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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le carex tumulicole (Carex tumulicola) au Canada

Taille et tendances des populations

Activités de recherche

Environ 70 colonies de Carex tumulicola réparties dans dix populations ont été découvertes à ce jour au Canada (tableau 1). Quelques sites occupés par l’espèce ont été visités à au moins deux reprises depuis la fin des années 1990, soit depuis que les botanistes ont été avisés de la présence duC. tumulicola au Canada (Ceska, 2000); les autres sites ont été découverts plus récemment et ont été visités seulement une fois (tableau 1). Les relevés ont été réalisés dans le cadre d’une série de projets visant à documenter la répartition de plantes rares dans les prés ouverts du sud-est de l’île de Vancouver et des îles Gulf. Au cours de la dernière décennie, plus de 500 jours-personnes ont été consacrés à la recherche d’espèces rares sur 1 000 ha dans plus de 80 sites comportant des habitats favorables (Fairbarns et al., 2003).

Les recherches intensives du Carex tumulicola ont débuté en 1999, après qu’un étudiant inscrit à un cours d’été en botanique a rapporté pour identification un spécimen d’une espèce de Carex inconnue récolté sur le campus de la University of Victoria. L’identité de ce spécimen a été confirmée par le chargé de cours, A. Ceska (Ceska, 2000). Une visite de suivi à l’herbier du Royal British Columbia Museum a révélé que le C. tumulicola avait déjà été récolté une fois auparavant sur l’île de Vancouver, à Oak Bay, en 1990. L’auteur de cette récolte, T.C. Brayshaw, ignorait toutefois que le C. tumulicola était rare en Colombie-Britannique et avait donc omis de signaler sa découverte (Ceska, 2000). D’autres recherches effectuées subséquemment ont débouché sur de nouvelles mentions de l’espèce en 1999, en 2002, en 2003 et en 2004 (Conservation Data Centre de la Colombie-Britannique, 2004).

En 2003 et en 2004, les rédacteurs et d’autres personnes (J. Penny, H. Roemer) ont passé une dizaine de jours sur le terrain pendant le pic de la période de floraison de l’espèce dans le but de confirmer la présence des populations connues et de découvrir de nouvelles populations. Les recherches axées sur la découverte de nouvelles populations ont été concentrées dans des prés à graminées et des boisés ouverts temporairement humides situés près de la côte. Ce type de milieu correspond à celui où la plupart des populations connues en Colombie-Britannique ont été trouvées. Les zones d’habitat potentiel se trouvant à proximité des sites connus à Metchosin, à Victoria et à Nanaimo ont été repérées sur des photographies aériennes et des cartes topographiques et inventoriées dans la mesure du possible (figure 3). Trois nouvelles populations et de nombreuses nouvelles colonies ont été découvertes dans un secteur d’environ 200 hectares (tableau 1). Certaines zones d’habitat potentiel peu accessibles situées sur un terrain privé n’ont pas été visitées. Les sites suivants ont été inventoriés : île Trial (en entier) et île Chatham (portions), Cap Rocky, parc Uplands, parc East Sooke (Aylard Farm), parc Mt. Tolmie, campus de l’Université de Victoria, tourbière Rithet, Albert Head, mont Christmas, mont Little Saanich, mont Mill, Lieu historique national Fort Rodd Hill, cap Joan/Harmac et plaines Harewood.

Le Carex tumulicola est une plante qui passe très facilement inaperçue et qui est difficile à distinguer de ses congénères en dehors de la période de floraison. Cela est probablement une des raisons qui expliquent pourquoi l’espèce n’a été découverte que tout récemment dans la portion sud de l’île de Vancouver. Il est donc possible que d’autres populations soient découvertes dans le cadre de relevés effectués à d’autres endroits. Les futures recherches devraient être concentrées dans la partie sud des îles Gulf, dont les îles Sidney (une population y a d’ailleurs été découverte après la rédaction du présent rapport), Portland, Saturna, Pender et Tumbo, ainsi qu’à d’autres endroits autour de Victoria (une population a également été découverte à la réserve indienne de Becher Bay après la rédaction du présent rapport), en particulier au mont Douglas, au terrain de golf Cedar Hill et dans les parcs régionaux Francis King, Thetis Lake, Elk Lake et Bear Hill. Toutefois, il convient de noter que des recherches effectuées dans des milieux similaires ont rarement mené à la découverte de l’espèce.

Méthode de recherche 

 La méthode utilisée à ce jour pour la recherche d’éventuelles populations de Carex tumulicola peut être qualifiée de « dirigée ». Selon cette approche, les personnes participant à la recherche connaissent bien le taxon étudié et mettent à profit leur expertise et leur intuition pour repérer les régions les plus susceptibles de comporter des parcelles d’habitat propice à l’espèce. Elles arpentent ensuite les secteurs choisis jusqu’à ce qu’elles soient convaincues d’y avoir suffisamment fouillé l’habitat. Cette approche est généralement considérée par les spécialistes des plantes rares comme la méthode la plus efficiente et la plus efficace par rapport au coût pour la recherche des plantes rares. Il s’agit également de l’approche la plus souvent utilisée à ce jour par les botanistes de la Colombie-Britannique. Toutefois, cette approche ne se prête pas aux évaluations statistiques, et elle ne permet pas d’assigner un niveau de confiance aux recherches déjà effectuées. 

