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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le carex tumulicole (Carex tumulicola) au Canada

Habitat

Besoins en matière d’habitat

À l’échelle de son aire de répartition, le Carex tumulicola est habituellement associé aux hautes prairies, aux prés secs à humides et aux boisés ouverts (Peck, 1961; Hitchcock et al., 1969; Mastrogiuseppe, 1993; Wilson, 1999; B. Newhouse, comm. pers., 2001).

Au Canada, le Carex tumulicola est confiné aux basses terres de la zone côtière sèche (zone biogéoclimatique côtière à douglas, sous-zone maritime humide) du sud-est de l’île de Vancouver (Colombie-Britannique) (Douglas et al., 2001). Cette région se trouve sous l’ombre pluviométrique de l’île de Vancouver et des monts Olympic et est baignée par un climat sub-méditerranéen, caractérisé par des étés chauds et secs et des hivers doux et pluvieux. La température annuelle moyenne à Victoria, située au cœur de l’aire de répartition du C. tumulicolaau Canada, s’élève à 10 °C. Les températures quotidiennes moyennes varient entre 4 °C en décembre et 15,6 °C en juillet. Les sécheresses estivales ont un effet déterminant sur le type de végétation qui pousse dans la région. Moins de 5 p. 100 des quelque 690 mm de précipitations que reçoit Victoria annuellement tombent en juillet et en août. Le déficit hydrique annuel est supérieur à 350 mm (McMinn et al., 1976; Fuchs, 2001). Le C. tumulicola n’est pas largement réparti à l’échelle des basses terres de la zone côtière sèche, et il s’y rencontre uniquement à moins de 50 m d’altitude et généralement à moins de 200 m du littoral. La faible tolérance au gel de l’espèce pourrait expliquer cette répartition restreinte.

Le substrat rocheux du sud-est de l’île de Vancouver est principalement d’origine ignée, métamorphique et, dans une certaine mesure, sédimentaire (McMinn et al., 1976). De nombreuses populations de Carex tumulicola sont établies dans des clairières de chênaies de Garry, où les sols sont généralement des brunisols sombriques orthiques et sombriques lithiques à horizon Ah bien développé et à humus de type moder à mor peu évolué (Roemer, 1972). La population nº 7 pousse dans un brunisol dystrique lithique, sur une assise faiblement pentue de grès ou de conglomérat (Jungen et al., 1985). Les sols s’humidifient sous l’effet des pluies automnales et demeurent humides (et parfois saturés) durant tout l’hiver et au début du printemps. Les sécheresses estivales entraînent l’assèchement des sols, et, au milieu de l’été, le feuillage de la plupart des autres espèces est déjà fané, alors que celui duC. tumulicola est encore d’un beau vert clair et le demeure souvent jusqu’en automne.

Le Carex tumulicola était peut-être une espèce importante dans les prés et les prairies des régions côtières du sud-est de l’île de Vancouver avant l’arrivée des premiers colons européens. Aujourd’hui, il est encore présent dans l’île San Juan (située à 15 km de Victoria), dans l’État de Washington, où il forme de grandes colonies de plusieurs centaines d’individus dans certains prés humides non perturbés et des colonies de taille plus modeste dans les prés perturbés (P. Zika, comm. pers., 2004). Il fait partie des quelques graminées ou cypéracées indigènes qui pourraient avoir dominé ces écosystèmes avant l’introduction des espèces fourragères envahissantes d’origine européenne (Chappell et Caplow, 2004).

Population nº 1

Cette population est constituée de plusieurs colonies dispersées dans les vestiges d’un complexe de chênaies de Garry et de prés où dominent aujourd’hui diverses espèces d’arbustes indigènes ou non indigènes envahissants (p. ex. Symphoricarpos albus, Cytisus scoparius,Ulex europaeus) et de graminées (p. ex. Holcus lanatus, Lolium perenne, Agrostis stolonifera) et d’herbes non graminéennes (p. ex. Allium vineale) introduites. Plusieurs colonies occupent de petites bandes boisées bordées d’arbustaies et persistent le long de sentiers de randonnée pédestre, semblant tirer avantage du fait que la faible pression due au piétinement empêche l’établissement d’espèces arbustives comme leSymphoricarpos albus. Ailleurs, le Carex tumulicola se rencontre en petites touffes dans des fragments de prés (à dominance de graminées introduites) où la compétition est réduite en été par des fauchages destinés à prévenir l’accumulation de matières combustibles.

