Sauter l'index du livret et aller au contenu de la page

Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le Pic à tête rouge (Melanerpes Erythrocephalus) au Canada - Mise à jour

Biologie

Général

Même si un grand nombre d’études récentes portaient sur l’utilisation de l’habitat par les communautés d’oiseaux excavateurs, notamment le Pic à tête rouge, aucune étude approfondie n’a été effectuée sur une population particulière, et de nombreux aspects de l’écologie de ce pic restent à découvrir. (Smith et al., 2000).

Reproduction

Le Pic à tête rouge est monogame (Smith et al., 2000). Il atteint la maturité sexuelle à l’âge de 1 an et la durée de génération est estimée de 3 à 5 années (selon l’âge maximal de 9 ans [Clapp et al., 1983] et l’âge de la maturité). Habituellement, le nid est creusé par le mâle dans de larges chicots (> 31 cm) ou dans les branches mortes d’arbres vivants, à une hauteur excédant en général 7 mètres, et dans des souches à au moins 11 mètres de hauteur (Smith et al., 2000). 

La période d’incubation a lieu entre mai et juin, selon le lieu (Peck et James, 1983). En règle générale, l’espèce n’élève qu’une seule couvée par saison, mais elle en élève régulièrement une seconde dans la partie méridionale de son aire de répartition (Ingold, 1987; Smith et al., 2000). Dans l’ensemble de son aire de reproduction, la taille des couvées varie de 3 à 7 œufs, la moyenne étant de 4 œufs (Short, 1982; Peck et James, 1983; Godfrey, 1986; Smith et al., 2000). Les deux sexes couvent les œufs. L’incubation dure généralement de 12 à 14 jours (Short, 1982; Smith et al., 2000). Les oisillons éclosent de manière asynchrone et demeurent dans le nid durant une période de 27 à 30 jours, pendant laquelle les 2 parents s’en occupent (Jackson, 1976; Smith et al., 2000). Le nombre moyen de jeunes à l’envol est de 2,1 au moment de la première tentative et de 2,3, au moment de la deuxième (Ingold, 1989). Les oisillons sont dépendants de leurs parents pendant environ 25 jours après avoir quitté le nid (Jackson, 1976; Smith et al., 2000).

Survie

Martin (1995) mentionne un taux de survie annuel de 62 p. 100 chez l’adulte. Le taux de mortalité hivernale est de 7 p. 100 (Doherty et al., 1996). Le succès de nidification varie de 80 p. 100  (n = 59 nids comptant au moins 1 oisillon) au Mississippi (Ingold, 1989) à 48,4 p. 100 (n = 33 nids) en Arkansas (Withgott, 1994).

Dispersion et migration

Seules les populations de Pics à tête rouge des parties nord et ouest de l’Amérique du Nord migrent à l’automne. L’abondance et la répartition des glands et des faines dans les régions plus au sud semblent influer sur le début de la migration et sur la sélection des aires d’hivernage (Smith et Scarlett, 1987).

En général, le Pic à tête rouge fait preuve d’une fidélité au site de nidification (Ingold, 1991). Au Mississippi, 33 p. 100 des adultes bagués (15 adultes sur 45) sont retournés à proximité du nid de l’année précédente (Ingold, 1991). En Floride, un mâle adulte s’est déplacé de 1,04 km entre 2 saisons consécutives de reproduction (Belson, 1998). Au Canada, 2 oiseaux adultes d’abord capturés pendant la migration printanière ont été recapturés l’année suivante, probablement à leur site de nidification, à 240 km et 251 km de leur site de capture, respectivement (Brewer et al., 2000).

Belson (1998) rapporte que la dispersion initiale à partir du territoire natal de 3 juvéniles signalés en Floride a varié de 0,11 km à 0,67 km. Au Mississippi, sur un total de 69 oisillons bagués, aucun n’est retourné au site où se trouvait l’arbre du nid (Ingold, 1991).

Régime et habitudes alimentaires

Le Pic à tête rouge est probablement l’espèce la plus omnivore parmi les pics en Amérique du Nord; il se nourrit de végétaux (67 p. 100) et d’animaux (33 p. 100) (Smith et al., 2000). Son régime alimentaire est composé d’une grande variété de fruits cultivés et sauvages (pommes, poires, cerises, framboises et fraises), ainsi que de maïs et de plusieurs types de paissons (sources de nourriture), tels que les glands et les faines (Short, 1982; Smith et al., 2000). Les animaux qui composent son régime alimentaire sont surtout des insectes, comme les sauterelles, les grillons, les fourmis, plusieurs sortes de coléoptères et leurs larves, les papillons, les chenilles, les guêpes et les abeilles domestiques (Apis mellifera) (Short, 1982; Smith et al., 2000). Le Pic à tête rouge se nourrit également d’œufs d’oiseaux, d’oisillons et, à l’occasion, d’oiseaux adultes ainsi que de petits rongeurs, de lézards et de poissons morts (Smith et al., 2000). En hiver, son régime alimentaire devient plus particulier, et il se compose surtout de glands et de faines, ainsi que de grains, tel le maïs (Williams et Batzli, 1979). De plus, pendant cette saison, l’espèce visitera fréquemment les mangeoires d’oiseaux pour consommer des graines de tournesol, du beurre d’arachide et du suif (graisse animale) (Short, 1982; Smith et al., 2000).