Abondance 

Comme le Carex tumulicola est une espèce clonale qui se propage au moyen de rhizomes, il est habituellement difficile, sinon impossible, de distinguer sur le terrain les individus génétiquement distincts (genets) en vue d’évaluer la taille des populations. Lorsque les individus formaient des touffes distinctes, chaque touffe avait généralement été considérée comme un ramet (meilleur représentant d’un sujet mature). Dans le cas contraire, on s’est contenté de fournir une estimation grossière de la superficie occupée par la colonie (en ). En conséquence, nous ne disposons actuellement d’aucune estimation fiable du nombre total d’individus génétiquement distincts (genets) du C. tumulicola au Canada. À ce jour, environ 70 colonies de C. tumulicolaont été répertoriées, pour un nombre total approximatif de touffes variant entre 600 et 1 500 (tableau 2). Le nombre de sujets matures génétiquement distincts est vraisemblablement beaucoup moins élevé. Les nombres de colonies répertoriées pour la population  10 ont été ajoutés au rapport après sa rédaction. Ces données sont fondées sur deux observations effectuées par différentes personnes en 2006 et en 2007 (voir le tableau 2).

Tableau 2. Données sommaires sur les populations de Carex tumulicola
PopulationNombre de colonies / touffesSuperficie occupée
1± 24 colonies (40 à 70 touffes)<1 m² à quelques m²sur un territoire de 30 ha.
26 colonies (~ 10 touffes)Généralement <0.5 m², colonies réparties dans six sites différents (sous-populations) sur un territoire de 0,3 km².
31 colonie (peut-être 1 seul genet)Environ 5 m².
43 à 5 colonies (50 à 100 touffes)Bande de littoral inhabitée de 1 km.
513 colonies (100 à 500 touffes)<1 m² à plusieurs m², avec une sous-population importante dispersée dans un pré fauché de 2 ha; la population s’étend sur une bande de littoral inhabitée d’environ 800 m comportant environ 16 ha d’habitat propice.
65 à 10 touffes (50 à 200 touffes)Dispersées sur une bande de 200 m le long du littoral.
71 seule touffe (probablement 1 seul genet)Probablement < 1 m².
81 seule colonie (probablement 3 touffes)Environ 2 m².
97 colonies (280 à 460 touffes)Environ 3 303 m².
10Environ 3 colonies (50 à 100 touffes); la plupart des touffes dans une colonie en 2006 (J. Miskelly, comm. pers., 2008); 6 colonies en 2007 (J. Fenneman, comm. pers., 2007)Colonies dispersées sur un territoire d’environ 2,4 ha.

Fluctuations et tendances 

Comme la découverte du Carex tumulicola au Canada est encore toute récente, on ignore si cette espèce a toujours été rare dans le sud-ouest de l’île de Vancouver ou si elle a récemment subi un déclin spectaculaire. Ces données circonstancielles donnent à croire que l’envahissement des prés ouverts par diverses espèces d’arbres et d’arbustes a entraîné un déplacement important des populations à la plupart des sites, mais cette hypothèse est difficile à confirmer. Les données disponibles sont insuffisantes pour estimer l’ampleur du déclin (%) subi par la population totale au cours des dix dernières années ou des trois dernières générations. On sait également très peu de choses de l’évolution à long terme des différentes populations (hausse, déclin, situation stable).

Neuf nouvelles populations ont été trouvées au Canada à la suite de la découverte initiale de l’espèce en 1990 (tableau 1). Cette augmentation est vraisemblablement entièrement attribuable à l’accroissement des activités de recherche.

Immigration de source externe 

À l’extérieur du Canada, les populations de Carex tumulicola les plus proches se trouvent dans des prés humides de l’île San Juan, à moins de 20 km de la population canadienne la plus proche (parc Uplands). Cette île est donc à faible distance de vol pour un oiseau. On ignore si les oiseaux exploitent les graines du C. tumulicola, mais il est possible qu’un échange de graines facilité par les oiseaux se produise occasionnellement entre les populations américaines et canadiennes. Toutefois, un tel événement, à supposer qu’il se produise, doit être considéré comme extrêmement rare.

Les similarités observées sur le plan de l’habitat donnent à croire que les individus des populations américaines pourraient tolérer relativement bien les conditions environnementales qui existent dans la portion sud-est de l’île de Vancouver. L’espèce pourrait donc être réintroduite délibérément si jamais des événements ne compromettant pas la qualité des habitats devaient entraîner la disparition de toutes les populations canadiennes.