Population nº 2

Une portion de cette population est établie à côté d’un sentier de randonnée pédestre, en terrain élevé, dans un pré à chêne de Garry à prédominance de graminées introduites (p. ex. Bromus sterilis). Ailleurs, le Carex tumulicola forme de petites touffes dans des secteurs envahis par les graminées, en bordure de sentiers ou de routes, où le sous-étage est de façon générale dominé par des espèces envahissantes indigènes et non indigènes d’arbustes, de graminées et d’herbes non graminéennes (p. ex. Symphoricarpos albus, Rubus discolor, Lolium perenne, Poa pratensis, Agropyron repens, Hedera helix et Taraxacum officinale).

Population nº 3

Cette population se trouve en terrain élevé sur le bord sec et périodiquement fauché d’un sentier traversant un milieu rocheux adjacent à une vieille tourbière. Le Carex tumulicola y pousse sous un couvert de Populus tremuloides et deCrataegus monogyna, en association avec plusieurs espèces de graminées et d’herbes non graminéennes introduites.

Populations nos 4 et 5

Ces populations se trouvent dans les vestiges d’une savane à chêne de Garry, à seulement quelques mètres du littoral marin. Plusieurs colonies sont établies dans des baissières herbeuses à dominance d’herbes non graminéennes indigènes et non indigènes, parmi des escarpements rocheux. D’autres colonies sont établies dans des prés fauchés périodiquement, à dominance de graminées et herbes non graminéennes non indigènes (p. ex. Poa pratensis, Bromus hordeaceus, Lolium perenne, Bromus sterilis, Geranium dissectum, G. molle, Viciaspp., Myosotis discolor, Trifolium dubium et Cynosurus echinatus). Les espèces indigènes suivantes y sont également présentes : Carex macloviana, Juncus tenuis, Lomatium nudicaule, Triteleia hyacinthina, Pteridium aquilinum, Camassia leichtlinii, Cerastium arvense et Plectritis congesta.

Population nº 6

Cettepopulation se trouve dans des prés fortement perturbés, près du littoral marin. Les sites occupés par l’espèce ont été fauchés et/ou utilisés comme pâturages dans le passé, et la végétation y est dominée par diverses espèces d’arbustes, d’herbes non graminéennes et de graminées non indigènes.

Population nº 7

Composée d’une seule touffe, cette population est établie dans une chênaie de Garry, en bordure d’un terrain suintant à végétation arbustive (Symphoricarpos albus, Rosa nutkana et Crataegus monogyna).

Population nº 8

Cette population est établie en terrain dénudé, dans une petite clairière d’une forêt de seconde venue, sous un couvert de Pseudotsuga menziesii, de Quercus garryana et d’Arbutus menziesii.

Population nº 9

Cette population se trouve dans un pré côtier mésique à graminées entrecoupé de colonies de genêt à balais (Cytisus scoparius) et de rosier de Nootka (Rosa nutkana).

Population nº 10

Cette population se trouve à Sidney Spit, propriété de Parcs Canada, dans un pâturage à graminées abandonné aujourd’hui colonisé par un mélange d’espèces indigènes et une forte composante d’espèces envahissantes.

De façon générale, le Carex tumulicola est associé aux prés et aux boisés clairsemés au Canada. Bon nombre de ces habitats sont dominés par des espèces fourragères envahissantes ou sont envahis par des espèces arbustives ou arborescentes. Les populations les plus vigoureuses se rencontrent généralement dans des milieux à faible couvert arborescent et arbustif où les graminées fourragères envahissantes sont moins communes ou soumises à un fauchage périodique.

Tendances en matière d’habitat

L’expansion domiciliaire et l’utilisation à des fins récréatives des zones côtières du sud-est de l’île de Vancouver ont entraîné une réduction substantielle de la quantité d’habitat potentiel au cours du siècle dernier. Moins de 1 p. 100 de la zone côtière à douglas est actuellement protégé (Eng, 1992). La superficie occupée par les écosystèmes du chêne de Garry dans la région de Victoria a diminué de près de 95 p. 100 entre 1800 et 1997, passant de 10 510 ha à 512 ha (Lea, 2002). Cette tendance s’est poursuivie par la suite. Bon nombre des milieux encore propices à l’espèce ont été considérablement altérés par les graminées et les arbustes exotiques envahissants. Les milieux propices au Carex tumulicola n’ont probablement jamais été aussi nombreux que les écosystèmes du chêne de Garry. Leur déclin a certainement été aussi prononcé, car les prix et la demande pour les terrains à vocation résidentielle et commerciale atteignent un sommet dans les régions côtières, où le C. tumulicola se rencontre généralement. De façon plus précise, les populations nos 1, 2, 3 et 7 se trouvent dans de petits espaces verts enclavés dans de grands quartiers résidentiels aménagés sur des sites anciennement propices au C. tumulicola ou immédiatement adjacents à ces quartiers.

