Sauter l'index du livret et aller au contenu de la page

Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le carex tumulicole (Carex tumulicola) au Canada

Biologie

Bien peu de choses ont été publiées sur la biologie du Carex tumulicola. Les sections qui suivent présentent des renseignements sommaires tirés de sources primaires (flores), de publications traitant d’autres espèces de Carex, de communications personnelles avec des spécialistes des Carex de la Colombie-Britannique et de l’Oregon et des observations inédites sur le terrain de la part des rédacteurs eux-mêmes.

Cycle vital et reproduction

Le Carex tumulicola est une herbe cespiteuse vivace de la famille des Cypéracées qui fleurit en mai ou en juin. Comme chez tous les membres de la famille, la pollinisation des fleurs est assurée par le vent. Les fruits (achaines) parviennent à maturité en été. Les graines sont libérées à la fin de l’été ou en automne, et leur dispersion s’effectue principalement par gravité. On ignore pendant combien de temps les graines du C. tumulicola demeurent viables dans le soI, mais il est établi que certaines espèces de Carex forment des réserves de semences persistantes dans le sol (Nariyasu et al., 2001). La période de germination est également inconnue, mais elle se situe probablement au printemps, après le début des pluies hivernales.

Les besoins particuliers de l’espèce en matière de germination sont inconnus, mais le recrutement à partir de graines pourrait être peu fréquent en présence de certaines conditions. Un essai d’ensemencement réalisé à Eugene (Oregon) dans le cadre d’un projet de conservation des terres humides s’est révélé infructueux, aucun semis n’étant obtenu l’année suivante (City of Eugene, 2002).

En plus de se reproduire par voie sexuée au moyen de graines, le Carex tumulicola se propage par voie végétative à partir de courts rhizomes et s’établit facilement à partir de fragments de rhizomes. Il est par conséquent difficile d’établir la durée d’une génération (définie par le COSEPAC comme l’âge moyen des parents dans la population) chez cette espèce.

Herbivores

De nombreuses espèces de Carex sont considérées comme d’aussi bonne qualité fourragère que les meilleures graminées et sont consommées en quantités équivalentes par le bétail et les animaux sauvages. En revanche, d’autres membres du groupe sont coriaces et de piètre qualité fourragère (Booth, 1950).

L’appétibilité du Carex tumulicola pour les herbivores est inconnue. Comme ses rhizomes et ses points végétatifs ne sont pas exposés et comme la plante peut produire des racines durant toute la saison de croissance, l’espèce est probablement capable de tolérer un broutage occasionnel. Toutefois, en raison de son extrême rareté en Colombie-Britannique, il est peu probable que les herbivores s’y intéressent de façon significative. Au début du XXesiècle, le broutage par le bétail pourrait avoir compensé les effets de l’altération du régime des incendies à certains sites (p. ex. le parc Uplands) en empêchant les espèces ligneuses de coloniser les milieux ouverts (Fairbarns et al., 2003). Les effets persistants de ces activités de broutage antérieures pourraient expliquer la présence du C. tumulicola à ces sites. Même si le site qui abrite la population  10 est soumis à une intense pression de broutage par le daim, une espèce introduite, et par une petite population de cerf-mulet, une espèce indigène, le C. tumulicola ne semblait pas y avoir été brouté en 2006 (M. Fairbarns, comm. pers., 2008).

En général, les graines des espèces de Carex sont riches en nutriments et sont occasionnellement consommées par la sauvagine et d’autres invertébrés (Booth, 1950; Holt et van der Valk, 2002). L’effet actuel de la prédation des graines sur la dynamique des populations locales du C. tumulicola demeure inconnu.

Physiologie

On ne dispose d’aucune donnée sur la physiologie justifiant l’attribution du statut d’espèce en péril au Carex tumulicola au Canada.

Dispersion

On ne dispose d’aucune donnée précise sur le mode de dispersion du Carex tumulicola. Les graines des espèces de Carex ne possèdent généralement aucun mécanisme de dispersion intrinsèque, mais les oiseaux semblent jouer un rôle efficace dans leur dispersion. Les Anatidés, par exemple, consomment les graines de certaines espèces de milieux humides, et l’on estime qu’ils peuvent transporter des graines viables sur des distances pouvant atteindre 1 400 km (Holt et van der Valk, 2002). Les oiseaux pourraient également jouer un rôle important dans la dispersion de certaines espèces de Carex en transportant leurs graines accrochées à leurs plumes. Le transport de graines sur de courtes distances par les fourmis est considéré comme une voie de dispersion importante pour certaines espèces de Carex (Vellend et al., 2000). Comme le C. tumulicola est une espèce rhizomateuse, sa dispersion est peut-être également assurée dans une certaine mesure par le transport passif de fragments de rhizomes (p. ex. dans le sol, sur des véhicules, etc.). Cette hypothèse demeure toutefois à vérifier.

Relations interspécifiques 

On ne dispose d’aucune donnée sur les interactions du Carex tumulicola avec d’autres espèces pouvant justifier l’attribution du statut d’espèce en péril au C. tumulicola au Canada.

Adaptabilité

Les graines du Carex tumulicola ont probablement besoin d’humidité pour germer, mais une fois établie, la plante semble bien tolérer les sécheresses saisonnières. Du fait de sa nature rhizomateuse, l’espèce est dans une certaine mesure protégée contre les perturbations qui peuvent se produire à la surface du sol (p. ex. les feux de terre, les inondations, le piétinement), et il n’est pas impossible qu’elle puisse même exploiter ces perturbations à son avantage.

Dans la portion méridionale de son aire de répartition, le Carex tumulicola est tenu pour une espèce rustique qui tolère bien les perturbations et qui s’adapte à une large gamme de conditions de croissance. Ainsi, la Jepson Horticultural Database (Jepson Herbarium, 1993) fait état de sa capacité non évaluée de stabiliser ou de restaurer les zones perturbées ou dégradées. L’espèce est également décrite dans divers catalogues de centres de jardinage californiens comme une plante versatile qui prospère aussi bien en milieu ensoleillé qu’ombragé et qui accepte indifféremment les sols secs à marécageux ou arrosés régulièrement. Il y est également mentionné qu’une tonte ou un fauchage périodique stimule la croissance de la plante et que celle-ci peut se ressemer d’elle-même une fois établie. Le C. tumulicola est généralement vendu sous forme de mottes de racines ou de boutures à repiquer. Jusqu’à tout récemment, certains de ces centres de jardinage semblaient le confondre avec l’espèce européenne C. divulsa. Selon toute vraisemblance, les descriptions fournies dans les catalogues de ces centres se rapportent à l’espèce européenne.

Les conditions environnementales auxquelles une espèce est exposée aux limites de son aire de répartition sont souvent suboptimales. Lorsque la marginalité écologique coïncide avec la limite de l’aire, la latitude démographique dont disposent les populations périphériques pour réagir à l’altération des conditions locales ou aux perturbations stochastiques peut être inférieure à celle des populations qui se trouvent au centre de l’aire (Lesica et Allendorf, 1995). Dans le cas précis du Carex tumulicola, il faut donc se garder de conclure que, parce que l’espèce semble rustique et capable de s’adapter aux conditions environnementales dans certaines portions de son aire de répartition, les populations établies sur l’île de Vancouver, à la limite nord de l’aire de l’espèce, présentent forcément la même capacité d’adaptation. Dans les faits, l’extrême rareté de l’espèce en Colombie-Britannique, confirmée par le faible nombre de populations et la zone d’occupation très restreinte, semble attester du contraire.