées sur de simples extrapolations linéaires dérivées de petits sites d’étude. Pour les motifs mentionnés précédemment, ces extrapolations et leurs estimations élevées sont beaucoup plus incertaines. Premièrement, les tortues n’occupent pas toute la longueur d’un cours d’eau. Elles y sont plutôt présentes de manière éparse. Deuxièmement, vu la visibilité de la tortue dans les aires de nidification et le long des cours d’eau au début du printemps, il est peu probable que des individus aussi nombreux soient passés inaperçus pendant aussi longtemps. Troisièmement, les études à long terme (Foscarini, 1994; Cameron et Brooks, 2002; Saumure, 2004; Wesley et al., 2004; Wesley et Brooks, 2005) ont permis de constater qu’il y a eu un nombre élevé de nouvelles captures au cours des 2 ou 3 premières années, mais que cette période avait été suivie d’un déclin rapide et qu’il y avait eu très peu de nouvelles captures au cours des années subséquentes. L’explosion initiale de nouveau-nés est tout à fait normale, mais le déclin rapide qui suit est inhabituel non seulement comparativement aux autres animaux, mais également aux autres tortues (R. Brooks, comm. pers., 2005). Comparativement aux autres espèces, une grande partie des populations de tortues des bois semble être capturée assez rapidement, probablement parce que ces tortues se laissent facilement attraper au sol. Par conséquent, les estimations de la population fondées sur les captures, les marquages et les recaptures réalisés au cours d’une période de une ou deux années sont probablement plus élevées et moins certaines que celles calculées à l’issue de plus longues études.

Fluctuations et tendances 

Le déclin général de la tortue des bois mis en évidence par des renseignements non scientifiques a conduit à la réalisation d’études dans toute l’aire de répartition de l’espèce. La majorité de ces études étant en cours depuis moins de 4 ans, seulement quelques-unes d’entre elles peuvent fournir des données quantitatives à plus « long terme » sur les populations canadiennes. Jusqu’à présent, aucune population n’a été évaluée à la hausse (voir le tableau 1 et le texte ci-dessus).

Au Québec, les études démographiques ou les connaissances de biologistes régionaux permettent d’estimer les tendances démographiques dans ~ 16 rivières (tableau 1). L’abondance de la tortue des bois est considérée comme étant « en déclin » dans ~ 9 de ces rivières et « stable » dans 2 d’entre elles (Équipe de rétablissement des tortues du Québec, 2005). De manière plus précise, une population amplement étudiée était considérée comme « stable » (Walde et al., 2003), mais une augmentation récente du nombre de prédateurs a entraîné un déclin rapide (Bourgeois et al., 2004). Au total, 2 estimations réalisées à 7 années d’intervalle montrent un déclin de près de 50 p. 100 (Daigle et Jutras, 2005). Cette population pourrait par ailleurs être davantage en déclin en raison d’une augmentation de la mortalité attribuable à la machinerie agricole (Saumure, 2004). La situation pourrait être similaire dans d’autres rivières des régions agricoles du Québec, lesquelles accueillent environ la moitié de la population provinciale de tortues des bois (C. Daigle, comm. pers., 2005). Les populations des régions forestières sont sans doute moins en danger et pourraient être à l’abri des déclins (Walde et al., 2003; C. Daigle, comm. pers., 2005) tant qu’elles ne sont pas trop accessibles par les routes.

En Nouvelle-Écosse, il n’y a aucune donnée publiée sur les tendances des populations, mais certaines informations anecdotiques montrent que bon nombre d’entre elles sont en déclin (Litzgus et Brooks, 1996; T. Herman, comm. pers., sept. 2007).

Au Nouveau-Brunswick, il n’y a officiellement aucun suivi à long terme. Cependant, des renseignements non scientifiques montrent un déclin de la population ainsi qu’un manque de protection sur au moins un site situé dans le sud de la province, où les VTT parcourent illégalement les aires de nidification (P. Brewer, comm. pers., 2005). Cette étude informelle amorcée en 1998 montre que la population a diminué au cours des dernières années et suggère que la présence accrue des VTT en serait responsable, puisque les tortues se font écraser, ramasser ou délibérément tuer, et que leurs nids se font détruire (P. Brewer, comm. pers. 2005). Au total, 5 des 6 aires de nidification sont parcourues quotidiennement par plusieurs VTT et, à mesure que les niveaux d’eau baissent au cours de l’été, ces véhicules peuvent traverser la rivière à environ 15 endroits par kilomètre.

En Ontario, la seule population du sud de la province a été modélisée à la suite du déclin abrupt qu’elle a connu en 1994-1995, lequel serait attribuable au commerce de l’espèce comme animal de compagnie (tableau 1). Le modèle réalisé prédisait que la population disparaîtrait dans 50 ans si aucune mesure considérable n’était prise (Cameron et Brooks, 2002). Un programme de reproduction a été mis de l’avant afin d’introduire des juvéniles dans cette population. Il reste à voir si cette stratégie contribuera à la restauration de la population (M. Malhiot, comm. pers., 2004), mais le déclin semble pour l’instant se poursuivre (K. Beriault, comm. pers., sept. 2007). Une deuxième population se trouvant près du parc national Algonquin fait l’objet d’un suivi depuis 1987 (Quinn et Tate, 1991; Brooks et al., 1992; Brooks et Boyd, 1998; Smith, 2002) et semble également être en déclin (R. Brooks, comm. pers., 2005) (tableau 1). Cette population se trouve dans un parc provincial, mais comme c’est le cas pour la population du Nouveau-Brunswick (voir le paragraphe ci-dessus), le secteur est ouvert aux VTT et aux activités récréatives (R. Brooks, comm. pers., 2005). Comme l’a démontré une étude menée sur 20 ans réalisée au Connecticut, le simple fait d’ouvrir un secteur aux randonneurs et aux pique-niqueurs peut entraîner la disparition complète, par captures, d’une population de tortues des bois (Garber et Burger, 1995). D’autres populations sont considérées comme étant « en santé », même si des taux élevés de mortalité et de circulation pédestre et motorisée sont observés sur les sites de nidification et le long de certaines routes à proximité de ceux-ci (J. Trottier, comm. pers., 2004; R. Knudsen, comm. pers., 2004; J. Litzgus, comm. pers., 2007). Aucune de ces populations n’a été étudiée assez longtemps pour permettre de détecter ou d’inférer des tendances en matière d’abondance. Aucune autre population de l’Ontario n’a été étudiée assez longtemps pour détecter des tendances potentielles, mais toutes les populations sont exposées à une augmentation des contacts avec les humains et les véhicules. Les effets anthropiques grandissant menacent pratiquement toutes les populations de tortues des bois de l’Ontario.

La tendance générale au Canada et aux États-Unis (J. Harding, comm. pers., 2004) est au déclin et, même si certaines populations sont décrites comme stables, la très grande vulnérabilité des tortues des bois aux sources anthropiques de mortalité signifie que toute population accessible à l’humain (toutes les populations actuelles mais à des degrés variables) est exposée à un déclin potentiel.

Immigration de source externe

Aux États-Unis, la majorité des populations de tortues des bois sont en déclin (NatureServe, 2004) et il n’y a aucun échange connu d’individus entre ces populations et celles au Canada. Il est hautement improbable qu’une fois disparue, une population canadienne soit renouvelée grâce à une autre (du Canada ou des États-Unis) (voir « Répartition » et « Déplacements et dispersion »).