La qualité de l’habitat a également diminué à l’échelle des prés et boisés côtiers encore existants (voir la section portant sur les menaces). Favorisée par la suppression des incendies, la croissance de nombreuses espèces d’arbustes et d’arbres indigènes et non indigènes a entraîné une réduction de la lumière atteignant le tapis forestier. Un certain nombre de graminées et d’herbes non graminéennes hautement compétitrices ont été introduites délibérément à compter du milieu du XIXe siècle et ont colonisé d’elles-même les prés et les boisés (Fuchs, 2001). Le Carex tumulicola forme généralement des populations de petite taille ou peu vigoureuses dans les sites qui présentent un couvert arborescent et arbustif dense ou qui sont envahis par les graminées et d’herbes non graminéennes fourragères.

Protection et propriété 

Le type de protection dont bénéficie chacune des populations connues de Carex tumulicola au Canada et le statut de propriété des terres sur lesquelles se trouvent ces populations sont présentés au tableau 1. Trois des dix populations découvertes à ce jour se trouvent dans des parcs municipaux du Grand Victoria (une de ces populations déborde toutefois sur le terrain d’un établissement d’enseignement). Quatre autres populations sont établies sur des terres fédérales appartenant au ministère de la Défense nationale (MDN) (une de ces populations s’étend jusqu’à une réserve indienne adjacente). Les trois autres populations se trouvent sur une réserve indienne, sur un terrain privé et dans un parc national. Aucune des populations canadiennes ne bénéficie d’une protection légale, mais plusieurs sites, du fait qu’ils sont situés sur des terres municipales ou qu’ils appartiennent au MDN ou à Parcs Canada, sont efficacement protégés contre l’urbanisation et l’expansion résidentielle (tableau 1). Les gestionnaires des terres fédérales accordent généralement une attention particulière aux espèces qui sont protégées à l’échelle nationale ou candidates à la désignation comme espèces en péril (espèces candidates) en vertu de la Loi sur les espèces en péril (LEP) ainsi qu’à celles qui sont considérées comme préoccupantes à l’échelle provinciale.