Le Pic à tête rouge cherche sa nourriture sur une variété de substrats, mais préfère en général les troncs et les branches d’arbres vivants (Smith et al., 2000). En été, il attrape la plupart de ses proies animales, c’est-à-dire les insectes, en vol; il s’envole d’un perchoir pour les capturer dans les airs (Jackson, 1976; Venables et Collopy, 1989 in Smith et al., 2000). En hiver, il se nourrit au sol, ainsi que dans les arbres et les arbustes où il cherche de petits fruits et des insectes (Root, 1988). Après avoir établi son territoire hivernal, le Pic à tête rouge consomme surtout des glands qu’il trouve au sol et dans les arbres; il les emmagasine dans les cavités qu’il creuse pour cette seule raison (Kilham, 1983).

Relations interspécifiques

Le Pic à tête rouge est le plus batailleur de tous les pics d’Amérique du Nord; il n’est pas rare de le voir expulser d’autres espèces d’oiseaux pour protéger son nid ou sa cache de nourriture (Smith et al., 2000). Les cas d’agression interspécifique les mieux documentés concernent l’Étourneau sansonnet (Sturnus vulgaris) et le Pic à ventre roux (Melanerpes carolinus), deux espèces ayant un comportement de nidification semblable à celui du Pic à tête rouge.

La proportion de cavités pour la nidification du Pic à tête rouge usurpées par l’Étourneau sansonnet varie de 7 p. 100 à 15 p. 100 (Ingold, 1989). Le Pic à tête rouge est souvent plus agressif que l’Étourneau sansonnet et peut réussir à forcer ce dernier à abandonner une cavité dont il s’est emparé (Ingold, 1989; idem, 1994). La courte période de reproduction de l’Étourneau sansonnet et la nidification du Pic à tête rouge qui tend à être tardive réduisent la compétition entre ces espèces (Ingold, 1989; idem, 1994; Koenig, 2003).

Le Pic à ventre roux est en compétition féroce avec le Pic à tête rouge pour l’alimentation en paissons pendant l’automne et l’hiver. Williams et Batzli (1979) ont montré que le Pic à ventre roux change sa répartition horizontale et utilise des habitats différents lorsque le Pic à tête rouge est présent sur le même territoire. À l’échelle du site de nidification, le Pic à ventre roux semble également être touché de façon négative par la présence du Pic à tête rouge. Au Mississippi, par exemple, six couples nicheurs de Pics à ventre roux ont perdu leur nid en raison de Pics à tête rouge (Ingold, 1989).

Bock et al. (1971) ont remarqué que le Pic à tête rouge domine sur le Pic de Lewis (Melanerpes lewis) à sa propre cavité. L’absence du Pic à tête rouge au Colorado pendant l’hiver est probablement causée par la compétition alimentaire par le Pic de Lewis (Smith et al., 2000).

Les autres espèces généralement expulsées par le Pic à tête rouge sont le Pic mineur (Picoides pubescens), la Mésange bicolore (Baeolophus bicolor), le Geai bleu (Cyanocitta cristata) et la Sitelle à poitrine blanche (Sitta carolinensis) (Smith et al., 2000).

Aire de répartition et territoire principaux

La superficie des territoires du Pic à tête rouge varie de 3,1 ha à 8,5 ha (Venables et Collopy, 1989 in Smith et al., 2000).

Les adultes et les juvéniles de l’espèce adoptent un comportement territorial pendant l’hiver, en défendant avec agressivité leur territoire bien défini contre la compétition interspécifique et intraspécifique (Williams et Batzli, 1979; Kilham, 1983). Le territoire d’hiver de l’adulte est généralement petit, variant de 0,2 ha à 2,0 ha (Kilham, 1958; Moskovits, 1978; Williams et Batzli, 1979).

Comportement et adaptabilité

Pendant la saison de reproduction, la dépendance du Pic à tête rouge par rapport aux cavités des arbres dans lesquelles il construit son nid lui donne peu de souplesse pour réagir aux perturbations causées par l’humain qui réduisent la densité des arbres morts ou les éliminent complètement (Smith et al., 2000).