Tableau 1. Emplacement général, date de la première observation et de l’observation la plus récente, propriété du terrain et protection de l’habitat pour les sites abritant le Carex tumulicola au Canada
Population/ colonies / sous-populationsEmplacement généralPremière observation et sourceNote de tableauaObservation la plus récente et sourceNote de tableauaPropriétéProtection
1aOak Bay~1990 / CTBS/OParc municipalPartielle
1bOak Bay2003 / MF-JP2004 / MMParc municipalPartielle
1cOak Bay2003 / MF-JP2004 / MMParc municipalPartielle
1dOak Bay1999 / AC2004 / MMParc municipalPartielle
1eOak Bay2003 / MF-JP2004 / MMParc municipalPartielle
1fOak Bay2003 / MF-JP2004 / MMParc municipalPartielle
1gOak Bay2003 / MF-JP2004 / MMParc municipalPartielle
1hOak Bay2003 / MF-JP2004 / MMParc municipalPartielle
1IOak Bay2003 / MF-JP2004 / MMParc municipalPartielle
1jOak Bay2003 / MF-JP2004 / MMParc municipalPartielle
1kOak Bay2003 / MF-JP2004 / MMParc municipalPartielle
1lOak Bay2003 / MFJP2004 / MMParc municipalPartielle
1mOak Bay~1990 / CTB2003 / MF-JPParc municipalPartielle
1nOak Bay2004 / MM2004 / MMParc municipalPartielle
1oOak Bay2004 / MM2004 / MMParc municipalPartielle
1pOak Bay2004 / MM2004 / MMParc municipalPartielle
1qOak Bay2004 / MM2004 / MMParc municipalPartielle
1rOak Bay2004 / MM2004 / MMParc municipalPartielle
1sOak Bay2004 / MM2004 / MMParc municipalPartielle
1tOak Bay2004 / MM2004 / MMParc municipalPartielle
1uOak Bay2004 / MM2004 / MMParc municipalPartielle
1vOak Bay2004 / MM2004 / MMParc municipalPartielle
1wOak Bay2004 / MM2004 / MMParc municipalPartielle
1xOak Bay2004 / MM2004 / MMParc municipalPartielle
2aSaanich1998 / AC2004 / MMÉtablissement d’enseignement post-secondaireAucune
2bSaanich2004 / MM2004 / MMÉtablissement d’enseignement post-secondaireAucune
2cSaanich2004 / MM2004 / MMÉtablissement d’enseignement post-secondaireAucune
2dSaanich2004 / MM2004 / MMÉtablissement d’enseignement post-secondaireAucune
2eSaanich2004 / MM2004 / MMÉtablissement d’enseignement post-secondaireAucune
2fVictoria2003 / AC2004 / MMParc municipalPartielle
3Saanich1999 / AC2004 / MMAire de conservation municipalePartielle
4aCap Rocky1999? / AC?2004 / MFMDNPartielle
4bCap Rocky2003? / MF?2004 / MFMDNPartielle
5 (13 sous-pop.)Cap Rocky2003? / MF?2004 / MFMDNPartielle
6 (plusieurs sous-pop.)Cap Rocky2004 / MF2004 / MFMDN / Réserve indiennePartielle
7Nanaimo2003 / AC2003 / ACPropriété privéeAucune
8Albert Head2004 / MM2005 / MMMDNPartielle
9Becher Bay2006 / MM2006 / MMRéserve indiennePartielle
10 (6 sous-pop.)Sidney Spit2005 / AC2007 / JFParcs CanadaPartielle
Note de tableau a

CTB : C.T. Brayshaw; AC : Adolf Ceska; JF : Jamie Fenneman; MF : Matt Fairbarns; MM : Mike Miller; JP : Jenifer Penny.

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Les terres du MDN sont administrées par les Forces maritimes du Pacifique et la Base des forces canadiennes Esquimalt. Le Comité consultatif sur les sciences de l’environnement appuie des projets de recherche et d’inventaire qui visent des espèces en péril déjà protégées ou des espèces candidates à une telle désignation en vertu de la LEP. Les décisions relatives à la gestion des espèces sont prises en considération des objectifs du Programme des ressources naturelles et, de ce fait, certains besoins peuvent ne pas être pris en compte. Même si le Carex tumulicola n’est pas protégé en vertu de la LEP, le MDN a cartographié tous les sites occupés par l’espèce sur ses couches SIG. Actuellement, les sites occupés qui se trouvent sur les terres du MDN ne sont pas accessibles au public et bénéficient d’une protection efficace contre toute forme d’exploitation.

Les politiques de gestion des parcs ne prévoient aucune mesure de protection particulière pour les trois populations qui se trouvent dans des parcs municipaux. Des portions de la population nº 2 se trouvent sur le campus d’un établissement d’enseignement post-secondaire et ne bénéficient d’aucune protection (officielle ou non). La population nº 7 est établie sur un terrain privé pressenti à plusieurs reprises pour des projets d’expansion résidentielle.

Les terres sur lesquelles se trouve la population nºsont gérées par le district d’Oak Bay, et celles qui abritent les populations nos 2 et 3, par le district de Saanich. Ces trois sites se trouvent dans des parcs municipaux, à proximité immédiate de certains des secteurs les plus densément peuplés de Victoria, et sont l’objet d’une utilisation récréative soutenue durant toute l’année. La survie à long terme de l’espèce à ces trois sites est intimement liée à toute éventuelle décision concernant l’utilisation et la gestion de ces secteurs très prisés. Les responsables du programme de remise en état des écosystèmes naturels (Restoration of Natural Systems Program) de la University of Victoria et la municipalité d’Oak Bay ont entrepris de rédiger conjointement une ébauche de plan d’intendance pour le parc municipal abritant la population nº 1. Le site abritant la population nº 3 a été désigné aire de conservation par la municipalité de Saanich, qui est à élaborer des stratégies de gestion en vue de protéger les espèces rares qui y ont été répertoriées. La population nº 10 se trouve sur un terrain appartenant à Parcs Canada.